La littérature suisse est la littérature d’expression alémanique, romande, suisse-italienne et romanche composée par des auteurs suisses. En raison de la multiplicité des langues en Suisse, il n'existe pas de littérature en langue vernaculaire, mais il existe quatre traditions littéraires autonomes.

Alors que le Pacte fédéral de 1291 est écrit en latin, les alliances ultérieures ainsi que les documents concernant la Confédération comme telle sont rédigés en allemand. Jusqu'en 1798, la Confédération des XIII cantons est presque exclusivement germanophoneÀ l'exception du canton de Fribourg bilingue francophone et germanophone., la littérature suisse (si l'une quelconque de ses branches pouvait être qualifiée ainsi) serait donc la littérature en langue allemande. La littérature germanophone est bien plus abondante, plus ancienne et plus « nationale » que celle de la région francophone, qui ne devient suisse qu'au début du . Même si au le français devient la langue à la mode à Berne, Bâle ou à Zurich et que l'influence des régions périphériques francophones s'accroît, Genève et Lausanne ne sont « suisses » que de loin : Genève en tant qu'allié et le Pays de Vaud en tant que sujet.

Les littératures écrites italophone et romanche sont moins fournies.

Identité nationale et littérature La notion de « langue nationale » apparaît à la fin du , avec l'idée qu'une littérature écrite dans une même langue puisse servir de support de l'identité nationale.

En Suisse aussi, la question est débattue : faute d'arguments linguistiques, les partisans d'une littérature « nationale » suisse insistent sur ses thèmes communs : la nature et le monde rural. Le Vaudois Philippe-Sirice Bridel (1757-1845) tente de créer une poésie nationale suisse d'expression française, transcendant l'identité cantonale, où les Alpes constituent le thème dominant. Ces théories n'aboutissent pas à une production littéraire significative. Gottfried KellerGottfried Keller site Culturactif suisse, consulté le 29 octobre 2008 (1819-1890) rejette l'idée d'une littérature spécifiquement suisse qui ne se réfère pas aux grandes entités linguistiques allemande, française ou italienne.

À l'approche de la Première Guerre mondiale, il apparaît nécessaire de combler le fossé culturel entre les régions linguistiques du pays. En 1910, le livre Histoire de la littérature suisse restaure l'image d'une unité littéraire de la Suisse, avec les parties allemande et latine indépendantes . Edmond Gilliard (1875-1969) s'y oppose en mettant en avant l'importance primordiale de la langue par rapport à tous les autres critères de classification. Il revendique la spécificité d'une littérature authentiquement vaudoise. Dans les années 1930, la prétention nationale des littératures suisses s'affirme à nouveau.

Au début du , le terme de littérature nationale n'est plus remis en cause. Même si des liens entre littérature et nation restent d'actualité, la valeur culturelle du plurilinguisme suisse est admise.

Littérature patriotique

À la fin du , des personnalités du monde littéraire et des arts s'insurgent contre la démolition de bâtiments historiques et la modernisation des vieilles villes. Ces critiques sont à l'origine du , courant idéologique reposant sur l'idéalisation de la vie rurale et de l'agriculture traditionnelle. La nature et tout particulièrement les Alpes occupent une place centrale en raison de leur fonction identitaire. La « littérature de la patrie » () réunit les auteurs se réclamant de ce courant, attaché à la nature et aux traditions populaires, et se distingue par son idéalisation de la patrie.

Le roman patriotique et le roman montagnard participent de ce genre littéraire qui s'adresse à la petite bourgeoisie et aux personnes des classes moyennes urbaines. Les précurseurs sont les récits de village rédigés à l'époque du Biedermeier, comme Romeo et Juliette au village de Gottfried Keller (1855) et le roman paysan comme Uli, le valet de ferme de Jeremias Gotthelf (1840).

En Suisse alémanique, la description de la vie rurale constitue un sujet majeur et se prolonge au . Après cette première phase d'évocation du terroir, la est considérée pour une grande part comme littérature de gare.

