Le département de la Charente se caractérise par une certaine stagnation démographique alors qu'il a connu de profonds bouleversements à l'intérieur de ses limites départementales, avec notamment l'émergence d'Angoulême comme principale agglomération.
Avec ses en , le département français de la Charente se situe en sur le plan national.
En six ans, de 2015 à 2021, sa population a diminué de près de , c'est-à-dire de plus ou moins par an. Mais cette variation est différenciée selon les 362 communes que comporte le département.
La densité de population de la Charente, en , est deux fois inférieure à celle de la France entière qui est de pour la même année.
Évolution démographique du département de la Charente
Les grandes dates de l'évolution démographique de la Charente pendant la période contemporaine sont les suivantes : 1801 : Minimum démographique pour le département pour toute la période contemporaine. 1851 : Maximum démographique du département non seulement pour tout le mais également pour toute la période contemporaine. 1881 : Continuité de l'exode rural qui devient massif, consécutif cette fois à la crise du phylloxéra qui a commencé à ravager les vignes charentaises à partir de 1875. 1906 : Maximum démographique du département pour tout le mais le maximum de population observé en 1851 ne sera pas rattrapé. 1921 : Perte démographique record due à la Première Guerre mondiale ; le département enregistre en effet sa plus forte chute de population jamais enregistrée dans toute la période contemporaine (- 30 782 habitants entre 1911 et 1921). 1936 : Minimum démographique du département pour tout le . 1946 : Chiffre de population le plus bas depuis la Libération. 1990 : Le département atteint son meilleur chiffre de population depuis la Libération. Cependant, cet essor démographique est loin du chiffre de 1906. 2007 : Le département renoue avec la croissance démographique en ce début du Le chiffre de 2007 qui indique une population de correspond à celui de la population municipale (sans doubles comptes), la population totale étant elle de . Ce dernier chiffre est surtout pris en compte par les administrations de l'État pour des questions financières (impôts et taxes) et budgétaires (DGF). Elle entre très rarement en ligne de compte pour les études démographiques car elle a l'inconvénient de contenir des doubles comptes c'est-à-dire des groupes de personnes comptés deux fois (lycéens et étudiants en internat, malades dans des hôpitaux, prisonniers dans des prisons, militaires dans des casernes...)..
Population par divisions administratives Arrondissements Le département de la Charente comporte trois arrondissements depuis la loi Poincaré de 1926 et s'étend sur une surface totale de . La population se concentre principalement sur l'arrondissement d'Angoulême, qui recense % de la population totale du département en , avec une densité de , contre % pour l'arrondissement de Cognac et % pour celui de Confolens. ArrondissementPopulation()Variation(/)Superficie()Densité() Angoulême Cognac Confolens Source : Insee..
Communes de plus de
Sur les que comprend le département de la Charente, 36 ont en 2021 une population municipale supérieure à , neuf ont plus de et deux ont plus de : Angoulême et Cognac.
Les évolutions respectives des communes de plus de sont présentées dans le tableau ci-après.
CommunePopulation()Variation(/)Superficie()Densité() Angoulême Cognac Soyaux La Couronne Saint-Yrieix-sur-Charente Ruelle-sur-Touvre Gond-Pontouvre L'Isle-d'Espagnac Champniers Source : Insee.
Structures des variations de population Soldes naturels et migratoires sur la période 1968-2021 La variation moyenne annuelle est en baisse depuis les années 1970, passant de .
Le solde naturel annuel qui est la différence entre le nombre de naissances et le nombre de décès enregistrés au cours d'une même année, a baissé, passant de . La forte baisse du taux de natalité, qui passe de , n'est pas compensée par une hausse du taux de mortalité, qui parallèlement passe de .
