Le catholicisme social est un courant de pensée qui apparaît au , qui a été à l'origine de très nombreuses fondations associatives et syndicales. Ce courant de pensée prend racine avec la question sociale au moment de l’industrialisation qui provoque une transformation rapide de la société avec l'apparition du travail ouvrier et le développement du salariat.

Tout ce qui s'est greffé sur ce courant de pensée ne peut être recensé de façon exhaustive et trop nombreux sont ceux et celles qu'on peut qualifier de « catholiques sociaux », mais les étapes de son histoire au cours du et du révèlent une évolution dans les approches à mesure que la salariat devient la norme du travail.

Parmi l'ensemble des fondations, on peut compter notamment de nombreuses réalisations à caractère charitable : dans le domaine du travail (syndicats ouvriers), de la santé (structuration des services de santé des infirmières), de la famille (colonies de vacances), etc.

Chronologie du concept Début du Un « premier » catholicisme social a existé dès le début du sans toutefois en avoir encore le nom ni former un mouvement unitaire. Il naît progressivement après une lente et double prise de conscience de la part des catholiques : celle de la question sociale que l’industrialisation du pays va rendre de plus en plus aiguë et dramatique, et celle que le progrès, la rénovation et l’amélioration de l’humanité sont non seulement une réalité historique mais qu’ils ont leur source dans le christianisme. Ce courant d’idées, contemporain et rival du socialisme, culmine en 1848 avec la révolution de février, avant de marquer le pas sous le Second Empire.

Les années 1870-1890 Sa naissance en France est traditionnellement liée à la fondation en 1871 des « Cercles catholiques d’ouvriers » et de « l’Union des œuvres ouvrières catholiques » par Albert de Mun et Maurice Maignen, dans le contexte de la mise en place de la Troisième république.

Réapparu après 1871, il prend de l'ampleur et prépare en quelque sorte la « doctrine sociale de l'Église » dont l'encyclique Rerum Novarum du pape Léon XIII publiée en 1891 est l’acte fondateur. L’expression « catholicisme social » est adoptée plus tardivement, aux environs de 1890.

Début du On peut cependant adopter la définition donnée aux Semaines sociales de France de 1919 à Metz, à la sortie du conflit de la Première guerre mondiale, par Eugène Duthoit : c'est un mouvement qui tend « à diriger toutes les initiatives privées, à orienter les lois, les institutions, les mœurs, les revendications civiques vers une réforme fondamentale de la société moderne d’après les principes chrétiens »Cité dans le cours de Georges Hourdin, aux Semaines Sociales de 1947, voir .. Son développement se poursuit et prend des formes très variées dans la première moitié du avant que les nouvelles donnes du lendemain de la Seconde Guerre mondiale ne posent la question de sa place et de son avenir dans une société de plus en plus sécularisée et dans un monde où de nouvelles problématiques sont apparues, en particulier celle du rapport avec la modernité.

De 1822 à 1871 : premières initiatives, échecs apparents thumb|upright=0.7|alt=Descente des mineurs dans le puits (Constantin Meunier, 1882)|Descente des mineurs dans le puits (Constantin Meunier, 1882) vignette|upright=0.7|Fonderie à Charleroi, la coulée (Maximilien Luce, 1896) vignette|upright=0.7|Le Wagon de troisième classe (Honoré Daumier, 1864) Le spectacle de la misère ouvrière a amené un certain nombre de personnalités catholiques à réfléchir sur un projet global de société qui donne réponse à la question sociale. Ces chrétiens vont élaborer des théories mais aussi proposer des mesures concrètes et des actions à entreprendre. Ce n’est cependant pas un courant homogène, les choix politiques des uns et des autres sont divers, voire opposés et peuvent évoluer avec le temps.