Après la Seconde Guerre mondiale, ce genre littéraire populaire survit dans les romans feuilletons, le théâtre et le cinéma, ainsi que dans des séries télévisées, évoluant dès lors vers une littérature de masse. Les principaux représentants sont Jakob Bosshart, Heinrich Federer, Jakob Christoph Heer, Alfred Huggenberger, Meinrad Lienert et Ernst Zahn, qui écrivent également en dialecte alémanique. Certains ouvrages, comme ceux de Huggenberger, furent abusivement utilisés à des fins idéologiques. Aux Grisons, on trouve Maurus Carnot (1865-1935) ( (Sang grison), 1902).

Dès la seconde moitié du , la production littéraire suisse romande s'efforce également de se démarquer des courants modernes : des auteurs comme Urbain Olivier (1810-1888) et Adolphe Ribaux (1864-1915) reviennent aux thèmes locaux, la description du milieu campagnard et des valeurs populaires et conservatrices.

Le canton du Tessin connaît aussi un retour aux valeurs traditionnelles avec des écrivains comme Giuseppe Zoppi (1896–1952) et Francesco Chiesa (1871-1973) ou Angelo Nessi (1873-1932), sans pour autant avoir une idéologie définie.

Littérature pour la jeunesse

Les auteurs suisses de littérature pour la jeunesse sont en majorité germanophones.

Se référant à Jean-Jacques Rousseau (1712 - 1778), des périodiques et recueils illustrés destinés aux enfants, visant à leur communiquer des connaissances et une capacité de discernement, apparaissent vers la fin du . Johann Rudolph Schellenberg (1740-1806) et Johann Heinrich Lips créent les illustrations du Manuel élémentaire d'éducation (1770) de Johann Bernhard Basedow et de l'encyclopédie intitulée Porte-feuille des enfants (1790-1830), de Friedrich Justin Bertuch. Les auteurs suisses Isaak Iselin (1728-1782), Josef Anton Xaver Balthasar (1761-1837) puis Frédéric-César de La Harpe (1754-1838) mettent l'accent sur l'instruction civique.

Au , le divertissement côtoie la littérature éducative et se renforce avec l'expansion du marché du livre. Le Robinson suisse (1812) de Johann David Wyss (1743-1818), publié par son fils Johann Rudolf, est traduit en français par Isabelle de Montolieu. En réaction à la littérature commerciale, Jeremias Gotthelf (1797 - 1854) écrit Le Fils de Tell (1846), un texte éducatif empreint de patriotisme républicain. August Corrodi (1826–1885), à la fois poète et peintre, est auteur de livres pour enfants ainsi que d'illustrations et de caricatures.

En Suisse romande, les livres pour la jeunesse d'Herminie Chavannes (1798-1853) ou Jean-Jacques Porchat (1800–1864), par exemple, sont imprégnés du protestantisme genevois et vaudois.

Aux Grisons, l'œuvre de Johanna Spyri (1827-1901), en particulier Heidi (1880-1881), porte un regard sur la psychologie enfantine. Elle reste néanmoins dans le cadre d'une vision de l'enfance idéalisée.

Les facteurs politiques et la nouvelle pédagogie qui apparaît vers 1880 font évoluer la littérature pour la jeunesse, surtout en Suisse alémanique, vers une identité nationale. Des éléments de dialecte alémanique sont introduits et les thèmes, à partir de 1920, sont orientés sur la Suisse ; par exemple Josef Reinhart, René Gardi ou la série (1936–1947) de Konrad Scheuber.

Après 1960, la littérature suisse alémanique est caractérisée par un esprit d'ouverture. Côté romand, de nouveaux auteurs émergent depuis les années 2010. Christine Pompéï, qui publie la série pour enfants de 6 à 9 ans Les enquêtes de Maelys, Roland Godel et ses romans historiques ados, et Olivier May avec sa série préhistorique pour les 9-12 ans, Les enfants de la louve.

