Camille Desmoulins, né le à Guise et mort guillotiné le à Paris, est un journaliste et révolutionnaire français.
Considéré comme une figure majeure de la Révolution française, né dans un milieu rural, il étudie avec son ami d'enfance Robespierre au lycée Louis-le-Grand, où il se passionne pour la Rome antique. Son premier discours à Paris en 1789 est un événement déclencheur de la prise de la Bastille. Se faisant connaître comme journaliste, il devient l'un des plus jeunes députés de la Convention nationale, proche des Montagnards puis des Indulgents.
La liquidation des factions en 1794 précipite sa chute. Son exécution a lieu le sur la place de la Révolution, peu avant celle de son épouse Lucile.
Biographie Enfance, jeunesse et études Lucie-Simplice-Camille-Benoît Desmoulins est le fils aîné de Jean-Benoist-Nicolas Desmoulins et de son épouse Marie-Madeleine Godart, fille d'un laboureur prospère. Il a sept frères et sœurs. Desmoulins père, avocat puis humble juge picard sans fortune, devient un personnage local influent. Maire pendant trois ans, fondateur d'une loge maçonnique, il est « seigneur » des terres de Bucquoy et de Sémery. En 1768, il obtient la lieutenance générale du bailliage de Guise. Né le , Camille Desmoulins est baptisé le à l'église Saint-Pierre-Saint-Paul à GuiseComme l'indique son acte de baptême, La page du registre paroissial de Guise où se trouve l'acte de baptême de Camille Desmoulins est manquante pour la collection du greffe en ligne dans le site des Archives départementales de l'Aisne. L'acte est cité par Jules Claretie dans Camille Desmoulins, Lucile Desmoulins : étude sur les dantonistes, Paris, Plon, 1875, p. 17. On en trouve mention dans le registre, dans la table récapitulative de 1760, vue 199/214, https://archives.aisne.fr/ark:/63271/vta5c63c2ac785b7510/img:FRAD002_5Mi0603_1377.
En 1771, Camille entre comme pensionnaire au collège Louis-le-Grand où il fait de bonnes études. Il y obtient une bourse en 1775. Il se passionne pour les auteurs de l’Antiquité et forge de solides amitiés, en particulier avec Stanislas Fréron. Il est primé au concours général, la même année que son condisciple Maximilien de Robespierre.. Étudiant en droit, le jeune bourgeois de province obtient son baccalauréat en , sa licence en , prêtant le serment d'avocat au barreau de Paris le .
Pendant sa scolarité, il se passionne pour la poésie latine. Il publie en août 1784 son Épitre à Messieurs les administrateurs du collège Louis-le-Grand qui s'ouvre par une citation de Cicéron. Il revient sur ses années de collège et d'université et insiste sur l'ouverture de Louis-le-Grand aux étudiants talentueux où seuls les capacités et le travail font la différence. Il fait allusion au cours de l'ouvrage à Cincinnatus, le dictateur romain qui a abandonné le pouvoir pour cultiver ses champs pour mettre en avant le désintéressement et le respect des lois et de la patrie..
Malgré sa profession, il n'est pas très doué pour l'art oratoire car il est timide et atteint de bégaiements chroniquesSite revuedesdeuxmondes.fr, page sur Camille Desmoulins.. Il bredouille si bien qu'il n'a pas de clientèle et gagne difficilement sa vie en copiant des requêtes pour les procureurs..
Initié très jeune en franc-maçonnerie, son nom apparait avec le grade de maître maçon sur le tableau de la , sise à Amiens en 1776. Sa carrière maçonnique ne laisse toutefois aucune trace..
