Jean-Antoine Houdon, né le acte de baptême du 23 mars 1741, registre de la paroisse Saint-Louis de Versailles. Coll. Archives communales de Versailles, GG 340 à Versailles et mort le à Paris, est un sculpteur français.
Il est l'un des plus importants statuaires du . Réputé pour le rendu réaliste de ses œuvres, habile non seulement dans le travail en marbre, Houdon avait aussi un talent et aptitude pour façonner la terre, le plâtre et le bronze. On l'appelle souvent Anne Poulet (dir.), Houdon, sculpteur des Lumières : 1741-1828, Versailles, Éditions Réunion des musées nationaux, 2004. .
Biographie vignette|redresse|Voltaire assis (1781), marbre, , Paris, Comédie Française. La mère de Jean-Antoine Houdon, Anne Rabache, était issue d'une famille de jardiniers du château de Versailles. Quant à son père Jacques Houdon, il était domestique puis concierge de la Nouvelle École des protégés du Roi à Paris, jusqu'en 1775. Cette fonction était plus importante que le sens actuel ne le laisse supposer.
Houdon commence à sculpter enfant, à neuf ans, dans l'atelier de Jean-Baptiste Pigalle, puis devient élève de Michel-Ange Slodtz dont il revendiquera l'influenceÉlisa Maillard, Houdon, Paris, Éditions Rieder, 1931, ..
Après l'Académie, Houdon obtient en 1761 la bourse rétribuant le prix de Rome. Il arrive à Rome lorsque le classicisme florissant commence à détrôner le berninisme. Houdon étudie les œuvres de l'Antiquité et les artistes de la Renaissance comme Michel-Ange. Il apprend rapidement à combiner le réalisme avec l'idéalisme grec. Il séjourne à Rome de 1764 à 1768, date à laquelle il revient à Paris. Houdon s'intéresse vivement à l'anatomie du corps humain et veut que ses œuvres soient fidèles à la nature. , écrit-ilDéclaration de Houdon dans un mémoire destiné au Comité de Salut Public en 1794, in .. C'est pendant son séjour à Rome qu'il réalise son chef-d'œuvre l’Écorché, sculpté en 1767 avant son retour à Paris, et son premier succès.
Il est agréé par l'Académie royale de peinture et de sculpture en 1769 où il est reçu le . Il expose au Salon à partir de 1771 jusqu'en 1814.
En 1778, il réalise quatre portraits de Voltaire, dont seul le portrait tête nue donne satisfaction au philosophe et dont la grande version en marbre du Voltaire assis est conservée à Paris à la Comédie-Française. De plus, Houdon moule son masque mortuairelouvre.fr.. Il réalise les portraits des philosophes Diderot et Rousseau. En 1787, il réalise le portrait du roi Louis XVI, dont il présente le marbreConservé à Versailles. au Salon de 1790.
Ateliers Houdon s'installe en dans un atelier fondé en 1731 rue du Faubourg-du-Roule (actuellement 195-205, rue du Faubourg-Saint-Honoré) comprenant une fonderie où ont travaillé les sculpteurs Jean-Baptiste Lemoyne, Edme Bouchardon et Jean-Baptiste Pigalle. Il en est chassé en et achète le une propriété en face au 76-78, rue du Faubourg-du-Roule (actuellement 228, rue du Faubourg-Saint-Honoré) où il construit des fourneaux. Il y réalise de nombreux chefs-d'œuvre, les statues d'Apollon en 1788, de Diane en 1788, l'écorché en 1790. Les opérations de fonte étaient ouvertes au public pour lequel Houdon distribuait des billets d'entrée. Il y vit avec sa famille jusqu'à sa mort.
