L’Énéide (en latin : , mot de forme grecque, génitif : Aeneidos) est une épopée de Virgile, le plus prestigieux exemple de ce genre littéraire en langue latine, composée en hexamètres dactyliques. De même que l’Iliade et l’Odyssée , l’ouvrage a suscité l’admiration de générations de lettrés de l’Antiquité jusqu’à nos jours, et fut une source d’inspiration récurrente pour les artistes et les poètes.

L’Énéide est le récit des épreuves du Troyen Énée, ancêtre mythique du peuple romain, fils d’Anchise et de la déesse Vénus, depuis la prise de Troie jusqu’à son installation dans le Latium, en Hespérie (Italie). Écrit entre 29 et 19 av. J.-C., le poème se divise en douze chants et contient, à la mort de Virgile, environ .

Composition et résumé L'épopée est composée de douze chants. Son organisation a été analysée de plusieurs manières. On peut diviser l’Énéide en deux parties de six chants chacune : Dans la première partie, Virgile dépeint les voyages d'Énée après la chute de Troie, jusqu’à son arrivée dans le Latium en Hespérie, selon les vœux des dieux, pour fonder la nouvelle Troie. Il raconte sa fuite de Troie en flammes, son départ vers l'Afrique et la Sicile, les tempêtes et épreuves durant son voyage, sa rencontre avec une femme, Didon, qui tombe amoureuse de lui et cherche à le convaincre de ne pas poursuivre son périple, sa descente aux Enfers pour rencontrer son père Anchise. Dans la seconde partie (chants VII à XII), Virgile relate les conflits que durent livrer Énée et ses compagnons pour conquérir le Latium jusqu’à la création du royaume de Lavinium.

Cette division en deux parties est souvent considérée comme un miroir de l'œuvre d'Homère : celle-ci commence par le récit d'une guerre (lIliade) suivi d'une longue quête sur la Méditerranée (l’Odyssée), alors que l’Énéide commence par la longue quête d'Énée sur la Méditerranée pour se terminer par une dure guerre.

Outre cette division en deux parties, certains ont distingué trois groupes de quatre livres, les quatre premiers étant consacrés à Didon et l'épisode de Carthage, les quatre derniers aux épisodes guerriers dans le Latium. Pour d'autres, comme J. Thomas, les douze chants reprennent les signes astrologiques, le dernier chant, le plus important, correspondant à la Balance, signe d'Auguste.

Les douze chants sont de longueur variable ; le plus court (IV) compte 705 vers, et le plus long (XII), 952. La moyenne est de 825 vers par chant. Voici la longueur respective des douze chants :

Chant Nombre de vers I 756 II 804 III 718 IV 705 V 871 VI 901 VII 817 VIII 731 IX 818 X 908 XI 915 XII 952

Chant I

L’Énéide s'ouvre sur une tempête déchaînée par ordre de Junon, alors qu'Énée semblait toucher au but de son voyage, l'Italie. La haine de Junon marque toute l’Énéide. Virgile en indique lui-même les deux raisons. Elle avait soutenu les Grecs contre les Troyens dont Énée faisait partie lors de la guerre de Troie. Surtout, Énée doit fonder Rome, qui détruira Carthage, ville aimée de Junon. On peut rapprocher cette scène de tempête de celle du Chant V de l’Odyssée où Neptune soulève une tempête alors qu'Ulysse est en vue de Corcyre. Ici, toutefois, les rôles sont inversés : Énée n'étant pas un Grec mais un Troyen, Neptune n'apparaît pas comme un adversaire, mais au contraire comme un soutien, c'est lui qui force Éole à apaiser la tempête.

Les Troyens mettent alors pied à terre en Libye, et partent chasser. Après le repas, Énée s'inquiète du sort des autres navires de sa flotte (seules sept embarcations étaient parvenues à accoster en Libye). Vénus intervient alors auprès de Jupiter, afin de s'assurer de l'avenir des Troyens rescapés. Ce dernier rassure celle-ci quant à l'avenir d'Énée. Il lui prédit les guerres qu'Énée devra mener dans le Latium, la fondation d'Albe, l'histoire de Romulus et Remus, et l'accession au trône de l'empereur Auguste.

Par la suite, Énée et ses compagnons se rendent à Carthage, qui se trouve non loin du lieu où leurs navires ont accosté.