+Variation de la population par périodes Indicateurs démographiques 1968 à1975 1975 à1982 1982 à1990 1990 à1999 1999 à2010 2010 à2015 2015 à2021 Variation annuelle moyenne de la population en % 0,3 0,2 0,0 -0,1 0,3 0,1 -0,1 - due au solde naturel en % 0,3 0,1 0,1 -0,0 -0,0 -0,1 -0,3 - due au solde apparent des entrées sorties en % -0,1 0,0 -0,0 -0,0 0,4 0,2 0,2 Taux de natalité en ‰ 15,1 12,7 12,0 10,5 10,3 9,9 8,7 Taux de mortalité en ‰ 11,9 11,3 11,3 10,9 10,8 10,9 12,0 Source : InseePOP T2M - Indicateurs démographiques en historique depuis 1968.
Mouvements naturels sur la période 2014-2022 En 2014, ont été dénombrées contre . Le nombre annuel des naissances a diminué depuis cette date, passant à en 2022, indépendamment à une augmentation, mais relativement faible, du nombre de décès, avec en 2022. Le solde naturel est ainsi négatif et diminue, passant de -357 à ..
Densité de population La densité de population progresse peu en Charente depuis la Libération, en cohérence avec l'évolution démographique générale de la population départementale. En 2021, la densité était de POP T1 - Population en historique depuis 1968.
Population rurale et population urbaine
Une population rurale dominante
En 1999, la population rurale demeure majoritaire en Charente avec 53,1 % comme depuis le lendemain de la Seconde Guerre mondiale où cette proportion était beaucoup plus élevée 66,3 % en 1946.
Trois périodes distinctes marquent l'évolution de la population rurale en Charente depuis la Libération. Après avoir beaucoup diminué entre 1946 et 1975, la population rurale est devenue entre 1975 et 1990, le moteur de la croissance démographique charentaise, mais dans la période 1990-1999, elle a renoué avec la décroissance.
Tableau de l'évolution de la population rurale de 1946 à 1999
Année Population rurale Taux de population rurale1946 66,3 %1954 64,2 %1962 60,4 %1968 53,7 %1975 50,8 %1982 51,7 %1990 53,4 %1999 53,1 %
La période 1946-1975 : chute spectaculaire de la population rurale
La chute spectaculaire de la population rurale entre 1946 et 1975 n'a pas pour autant effacé la prépondérance de la population des campagnes dans le département puisqu'elle demeure majoritaire, même au plus fort du mouvement de l'expansion urbaine qui s'est arrêté en 1975.
Dans cette période où l'urbanisation s'est considérablement développée dans les villes et a vidé progressivement les campagnes, l'arrondissement de Confolens affiche une décroissance démographique très importante. Un grand nombre de ses communes rurales enregistre dans cette période une chute de population spectaculaire. Dans la seule période 1962-1975, cet arrondissement a perdu un dixième de sa population, affectant principalement les communes rurales. Il est passé de en 1962 à en 1975, perdant , soit une baisse de - 10,8 %. Dans le même temps, sa densité de population est passée de 35 hab./km à 31 hab./km alors que celle du département passait de 55 hab./km à 57 hab./km. Cet écart est allé en se creusant dans les décennies suivantes.
L'arrêt de la croissance urbaine des villes constaté à partir de 1975 n'a pas pour autant entraîné la chute de la population rurale dans les décennies suivantes.
La période 1975-1990 : la population rurale, moteur de la croissance démographique de la Charente
De 1975 à 1990, la population rurale a alimenté la croissance démographique départementale gagnant dans cette période alors que le département ne s'accroissait que de .
Cependant, si la population rurale a progressé de 1975 à 1990, celle-ci ne s'est pas faite uniformément puisque l'arrondissement de Confolens a continué de perdre de la population dans cette période.
