Louis-Michel Letort de Lorville, né le à Saint-Germain-en-Laye et mort le à Charleroi, est un général français du Premier Empire.
Après avoir servi lors des guerres de la Révolution française, il est nommé major des dragons de la Garde impériale par Napoléon en 1806. Aide de camp de l'Empereur pendant les Cent-Jours, il est mortellement blessé en chargeant des unités prussiennes en retraite à Gilly, dans les premières heures de la campagne de Belgique.
Biographie
Origines et début de carrière Louis-Michel Letort de Lorville naît le à Saint-Germain-en-Laye.. Il est le fils de Louis Landry Letort de Lorville et d'Henriette Audry, issus de la petite bourgeoisie.
Il entre au service le en qualité de volontaire au bataillon d'Eure-et-Loir, dont il devient lieutenant le suivant. Alors que son unité sert à l'armée du Nord, il est capturé le mais, rapidement relâché, combat dès le mois suivant sous les ordres du général Dillon puis, en novembre, du général Dumouriez, avec lequel il participe à la bataille de Jemappes, le 6 de ce mois. Promu lieutenant adjudant-major le , Letort est blessé le de la même année à la bataille de Neerwinden, perdue par les Français, bien que son bataillon effectue sa retraite en bon ordre. À nouveau fait prisonnier le , il est finalement libéré le , non sans avoir été nommé dans l'intervalle au grade de capitaine le . alt=|gauche|vignette|redresse|Buste du général Louis-Michel Letort de Lorville. Œuvre commandée par le roi Louis-Philippe le 31 janvier 1837 pour les galeries historiques de Versailles. Passé à l'armée de la Moselle en tant qu'aide de camp du général Huet le , il prend part aux opérations devant Landau et reçoit un coup de sabre au bras droit dans les environs de cette place le . Affecté en 1795 à l'armée des côtes de Cherbourg, il y reste en poste jusqu'à l'année suivante. Dans sa correspondance, le général Hoche décrit Letort comme . ainsi que comme un soldat qui .. Letort renonce néanmoins à son grade de capitaine dans l'infanterie pour être transféré, à sa demande, dans un régiment de cavalerie ; sa démarche est soutenue par les généraux Huet et Hoche.. De fait, brièvement suspendu de ses fonctions le , il est incorporé le 28 du même mois au régiment de dragons avec le grade de sous-lieutenant.
Il est envoyé trois mois plus tard à l'armée d'Italie, où il se révèle comme un cavalier de talent. Il végète toutefois longtemps dans son grade et n'est promu lieutenant que le . Après avoir eu la jambe fracturée par une balle lors d'un engagement le , il est nommé capitaine le suivant. Quelques jours plus tard, il défend la ville de Lecco à la tête d'un contingent de dragons et capture russes mais, compte tenu de la victoire remportée la veille par les Austro-Russes à la bataille de Cassano, doit rallier le gros des forces françaises en retraite sur la rivière Tessin. De retour en France, il est présent avec un escadron de dragons lors du coup d'État du 18 brumaire, qui permet à Napoléon Bonaparte de s'emparer du pouvoir. Letort reprend ensuite le chemin de l'Italie, pour y servir à la division du général Delmas. Il fait successivement le coup de sabre à la bataille de Pozzolo, le , et au combat de Montebello le . Ces faits d'armes lui valent d'être promu chef d'escadron le de la même année, sur recommandation du général Davout. Le , il est fait major du régiment de dragons.
Au service de Napoléon
Letort est nommé chevalier de la Légion d'honneur le , l'insigne lui étant remis en août au camp de Boulogne. Il dirige le dépôt de son unité pendant deux ans, de 1803 à 1805. En , il est cependant autorisé à prendre le commandement du dragons à la suite du départ de son chef, le colonel Lafon-Blaniac, pour le royaume de Naples. Il part alors rejoindre le dragons à la Grande Armée le 8 ou le . Lors de la campagne de Prusse, il participe à la bataille d'Iéna, le , durant laquelle son régiment enfonce un carré prussien et s'empare d'une importante quantité de matériel. Il est blessé d'un coup de sabre au cours de l'action.
Peu avant Iéna, le , Letort devient officiellement major du nouveau régiment de dragons de la Garde impériale ; Charles Montjean ne date toutefois cette promotion, approuvée par Napoléon en personne, que du . Sous son commandement, les dragons de la Garde luttent contre les partisans prussiens dans les environs de Berlin au commencement de l'année 1807. Quant à Letort, il est bénéficiaire d'une dotation sur le Mont-de-Milan le , pour un montant de de rente. Un peu plus tard dans l'année, il accompagne Napoléon lors de l'intervention de ce dernier en Espagne et se signale le à la bataille de Burgos, ce qui lui vaut la croix d'officier de la Légion d'honneur quatre jours plus tard. Au cours de la guerre de la Cinquième Coalition en 1809, il sert contre les Autrichiens en Allemagne sous les ordres du colonel Guyot. Il est proposé pour l'ordre des Trois-Toisons d'Or peu après la signature de la paix, mais l'ordre n'est finalement pas décerné.. À la suite du mariage de Napoléon avec Marie-Louise d'Autriche, ses dragons — dits « de l'Impératrice » — sont chargés d'escorter la nouvelle souveraine dans tous ses déplacements. Déjà titulaire d'une rente annuelle de sur le département de Rome depuis le , Letort est fait baron de l'Empire le de la même année., préalablement à l'octroi d'une dotation supplémentaire de sur le territoire de l'Illyrie le .
vignette|Charge des dragons de la Garde conduits par le général Letort lors de la bataille de Leipzig, en octobre 1813 (illustration de Marius Roy pour les Souvenirs du capitaine Parquin, 1892).
