Le Krag-Jørgensen est un fusil à verrou conçu par les Norvégiens Herman Ole Johannes Krag et Erik Jørgensen, créateurs de plusieurs fusils à la fin du .

Ce qui distingue particulièrement le Krag-Jørgensen des armes qui lui sont contemporaines est son magasin. À la différence d'autres fusils de son époque, le magasin du Krag-Jørgensen n'était pas une pièce à part. Au contraire, celui-ci faisait partie de la boîte de culasse du fusil, comportant une ouverture montée sur le côté droit, et une fermeture articulée. Les cartouches étaient passées dans l'ouverture latérale, puis enfoncées dans le magasin au moyen d'un ressort.

Ce mécanisme présente des avantages et des inconvénients vis-à-vis des magasins standards. Il est notamment impossible de charger un Krag-Jørgensen au moyen d'un chargeur. En effet, bien que certaines modifications aient rendu possible le chargement en une fois du fusil, le mode normal de rechargement était d'une cartouche à la fois. D'un autre côté, au contraire d'autres fusils à chargement par le dessus, le Krag-Jørgensen pouvait être rechargé sans ouvrir la culasse. La relative complexité de fabrication de ce magasin est à l'origine, selon certains, du nombre relativement restreint d'armées qui furent équipées du Krag-Jørgensen.

Aujourd'hui, le Krag-Jørgensen est un fusil populaire auprès des collectionneurs, et est apprécié par les tireurs pour son maniement souple.

Histoire Les années 1880 furent une période intéressante quant au développement des armes à feu modernes. Pendant cette décennie la poudre sans fumée s'est largement répandue, et le calibre de divers fusils de service se rétrécit. Plusieurs nations adoptèrent des fusils à répétition à petit calibre durant cette période.

Bien que la Norvège ait adopté le fusil Jarmann M1884 en 1884, il fut bientôt clair que c'était au mieux une arme temporaire. Krag Ole, capitaine dans l'armée norvégienne et directeur de la Kongsberg Våpenfabrikk (fabrique d'armes du gouvernement), poursuivit donc le développement de petites armes comme il le faisait déjà depuis au moins 1866. Peu satisfait avec le magasin tubulaire du fusil Jarmann et de son prédécesseur, le Krag-Petersson, il enrôle alors le maître armurier Erik Jørgensen. Ensemble ils développèrent le magasin capsule. Le dispositif principal de ce magasin étant qu'au lieu d'être saillant en dessous du canon, celui-ci entourait la culasse. Les premiers modèles contenaient dix coups, et ont été spécialement adaptés aux versions modifiées du Jarmann - bien qu'ils pouvaient être adaptés à n'importe quel autre fusil à verrouHanevik, Karl Egil (1998). Norske Militærgeværer etter 1867.

En 1886, le Danemark était sur le point d'adopter un nouveau fusil pour ses forces armées. Un des premiers prototypes du nouveau fusil a été envoyé au Danemark. Les retours donnés par les Danois furent essentiels dans le développement ultérieur de l'arme. Les tests effectués au Danemark permirent de constater qu'il fallait alléger le fusil. Krag et Jørgensen décidèrent donc de transformer le magasin en ce qu'ils appelèrent la « demi-capsule ». Contenant cinq coups au lieu de dix auparavant. Ils mirent en place également un certain nombre de leurs propres idées, ainsi que celles d'autres armuriers, afin de concevoir un tout nouveau modèle de verrou pour leur fusil. Le long extracteur, inspiré du mécanisme Jarmann, était situé sur le dessus du fusil, alors que le Mauser Gewehr 71/84 inspira les surfaces courbes utilisées pour l'expulsion des douilles. Peu après que l'arme fut adoptée par l'armée danoise, ils essayèrent une version disposant de deux tenons de verrouillage à l'avant. Cependant, cette dernière version fut abandonnée afin de gagner du poids et de réduire les coûts. En effet, le verrou disposait déjà de trois attaches, ce qui était plus qu'assez pour les munitions de l'époque.