Livre d'images et bande dessinée

Les images, sous la forme de feuilles volantes, sont un moyen de diffusion de récits pour la jeunesse depuis le . Le livre d'images Histoire de monsieur Cryptogame (1830) de Rodolphe Töpffer (1799 – 1846) qui combine texte et images montés en séquences, est devenu un classique qui stimule les productions françaises et allemandes et influence, en Suisse, Henri Hébert. Des périodiques publient, au tournant du , des planches de dessins, souvent sans commentaires, réalisées notamment par Caran d'Ache ou Auguste Viollier. S’ensuivent les albums de Globi (dès 1932) par Robert Lips et Papa Moll (1955) d'Édith Oppenheim pour la Suisse alémanique et Une cloche pour Ursi pour les romanches Selina Chönz et Alois Carigiet.

En Suisse romande, la BD arrive avec Derib, formé en Belgique, et Cosey. Derib dessine le personnage Yakari (dès 1970) et Cosey crée une BD pour adultes. Daniel Ceppi, Gérald Poussin sont également des Romands connus comme le sont, en Suisse alémanique, Thomas Ott, Enrico Marini et David Boller

Littérature en dialecte

Toutes les aires linguistiques ont ou avaient une production littéraire en dialecte, la plus vivace étant celle de Suisse alémanique.

En Suisse alémanique, dès la fin du , des passages de pièces de théâtre sont écrits en dialecte par des jésuites lucernois. Le voit se développer une riche littérature en dialecte, contes populaires et poésies lyriques, dans un mouvement de sauvegarde de l'identité linguistique et par nostalgie des origines. Dès la fin du , on trouve des récits historiques et biographiques ainsi que des nouvelles villageoises. Puis vient le roman en dialecte (Rudolf von Tavel, Simon Gfeller et Albert Bächtold). Des pièces de théâtre et des films en dialecte sont diffusés à la radio, dès les années 1920, ainsi qu'à la télévision. La période conservatrice dure au-delà de la Seconde Guerre mondiale. Entre les années 1960 et 1980, à l'instigation de Kurt Marti et Ernst Eggimann, se développe un dialecte moderne qui refuse l'idéologie traditionnelle, se montre critique de l'actualité et a le goût de l'expérimentation (Ernst Burren, Martin Frank). La littérature en dialecte recule à partir du milieu des années 1980 et, dans un mouvement inverse, apparaissent des chansonniers populaires s'exprimant en dialecte.

En Suisse romande, il ne reste que des résidus folkloriques car le dialecte a disparu, seul le Valais maintient le dialecte vivant jusqu'au . Le Ranz des vaches est l'œuvre la plus connue, mais la production littéraire est pratiquement inexistante. Les premiers textes datent du , à Genève et au pays de Vaud. On trouve surtout des chansons et des poèmes dont certains sont ludiques comme Farce (Vevey, vers 1530) et le Conte de la lampe à huile (Lausanne 1730). À Genève, les textes sont politiques ou identitaires, contre le clergé catholique (début du ) : chansons sur L'Escalade, Cé qu'è lainô (-) entre autres. La seconde moitié du propose des chansons satiriques comme Les Paniers (Jura, 1735 – 1736, poème satirique de Ferdinand Raspieler) alors que le est nostalgique et folklorique, comme dans la Chanson des Petignats. Fin et début , quelques auteurs comme Louis Bornet et Cyprien Ruffieux ont une audience locale et limitée aux personnes encore capables de comprendre le dialecte.

En Suisse italienne, à part quelques exceptions tel un ouvrage écrit au milieu du en dialecte de Lugano par Agostino Maria Neuroni évêque de Côme, il y a peu d'exemples avant le . Aux et des poésies, satires politiques ou critiques sociales ou de mœurs, sont publiées dans les almanachs ou diverses feuilles volantes. Des années 1940 à 1960, de nombreux auteurs produisent de la poésie originale en dialecte : Giovanni Bianconi, Pino Bernasconi, Giulietta Martelli Tamoni, Sergio Maspoli, Ugo Canonica, Giovanni Orelli, Fernando Grignola, Elio Scamara et Gabriele Alberto Quadri. Comme en Suisse alémanique, le théâtre en dialecte connaît un succès populaire et une large diffusion par les retransmissions radiophoniques et télévisées.