thumb|upright|Lolo Ferrari interprète Madame Vandeputte dans Camping Cosmos.

Camping Cosmos est un film belge réalisé par Jan Bucquoy, produit par Francis De Smet et sorti en 1996. Le film se déroule en 1986 et évoque les événements qui ont marqué les Belges cette année-là : l'Eurovision et la Coupe du monde de football.

Le film a pour objet la vie de Belges en vacances sur un camping. L'histoire débute par le retour de la fille d'un animateur au camping de Westende. Ce long métrage se développe à travers des personnages caricaturaux qui sont des archétypes de la « belgitude ». La vie des Belges en vacances est en réalité un alibi pour la description d'une société dont la moralité est jugée décadente.

Camping Cosmos est la deuxième partie de la trilogie intitulée La Vie sexuelle des Belges, précédé par La Vie sexuelle des Belges 1950-1978 et suivi de Fermeture de l'usine Renault à Vilvoorde.

Synopsis Quelque part sur la côte belge se trouve le camping Cosmos, où Jan Bucquoy, animateur culturel détaché par le Ministère de la Culture, est chargé d’animer la saison. Il propose un programme ambitieux : représentation de Mère Courage et ses enfants de Brecht, conférences de l’écrivain Pierre Mertens, et initiation à la poésie moderne. Cependant, son enthousiasme se heurte à l’indifférence générale des campeurs, plus attirés par les concours de beauté et les matchs de boxe que par la culture.

thumb|upright|La moto avec laquelle l'artiste Herman s'évadera du camping avec madame Crapaud.

Parallèlement, Jan doit gérer des problèmes personnels. Sa fille Ève, fugueuse depuis six semaines, débarque au camping, désabusée et convaincue que le monde entier est un mensonge. Leur relation est distante, mais elle finit par lui apporter un certain réconfort.

Le camping est peuplé de personnages excentriques. Jacques Calonne, délégué du Ministère de la Culture, apprécie la compagnie des jeunes filles à qui il offre des sucettes, sans pour autant les toucher. Le propriétaire, Monsieur Vandeputte, fulmine lorsqu’un artiste, Herman, peint sur les caravanes. Pendant ce temps, l’auteur Pierre Mertens reçoit une tarte en plein visage en pleine interview radio.

D’autres événements insolites rythment la vie du camping. Ursula et Cibulski militent contre la publicité à la télévision. Le cuisinier italien prépare ses frites tout en faisant l’amour à sa femme, qui remporte le concours de beauté avant de le quitter pour Herman et sa Harley Davidson.

left|thumb|upright|Antonio Gramsci, théoricien de l'« hégémonie culturelle ».

Un fanatique d'Eddy Merckx transporte son vélo partout et meurt en prononçant le nom de son idole. L’animateur radio est, quant à lui, amoureux de madame Vandeputte, qui cherche en vain le plaisir et multiplie les tentatives avec différents hommes du camping.

L’amie d’Ève vit sa première expérience sexuelle dans une voiture près du camping. Un match de boxe avec un ancien adversaire de Cassius Clay est organisé.

L’animateur culturel est un adepte de l’écrivain et théoricien italien Antonio Gramsci (en particulier de son concept d'« hégémonie culturelle ») et tente d’enthousiasmer les campeurs pour la culture. Pourtant, personne ne vient voir Mère Courage et ses enfants ni ne s’intéresse à l’interview en direct de Pierre Mertens.

Jan veut attirer les gens à un match de boxe, à un concours de chanson, à un concours de beauté, mais ce n’est pas ce que le ministère de la Culture attend de lui. Il trouve cependant un certain bonheur auprès de sa fille, qui finit par le soutenir.

L’histoire se termine de façon tragique : madame Vandeputte est emmaillotée comme une momie par son mari et jetée à la mer. La police fait une descente au camping, semant la panique. Chacun quitte les lieux avec un profond sentiment de désespoir.