Lente prise de conscience dans un contexte difficile Dès les années 1820, sous la Restauration puis sous la monarchie de Juillet, les structures économiques et sociales de la France ne sont pas encore profondément modifiées par l’industrialisation. Le pays reste très majoritairement rural, les crises périodiques sont dues à la disette, la pauvreté s’accroît, et dans les quelques régions où naît la grande industrie, les conditions de vie des premières générations prolétariennes sont épouvantables. Le bouleversement social qui va s’opérer n’est cependant pas immédiatement visible.

Le contexte, pour l’Église de France, est encore celui du traumatisme de la Révolution : elle est tournée essentiellement vers une reconstruction interne. Mais ses cadres sont vieillis et divisés, ses fidèles, peu nombreux et peu croyants. Les aristocrates, catholiques par tradition, se taisent, les masses paysannes et ouvrières sont abandonnées à elles-mêmes ; enfin, la force vive et neuve du pays, la bourgeoisie, est majoritairement voltairienne. Réfléchir sur la société nouvelle n’est pas la priorité de l’Église de France et on en reste à l’enseignement traditionnel et permanent du soulagement de la misère par la charité individuelle. De plus, la hiérarchie de cette Église de France, tournée surtout vers le clergé, est loin d'accorder une place importante aux laïcs.

Pourtant, en 1822, la fondation d’une première œuvre ouvrière, la « Société de Saint-Joseph », due à l'abbé Lowenbrùck et un article de Félicité de La Mennais, paru dans le journal ultra-royaliste le Drapeau blanc, sur la démoralisation des travailleurs, sont les premières manifestations d'une préoccupation sociale chez les catholiques. Dans les années qui suivent, quelques-uns, particulièrement lucides, attirent l’attention sur le paupérisme et le dénoncent par leurs enquêtes comme Louis René Villermé, par leurs publications comme Joseph-Marie de Gérando dans Le Visiteur du pauvre en 1824 ; comme François-Emmanuel Fodéré, Essai historique et moral sur la pauvreté des nations, 1825 ; Pierre Bigot de Morogue, De la misère des ouvriers, ou encore Alban de Villeneuve-Bargemont, préfet du Nord, dans L’Économie politique chrétienne en 1834. Ils n’hésitent pas à dire leur indignation mais leurs prises de position se font dans une incompréhension presque générale.

Division entre traditionalistes et libéraux La minorité de catholiques qui s’intéresse alors à la question ouvrière, est dispersée et provient de multiples horizons qu’on peut classer en deux courants de pensée politiques différents. Le premier, celui des milieux conservateurs (traditionalistes, contre-révolutionnaires, légitimistes) reste tourné vers le passé : ces hommes rejettent l’individualisme, considérant que la société est organique et que les groupes intermédiaires y tiennent une place essentielle. Ils nient donc les droits des individus et cherchent des remèdes dans l’étude de la société de l’Ancien Régime. Ce courant est représenté sous la Restauration par des personnes comme Joseph de Maistre, Louis de Bonald, Chateaubriand, ou des personnalités moins connues comme Blanc de Saint Bonnet à Lyon. Sous la monarchie de Juillet, Villeneuve-Bargemont, le préfet du Nord par ses rapports au ministère, attire l'attention sur le problème social, et, à partir de 1838, Armand de Melun, le fondateur de la « Société d'Économie charitable » se détache comme chef de file du mouvement catholique social des milieux légitimistes.

