La paralysie du sommeil est une parasomnie selon la Classification internationale des troubles du sommeil, qui se caractérise par le fait que le sujet, sur le point de s'endormir (paralysie hypnagogique) ou de s'éveiller (paralysie hypnopompique) mais tout à fait conscient, se trouve dans l'incapacité d'effectuer tout mouvement volontaire. ou avec un extrême effort. Une fois un mouvement effectué, la victime reprend une maîtrise totale d'elle-même. À cette sensation d'immobilisation sont couramment associées des hallucinations auditives, sensitives ou visuelles ainsi que des impressions d'oppression, de suffocation, de présence maléfique et de mort imminente. Le sujet, dans l'impossibilité d'articuler les sons et de prévenir l'entourage, éprouve le plus souvent un sentiment d'anxiété et de frayeur.

Ce trouble du sommeil est dû à des intrusions du sommeil paradoxal et de l'absence de tonus musculaire qui l'accompagne lors des transitions entre veille et sommeilDictionnaire médical : Paralysie du sommeil, publié le 20 septembre 2006 sur le site de l'informationhospitaliere.com (consulté le 26 janvier 2018).. Relativement fréquente dans la population générale, la paralysie du sommeil apparaît généralement chez des personnes dépourvues de tout trouble clinique. Elle peut cependant être aussi l'un des symptômes de la narcolepsie.

La paralysie du sommeil est mentionnée dans les traités médicaux depuis l'Antiquité. Son caractère étrange et déconcertant a été à l'origine, au cours des âges et à travers les diverses cultures, de nombreuses superstitions et thèmes mythologiques ou fantastiques, dont plusieurs artistes, littérateurs, peintres, sculpteurs, se sont inspirés.

Aspects cliniques La paralysie du sommeil est une parasomnie associée au sommeil paradoxal. Elle se manifeste lors des transitions entre l'éveil et le sommeil, soit au moment de l'endormissement (état hypnagogique), soit au réveil (état hypnopompique).

La personne est consciente et réveillée mais elle se retrouve partiellement immobilisée. L'épisode de paralysie du sommeil dure entre quelques secondes et quelques minutes ; la personne revient ensuite à son état normal, soit spontanément, soit à la suite d'une stimulation extérieure.. L'impossibilité de faire un mouvement, de crier, de prévenir son entourage et, dans certains cas, l'apparition d'hallucinations hypnagogiques ou l'impression d'étouffement font que cette expérience est souvent associée à des sentiments de peur et d'angoisse.

En laboratoire, on observe l'absence de tonus des muscles axiaux et périphériques, de fréquentes petites secousses musculaires ainsi que des mouvements des yeux et des paupières. La respiration est conservée et l'électro-encéphalogramme présente un tracé de veille.

Mécanisme de la paralysie du sommeil Le principe général des parasomnies est que, les états d'éveil et de sommeil ne s'excluant pas entre eux au niveau des systèmes neuronaux, il peut à l'occasion s'effectuer des mélanges ou des recouvrements de ces deux états. Ainsi certaines caractéristiques d'un état de veille ou de sommeil peuvent apparaître au cours d'un autre état, même chez le sujet sain..

Une des caractéristiques du sommeil paradoxal est l'atonie musculaire, c’est-à-dire la diminution du tonus des muscles. Elle est due à la forte inhibition des motoneurones spinaux par la libération d'un neurotransmetteur, la glycine.. Les commandes motrices n'activent donc plus les muscles squelettiques posturaux, de sorte que le dormeur, pendant cette phase où le cerveau est particulièrement actif, ne mette pas en action ses rêves et n'effectue pas des mouvements qui pourraient s'avérer dangereux pour lui-même ou autrui Comme cela se produit par exemple dans le trouble du comportement en sommeil paradoxal. (l'activité des muscles respiratoires et du muscle cardiaque est cependant conservée, de même que celle de certains petits muscles comme ceux des yeuxLes yeux produisent durant cette phase les fameux mouvements oculaires rapides. Cette exception a aussi été employée pour montrer que le rêve lucide était un phénomène objectivement vérifiable. et de l'oreille moyenne).

La paralysie du sommeil s'explique par l'intrusion imprévue de cette atonie musculaire lors d'une transition entre veille et sommeil et, très probablement, par le fait que le sujet devenu éveillé et conscient perçoive cette absence de tonus musculaire.

Prévalence dans la population La prévalence de la paralysie du sommeil serait très variable en fonction du groupe ethnique et du sexe biologique, avec un risque plus important chez les ethnies non caucasiennes et les femmes, mais cette variabilité est sujette à controverse.. On a aussi remarqué que, dans certains cas, plusieurs sujets d'une même famille étaient affectés.

Selon les études, 25 à 30 % de la population générale l'expérimentent, au moins sous une forme légère, une fois dans la vie (« Diverses études récentes dont la nôtre suggèrent qu'entre 25 et 30 % de la population rapporte avoir vécu au moins une forme légère de paralysie du sommeil au moins une fois et, parmi ceux-ci, 20 à 30 % en ont eu plusieurs fois l'expérience. ») (Allan Cheyne, Sleep Paralysis and Associated Hypnagogic and Hypnopompic Experiences). ().. Seuls 0,3 à 6,2 % des cas l'expérimentant de façon régulière et sous une forme plus ou moins sévère. La paralysie du sommeil apparaît le plus souvent à l'adolescence, avec un pic statistique autour de 17 ans James Allan Cheyne, « Sleep Paralysis and Associated Hypnagogic and Hypnopompic Experiences »., et reste, selon certaines sources, également répandue quels que soient l'âge et le sexe.

