La gare de Caen, autrefois appelée gare de l'Ouest ou gare de l'État, est une gare ferroviaire française de la ligne de Mantes-la-Jolie à Cherbourg, située à proximité du centre-ville de Caen, dans le département du Calvados, en région Normandie.
C'est une gare de la Société nationale des chemins de fer français (SNCF), desservie par de nombreux services régionaux du réseau TER Normandie. Les liaisons typiques relient Caen à Cherbourg-en-Cotentin, Lisieux, Évreux, Paris, Rouen, Saint-Lô, Rennes, Bayeux, Argentan, Alençon, Le Mans et Tours.
Situation ferroviaire
Établie à huit mètres d'altitude, la gare de Caen est située au point kilométrique (PK) 238,908Gérard Blier, Nouvelle géographie ferroviaire de la France, Paris, La Vie du Rail, 2, planche de la ligne de Mantes-la-Jolie à Cherbourg, entre les gares ouvertes de Frénouville - Cagny et de Bretteville - Norrey.
Ancienne gare de bifurcation, elle était également l'origine de la ligne de Caen à Cerisy-Belle-Étoile non exploitée, de la ligne de Caen à Vire déclassée et de la ligne de Caen à Dozulé - Putot déclassée elle aussi.
Histoire
La première gare provisoire (1855–1857)
En 1846, la réalisation d'une nouvelle ligne reliant Paris à Caen à partir de Mantes-la-Jolie est concédéeLoi du 21 juin 1846, Recueil des lois, décrets, conventions et cahiers des charges concernant le réseau concédé à la compagnie des chemins de fer de l'Ouest, ; mais les travaux de cette ligne, prolongée jusqu'à Cherbourg, ne commencent qu'en 1853 du fait de la crise financière de 1847 puis des événements de 1848Alfred Picard, Les chemins de fer français : étude historique sur la constitution et le régime du réseau, Paris, J. Rothschild, 1884, 2, Henri Nicolle, De Paris à Cherbourg en chemin de fer, Guide-itinéraire contenant l'historique complet des travaux de la digue et du port de Cherbourg, Caen, Alfred Bouchard, 1860, . À Caen, une vive polémique oppose les édiles et la compagnie du chemin de fer de Paris à Caen et à Cherbourg sur l'emplacement de la nouvelle gare à construireOù placer la gare de Caen ? sur le Blog sur l'histoire de la ville de CaenLa Vie du Rail, , 20 avril 1980, . Six projets sont proposés, mais deux options principales sont en fait opposées : la municipalité souhaite que la gare soit implantée au plus près du centre-ville ; la compagnie préfère les sites en rive droite de l'Orne à Vaucelles, à proximité du port de CaenPaul Dartiguenave, Bretteville-sur-Odon du aux années 1970, Paris, Éditions Publibook, 2001, . Le , le conseil municipal décide d'accepter le projet de la compagnie qui décide d'implanter la gare dans la prairie des abattoirs à Vaucelles.
Malgré les désaccords sur l'implantation de la gare caennaise, les travaux de la ligne avancent et le premier train de la Compagnie des chemins de fer de l'Ouest (qui a absorbé la compagnie du chemin de fer de Paris à Caen et à Cherbourg) arrive le dans une gare provisoire bâtie au sud de la route de Paris, à cheval sur la limite communale entre Caen et Mondeville.« La nouvelle gare à Caen », Revue illustrée du Calvados, , décembre 1912, , . Après avoir été officiellement inaugurée le suivantL'ordre et la liberté, , , 22 décembre 1855, la gare est ouverte à l'exploitation le L'ordre et la liberté, , , 29 décembre 1855Direction générale des Ponts et Chaussées et des chemins de fer, Situation centrale des chemins de fer – Chemins de fer français – Situation au décembre 1868, Paris, Imprimerie impériale, 1869, .
La gare actuelle au
C'est finalement à proximité des abattoirs de Vaucelles que la gare définitive est construite. Les bâtiments sont terminés en François Robinard, Caen avant 1940 : rétrospective de la vie caennaise de 1835 à 1940, Caen, Éditions du Lys, 1993, . Le bout de ligne de deux kilomètres entre Mondeville et la nouvelle gare de Caen est ouverte le Direction générale des Ponts et Chaussées et des chemins de fer, , , mais la gare n'est officiellement inaugurée que le par l'Empereur Napoléon et l'Impératrice Eugénie. Le bâtiment voyageurs a la particularité d'être construit « dos à la ville », obligeant ainsi les usagers à contourner la gare afin de rejoindre le centre de Caen. Au nord, en effet, entre l'Orne et les halles pour voyageurs, est aménagée la gare-marchandise. Celle-ci est reliée aux abattoirs, facilitant ainsi le transport du bétail, et un pont la raccorde au quai de Juillet et au bassin Saint-Pierre situés de l'autre côté du fleuve.
Dans les années 1870, la gare fait l'objet de nouveaux travaux. En 1873, afin de permettre l'acheminement de trains entiers vers le port de Caen, un nouveau pont ferroviaire à structure métallique est bâti en aval de l'ancien pont. En 1876, le bâtiment voyageurs est restauré et, le , un décret approuve le projet présenté par la Compagnie de l'Ouest pour l'agrandissement de la gareDépartement du Calvados – Conseil général – Rapport de M. le Préfet – Sessions d'août 1876, Caen, Pagny, 1876, . De nouveaux locaux sont alors construits au sud-est du bâtiment voyageurs (actuel technicentre).
