vignette|Sílvia Waiãpi, actrice, officier militaire et politicienne brésilienne affiliée au Parti libéral. Les Wayãpi, Wajãpi ou Wayampi (anciennement appelés Oyampi) sont un peuple autochtone du nord-est de l'Amérique du Sud, présents en Guyane française, où ils sont l'un des six peuples amérindiens de ce territoire, et au Brésil dans les états d'Amapá et de Pará.

Géographie Guyane De langue et de culture tupi-guarani, comme les Tekos voisins (anciennement appelés Émerillons), les Wayãpi habitent l'intérieur du pays, à Camopi sur le Moyen-Oyapock et à Trois Sauts (aussi appelé Village Roger) sur le Haut Oyapock. Pour rejoindre ces villages, il faut entre un et deux jours de pirogue .. Depuis le , Camopi est accessible par avion au départ de Cayenne, favorisant le désenclavement de cette commune isolée..

Langue

Les Wayãpi parlent une langue du même nom, le wayãpi, de la famille linguistique tupi. Les deux principaux dialectes sont le Wayãpi guyanais et le Wayãpi brésilien. Malgré les variations linguistiques, ils se comprennent entre eux.

En Guyane, tous les membres de la communauté sont locuteurs de leur langue, qui présente par ailleurs le plus fort taux de monolinguisme de la région.. Ils parlent généralement d'autres langues, comme le français, le créole guyanais et le portugais brésilien.

Le wayãpi ne bénéficie d'aucun statut officiel, ni au Brésil, ni en Guyane.

Histoire La construction identitaire des Wayãpi s'étale sur plusieurs siècles . L'ethnie est originaire du bas Rio Xingu et appartient au groupe Tupi-Guarani. Elle commence à prendre conscience d'elle-même au , lors des premiers contacts avec les Européens, quand les colons la nomment comme telle. Le processus d'identification accélère au avec la coalescence, durant laquelle les autochtones suivent des mouvements centrifuges et centripètes qui conduisent tous à un regroupement des populations. D'une part, ils sont attirés par les colons et les missions jésuites, qui cherchent à les sédentariser. D'autre part, ils fuient dans la forêt pour échapper aux raids esclavagistes et aux épidémies.

Lors de leur fuite, les Wayãpi créent une dynamique guerrière caractéristique des tupi-guarani. Ainsi, selon l'ethnologue français contemporain Éric Navet, leur expansion vers le nord les amène à guerroyer contre les Wayana, ethnie karib qui, dès 1760 déborde sur le versant nord du Tumuc-Humac, en Guyane française. Les alliances et captures conduisent à l'intégration d'éléments nouveaux (culturels et humains) à leur groupe. Ils s'isolent presque totalement au début du , quand les Teko parviennent à arrêter leur poussée territoriale et que les Portugais tentent de les enrôler dans leurs milices en vue d'occuper la Guyane. À cette époque, les Wayãpi sont pourtant obligés de se rapprocher du pouvoir français pour s'approvisionner en outils métalliques et pallier la rupture des contacts avec la puissance ibérique. En 1820, ils sont estimés à une population de . Après avoir absorbé les restes d'ethnies (Piriu, Norak, Kaikušiana) décimées dans les missions jésuites, ils subissent eux aussi le choc microbien et leur population se retrouve réduite des deux-tiers en vingt ansÉric Navet, Ike mun anam. Il était une fois... La dernière frontière pour les peuples Indiens de Guyane française, supplément à Nittassinan, revue trimestrielle du C.S.I.A., Épinal,1990, p. 14.

La fin du marque la période de fixation identitaire Wayãpi. Henri Coudreau parle alors de « pays oyampi ». Les populations Wayãpi sont regroupées sur le haut Oyapock du côté français et aux alentours des rivières Kouc, Amapari et Inipuku du côté brésilien, à proximité de la frontière guyanaise. Ce n'est qu'une une fois les espaces territoriaux français et brésiliens clairement délimités, dans la première moitié du , que l'on parlera de deux sous-groupes régionaux. Ceux-ci comprennent les Wayãpi du Sud, ou Wayãpi puku qui relèvent de l'administration brésilienne et la FUNAI (Fondation nationale de l'Indien). Les populations de Guyane sont les Wayãpi du NordÉric Navet, Ike mun anam. Il était une fois... La dernière frontière pour les Peuples Indiens de Guyane Française, supplément à Nittassinan, revue trimestrielle du C.S.I.A., 1990, .p. 15.

Selon Éric Navet, les Wayãpi sont « redécouverts » au par la mission Monteux-Richard Éric Navet, "Les Teko dans leurs pays", in Guerriers de la Paix, les Teko de Guyane, Éric Navet, 40 ans d'ethnologie, ss dir. Colette Riehl Olivier, co-édition Association des Étudiants et Amis de l'Institut d'Ethnologie, alter-natives-network et Borealia, 2016, , p. 25. L'ethnie atteint son point démographique le plus bas en 1935-1940 avec seulement . L'intervention grandissante des États-Nations dans les terres de l'intérieur contribuent à la sédentarisation des Wayãpi et au renforcement de leur identité.

La sédentarisation des Wayãpi, l'accès aux soins de santé et leur politique nataliste ont eu pour effet une augmentation démographique . En 1982-83, ils étaient dont en Guyane, soit près de en plus qu'une quarantaine d'années plus tôt. En 2010 sont recensés vivant en Guyane française. Au Brésil, ils étaient évalués à en 2004.. Selon ces données, ils seraient aujourd'hui aux alentours de .