Avocat et journaliste à Paris alt=Portrait de Camille Desmoulins par Joseph Boze, vers 1790, musée des Beaux-Arts de Chartres.|vignette|Portrait de Camille Desmoulins par Joseph Boze, vers 1790, musée des Beaux-Arts de Chartres. En , Desmoulins père est nommé député aux États généraux du bailliage de Guise, mais malade, il ne prend pas place. Camille Desmoulins, lui-même limité au rôle de spectateur lors de la procession des États généraux du , rédige une réponse à cet évènement : Ode aux États Généraux. Le comte de Mirabeau, personnage politique puissant au sein des États généraux qui se positionne comme un pont entre l'aristocratie et le mouvement réformiste naissant, engage brièvement Desmoulins pour écrire dans son journal à cette époque, renforçant la réputation de Desmoulins en tant que journaliste.
Malgré son bégaiement remarqué, il devient un des principaux orateurs de la Révolution française. Son premier grand discours a lieu devant la foule réunie dans les jardins du Palais-Royal devant le café de Foy le après la démission de Necker à Versailles, prise pour un renvoi à Paris. Debout sur une table de café, un pistolet dans chaque main, il harangue la foule :
Après concertation avec l'assistance, il est convenu que la cocarde sera verte, . Il est parfois dit que Desmoulins aurait cueilli une feuille de tilleul et qu'il l'aurait placée sur son chapeau. Cependant, dans le cinquième numéro de son journal politique Le Vieux Cordelier, Desmoulins écrit qu'on lui aurait apporté un ruban vert, qu'il mit effectivement à son chapeau, puis distribua à la foule.. La cocarde verte sera bientôt remplacée par la cocarde tricolore., car la couleur verte était celle du comte d’Artois. À son appel, les Parisiens ne s'arment pas, mais organisent un cortège qui défile dans Paris et envahit les théâtres pour inviter les spectateurs à les rallier.
Ce Camille excitant le peuple à la révolte dans la journée du est à l'origine du surnom de l'« homme du . ». Il fut surnommé le « Cicéron bègue » par François-René de Chateaubriand pour son art oratoire en étant atteint de troubles de l'élocutionFrançois-René vicomte de Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, vol. I, 1848, chapitre "Marat et ses amis, p. 161..
Il fait ses débuts de journaliste en , où il publie les Révolutions de France et de Brabant, journal qui comptera 104 numéros et tirera à , ce qui lui assure l'essentiel de ses revenus. Il y dénonce constamment le complot aristocratique. Il s’oppose également au suffrage censitaire, en déclarant qu’un tel mode d’élection aurait exclu Jésus-Christ ou Jean-Jacques Rousseau. Il y ajoute avec ironie l'exclusion des juifs réclamée le par Reubell et combattue par Clermont-Tonnerre :
On lui doit, à l'occasion de ses commentaires de la fête de la fédération du (et quelques mois avant que Robespierre ne l'ait le écrit) le triptyque Ce même mois, il doit faire face à une motion officielle déposée par le monarchien Malouët demandant son arrestation et des poursuites judiciaires pour crime de lèse-nation et incitation à la guerre civile .. Il faudra l’intervention de Robespierre, qui convainc l'Assemblée de ne pas inculper le journaliste, pour lui éviter un décret de prise de corps.
Après la manifestation du Champ-de-Mars du , bien qu’il n’ait lui-même pas participé à cet évènement, son journal est suspendu. Un autre journaliste jacobin, Joseph Du Saulchoy, par admiration pour lui, prendra la relève et fera publier le journal jusqu'en .
Député à la Convention nationale vignette|Portrait posthume de Camille Desmoulins, huile de Rouillard, Versailles, musée de l'Histoire de France, 1835. vignette|redresse=1.2|Camille Desmoulins au Palais Royal en 1789 Avant et après la déclaration de guerre de 1792, Camille est résolument partisan de la paix, comme ses amis Robespierre, Danton et Marat. Cette opinion est formulée un discours prononcé au Club des jacobins le , reprise dans une brochure Jacques-Pierre Brissot démasqué en , puis le dans La Tribune des Patriotes, journal co-fondé avec Fréron. Après le 10 août 1792 et la chute de la Monarchie, il devient secrétaire du ministère de la Justice, dirigé par Danton. Il devient de plus en plus engagé dans la voie d’une répression des contre-révolutionnaires. Il est élu à la Convention nationale, où il siège parmi les montagnards, mais ne joue pas de rôle important. Le il fait preuve d'une certaine réticence à l'annexion de la Savoie en s'écriant : Albert Soboul, Histoire de la Révolution française, Paris, Gallimard, 1962, 2 vols, tome 1, De la prise de la Bastille à la chute de la Gironde.. Dans le procès du roi, en , il vote contre l'appel au peuple, pour la mort et contre le sursis. Le , il se prononce contre la mise en accusation de Marat. Beaucoup de ses contemporains voient en lui un brillant orateur, mais incapable de jouer un rôle politiqueBarère : .. Il s'oppose beaucoup à Jacques Pierre Brissot, qui l'accuse d'être corrompu. Il publie contre lui Histoire des brissotins, où il rappelle la versatilité de son adversaire, ancien proche de La Fayette. En juin il salue l'expulsion des Brissotins de la Convention.
