alt=Un livre de poche glissé dans la poche arrière d'un pantalon.|vignette|Un livre de poche. Un livre de poche est un format d'impression de livre qui possède trois principales caractéristiques : une dimension réduite, un prix modéré et un tirage relativement important.

Avant tout destiné à un public élargi, le livre de poche est de qualité relativement plus faible qu'un ouvrage original, tant au niveau de l'impression que du façonnage, exécuté en cahiers collés plutôt que cousus. Les nombreuses collections de ce type permettent la réimpression à prix modique d'ouvrages ayant déjà connu un succès suffisant sous leur format d'origine.

Parmi les premiers livres au format poche se trouvaient parfois des récits de nature érotique ou sentimentale, format qui permettait de dissimuler le livre à l'abri des regards – on pourrait parler ici d’un format de discrétion.

Histoire d'un format Pratiques et modes de lecture Le livre au format poche est une invention qui va remettre en question le rapport que les lecteurs entretiennent quant à leurs pratiques ou modes de consommation de cet objet qu'est le livre. Son mode de fabrication change : la reliure et la couverture sont souples, le papier utilisé est plus fin, les pages ne sont pas préalablement regroupées en cahiers cousus entre eux, mais massicotées sur les quatre côtés dont l'un est directement collé sur la couverture. Ses caractéristiques physiques participent à la transformation du fonctionnement du monde de l'édition au . Ce format change également les rapports entretenus avec le commerce traditionnel de la librairie : les lecteurs trouvent ce type de format dans d'autres points de vente (gares, centres commerciaux, stations services, etc.).

Le livre de format poche, peu onéreux, de plus en plus facile à fabriquer à de grands tirages, est caractéristique de l'émergence d'un marché de masse sur le plan de la lecture, élan qui prend sa source au grâce à l'industrialisation et la possibilité de réduire le coût unitaire de production. Cette production s'inscrit dans l'évolution de la société de consommation. Format très décrié à ses débuts, certains virent en cette évolution une dénaturation de la valeur culturelle du livre. D’autres y reconnurent toutefois un outil essentiel de démocratisation de la lecture et de diffusion des savoirs, rendu possible par la multiplication des collections de poche et la standardisation des formats. Le livre passe d’un statut d’objet culturel prestigieux, destiné à un lectorat aisé, à celui de support pratique destiné à diffuser les œuvres à un public plus large. La question de la légitimité culturelle se trouve alors au cœur des débats, celle-ci reposant traditionnellement sur l’autorité du système éducatif, de la critique littéraire ou des bibliothèques. Pour affirmer sa légitimité, le livre de poche s’écarte des circuits des institutions culturelles établies et mise sur la publicité et la commercialisation pour s’adresser directement à son lectorat.

Le livre de poche avant le « poche » vignette| Le Bureau de la bibliothèque choisie dirigée à Paris par Pierre-Sébastien Laurentie proposa en 1829-1830 par souscription deux petits ouvrages () par mois à l'exemplaire. Il renouvela l'expérience en 1853 mais trop tard : via Louis Hachette, la Bibliothèque des chemins de fer l'emporta. vignette| Publicité pour la collection New Century Book publiée par Thomas Nelson and Sons à New York : un petit format, relié cuir souple, mais vendu , une forte somme en 1899. vignette|redresse| Publicité pour la collection Le Livre de Poche au dos d'un ouvrage publié par Tallandier en 1934.

L'idée du livre peu encombrant et bon marché remonte au . Au , les livres de colportage (tels ceux de la Bibliothèque bleue en France, le chapbook anglais, le Volksbuch allemand, etc.) sont des ouvrages de littérature populaire qui, par leur format et dans une certaine mesure leur conception, rappellent le livre de poche actuel : prenant la forme de feuille pliée 2, 4 ou , ces publications non reliées sont grossièrement imprimées et rarement cousues, elles sont à rapprocher en définitive du fascicule.

En France, par exemple, on trouve l'expression en 1727 sous la plume de Demoz de La Salle qui suggère de faire fabriquer de petits recueils de chants liturgiques et de les destiner aux fidèles de l'Église afin de populariser cette pratiqueRéponse à la critique de M. *** contre un nouveau systême de chant, Paris, G.-F. Quillau, 1727, — lire sur Gallica..

Dans les années 1830, certains éditeurs de Bruxelles, pour des raisons politiques et de censure, publient de petits livres (format et in-16). Ces opuscules inspirent Gervais Charpentier, libraire-éditeur français « père du livre de poche » (avec l'imprimeur Eugène Roulhac sur ses instructions) qui lance en 1838 sa collection de la « Bibliothèque Charpentier » au format à moitié prix () et publie en trois ans tous les classiques de l'époque (Balzac, Hugo, Musset, etc.) avec succès. Peu avant la révolution de 1848, les frères Barba installés à Paris, lancent de petits livres à 20 centimes ou « roman à 4 sous ». En 1853, Louis Hachette avec sa « Bibliothèque des chemins de fer » est le premier à investir les points de vente que sont les gares ferroviaires. En Angleterre, la maison George Routledge & Co lance la même année une collection appelée « Railway Library ». En 1856, la maison d'édition Michel Lévy frères lance la « collection Michel Lévy » à un franc et en petit format.

En 1867, la maison allemande Reclam-Verlag lance l'Universal-Bibliothek (environ le volume) en profitant aussi des gares. Un autre éditeur allemand, de Leipzig, Tauchnitz, lance dès 1841 une collection de rééditions d'auteurs, traduits en anglais et du monde entier, imprimées en format poche, vendues pièce, ce qui reste cher.