Fiche technique right|thumb|Le réalisateur du film (à droite) installe une effigie de Lolo Ferrari dans l'entrée d'un cinéma. Titre original : Camping Cosmos Réalisation : Jan Bucquoy Scénario : Jan Bucquoy Photographie : Michel Baudour Direction artistique : Nathalie André et Nicole Lenoir Costumes : Sabina Kumeling et Claudine Tychon Supervision musicale : Francis De Smet Montage : Matyas Veress Production : Francis De Smet Genre : Comédie parodique Pays de production : Belgique Langue originale : français Durée : 86 minutes

Distribution upright|thumb| Ulrike Meinhof comme jeune étudiante. Dans le film elle est jouée par Sabrina Leurquin. Elle se suicidera dans sa cellule le . Elle avait écrit sur le mur en lettres de chocolat : Selbstmord ist der letzte Akt der Rebellion (« Le suicide est le dernier acte d'une rébellion »)L'auteur a dédié son album Autonomes avec dessins de Santi à Ulrike Meinhof : D'ailleurs, il dédicace son volume à Ulrique Meinhof et Elisabeth Vogel, « mortes pour des idées », c'est-à-dire, celles de Andreas Baader. Voir : La Cité, 22 août 1985, dans l'article Les obsessions libertaires, par Gabrielle Lefevre.. Jean-Henri Compère : Jan Bucquoy Lolo Ferrari : Madame Vandeputte Arno Hintjens : Harry Jan Decleir : l'ami de Harry Herman Brusselmans : Herman, le peintre Sabrina Leurquin : Ulrique, la terroriste Jan Bucquoy : Zbigniew Cybulski (Andreas Baader) Claude Semal : Claude Semal Marcel Vanthilt : l'arbitre de boxe Noël Godin : Pierre Mertens Jacques Calonne : Jacques Calonne, représentant du ministère de la culture Catherine Claeys : Giselle Crapaud Antje De Boeck : la copine fugueuse Maryline Darimont : la femme au fouet Laurence Bibot : Bernadette Legros Fanny Hanciaux : Êve Bucquoy Jean-Paul Dermont : Monsieur Vandeputte Noé Francq : Noé Vandeputte Angelo Bison : Monsieur Crapaud Jennifer Desmet : la chanteuse

Analyse right|thumb|Plaque commémorative de Louis Scutenaire à Schaerbeek : La femme est mystérieuse comme la vache et vice-versa ! Camping Cosmos est une parodie des mœurs des Belges en vacances : en particulier leur vie privée et leur vie sexuelle cachée.

Le propos du film se retrouve dans la citation attribuée à Louis Scutenaire : La femme est mystérieuse comme la vache ! (et l'inverse !) ou Nos désirs sont réels ou dans le slogan : Bière, fritesDont on explique la recette à base du blanc de bœuf pendant que le couple Crapaud copulent et que les frites sont en train de frire., football et révolution ! Le thème du film est celui du paradis perdu que les Belges veulent expérimenter à nouveau pendant leurs congés payés avec un droit à la paresse : Sun, sea, sex and sport !Le titre de la chanson de Serge Gainsbourg de 1978 y ressemble : Sea, Sex and Sun.. Seulement, voilà que la liberté sexuelle sera contrariée par l'apparition du sida. Si dans la première partie de l'hexalogie de La vie sexuelle des Belges : La Vie sexuelle des Belges 1950-1978 (1994) on dit : Faites l'amour une fois…, dans Camping Cosmos, c'est plutôt : Faites l'amour co(s)miquement ! ou encore : L'amour, c'est les hommes et la mer.

Ceci contraste avec l'histoire émouvante de la fille de l'animateur du camping, Ève, qui vient revoir son père après avoir été violée en Italie.

Un autre thème du film est d'ordre anthroposophique : « L'être humain actuel y est présenté en tant que microcosme à l'image du macrocosme. »

Controverse Bien que réalisé avec un budget modeste, ce film a réussi à soulever une immense controverse en Flandre en raison, entre autres, de la présence contestée de Lolo Ferrari dans le film. Le gouvernement flamand a même refusé la prime de production promise, décision qui a été cassée par le Conseil d'État en 1998Arrest nummer 76.505 van 20 oktober 1998 in de zaak A 72.688/XII-433..

Le film a même suscité un débat au sein du parlement flamand avec une intervention de Karel De Gucht qui reprochait au gouvernement flamand de faire de la censure et qui comparait le film à La Grande Bouffe et à Roma de FelliniParlementair debat van 7 februari 1996 (Beknopt verslag pagina 20) en stemming van 28 februari met absolute meerderheid van stemmen tegen de beslissing van de Vlaamse regering om de productiepremie te weigeren. Zie Beknopt Verslag nr. 28 pagina 15, over de "Subsidiëring van Filmprojecten"..