À côté, issu parfois au départ de ce premier courant mais rompant avec lui, le courant dit du catholicisme libéral. Il a comme figure de proue Félicité de la Mennais, ainsi que l'ensemble de l'équipe des rédacteurs du journal L'Avenir. Les prises de position sont finalement condamnées par le pape Grégoire XVI qui rédige deux encycliques : la première encyclique, Mirari Vos (1832) est adressée à tous les rédacteurs du journal l'Avenir et la deuxième, Singulari Nos (1834), sous-titrée Les erreurs de Lamennais lui est adressée personnellement. Il marque cependant profondément des hommes comme Henri Lacordaire, Charles Forbes de Montalembert, Charles de Coux, Philippe Gerbet et Frédéric Ozanam qui, après lui, perpétueront une tradition de libertéVoir son ouvrage: Du Devoir des catholiques, Bureau de L'Univers, Paris, 1843.. Tous ces catholiques dits libéraux, . Pour eux, l’humanité progresse, « ce progrès a pour germe l'Évangile » et « le catholicisme est à l’origine de tous les perfectionnements sociaux ». Ils se rapprochent du peuple, ont conscience de ses besoins. Par exemple de Coux qui, avant Marx, dénonce la plus-value ou Montalembert qui demande le repos hebdomadaire et intervient pour la limitation de la durée du travail des enfants.

Il y a aussi le groupe du socialisme chrétien formé autour de Buchez, un ancien saint-simonien, converti au catholicisme en 1829, qui veut réconcilier le catholicisme et la révolution, en attribuant une origine chrétienne aux principes de 1789.

En conséquence, au moment de la Révolution de 1848, la situation a évolué, le catholicisme est à nouveau respecté, l’anticléricalisme atténué, « un mouvement de rapprochement s’esquisse entre le prolétariat déchristianisé et l’Église ».

1848, Frédéric Ozanam et l’Ère nouvelle alt=Portrait de Frédéric Ozanam en 1852 réalisé par Louis Janmot.|vignette|upright=0.7|Portrait de Frédéric Ozanam en 1852 réalisé par Louis Janmot. Entre ce catholicisme libéral et ce qui sera véritablement le catholicisme social, Frédéric Ozanam fait le lien et en ce sens joue un rôle essentiel. En effet, il n’est pas seulement l’apôtre de la charité privée, l’étudiant qui fonde avec d’autres la Société de Saint-Vincent-de-Paul en 1833. Il cherche à apporter une solution collective à la misère ouvrière. Dans son cours de Droit commercial professé à Lyon en 1839, il souligne que le travail humain ne peut être considéré comme une marchandise ; pour lui une réciprocité de services doit exister entre la société et les travailleurs, « une sorte de contrat sacré ». Si les conditions de travail n’élèvent pas le niveau de vie des ouvriers, si le salaire n’est pas suffisant et librement accepté, l’ordre est violé, le contrat rompu.

C’est surtout dans ses articles pour l’Ère nouvelle, le journal fondé par Henry Maret, de Coux et Lacordaire entre 1848 et 1850, qu’il précise certaines de ses idées, dénonce avec force « ceux qui ont trop » alors que le plus grand nombre n’a rien. La question est donc véritablement celle de justice sociale à instaurer et son choix est désormais celui de la démocratie avec la fameuse formule « Passons aux Barbares ». Dans les semaines qui suivent la Révolution de février, ce catholicisme social semble avoir du succès. En grand nombre, les mandements épiscopaux rattachent alors les principes de liberté, d'égalité et de fraternité à l'enseignement évangélique. Mais les troubles sociaux, manifestés par l'émeute du et par les journées de juin, brisent vite ce mouvement.

L’Ère nouvelle, affaiblie par des difficultés financières et les attaques de certains évêques, ne tarde pas à disparaître. Ses rédacteurs les plus clairvoyants comme Maret et Ozanam s’en écartent tout en n’abandonnant pas leurs idées. Surtout, 1848 crée une rupture définitive à l’intérieur du courant libéral entre ceux, minoritaires, qui restent favorables à la démocratie et les autres qui rallient sans hésiter, comme Montalembert et Henri de Riancey, les conservateurs du « parti de l'Ordre », par crainte du danger socialiste. Quant au journal L'Univers, longtemps organe du catholicisme libéral, il devient, sous la direction de Louis Veuillot, l'organe des catholiques intransigeants.

1848-1871, un catholicisme social français plutôt timide et paternaliste vignette|upright=0.7|Pauline Jaricot.