Énée et ses compagnons décident ensuite de rencontrer Didon, la reine de la cité. Cette dernière est originaire de Tyr, où elle a épousé Sychée, un riche marchand phénicien. Cependant, ce dernier fut tué par le roi Pygmalion, frère de Didon, jaloux de ses richesses. Didon décida alors de s’enfuir, avec ses compagnons et l’argent de son mari. Elle se rendit alors sur la côte tunisienne, où elle fonda Carthage.

Arrivé au palais, Énée rencontre alors certains de ses compagnons, qui ont survécu au naufrage. Les Troyens sont bien accueillis par Didon, qui les convie, le soir venu, à un grand banquet.

Après avoir fait les libations rituelles, la reine, éprise d'Énée, lui demande de lui conter ses aventures.

Chant II : Récit d'Énée : la prise de Troie

thumb|250px|Énée fuyant Troie, , par Federico Barocci (1598).|gaucheLes chants II et III sont un récit enchâssé : Énée, à la demande de Didon, raconte le saccage de Troie (chant II) et les épreuves que lui-même a endurées depuis ce moment (chant III).

Le récit de la prise de Troie s'ouvre sur l'épisode du cheval de Troie : Ulysse se dissimule avec d'autres Grecs dans un cheval en bois « haut comme une montagne » (« »), tandis que les autres Grecs se cachent dans l'île de Ténédos, face à Troie. Les Grecs semblent donc avoir disparu, et les Troyens font entrer le cheval dans leur cité, pensant qu’il s'agit d’une offrande aux dieux. La nuit venue, Ulysse et ses hommes en sortent, ouvrent de l'intérieur les portes de la ville, et mettent Troie à feu et à sang. Au moment de l'assaut, Énée, endormi, voit Hector en songe qui lui annonce la fin de Troie et lui dit de sauver les pénates et de fuir. Réveillé par le bruit des combats, il ignore ces avertissements et, voyant sa cité en flammes et livrée aux mains des Grecs, décide dans un premier temps de lutter jusqu'à la mort avec ses compagnons. Puis, visité par sa mère Vénus, il prend le parti de s'enfuir avec quelques compagnons ; Anchise, son père, qu'il porte sur son dos ; ainsi qu'avec sa femme Créuse et son fils Ascagne (Iule). Il ne parvient cependant pas à sauver Créuse, qui est tuée par un Grec après avoir perdu de vue les autres.

Chant III : Récit d'Énée : Le Périple

Énée y retrace son voyage après sa fuite hors de Troie. C'est au cours de ce voyage que l'oracle d'Apollon à Délos révèle où doit être bâtie la cité qui succédera à Troie : sur la terre d'origine des Troyens. Énée interprète d'abord mal ces paroles, et se rend en Crète, première patrie de Teucros. Les Pénates révèlent alors à Énée qu'il doit se rendre dans le Latium, terre d'origine de Dardanos, gendre de Teucros, et fondateur de la ville de Troie proprement dite.

Chant IV : Amours d'Énée et Didon

Didon se laisse persuader par sa sœur Anne de céder à ses sentiments pour Énée, malgré le vœu fait par la reine de renoncer à l'amour pour rester fidèle à son mari, tué par son frère Pygmalion.

Seulement, peu de temps après, la rumeur de la liaison entre les deux amants court dans les rues de Carthage. Iarbas, le prétendant de Didon, s'adresse à Jupiter dans un moment de colère, et lui reproche la présente situation. Ce dernier envoie alors Mercure à la rencontre d'Énée, lui rappelant que le but de son voyage était l'Italie. Didon, se rendant compte qu'Énée se prépare à partir, use de tous les subterfuges pour le retenir auprès d'elle. Sourd aux imprécations de Didon, Énée repart pendant la nuit avec ses compagnons vers le destin qui lui a été assigné. À son réveil Didon s'aperçoit de la disparition d'Énée et décide de se donner la mort. Didon maudit Énée, se suicide et Junon met fin à la douleur de Didon par la mort. Mais, plus tard, au royaume des morts, Énée reconnait Didon. Elle, au contraire, l'ignore car elle a retrouvé son époux à qui elle avait promis fidélité éternelle.