Cette critique négative de la part du gouvernement flamand a eu comme conséquence une diffusion limitée dans les salles de cinéma en France (1997) et en Belgique (1996). Le film a commencé une nouvelle carrière en DVD comme film culteArticle De Morgen du 24 janvier 1996 et propos de l'auteur lors du Festival du film d'amour à Mons, février 2008..

Personnages left|thumb|upright|Buste de Zbigniew Cybulski, héros dans L'Amour à vingt ans, nom que Jan Bucquoy porte dans le film en hommage à l'acteur. Seulement, Cybulski est le compagnon de la terroriste Ulrique dans le film. Claude Semal, présentateur à Radio Cosmos, lance un détournement publicitaire savoureux sur le dentifrice et sur les crèmes de beauté dont il prétend qu'elles sont testées sur les lèvres vaginales des lapines. Il chante Noble Belgique et Né pour mourir. Il fait figure d'un triste clown (il porte un masque quand il fait l'amour avec Lolo Ferrari) dans ce camping carnavalesque où tout le monde vit l'un à côté de l'autre dans une morose sentimentale en cachant sa vraie personnalité et ses vices (voir les dessins de James Ensor : Les masques scandalisés, La Mort poursuivant le troupeau des humains (peint en 1896, exactement 100 ans avant la sortie du film) et L'intrigue (1890)). Il va sombrer dans le désespoir et se suiciderLe masque revient dans la troisième partie de La Vie sexuelle des Belges : Fermeture de l'usine Renault à Vilvoorde (1998) ou Nathalie Sartiaux et Jan Bucquoy regardent la caméra en face avec un masque. Le masque fait allusion en psychanalyse à l'angoisse de la mort et au sentiment de persécution, voir aussi la bande dessinée de Jan Bucquoy : Le Bal du rat mort. Il fait aussi référence au camping comme étant une salle d'attente des âmes mortes avant la décision s'ils iront au paradis ou en enfer. Comme dans la peinture de Watteau: Embarquement pour Cythère, les couples d'amoureux sont indifférents aux autres couples, ils se dirigent vers l'ile de Vénus en hésitant devant l'embarquement. Il n'est peut-être pas inutile de souligner, dans ce contexte, l'influence de Michel de Ghelderode dont le réalisateur a mis en scène des pièces de théâtre (Christophe Colomb, Masques ostendais).. Claude Semal porte son nom dans le film et il joue l'animateur acerbe de radio-Cosmos au look tintinesque. Il est la voix ironique, gentiment critique, qui raconte ce qu'elle veut bien sur les ondes avec des phrases assassines du genre : « le sponsoring est à l'art ce que les morpions sont à l'amour ». Parallèlement à cette fonction d'oracle de la mauvaise parole, il vit une histoire d'amour difficile avec Sabrina Leurquin qui joue le rôle d'une militante (Ursula), pure et dure qui finira par rejoindre la Lutte Armée. Jan Bucquoy joue le rôle de Cybulski, qui n'est rien d'autre que l'homonyme de Zbigniew Cybulski, star polonaise dans L'Amour à vingt ans (1962) de Max Ophüls, dans un acte de masturbation avec de la bière, inspiré par un poème du poète gréco-romain Lucien de Samosate. right|thumb|upright|Noël Godin fait figure de Peter Pan. Noël Godin se fait entarter lui-même dans son rôle de l'écrivain Pierre Mertens. Ce personnage pompeux est maladroit dans le film, il pérore sans arrêt à tort et à travers à l'aide des citations qui proviennent réellement des écrits de Pierre Mertens. Il fait aussi figure de Peter Pan dans le Pays imaginaire en ce qu'il refuse de devenir adulte et qu'il s'attache à son monde de rêves. Il cite Artaud, Breton et Lautréamont. Son ami Jacques Calonne, joue le rôle du représentant du ministère de la culture qui dit de l'animateur culturel : « Il ira loin. » Il rassemble des culottes de poupées (une référence au .