En fait, cette croissance de la population rurale est imputable au phénomène nouveau de l'"exurbanisation" des villes principales (Angoulême et Cognac) et secondaires (Barbezieux, Jarnac, Ruffec et La Rochefoucauld) qui a commencé dès 1975. Toutes ces villes sans exception ont commencé à perdre de la population à partir de cette date. Les citadins se sont installés de préférence dans les villages et quelques gros bourgs situés en périphérie des villes. Ce mouvement est particulièrement net autour d'Angoulême dans un rayon de dix à plus de vingt kilomètres où un très grand nombre de communes rurales ont été revitalisées par la rurbanisation. Grâce à la péri-urbanisation, un grand nombre de ces communes péri-urbaines ont vu leur population croître dans d'importantes proportions. Une sorte de "banlieue" à la campagne s'est donc spontanément développée autour d'Angoulême principalement, s'étendant notamment dans cinq cantons périphériques (Blanzac, Hiersac, La Rochefoucauld, Saint-Amant-de-Boixe et Villebois-Lavalette).
Tableau démographique de quelques cantons péri-urbains autour d'Angoulême et leur évolution démographique entre 1975 et 1990
(Classement des cantons par ordre alphabétique)
CantonPopulation1975variation1975/1982 Population 1982variation1982/1990Population1990Blanzac-Porcheresse 4,7 % 8,7 %Hiersac 13,9 % 13,7 %La Rochefoucauld 7,8 % 10,3 %Saint-Amant-de-Boixe 11 % 3,4 %Villebois-Lavalette 11,7 % 10,4 %
La rurbanisation est un fait social bien ancré en Charente. En effet, ce mouvement n'a pas touché exclusivement Angoulême et Cognac qui demeurent les principales villes et agglomérations de la Charente mais il s'est également étendu autour des petites villes de l'armature urbaine de ce département moyennement urbanisé. Ainsi ce phénomène de desserrement urbain autour des villes se vérifie-t-il dans la périphérie de Jarnac et de Barbezieux-Saint-Hilaire, même s'il est moins dynamique qu'autour des villes principales, il n'en est pas moins visible.
La péri-urbanisation dans le canton de Jarnac entre 1975 et 1990
Année Population du canton Population de la ville-centre Population des communes rurales1975 1982 1990
La péri-urbanisation dans le canton de Barbezieux entre 1975 et 1990
Année Population du canton Population de la ville-centre Population des communes rurales1975 1982 1990
Il est intéressant de relever que même si le canton de Barbezieux affiche une baisse démographique régulière entre 1975 et 1990, elle ne l'a pas été automatiquement pour la population rurale qui n'a cessé de croître, en partie au profit de la ville-chef-lieu de canton.
La période 1990-1999 : arrêt de l'essor de la population rurale
Par contre, la période 1990-1999 tranche nettement avec la précédente, étant plutôt négative pour la population rurale comme pour l'ensemble de la population départementale. Elle marque un coup d'arrêt de l'essor de la population rurale en Charente. La crise industrielle qui a également touché les campagnes charentaises y est pour beaucoup et le phénomène de l'exode rural a repris, le département ayant un taux migratoire négatif dans cette période particulièrement difficile.
De plus, la péri-urbanisation a cessé d'être le vecteur principal de la croissance démographique du département. Le mouvement s'est essoufflé mais il a continué autour d'Angoulême, certes à un rythme nettement moins rapide, tandis qu'il s'est arrêté autour de Cognac, Jarnac et Barbezieux. Dans cette période, les cantons péri-urbains autour d'Angoulême affichent une croissance démographique faible et même deux d'entre eux sont en baisse (Blanzac-Porcheresse et Villebois-Lavalette).
Si la population rurale demeure majoritaire en Charente, les villes ont dans un premier temps été le moteur de la croissance démographique départementale avant d'entrer dans une crise profonde, à l'exception notable d'Angoulême.
L'évolution du taux de population urbaine depuis la Libération
Comme l'indique l'histogramme ci-dessous, deux phases nettement distinctes apparaissent dans l'évolution du taux de population urbaine qui n'a jamais franchi la barre des 50 %.