Sédentarisation et dynamiques territoriales au Bien que les zones de vie des Wayãpi soient considérées comme isolées, cela n'a pas empêché les pouvoirs étatiques français et brésiliens d'y pénétrer. En Guyane, l'État se manifeste à travers la mise en place d'un dispensaire et d'une assistance médicale à Camopi dans les années 1950, la création de la commune de Camopi en 1969, l'ouverture d'une école à Trois-Sauts en 1971, l'octroi des Allocations Familiales et du Revenu Minimum d'Insertion (RMI), la création de Zones de Droit d'Usage Collectif (ZDUC) en 1987. En 2007 est créé le Parc Amazonien de Guyane (PAG), partagé en une zone de cœur et une zone de Libre Adhésion. Les bourgs de Camopi et de Trois-Sauts se situent dans cette dernière. Ils bénéficient de Zones de Droit d'Usage Collectif au sein desquelles ils peuvent pratiquer leurs activités de subsistance (chasse, pêche, cueillette, culture d'un abattis). Ce n'est pas le cas dans le Parque nacional Montanhas do Tumucumaque (PNMT), parc national brésilien qui naît en 2002, qui interdit ce type d'activités, réduisant considérablement le territoire Wayãpi.

L'intervention grandissante de l'État a contribué à un processus de sédentarisation autour des infrastructures scolaires et sanitaires, situées principalement à Camopi et à Trois-Sauts. La concentration de population sur des espaces réduits (la surface du bourg de Camopi équivaut à moins de ) exerce une forte pression sur l'environnement (végétal et animal) et crée un mal-être social dû aux nuisances sonores et à une proximité non voulue. Cela entraîne une modification des modes de culture et des comportements sociaux. D'une part, les périodes de jachère sont raccourcies, causant l'appauvrissement des sols. D'autre part, certains habitants adoptent une attitude compétitive en s'appropriant des espaces de culture qui devraient traditionnellement ré-appartenir à l'ensemble de la population durant la période de jachère.

De manière générale, les Wayãpi sont obligés d'aller de plus en plus loin sur le fleuve, que ce soit pour y vivre, chasser et pêcher ou y cultiver leurs abattis (lieu de culture traditionnel des Amérindiens utilisant la technique du brûlis). Les revenus perçus du travail salarié et des aides sociales rendent l'achat d'une pirogue et d'essence plus accessible, contribuant ainsi à leur dispersion sur le territoire. On parle alors d'habitat bi-local, fait d'un campement primaire, à proximité du bourg, et d'un campement secondaire, où les habitants peuvent passer les weekends et les vacances scolaires dans la tranquillité et l'abondance des ressources naturelles. En 2010, Teko et Wayãpi confondus, on comptait dispersés sur l'Oyapock et ses affluents. Parmi ceux-ci, on retrouve Zidoc (capitale historique de la communauté), Pina et Yawapa aux alentours de Trois-Sauts. Cette année-là, seule 16 % de la population vivait au bourg de Camopi.

Les Wayãpi font face à deux dynamiques contradictoires : la sédentarisation et la ré-appropriation de la terre, qui jouent un rôle important dans l'affirmation identitaire de ce peuple autochtone. Tout en s'accommodant des nouveautés technologiques et des aides sociales apportées par la modernité, ils peuvent, dans leur campement secondaire, vivre et travailler dans le respect de leur culture. Au Brésil, des processus similaires sont observés dans la Terre Indigène Wayãpi de l’Amapá.

Culture et mode de vie

Cosmogonie Dans l'univers Wayãpi, la Terre est plate et organisée en cercles concentriques. Le village est situé au centre et la grande forêt à l'extrémité, où la présence d'êtres surnaturels est la plus forte. Chaque espèce animale est possédée par un maître, qui sont eux dépendants de Kulupi, maître suprême. Dans une moindre mesure, cette perception s'applique aussi aux poissons et aux espèces végétales. La vie sur terre repose sur l'équilibre entre entités surnaturelles et êtres humains. Les Wayãpi parlent de wote ekoy (modération) et de eite piaso (excès). C'est grâce l'équilibre entre ces deux pôles qu'ils bénéficient d'une nature abondante, fournissant les ressources nécessaires à l'épanouissement de la communauté.

Organisation sociale Les Wayãpi suivent une logique patrilocale. Les villages sont centrés autour de l'homme fondateur, le chef du village, duquel se rapprochent ses filles et ses gendres. Avant d'avoir construit leur maison, les jeunes couples vivent chez les parents de la femme.

Les traditions matrimoniales privilégient les unions entre « 'cousins croisés classificatoires' : une fille est promise dès l'enfance à l'un des fils de la sœur de son père ou à l'un des fils du frère de sa mère. », possibles chez les femmes dès l'âge de , chez les hommes à partir de . Ces pratiques sont de moins en moins populaires chez les nouvelles générations. Depuis les années 1960-1970, les alliances inter-ethniques se sont intensifiées, allant au-delà du métissage Teko-Wayãpi. La polygamie est également en déclin, bien qu'admise autrefois. Le divorce n'est pas commun.

L'importance du genre Les activités de subsistance sont divisées en fonction du genre. Celles de prédation, c'est-à-dire la chasse et la pêche, sont réservées aux hommes. À l'opposé, la cueillette et la culture de l'abattis est un domaine féminin, auquel les hommes participent au moment de l'abattage.

Connaissance de la nature Les Wayãpi vivent pour la majorité en milieu forestier, en bord de fleuve. Ils ont une excellente connaissance de leur environnement, qui leur est essentielle. Par exemple, des scientifiques de poissons, seules trois leur échappent. Cela ne signifie pas pour autant que chaque espèce connue, végétale ou animal, leur est utile. Ils marquent une distinction entre plantes primaires (qui leur sont directement utiles), secondaires (qui leur servent à mieux appréhender leur environnement), et inutiles. Au total, ils sont capables de nommer vivantes ou de types de vivants.

Danses traditionnelles