La communauté du renseignement des États-Unis. — en anglais, (IC) —, créée le par l'ordre exécutif 12333 du président des États-Unis Ronald Reagan « Executive Order 12333 », National Archives and Records Administration.gov., regroupe, depuis le , de renseignement des États-Unis dépendant de différents ministères. ou indépendants pour certains d’entre eux.
La fonction de coordinateur de ces différents services est assurée par le directeur du renseignement national, membre du cabinet du président des États-Unis, à la suite de lIntelligence Reform and Terrorism Prevention Act de 2004 .
Historique de l'espionnage aux États-Unis
Avant que les États-Unis ne deviennent une superpuissance, en temps de paix le renseignement n'était pas une préoccupation majeure du gouvernement américain et il n'existait pas de service de renseignement global. Il a fallu la guerre froide pour que cet aspect des relations internationales soit intégré à une large échelle à l'aide, entre autres, du National Security Act de 1947.
Débuts Le United States Secret Service fondé en 1865 est chargé de protéger le président des États-Unis et de la lutte contre la fausse-monnaie ; l'United States Navy avait créé en 1882 l'Office of Naval Intelligence pour suivre l'évolution des marines de guerre ; la Black Chamber, première structure permanente de cryptanalyse créée en 1917 par les États-Unis pendant la Première Guerre mondiale, fut fermée en 1929 car le secrétaire d'État de l'époque, Henry Lewis Stimson, abhorrait l'espionnage ; le FBI a développé un petit réseau en Amérique latine dans les années 1930 qui est officialisé en 1940, le .
Les États-Unis furent espionnés dès l'entre-deux-guerres par sa rivale idéologique, l'URSS, puis durant la Seconde Guerre mondiale par les réseaux de l'Allemagne nazie, mais l'Abwehr ne fut guère efficace sur le continent nord-américain.
Avec la Seconde Guerre mondiale, le besoin d'un service de renseignement pouvant agir sur le terrain apparu, et l'Office of Strategic Services (OSS) fut créé avec l'aide des services britanniques, très performants dans ce domaine. Ces relations se prolongèrent après-guerre avec notamment la signature de l'accord secret United Kingdom - USA Security Agreement, souvent appelé traité UKUSA.
Guerre froide Au sortir de ce conflit, les relations avec le nouveau bloc de l'Est se refroidirent très vite et se transformèrent en guerre froide. Les régimes communistes, essentiellement l'Union soviétique, lancèrent des missions de renseignement continuelles à tous les niveaux, essentiellement du renseignement sur le potentiel militaire, mais également de l'espionnage industriel, scientifique et politique, ainsi que de la désinformation. Ils recrutèrent plusieurs centaines de citoyens américains acceptant d'espionner leur pays, en majorité pour des raisons mercantiles ou idéologiques, ou contraints par un chantage. Ainsi, le journaliste communiste américain Whittacker Chambers révéla en 1948 devant la House Un-American Activities Committee qu'au moins de l'administration américaine, dont Alger Hiss Douglas O. Linder, « », , 2003, membre de la délégation américaine lors de la conférence de Yalta, et Harry Dexter White, bras droit du secrétaire au Trésor de l'époque, avaient livré des informations capitales durant la Seconde Guerre mondiale FBI file: Underground Soviet Espionage Organization (NKVD) in Agencies of the United States Government, 21 octobre 1946, (PDF ).
