Le lac Qinghai (prononcé [] ; ; EFEO Thsing-haï, littéralement : « mer bleue », appelé Tso Ngönpo en Historiquement connu sous son nom mongol, translittéré autrefois de différentes formes se rapprochant , (mongol : , translittération VPMC : ; mongol cyrillique : , translittération MNS : , littéralement : « lac Bleu »).), est le plus grand lac de Chine, situé à d’altitude au nord du plateau tibétain.
Il se trouve pour sa rive sud dans le xian de Gonghe de la préfecture autonome tibétaine de Hainan et pour sa rive nord dans les xians de Haiyan et de Gangca de la préfecture autonome tibétaine de Haibei de la province du Qinghai, à laquelle il a donné son nom et dont la capitale, Xining, est située à à l'est du lac.
Géographie
C'est un lac d'altitude, situé à au-dessus de niveau de la mer et totalement recouvert de glace en hiver. Il est situé dans une cuvette au nord-est du plateau tibétain, dans l'Amdo, l'une des trois régions traditionnelles du Tibet Katia Buffetrille, The Blue Lake of Amdo and Its Island: Legends and Pilgrimage Guide, The Tibet Journal, Vol. XIX, No. 4, Winter, 1994, p. 2.. Vingt-trois rivières et ruisseaux se vident actuellement dans le lac, alors qu'il y en avait plus d'une centaine dans les années 1960. Il mesure entre et selon les sources ; sa superficie, variant selon la saison, diminue constamment depuis des années. Sa circonférence est de .
C'est un lac de soude, d'eau salée, entouré de terres cultivées par des paysans ou exploitées pour le pâturage ou le sel. C'est aussi un site écologique important et un lieu de nidification pour de nombreuses espèces d'oiseaux. C'est aussi le plus grand lac salé de la Chine, et, comme de nombreux autres lacs sacrés, il est le lieu de pèlerinage de nombreux pèlerins qui en font le tour.
Caractéristiques
Superficie : – km² (le lac se vide et son niveau varie saisonnièrement) Profondeur moyenne : Profondeur maximale : Bassin versant : Altitude : , ce qui en fait l'un des plus hauts lacs en Chine et du monde
Histoire Histoire géologique L'histoire tectonique, paléoclimatique et géologiques du lac sont en cours d'étude. Les données écologiques manquent, mais des travaux seraient en cours (études des sédiments pour comprendre les paléoclimats).
Le fond du lac est traversé sur toute sa longueur par cinq lignes de failles d'orientation nord-ouest sud-est.
De la préhistoire au début du
L'histoire ancienne de la région est mal connue. Ce lac est l'un des lacs sacrés aux yeux des Mongols et des Tibétains. L'occupation humaine de la région remonte probablement à la Préhistoire.
Cette région a fait partie du royaume de Tuyuhun (329 – 663), habité par les Xianbei (proto-mongols).
Le , pendant l'empire du Tibet (629 – 877), la Cérémonie d'alliance sino-tibétaine est célébrée à QingshuiPaul Pelliot, Histoire ancienne du Tibet, Librairie d'Amérique et d'Orient, 1961.. Sous le règne d'empereur Trisong Detsen du Tibet, un traité de paix est négocié entre la Chine et le Tibet donnant au Tibet toutes les terres de la région.
Vers 1640, les Qoshots (mongols oïrats), sous le contrôle de Güshi Khan installent le khanat qoshot autour du lac Qinghai. De là, ils conquièrent le Tibet, Güshi Khan en devint alors le roi. Les khan Qoshots se relaient alors le titre de roi du Tibet jusqu'à l'intervention des Dzoungars, puis de l'empereur de Chine en 1720, lorsque le dalaï-lama est intronisé à Lhassa et devient le représentant du Tibet sous la tutelle des Qing.
, notamment par Alexandra David-Néel en 1919 (au moment de la pandémie de grippe de 1918-1919). Elles sont aujourd'hui peuplées de paysans et presque partout cultivées ou exploitées pour le pâturage ou le sel, . Les modifications des pratiques agricoles, en particulier avec le recul de l'herbe au profit des labours, entraînent souvent une forte dégradation des sols.