Tous les fusils construits jusqu'à la Seconde Guerre mondiale comportaient également un mécanisme d'arrêt, afin de permettre l'utilisation du fusil au coup par coup.

Fusils Krag-Jørgensen danois Après des essais laborieux, le fusil de Krag-Jørgensen a été adopté par le Danemark le . Le fusil danois se distinguait par plusieurs aspects important des armes adoptées peu après aux États-Unis et en Norvège, en particulier par l'utilisation d'une porte de magasin articulée vers l'avant (vers le bas pour les autres versions), l'utilisation de cartouches à bourrelet et d'un recouvrement externe en acier pour le canon.

Le Krag-Jørgensen danois était prévu pour les cartouches 8x58R (), et fut, du moins au cours des premières années de son utilisation, utilisé au coup par coup, car il y a un cut-off du côté gauche, conservant le magasin en tant que réserve. la cartouche avait été élaborée pour le Rolling Block danois, fusil mono coup qui précédait le Krag.

Il est resté en service jusqu'à l'invasion allemande du Danemark le .

C'est une arme bien équilibrée malgré sa longueur. La fabrication est très soignée en noyer et acier nordique. L'arme est robuste et tire une puissante cartouche, équivalente du 8mm mauser ou du 8mm lebel (dont le diamètre du canon est identique). Malgré un système de visée relativement simple, la précision obtenue s'avère excellente aux distances d'engagement. La fluidité du verrou est parfaite : chambrer une cartouche est imperceptible car il n'y a aucun accroc métallique. L'approvisionnement de l'arme peut se faire grâce à des chargettes en carton contenant les 5 cartouches qu'on déverse dans le chargeur.

La baïonnette est toute particulière, à poignée métal/bois et arrondie.

Modèles de Krag-Jørgensen utilisés au Danemark Bien que les sources soient raresSite décrivant des variantes danoises du Krag-Jørgensen, Consulté le 26 jan. 2005 concernant les variantes danoises du Krag, on peut tout de même distinguer au minimum les modèles suivants: Le Fusil 1889, ne disposait pas de garde-main, mais bien d'une poignée de verrou droite, et d'un canon recouvert d'acier. Ce fusil est typique de l'époque, en ce sens qu'il présente un long canon ainsi qu'une crosse adaptée à l'épaule, sans poignée. Il fut d'abord fabriqué sans chien, une entaille faisant l'affaire. En 1910, il lui fut ajouté une sécurité manuelle, placée sur le côté droit de la boîte de culasse, juste derrière le levier d'armement fermé. La Carabine d'artillerie 1889 et la Carabine d'infanterie 1889, se distinguaient uniquement par le placement des attaches de bandoulières, et ressemblaient à une version raccourcie du Fusil 1889 La Carabine du Génie M1889 disposait d'une crosse en bois et était plus courte que les autres carabines. Le Fusil de précision M1928 est une variante du M1889 présentant un canon plus lourd et une crosse en bois.

Fusils Krag-Jørgensen américains Comme beaucoup d'autres nations, les États-Unis recherchaient également un nouveau fusil afin d'équiper leurs forces armées vers 1890. Une compétition eut lieu en 1892, comparant des fusils produits par Lee, Krag, Mannlicher, Mauser, Schmidt-Rubin, et environ 40 autres armes de conception civile et militaire. Les épreuves eurent lieu sur l'île des Gouverneurs, dans l’État de New York. En dépit des protestations des inventeurs et des fabriques d'armes américains (deux concepteurs, Russell et Livermore, allèrent même jusqu'à poursuivre le gouvernement des États-Unis en justice), une forme améliorée du Krag-Jørgensen remporta le contrat. Le fusil fut officiellement adopté par les États-Unis en 1892 pour remplacer le Springfield M1873 à simple coup. Environ 500 000 Krags ont été produits par l'arsenal de Springfield dans le Massachusetts entre 1894 et 1904. C'était le fusil principal de l'armée américaine de 1894 à 1903, quand il fut remplacé par le Springfield Springfield M1903 qui disposait de cartouche balistiquement similaire de type .30-03. Le Krag-Jørgensen fut utilisé au cours des guerres hispano-américaine et philippino-américaine.