L'étoile ferroviaire de Caen vignette|Étoile ferroviaire de Caen vers 1905
Dès 1858, la ligne Paris - Caen est prolongée jusqu'à Cherbourg. En 1873, la ligne de Caen à Cerisy-Belle-Étoile est ouverte, permettant la liaison Caen - Flers - Laval. En 1877, un raccordement entre la gare de Caen et la ligne de Caen à la mer autorise des liaisons directes vers Courseulles-sur-Mer ; la gare prend alors le nom de gare de Caen - Ouest pour la distinguer de la gare de Caen-Saint-Martin, terminus de la ligne de Caen à la mer. Vers l'est, la ligne de Caen à Dozulé - Putot est ouverte en 1881. Enfin en 1886, le premier tronçon de la ligne de Caen à Vire est ouvert ; la ligne est terminée en 1891. La gare de Caen devient donc à la fin du le centre d'un véritable réseau régional. La plupart de ces lignes ont été fermées dans la seconde moitié du . La gare de Caen reste toutefois au cœur d'un réseau inter-régional important, grâce aux étoiles ferroviaires de Mézidon et de Lison.
Par ailleurs, la gare était desservie par le tramway électrique de Caen (1901–1937), et par les trains à vapeur des chemins de fer du Calvados pour des relations : vers Falaise (1902–1932), Dives-sur-Mer (1904–1932) et Luc-sur-Mer (1904–1944).
La reconstruction de la gare dans les années 1930
vignette|Les troupes des Alliés, en 1944. vignette|La station des chemins de fer du Calvados et le tramway électrique, face à la gare, vers 1910.
En 1908, l'Administration des chemins de fer de l'État rachète la Compagnie de l'Ouest et reprend donc la gestion de la gare. En 1909, est évoqué devant le conseil municipal l'idée de déplacer les abattoirs et de « retourner la gare » du côté du centre-ville. En 1912, la municipalité présente officiellement un projet à l'Administration de l'État. Mais le projet est jugé trop coûteuxDépartement du Calvados – Conseil général – Délibérations – Première session de 1928, Caen, A. Olivier, 1928, .
Un projet de réaménagement de la gare, sans modifier son emplacement, est présenté une première fois en février 1929 devant le conseil municipal, mais un différend financier opposant la mairie et l’administration des chemins de fer de l'État le retarde. Ce n'est qu'en mai 1931 que les deux parties se mettent d'accord. Les travaux ne commencent qu'en 1933 sous les ordres d'Henri Pacon. La nouvelle gare est inaugurée en 1934Fanette Roche-Pézard, « Gérard Monnier : l'architecte Henri Pacon, 1882–1946 » dans les Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 1985, Vol.40, , S Gille Delafon, « La nouvelle gare de Caen », La Construction moderne, 16 février 1936, , , .
La gare depuis la Seconde Guerre mondiale
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le quartier de la gare subit des bombardements aériens de la Royal Air Force à plusieurs reprises. La gare fait également l'objet de plusieurs actes de sabotage de la part de la Résistance intérieure. Mais c'est surtout pendant la bataille de Caen en 1944 que la gare est sévèrement touchée. C'est le premier objectif visé par les Alliés dans la nuit du ; elle est à nouveau attaquée le . Même après la libération totale de la ville (), la gare est encore bombardée, mais par la Luftwaffe cette fois ()Caen et la Seconde Guerre mondiale. Dès la reprise en main de la ville par les Alliés, les autorités anglaises gèrent la gare. ; cette tutelle dure jusqu'à la fin de l'été 1945. Le bâtiment voyageurs et le dépôt de locomotives. sont peu touchés. Mais les ateliers, les bâtiments de service et le triage sont à reconstruire. On envisage alors de bâtir une nouvelle gare orientée vers le centre-ville, rue Général-DecaenÉdouard Tribouillard, Caen après la bataille : la survie dans les ruines, Caen/Rennes, Mémorial de Caen/Éditions Ouest-France, 1993, . Mais finalement le bâtiment voyageurs, dont le gros œuvre n'a pas souffertLa gare en 1944, est restauré dans son état d'avant-guerre. La gare conserve donc l'originalité de tourner le dos au centre historique.
Les relations avec Paris reprennent le via Argentan.
En 1953, un relais routier (actuelle gare routière) est construit à l'emplacement des anciennes messageries. Doté de quatorze quais, ce centre d'échanges est directement relié au bâtiment voyageurs de la gare..
La gare est rénovée à deux reprises : une première fois en 1984–1986 et une seconde fois, de manière plus importante, en 2008–2009. Une galerie est construite devant le bâtiment principal. Après l’aménagement du quartier des rives de l'Orne, l'entrée nord en lien avec le centre-ville est améliorée par la construction d'un édicule plus vaste, mais il n'est toujours pas prévu de construire un nouveau bâtiment voyageursOuest-France, 28 février 2009.
Fréquentation De 2015 à 2024, selon les estimations de la SNCF, la fréquentation annuelle de la gare s'élève aux nombres indiqués dans le tableau ci-dessous..
Elles est la deuxième gare régionale en termes de trafic passager après la gare de Rouen-Rive-Droite.
Année2015201620172018201920202021202220232024Voyageurs4 255 508Voyageurs etnon voyageurs5 146 553
Architecture
La première gare (1857–1934) Le premier bâtiment voyageurs est construit en 1857 sur le modèle des gares de première classe de la Compagnie de l'Ouest. Sa façade est similaire à celle de la gare du Mans, ouverte en 1854. Un corps central de cinq travées, surmonté d'une horloge, est flanqué de deux ailes en retrait de sept travées chacune. D'inspiration néo-classique, cette façade aux lignes très simples est scandée par des baies en plein cintre surmontées d'un entablement élémentaire. Les quais sont protégés par deux grandes halles métalliques. Les chapiteaux des trois piliers soutenant ces halles sont ornés des écussons aux armes des villes de Paris, Caen, Cherbourg, Lisieux et Saint-Lô.
La deuxième gare (depuis 1934)