Si la plupart des paralysies du sommeil se produisent chez le sujet ne présentant aucun trouble clinique (on parle alors de « paralysie du sommeil isolée »), ce trouble est parfois associé à la narcolepsie (20 à 40 % des narcolepsies manifestent ce symptôme). Dans ce cas, la paralysie du sommeil se produit alors généralement à l'endormissement.

Facteurs favorisants Ces paralysies peuvent être causées par plusieurs facteurs : la fatigue ou un sommeil non réparateur. ; des horaires de sommeil irréguliers (par exemple en cas de décalage horaire ou d'emploi à horaires alternés). ; l'endormissement sur le dos ; une position non habituelle à l'endormissement ; un endormissement difficile amenant de la nervosité ; le surmenage ; l'anxiété et le stress importants ; le fait d'avoir subi des abus sexuels ; un changement de style de vie trop brusque (comme le changement de lieu de vie ou de situation professionnelle) ; la consommation de drogues. ; la prise de certains médicaments. ; des troubles mentaux., tels que la bipolarité ; la lumière ambiante et/ou l'exposition à la lumière bleue des écrans ; certains exhausteurs de goûts, contenant notamment du glutamate de sodium.

Hallucinations associées

À la paralysie du sommeil sont souvent associées des expériences qu'on peut à proprement qualifier d'hallucinations dans le sens où, ceux qui les vivent, sont parfois convaincus de leur réalité; une remise en question n'intervenant le plus souvent qu'après la prise de connaissance du phénomène et de son aspect hallucinatoire. Leur origine est à rapprocher de celle des rêves qui caractérisent le sommeil paradoxal.. Il est à noter que l'aspect purement médical fait encore débat actuellement, les hallucinations marquant émotionnellement le sujet, dans la plupart des cas, plus que la paralysie en elle-même.

Ces hallucinations visuelles, auditives, tactiles, kinesthésiques, tournent souvent autour du thème de la présence menaçante d'un ou plusieurs intrus dans la chambre. Elles sont parfois intenses. Il serait cependant exagéré de croire qu'elles seraient systématiquement éprouvées par l'ensemble des individus dans la population générale qui ont occasionnellement connu une telle expérience. En fait, seuls 5 % décrivent avoir vécu une expérience de paralysie du sommeil associant la peur à un panel complet d'hallucinations, comprenant vision et audition d'un intrus, sensations d'écrasement ou d'étouffement, entre autres. Ainsi, si l'hallucination la plus caractéristique et la plus fréquente est la sensation d'une présence (sans qu'elle soit nécessairement aperçue), selon une étude portant sur un échantillon de la population générale, les hallucinations visuelles sont bien moins courantes (Traduction en français)..

Les hallucinations auditives (bruits de pas, voix et autres sons), les expériences sensorielles de pression, d'écrasement par un poids sur le torse, les sensations de picotements électriques, les hallucinations kinesthésiques et cénesthésiques (sensations de « sortie du corps », de chute ou de lévitation) sont rapportées par plus de la moitié des sujets. Un peu moins de la moitié signalent une impression d'étouffement ou bien des hallucinations tactiles.

Beaucoup moins communes sont d'autres impressions comme des sensations de vibration, de douleur ou de froid, des odeurs, des mouvements des couvertures ou des interactions sexuelles, en particulier violentes et abusives.

Ces hallucinations sont accompagnées d'émotions, les plus fréquentes et ressenties avec le plus d'intensité étant la peur et le sentiment de danger ou de mort imminente ; mais certaines personnes ont décrit, plus rarement, avoir ressenti de la colère, de la tristesse, un sentiment agréable d'extase ou bien des désirs érotiques James Allan Cheyne, « Waterloo Unusual Sleep Experiences Questionnaire – a Technical Report », Department of Psychology University of Waterloo, mai 2002..

Traitement et solutions au trouble Si les crises sont persistantes, il est recommandé de vérifier si elles ne sont pas associées à la narcolepsie. Autrement, à moins de formes sévères ou familiales, il n'est besoin d'aucun traitement médicamenteux.

Bien que le trouble ne présente aucun danger en soi, il peut avoir un fort impact psychologique sur le sujet. C'est généralement l'angoisse accompagnant les crises qui amène la personne souffrant de paralysie du sommeil à consulter. Aussi le traitement doit lui permettre de relativiser son expérience par l'explication des phases du sommeil et en particulier de l'atonie musculaire du sommeil paradoxal.. Il faut bien sûr limiter les facteurs favorisants, s'il s'en trouve. Il est alors conseillé d'apprendre des techniques de relaxations afin de dédramatiser, de respirer de manière abdominale pour se calmer et de modifier ses pensées en pratiquant la pensée positive et la visualisation des sentiments avant le sommeil.

Gérer les paralysies du sommeil Cela dit, différents auteurs ont publié quelques méthodes permettant de mieux gérer les crises de paralysie du sommeil lorsqu'elles surviennent.

La paralysie du sommeil n'est pas obligatoirement un phénomène effrayant. Il semblerait que l'aspect terrifiant des hallucinations, tel que certaines personnes l'éprouvent, dépend en grande partie de leur état d'esprit : le fait de se sentir immobilisé provoque la panique et la panique induit le caractère cauchemardesque des hallucinations. En faisant disparaître la peur qui accompagne le phénomène, on fait aussi disparaître les expériences désagréables. Un conseil est donc de maîtriser ses émotions et, en particulier, d'éviter de lutter et de se débattre, réactions qui accroissent l'angoisse et intensifient les aspects désagréables de l'expérience. Il est aussi possible de modifier ses sentiments en évoquant des émotions positives..

Certaines techniques permettent de provoquer rapidement un réveil complet. L'une consiste à se concentrer sur sa respiration et en prendre le contrôle, en la ramenant à un rythme régulier et en pratiquant des respirations profondes. Tousser volontairement conduit au même résultat.