Il participe la même année à la campagne de Russie, toujours au sein des dragons de la Garde. Le , au combat de Gorodnia, il enlève son régiment au cri de « À nous les dragons ! » et dégage Napoléon et son état-major d'une attaque des cosaques de Platov, alors même que, malade, il doit être attaché à son cheval pour pouvoir se maintenir en selle. Rescapé de l'éprouvante retraite, Letort obtient les épaulettes de général de brigade le . Il reprend du service à l'occasion de la campagne d'Allemagne, notamment à la bataille de Lützen, le , où il dirige une brigade de de la cavalerie de la Garde, et au combat de Toeplitz, le , au cours duquel les dragons de l'Impératrice essuient plusieurs pertes. Deux jours plus tard, il est provisoirement transféré au corps de cavalerie pour y remplacer le général Berckheim à la tête d'une brigade de la division de cuirassiers. Il combat par la suite à la bataille de Leipzig, du 16 au , chargeant avec ses dragons dans le secteur de Wachau et faisant de nombreux prisonniers dans les rangs des Coalisés. Quoique sérieusement blessé à la tête, il prend part, quelques jours plus tard, à la bataille de Hanau, où il a un cheval tué sous lui.
Au commencement de la campagne de France, en , il résiste avec dans le secteur de Colombey-les-deux-Églises et Rouvré aux troupes du prince de Wurtemberg, jusqu'à l'arrivée de la division du général Friant. À la bataille de Montmirail, le , il charge avec ses dragons sur la route de Viels-Maisons et enfonce trois carrés d'infanterie. Il se distingue encore le lendemain à Château-Thierry, où ses dragons disloquent deux régiments d'infanterie russe. Un témoin, le général Griois, écrit que . Il est promu général de division le ; sa nomination lui est annoncée par Napoléon en personne. Après le , il remplace le général de Laferrière-Levesque dans son commandement après la grave blessure de ce dernier à la bataille de Craonne. Le de la même année, il capture un équipage de ponts de l'armée des Coalisés à Méry-sur-Seine avant de bousculer les Russes de Wintzingerode à Saint-Dizier le .
Mort en Belgique
vignette|gauche|Plaque apposée à Charleroi, 88 boulevard Joseph Tirou, maison où est mort le général comte Letort.
Sous la Première Restauration, Letort est successivement nommé chevalier de l'ordre de Saint-Louis le , commandeur de la Légion d'honneur le et major des dragons de France le . L'année suivante, d'abord fidèle au roi, il tarde à se rallier à Napoléon pendant les Cent-Jours, ce qui n'empêche pas ce dernier de l'attacher à sa personne en qualité d'aide de camp le . Il obtient par ailleurs, une fois de plus, le commandement des dragons de la Garde, remplaçant le général d'Ornano blessé en duel.
À l'ouverture de la campagne de Belgique, il se rend à l'armée en compagnie de l'Empereur et de son frère Jérôme Bonaparte. Le , à Gilly, Napoléon tombe sur le corps prussien du général Zieten, qui préfère se replier plutôt que de tenir sa position. Frustré de cette manœuvre, l'Empereur ordonne à Letort de charger l'arrière-garde adverse avec les quatre escadrons de service de la Garde. S'étant élancé sur l'infanterie prussienne, Letort enfonce deux carrés d'infanterie mais tombe mortellement blessé d'une balle au bas-ventre. Paul Lindsay Dawson, qui écrit que le général est touché , indique, d'après l'historique du régiment d'infanterie prussien, que Letort aurait été abattu par un fusilier alors qu'il tentait de convaincre un bataillon de cette unité de se rendre. Il meurt deux jours plus tard, en dépit des soins du chirurgien Larrey.. Ce dernier écrit :
Apprenant sa mort, Napoléon écrit à son frère Joseph qu'il et attribue une pension à sa veuve. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (). Décrit par l'historien Jean Tulard comme un . et par Bernard Quintin comme l'., Letort est surnommé par Napoléon, qui lègue aux enfants du général dans son testament rédigé depuis son exil de Sainte-Hélène. L'Empereur souligne à son propos qu'il .
Famille
Il épouse, le dans le arrondissement de Paris, Sarah Newton ( — ). Ensemble, ils ont une fille, Fanny Rosalba Letort ( — ). Il meurt trois mois après sa naissance. Fanny épouse, le à Paris, le vicomte Eugène Georges Jacques Beuret, de qui elle a deux filles.
Blessures
Blessé pendant la première campagne d'Italie
Blessé à la bataille d'Iéna
Blessé à la bataille de Leipzig
Mortellement blessé à Charleroi (Belgique) le (à 41 ans)
Le général Letort de Lorville fut blessé à sept reprises au cours de sa carrière militaire.
Distinctions
Premier Empire Comte de l'Empire (vers 1814)
50px Ordre royal et militaire de Saint-Louis 50px Ordre des Trois-Toisons d'Or Royaume d’Italie (1805-1814) Ordre de la Couronne de fer (Royaume d’Italie) (vers1807) Royaume de Saxe Ordre militaire de Saint-Henri (Saxe)
Hommages
Le nom du général Letort est inscrit sur le côté nord de l'arc de triomphe de l'Étoile. Dans la seconde moitié du , la rue Letort et l'impasse Letort dans le de Paris prennent son nom.
Armoiries Figure Blasonnement Armes du comte Louis-Michel Letort de Lorville et de l'Empire
Coupé : au I, parti d'or au casque taré de profil et contourné de sable, et des barons militaires ; au II, d'or au bouclier de sable, chargé d'une croix d'argent, cantonnée de quatre étoiles du même ; à la bordure d'argent cloutée de sable..
Voir aussi
Armée française pendant les Cent-Jours
Bibliographie
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Notes et références
Liens externes
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