Voici quelques chiffres sur les de citoyens américains ayant travaillé avec une puissance étrangère, dévoilés entre 1950 et 2001 :
Décennie Travaillant pour le bloc soviétique Travaillant pour un autre pays adversaire Travaillant pour un pays neutre ou allié Années 19501511 Années 1960 21 0 1 Années 1970 22 2 2 Années 1980 54 2 9 Années 1990 7 3 9
Les services de renseignement américains se montrèrent extrêmement actifs à travers le monde. De nombreuses missions de reconnaissance aérienne le long des frontières des pays du bloc de l'Est furent menées et des missions d'espionnage en violation de leur espace aérien eurent lieu, donnant lieu à de nombreux incidents : près de furent abattus et américains tués par la défense aérienne du bloc de l'Est dans les années 1950 et 1960. La première violation délibérée semble remonter au , jour où un Lockheed RF-80A Shooting Star piloté par le lieutenant Bryce Poe survola les îles Kouriles occupées par les Soviétiques ; opération détaillée dans . L'incident de l'U-2 abattu le est le plus célèbre exemple de ces opérations.
Dans le domaine naval, un programme de reconnaissance sous-marine a été marqué par neuf collisions avec d'autres navires, possibles et trois fuites dans la presse de 1966 à 1976Rapport de la commission Pike, , imprimé dans .
Outre les intérêts nationaux spécifiques, les suspicions et les querelles de territorialité dans ce domaine extrêmement sensible firent que même entre proches alliés occidentaux comme les États-Unis et le Royaume-Uni, la coopération fut parfois quasiment stoppée durant les années 1950 entre leurs services de renseignement respectifs.
Années 1990 et début du Dans le domaine du renseignement, les alliances politiques n'empêchent pas d'espionner ses alliés, comme le montrent les relations entre les États-Unis et la France. Ainsi en 1989, le FBI a démantelé un réseau d'agents de la DGSE française infiltrés dans des compagnies américaines dont IBM, Texas Instruments et Corning Glass , tandis que Richard L. Holm, le chef de poste de la CIA à Paris et plusieurs de ses collègues furent expulsés de France par le gouvernement français en compagnie d'autres diplomates américains suspects, à la suite de la découverte d'une affaire d'espionnage économique publiquement révélée en par Charles PasquaTim Weiner, « C.I.A. Confirms Blunders During Economic Spying on France », New York Times.com, 13 mars 1996..
Plusieurs affaires d'espionnage ont troublé les relations américano-israéliennes, dont la plus célèbre est celle de Jonathan Pollard, démasqué en 1985 et condamné à une peine d'emprisonnement à vie le . Les médias ont rapporté qu'il existerait un accord tacite entre Washington et Jérusalem pour ne pas mener d'opération d'espionnage contre les intérêts de son alliéAlain Rodier, États-Unis - Israel : Un apprenti espion piégé par le FBI, 24 novembre 2009, mais les services israéliens ont régulièrement été remarqués comme actifs sur le territoire américain. Un rapport de la CIA datant de notait déjà qu'Israël avait utilisé des micros, des écoutes téléphoniques et des tentatives de chantage ou de corruption pour espionner sur le territoire américainDavid Wise, « What Did Mossad Know, and When? », Le New York Times, 7 octobre 1990 . En 1986, des officiers de l'armée de l'air israélienne travaillant sous contrat avec la société US Recon Optical transmirent des informations confidentielles à une firme concurrente israélienne . D'autre part, le FBI trouve régulièrement des écoutes installées sur les lignes téléphoniques de missions diplomatiques de pays arabes (première édition mai 2002). Un rapport américain signale qu'Israël est considéré comme particulièrement agressif, n'hésitant pas à approcher les personnes détenant des informations sensiblesNational Counterintelligence Center, Foreign Collection Against the Department of Energy: Threat to U.S. Weapons and Technology, automne 1998, .
Malgré la fin de la Guerre froide, le contre-espionnage américain doit redoubler de vigilance car le nombre d'acteurs souhaitant effectuer du renseignement pour des raisons d'ordre politique, économique ou idéologique s'est accru, et les fuites d'information via des acteurs privés comme WikiLeaks augmentent considérablement.