Chant V : Escale en Sicile et jeux funèbres

thumb|280px|Combat de boxe entre Entellus et Darès pour les jeux funèbres d'Anchise, mosaïque de sol d'une villa gallo-romaine de Villelaure, vers 175, Villa Getty (71.AH.106).|gauche

Pour échapper à une tempête, Énée et ses compagnons débarquent en Sicile, où règne Aceste, troyen d'origine et où est enterré Anchise, le père d'Énée mort exactement un an auparavant. Énée organise une cérémonie rituelle et des jeux funéraires. Le récit des différentes épreuves (régate, course à pied, lutte, tir à l'arc) occupe une bonne partie du chant.

Mais Junon, hostile à Énée, charge Iris d'exploiter la lassitude des femmes. Celle-ci leur apparaît sous la forme d'une mortelle et, se lamentant sur leurs longues années d'errance, elle les incite à brûler les naviresSur la symbolique de « Brûler ses vaisseaux » : Jean Haudry, Énéide, Revue des Études latines, 95, 2018, . pour forcer les hommes à se fixer définitivement en Sicile. L'intervention de Jupiter, qui provoque la pluie, permet de sauver l'essentiel de la flotte.

Un compagnon d'Énée, inspiré par Pallas, suggère de laisser les plus faibles en Sicile et de partir pour le Latium avec ses guerriers. Anchise apparaît alors à Énée, il appuie ces conseils et lui demande d'aller voir la Sibylle de Cumes qui le fera pénétrer dans les Enfers où ils pourront s'entretenir. Énée part pour Cumes sous la protection de Neptune ; le pilote Palinurus meurt pour prix de la protection de tous.

Chant VI : Descente d’Énée aux Enfers

La descente aux Enfers ou catabase, constitue l'un des passages les plus célèbres de l'épopée. Elle constitue en quelque sorte un voyage initiatique, où Énée, mené par la sibylle, découvre le pays des morts, mais également ses propres descendants.

Énée, une fois arrivé à Cumes, se rend chez la sibylle. Elle lui confirme qu'il parviendra à ses fins après des épreuves et des guerres. Il lui demande de l'aider à pénétrer aux Enfers pour rencontrer son père Anchise. Il voit de près ou de loin les différentes régions des enfers, jusqu'aux Champs Élysées, où les aventuriers trouvent Anchise qui montre à Énée ses futurs descendants : les rois d'Albe, Romulus (fondateur de Rome), ses successeurs, Brutus l'Ancien, Pompée, Jules César et enfin Auguste, appelé à mettre en place un Empire puissant et en paix.

Énée remonte alors à la surface de la Terre, et fait mettre voile en direction du Latium.

Chant VII : Arrivée dans le Latium

On considère couramment qu'avec le livre VII s'ouvre une deuxième partie de l'épopée : au récit des périples d'Énée se substitue celui des guerres dans le Latium.

Les Troyens arrivent dans le Latium. Sur une remarque d'Ascagne, Énée comprend que les prophéties de l'oracle sont accomplies, qu'ils sont arrivés sur la terre recherchée. Des oracles font comprendre au roi local, Latinus, qu'il doit marier sa fille Lavinia à Énée, et non à Turnus, le jeune et beau roi des Rutules.

Junon, pour retarder le destin, envoie la furie Alecto, qui attise la haine contre les Troyens chez l'épouse de Latinus, Amata, et chez les paysans latins. Almon, un jeune valet de Latinus, est mortellement frappé par une flèche au cours d'une bagarre avec les Troyens. La porte de Janus s'ouvre malgré la volonté du roi, la guerre éclate.

Chant VIII : La guerre se prépare

Turnus appelle ses alliés des cités environnantes en renfort, bien décidé à en découdre avec les Troyens. Énée, quant à lui, voit en songe, dans son sommeil, le dieu Tiberinus qui le rassure quant à son avenir, et lui conseille de s’allier avec un dénommé Évandre, chef d’une colonie d'Arcadiens qui se sont installés sur les pentes du mont Aventin (une des sept collines sur lesquelles Rome fut bâtie).

Une fois réveillé, Énée se dirige vers le lieu où réside Évandre, lequel accueille convenablement les Troyens. Il leur présente son fils, Pallas, puis leur raconte l'histoire du lieu où ils vivent.