Les Krags américains étaient chambrés pour les cartouches .30-40 Krag. Celles-ci étaient les premières cartouches sans fumées adoptées par l'armée des États-Unis. Ces cartouches de étaient propulsées par 40 grains de poudre, soit environ 2,5 g.

Modèles de Krag-Jørgensen utilisés aux États-Unis Il existait au moins neufSite décrivant des modèles de Krag-Jørgensen américains Consulté le 26 jan. 2005 modèles différents de Krag-Jørgensen utilisés aux États-Unis : Le M1892 Rifle, équipé d'un canon de et d'un magasin coupé fonctionnant en position verticale. Il se distingue par la tige de nettoyage en dessous du canon. La M1892 Carbine est probablement un prototype, car un seul exemplaire est connu. Elle se distingue uniquement du M1892 Rifle par son canon de 22 pouces au lieu de 30. Le M1896 Rifle bénéficie d'une mire arrière améliorée, et d'une précision accrue grâce à des tolérances plus strictes. La crosse est également légèrement épaissie. Le M1896 Cadet Rifle était équipé d'une tige de nettoyage comme le M1892 Rifle. Seuls environ 400 exemplaires ont été produits. La M1896 Carbine, carabine présentant les mêmes modifications que le M1896 Rifle. Le M1898 Rifle est essentiellement le M1896 Rifle amélioré de quelques nouveautés techniques. La M1898 Carbine, carabine disposant des mêmes améliorations que le M1898 Rifle. La M1899 Carbine, pratiquement le même que le M1898 Carbine, mais présentant une crosse légèrement plus longue, et pas d'attache de bandoulière. La M1899 Constabulary carbine fut construit spécifiquement pour les Philippines. Essentiellement une M1899 Carbine disposant d'une crosse allongée, d'une fixation pour une baïonnette, et d'adaptations afin de permettre le placement de celle-ci.

Fusils Krag-Jørgensen norvégiens

La Commission suédo-norvégienne chargée de l'attribution des marchés portant sur les fusils pour les armées suédoises et norvégiennes vit le jour en 1891. Une de ses premières tâches fut de trouver le meilleur calibre pour la future arme. Celui-ci fut fixé à . Cette munition était connue aussi bien en tant que 6,5x55 Scan, 6,5x55 Mauser, 6,5x55 suédoise et 6,5x55 Nor, bien que la longueur de la douille de la cartouche 6,5x55 Nor fut supérieure de aux autres modèles. En raison des différentes interprétations de la norme donnée par le plan de fabrication — i.e. Krag utilisait les tolérances les plus larges pour ses munitions, alors que le Mauser suédois en utilisait les plus petites — un petit pourcentage des munitions produites en Norvège pouvaient exiger une certaine insistance afin d'être introduite complètement dans le magasin des fusils suédois. À la suite de ce problème, une rumeur enfla rapidement en Suède, affirmant que les cartouches suédoises pouvaient être utilisées dans les fusils norvégien, mais non l'inverse. De plus, certains déclarèrent que ce détail technique était délibéré, afin de permettre aux Norvégiens l'emploi des munitions capturées tout en empêchant aux Suédois d'en faire de même, conférant un avantage tactique certain à l'armée norvégienne dans une guerre éventuelle. Après les premiers échos de cette rumeur en 1900, la situation fut examinée par l'armée suédoise. Ils déclarèrent la différence de calibre insignifiante, et affirmèrent que tant les cartouches suédoises que norvégiennes respectaient les tolérances décidées par la commission. En dépit de cette conclusion, l'historien suédois Josef Alm fit écho à la rumeur dans un livre publié dans les années 1930, poussant beaucoup de personnes à croire qu'il existait réellement une différence significative entre les deux types de munitions.