Dans les années 1870-1880, des éditeurs comme Jules Rouff se lancent dans le fascicule à diffusion périodique : de petit format, prenant la forme de cahiers agrafés, ils déclinent les œuvres d'écrivains célèbres comme Victor Hugo et se vendent l'unité.

Dans les premières années du , les collections britanniques Everyman's Library et Nelson publient des ouvrages de petit format, cartonnés, toilés et recouverts d'une jaquette illustrée vendu . En 1905, Fayard lance le « Livre populaire », romans populaires à de petit format. En 1915, les éditions Jules Tallandier commercialisent une collection appelée « Le Livre de poche », des romans populaires vendus 30 centimes de 64 à 128 pages agrafées ; cette formule se poursuivra jusqu'en 1941 ; Hachette devra racheter cette marque en 1953 aux éditions Pierre Trémois, ainsi que la marque « Le Livre Plastic », collection créée en 1948 par Marabout). À partir de 1919, les Éditions du Sagittaire (éd. Simon Kra) lancent la « Collection européenne » (1919-1951, formellement « Collection de la Revue européenne ») au format poche .

Essor dans les années 1930 Le livre de poche, en tant que genre et tel que nous le connaissons maintenant, c'est-à-dire à un prix relativement bas, ne prend réellement son essor que dans les années 1930, du fait surtout de la Grande Dépression.

Une première expérience européenne, éphémère, est tentée par l'éditeur , en 1931-1932, en Allemagne à Hambourg, puis au Royaume-Uni (à Londres), sous le nom d'Albatross Books. La montée en puissance des nazis puis leur arrivée au pouvoir contraint Kurt Enoch de fermer sa maison d'édition et à s'exiler aux États-UnisSource : article « The Third Paperback Revolution », Robert Fair de Graff et Pocket Books, sur le site paperbarn.www1.50megs.com (Hyde Park Books)..

En 1936, au Royaume-Uni, Allen Lane fonde la maison d'édition , à la suite d’une première expérience de rééditions bon marché menée l’année précédente chez , maison d'édition fondée par son oncle John Lane. Il souhaite créer une collection de livres de qualité vendus au prix d’un paquet de cigarettes dans les gares et les commerces de proximité. Lane acquiert les droits de dix œuvres littéraires reconnues et adopte un design sobre et uniforme, fondé sur un code de couleurs associé à un logotype représentant un manchot.

Dans le sillage de ce succès britannique, l'éditeur américain Simon & Schuster (après diverses tentatives dont celle, dès 1917, de l'éditeur Boni & Liveright) lance en 1939 la marque . Contrairement au modèle sobre et uniforme de Penguin Books, les Pocket Books misent sur des couvertures illustrées et colorées, conçues pour capter l’attention d’un lectorat plus large et populaire.

En France En France, entre 1833 et 1882, l'apparition d'une culture de masse suppose une alphabétisation plus généralisée. Ceci est une condition essentielle à l'apparition du livre de poche à grand tirage. L'émergence de dépenses en loisir et l'existence d'un système éditorial capable d'anticiper la demande du public et de faire naître un besoin de divertissement. L'homogénéisation des comportements de masse se révèle déterminante pour l'histoire du livre de poche. Plusieurs dates caractérisent son histoire.

Albert Pigasse, initialement conseiller littéraire chez Grasset, fonde en 1925 sa propre maison d'édition, la Librairie des Champs-Élysées et, au sein de celle-ci, lance en 1927 la collection « Le Masque », spécialisée dans le roman policier commercialisé dans un format réduit et bon marchéSource : article « Le Masque », 10 février 2004, sur le site À l'ombre du Polar.. Le premier ouvrage de cette collection est Le Meurtre de Roger Ackroyd, d'Agatha Christie, paru deux ans plus tôt au Royaume-Uni. La spécialisation de la collection « Le Masque » et surtout son mode de fabrication, chaque ouvrage prenant au début la forme d'un livre relié et cartonné (et non souple), empêche cependant d'y voir le précurseur du genre en France. En 1938, Calmann-Lévy lance la collection Pourpre pour concurrencer la collection Nelson, les ouvrages sont là aussi publiés sous couverture cartonnée.

Les Presses universitaires de France lancent, en 1941, la collection « Que sais-je ? », destinée à rassembler, sous un format réduit (17,5 sur 11,5 cm) et bon marché, une synthèse des connaissances essentielles sur un sujet donné. Chaque ouvrage se présente sous couverture souple. Cette collection à vocation encyclopédique existe encore de nos jours.

En 1949, Marabout, maison créée en Belgique (Verviers, Bruxelles), d'abord avec sa marque « Livre Plastic », réédite de grands succès et des classiques à petit prix, puis décline des collections à partir de 1962 sous la forme de petits livres carrés consacrés à des sujets pratiques (bricolage, maison, cuisine, santé, etc.). Le succès des Guides Marabout entraînera son entrée dans les Éditions HachetteEllen Constans, Ouvrière des Lettres, Presses universitaires de Limoges, 2007, .

Les Éditions du Seuil, en 1951, lancent la collection « Microcosme » en format poche et souplePage « Notre histoire », sur le site officiel du Seuil..

En , la Librairie générale française dirigée par Daniel Filipacchi, lance la collection « Le Livre de poche », marque qui s'inscrit durablement en France, en s'ouvrant à la littérature générale et en agrégeant au départ les fonds de dizaines de maisons d'édition. D'autres éditeurs vont suivre le mouvement en lançant leurs propres collections par exemple en 1958, J'ai lu (Flammarion), puis 10/18 (Plon) en 1962, etc.