Il s’éloigne peu à peu des montagnards, notamment après la condamnation des Girondins du qu'il aurait regrettée, d'après des sources thermidoriennes. Il fonde alors un nouveau journal, Le Vieux Cordelier (première parution le ), où il attaque les hébertistes et lance des appels à la clémence. Dans le septième et dernier numéro, resté longtemps inédit, il attaque pour la première fois Robespierre qu'il accuse d'avoir tenu au Club des Jacobins, le , contre l'Angleterre, l'ancien langage belliciste de Brissot contre l'Europe.
Procès et exécution à Paris vignette|Buste de Camille Desmoulins (François Martin dit Martin de Grenoble, musée Carnavalet).
Considéré comme dantoniste, Camille Desmoulins est arrêté en même temps que ces premiers par la technique de l'amalgame, qui avait déjà permit de liquider les hébertistes en une seule action. Le il est envoyé à l'isolement à la prison du Luxembourg.. Le lendemain à 11 heures, il est conduit devant Denisot, magistrat du tribunal révolutionnaire, qui est accompagné d'un greffier et d'un substitut de l'accusateur public. Desmoulins doit répondre aux trois mêmes questions que les autres dantonistes, à savoir son identité, s'il « a conspiré contre la nation française en voulant rétablir la monarchie, détruire la représentation nationale et le gouvernement républicain » et s'il dispose d'un défenseur.. Il répond « non » aux deux dernières questions.
Réinterrogé sur son identité devant le Tribunal révolutionnaire, Desmoulins répond : .. Exclu des débats à la demande de Saint-Just, il est condamné à mort. Le , il écrit une lettre déchirante à sa femme Lucile : ..
Il semble que Robespierre ait cherché à sauver Desmoulins qu'il connaissait personnellement depuis l'enfance, mais il dut se résigner à le faire comparaître devant le Tribunal révolutionnaire sous la pression des autres membres du Comité de Salut Public, Saint-Just en tête.
Il est guillotiné place de la Révolution en même temps que Danton et leurs amis le . Ses restes sont inhumés dans une fosse commune du cimetière des Errancis avant d'être transférés aux catacombes de Paris..
Son épouse, Anne Lucile Laridon-Duplessis est également guillotinée une semaine plus tard, le à l'âge de .
Avec Philippeaux, il est le seul parmi les indulgents à avoir été réhabilité par la Convention thermidorienne puis par le Directoire..
Mariage et descendance gauche|vignette|Camille Desmoulins, sa femme Lucile et leur bébé Horace.Portrait de famille (artiste anonyme ), Versailles, Musée national du Château de Versailles, 1792. vignette|Plaque au rue de l'Odéon (Paris), où il vit de 1782 à 1794. Camille Desmoulins épouse Anne Lucile Laridon-Duplessis le en l'église Saint-Sulpice à Paris. Ce jeune couple, qui s’est écrit de nombreuses lettres d’amour, est considéré comme un symbole des « amours sous la Révolution française ». Les témoins du mariage sont notamment Maximilien de Robespierre et Louis-Sébastien Mercier. L'acte de mariage dans le registre paroissial de l'église Saint-Sulpice est ainsi rédigé :