Outre l'espionnage par des États comme la République populaire de Chine, dont les services de renseignement sont très actifs et qui a fait parler d'elle à la suite du rapport Cox en 1999, puis dans une douzaine d'affaires d'espionnage militaire, technologique et commercial en 2007, des entreprises privées pratiquent l'espionnage économique de leurs concurrents, et des organisations criminelles ou terroristes tentent de s'infiltrer ou de recruter aux États-Unis. Enfin, la « guerre contre le terrorisme » déclenchée à la suite de l'impuissance des services de sécurité à prévenir les attentats du a justifié une vaste remise en cause des structures de ces services.
Voici quelques affaires du début du : Noshir Gowadia, un des principaux ingénieurs ayant conçu le Northrop B-2 Spirit, le système de propulsion et le système de défense contre les missiles à auto-directeurs infrarouges, est arrêté en 2005. Il est accusé d'avoir livré des informations confidentielles sur celui-ci à plusieurs États (incluant l'Allemagne, la République populaire de Chine, Israël, l'Iran, l'Inde et la Suisse) à partir de 1999 Dossier sur Noshir Gowadia du Center for Counterintelligence and Security Studies ; Hassan Abujihaad, un ancien marin de l'United States Navy, a été arrêté en 2007 après avoir donné la localisation et les missions de navires de guerre américains à Al-Qaïda Fiche sur Hassan Abujihaad du Center for Counterintelligence and Security Studies ; Walter Kendall Myers, travaillant pour le département d'État, et son épouse ont espionné depuis 1980 au profit de Cuba avant d'être arrêtés en puis condamnés le à respectivement 30 et de prison, et à la confiscation de 1,7 million de dollars« USA : un couple condamné pour espionnage pour Cuba », RTBF, 16 juillet 2010. ; Stewart Nozette, un scientifique travaillant pour le département de la Défense et la NASA, est accusé en d'avoir transmis des informations classifiées à un agent du FBI se faisant passer pour un agent israélien Del Quentin Wilber et Maria Glod, « Scientist accused of espionage to remain in jail, judge decides », The Washington Post, 21 octobre 2009., comptant obtenir ainsi deux millions de dollars Del Quentin Wilber, « Scientist offered U.S. secrets for $2 million, prosecutors say », The Washington Post, 29 octobre 2009..
Le , le FBI annonce le démantèlement d'un réseau russe comprenant au moins onze espions infiltrés, dont certains opèrent depuis plus de dix ans Acte d'accusation États-Unis contre Anna Chapman et Mikhail Semenko, 27 juin 2010.. L'affaire fut réglée rapidement par un échange, le , de dix agents — le onzième s'étant échappé à Chypre — contre trois Russes ayant travaillé pour les États-Unis et un autre pour le Royaume-Uni« Les États-Unis et la Russie troquent leurs espions », Le Figaro.fr, 9 juillet 2010.« Une affaire d'espionnage qui fait pschitt », Philippe Randrianarimanana, Courrier international.com, 9 juillet 2010.« Une affaire d'espionnage qui fait pschitt », Anne Applebaum, Courrier international.com, 8 juillet 2010..
Depuis l'arrivée de l'administration Obama en 2008 jusqu'en 2013, au moins six personnes ayant communiqué des informations sensibles à des personnes privées ont fait l'objet de poursuites : Shamai Leibowitz, traducteur au FBI, condamné le à de prison pour avoir divulgué des informations à un blogueur ; Thomas A. Drake, ancien agent de la NSA, inculpé pour avoir joué le rôle d'informateur pour un journaliste du Baltimore Sun le ; Stephen Kim, contractuel du département d'État, accusé le de fuites d'un rapport de renseignement classé Top secret à un journaliste ; Bradley Manning de l'armée de terre des États-Unis, arrêté en et accusé d'être la source des révélations de télégrammes de la diplomatie américaine par WikiLeaks ; Jeffrey Sterling, ancien agent de la CIA arrêté le ; Edward Snowden, qui a dévoilé aux médias le programme de surveillance PRISM en , est à l'origine de nombreuses autres révélations.