Époque contemporaine
Sous la république de Chine (1912-1949), la province est contrôlée depuis Xining par la clique des Ma, famille de musulmans huis, et l'armée Ninghai.
L'histoire récente
Au début des années 1960, elle a vu également, au nord du lac, la construction, dans le district de Haiyan, dans la préfecture autonome de Haibei, d'un centre de recherche sur les armes nucléaires appelé la « Neuvième Académie », « Cité atomique du Quinghai » ou « Usine 221 », dirigé par Li Jue. C'est là, entre 1958 et 1964, que furent mises au point la première bombe atomique et deux ans plus tard la première bombe à hydrogène, lesquelles furent testées sur le site de Lop Nor au Xinjiang.
À la fin des années 1970, une usine d'enrichissement d'uranium fut construite sur le site du lac Kokonor, qui en produisait quotidiennement près de . Les Chinois indiquent que 16 armes nucléaires furent mises au point dans cette usine, avant sa fermeture en 1987 Eric A. Croddy, James J. Wirtz, Weapons of Mass Destruction: An Encyclopedia of Worldwide Policy..., Volume 2..
Selon le gouvernement tibétain en exil, à Drotsang , une usine de missiles navals a été construite en 1986 et largement développée en 1995. Les essais s'effectuaient sur le lac Qinghai Environment and Development Desk; Department of Information and International Relations; Central Tibetan Administration, Chapter 7: Nuclear Threats, 26 avril 2000 : .
Selon le gouvernement tibétain en exil, en raison du centre de recherche d'armes nucléaires, le lac Qinghai est contaminé par la radioactivité, entraînant des cancers et des malformations à la naissance chez les nomades tibétains de cette région Environment & Development Desk, Tibet's environment: A Crucial Issue, chapitre : Nucléarisation and militarisation, sur tibet.com, site du gouvernement tibétain en exil..
Le , l'agence de presse chinoise Xinhua a fait état de l'existence d'un « dépôt de 20 mètres carrés pour les polluants radioactifs » dans la préfecture autonome tibétaine de Haibei, près des rives du lac Kokonor.
Aujourd'hui, cette base est déclassifiée et ouverte au public. Fermée en 1987, elle avait été cédée au gouvernement local en 1993. On peut en visiter certaines parties : laboratoire de recherche, salle des commandes, salle de production d'électricité et salle de transmission télégraphique. Un musée a été établi à la base de Xihai. Des hôtels et des restaurants ont été construits dans le bourgLa première base de recherche sur les armes nucléaires de la Chine ouverte au public, op. cit. .
Site religieux vignette|Lamas et fidèles pratiquent un rituel au bord du lac Qinghai en 2013. C'est le plus grand lac salé du plateau tibétain mais également le plus grand lac de Chine, et comme de nombreux autres lacs sacrés, il est le lieu de pèlerinage de nombreux pèlerins qui en font le tour. Le géographe russe Nikolaï Prjevalski avait estimé que pour faire le tour complet du lac il fallait environ 8 jours à cheval et 15 en marchant, mais des pèlerins avancent des chiffres plus importants : 18 jours à cheval et 23 à pied.
Ce lac est sacré dans les cultures du tengrisme mongol et du bouddhisme tibétain.
Il y a une île à l'ouest du lac, avec un temple et quelques ermitages dénommé « Mahādeva, le cœur du lac » () qui était la résidence d'une vingtaine de moines. Aucun bateau n'était utilisé pendant l'été. Les eaux du lac étant sacrées, la navigation y était interdite L'île et le temple n'étaient accessibles à pied que pendant l'hiver, lorsque le lac était recouvert de glace. La plupart des moines et des visiteurs venaient de Mongolie. Un nomade a décrit la taille de l'île en utilisant cette métaphore : « Si au matin, une chèvre commençait à brouter le pâturage dans le sens des aiguilles d'une montre, et que ses enfants faisaient de même dans le sens inverse, ils se rencontreraient à la nuit, ce qui montre combien l'île est grande ». Le lac a donné lieu à plus d'une légende. L'origine de cette mer intérieure est attribuée à la colère d'un dieu tibétain qui demeurait très loin de là. Les habitants de la région lui ayant désobéi, ou même nié son existence, le dieu résolut de les noyer. D'un large trou, l'eau jaillit, recouvrant peu à peu tout le pays. Mais devant leurs pâturages engloutis, les gens s'étaient repentis, et le dieu envoya son aigle le plus puissant, qui laissa tomber au milieu du lac un gros rocher, et boucha le trou néfaste tout en formant une île
Situation hydrologique et écologique
Le lac saumâtre était autrefois très riche en oiseaux migrateurs et il en abrite encore beaucoup. Il était aussi un point important de nourrissage pour de nombreux animaux sauvages et pour les troupeaux nomades d'herbivores (yacks, moutons, chèvres...). Le lac est de plus en plus pollué, notamment par des rejets agricoles et urbains qui viennent s'ajouter à de plausibles importantes séquelles de la recherche et de l'industrie nucléaire militaire chinoise.
De 1959 à 1982, le lac se vide et se salinise, en raison suppose-t-on de la conjonction de plusieurs sécheresses et de l'augmentation de l'irrigation dans la région. Le déficit d'alimentation y aurait été de par an, en moyenne.
En 2004, des photos satellites montrent que le lac s'est divisé en deux, en raison de la diminution de sa surface, due à la baisse du niveau d'eau et à la désertification de la région. Le niveau de l'eau aurait baissé de sur les 30 dernières années, et la surface du lac aurait perdu . Dans les années 1960, 108 rivières se vidaient dans le lac, 85 % d'entre elles se sont taries, et notamment la Buh River, qui était l'une des principales Tso-Ngonpo (Qinghai Lake) Splits into Several Lakes sur http://www.tew.or. Source initiale : Xinhua, 2u février 2004. Courtesy of Tibet Justice Center..
Son eau est saumâtre, avec une teneur de , et basique, avec un pH de 9,6.
L'alimentation en eau provient principalement par la rivière Baha, venant du nord-ouest.
Activités économiques La pêche et la chasse semblent en déclin depuis quarante ans, dans les rivières ou dans le lac et à ses abords, soit que le poisson ait régressé, soit à la suite des rejets de déchets radioactifs dans le lac ou en raison de la salinité.
La rive sud, accessible en bus et distante de environ de la capitale régionale, est visitée et appréciée par un nombre croissant de touristes, essentiellement chinois, qui viennent brièvement faire une promenade à dos de cheval, de yack ou de chameau sur le rivage, ou visiter une partie du lac en bateau, sans beaucoup enrichir l'économie locale, hormis lors du passage dans l'un des restaurants ou par l'achat de souvenirs ou objets présentés sur des alignements d'étals (colliers, épées ornées). Des enfants et nomades se laissent photographier en costume traditionnel pour un peu d'argent. Le tourisme ornithologique (birdwatching) se développe également via des voyagistes spécialisés.
Écologie
C'est dans ce secteur aux habitats naturels variés que naissent trois des plus grands fleuves chinois (Yangzi Jiang, Mékong, fleuve Jaune). Ce fait est à l'origine du nom de la réserve naturelle des Sources des trois rivières (三江源, sānjiāng yuán en mandarin) qui, avec ses (, selon d'autres sources) est la plus grande réserve naturelle de Chine et la plus haute du monde, culminant à plus de au-dessus de niveau de la mer. En 1999, le gouvernement a lancé un programme de replantation d'herbe et d'arbres en amont des bassins de ces grands fleuves pour y freiner l'érosion. Selon le gouvernement chinois, en 2001, hectares de forêt ont été replantés et de forêt primaire font l'objet de protection contre les incendies ou le déboisement illégal ; 1,2 million d'hectares nécessitent d'être mieux surveillés, la surface boisée étant tombée à de forêt et de buissons.