Voyage en Prusse et commandes en Russie vignette|redresse|Présentation de sculptures de Houdon au château de Friedenstein. Sa rencontre avec Diderot, et le succès du portrait du philosophe « au naturel » (1771), c'est-à-dire sans perruque, ouvre les portes des cours étrangères de Prusse et de Russie. Houdon fait deux voyages à la cour de Saxe-Gotha, principauté de Thuringe, pour répondre à la commande d’un mausolée en mémoire de la duchesse Louise-Dorothée et du duc Frédéric III. Leur fils le duc Ernest II Saxe-Gotha-Altenbourg commande alors plusieurs centaines de plâtres à Houdon, lui offrant un véritable musée visible aujourd'hui encore au château de Friedenstein, à Gotha. Après la haute société allemande qui lui passe de nombreuses commandes, c'est la cour de Russie avec les figures des princes Dimitri Alexievitch Galitzine et Stroganov qui lui passe commande des portraits de Diderot et la tsarine de Russie Catherine II. La cour de France ne lui passe, elle, que trois commandes.
Voyage aux États-Unis vignette|redresse|George Washington, Richmond, Capitole de l'État de Virginie.
Houdon fait partie d'une loge maçonnique, les Neuf Sœurs, qui a soutenu la jeune république américaine. Il y côtoie Benjamin Franklin, et lorsque celui-ci retourne en Amérique, fait la connaissance de son remplaçant, Thomas Jefferson, qui lui commande un buste et le persuade de faire une statue de George Washington. En 1785, , Houdon traverse l'Atlantique et passe quinze jours à Mount Vernon pour saisir les traits de Washington qui pose pour lui. Houdon est accompagné de ses assistants praticiens Bégler et Michetti. L'État de Virginie paye plus une caution de à la famille du sculpteur s'il arrivait malheur pendant le voyage qui dure de à . Une des statues de Washington se trouve aujourd'hui au capitole de Richmond. Les sculptures sont sculptées à Paris et envoyées aux États-Unis en 1796. Houdon est un des rares artistes européens de son temps à avoir fait le voyage en Amérique du Nord.
Peu après être retourné à Paris en 1788, Houdon présente au Salon des statues mythologiques et allégoriques, notamment une Diane et une Baigneuse (New York, Metropolitan Museum of Art).
Le mariage avec Cécile Langlois
Houdon se marie le avec Marie-Ange-Cécile Langloisnée à Paris en 1765 d'un père fonctionnaire du roi.. Elle va prendre en charge la gestion de l'atelier du sculpteur, tant pour les relations commerciales des éditions qu'avec les commanditaires pour les contrats et les paiements Elizabeth Eger, Bluestockings Displayed, Cambridge University Press, Cambridge, 2013, .. Fille adoptive de la comtesse de VillagagnonJeanne-Marguerite Bataihle de Montval. et du banquier britannique Thomas Walpole, cousin de Horace Walpole et descendant du premier ministre britannique Robert Walpole. Cécile Houdon traduit le roman anglais BelmourAnne Seymour Damer, Belmour, Paris, Demonville et Dentu, 1804, 2 vol. in-12, in: Revue universelle des arts, article « Houdon sa vie et ses ouvrages, (1741-1828) », Paris, 1855 (en ligne sur Gallica).. de la sculptrice et romancière anglaise Anne Seymour Damer, qui est sa cousine par alliance.
Avec son mari ils auront trois filles, Sabine (née en 1787), Claudine (née en 1788) et Anne-Ange (née en 1790) qui servent au sculpteur plusieurs fois de modèles pendant les années de la Révolution.
La peintre et graveuse Joséphine Calamatta (1817-1893) est leur petite-fille. Une peintre, morte à Paris en 1795, semble être une parente du sculpteuridem note précédente .. Le , il est témoin du mariage de sa cousine germaine la peintre Marguerite-Julie-Antoinette Houdon.
Pendant la Révolution vignette|redresse|Madame Houdon, née Marie-Ange-Cécile Langlois (1765-1823), épouse de l'artiste (1786), Paris, musée du Louvre. vignette|redresse|Moulage sur le vif du masque du marquis de Lafayette (1785), Ithaca, Herbert F. Johnson Museum of Art. Parmi ses bustes exposés au Salon de 1790 figurent ceux de La Fayette, de Benjamin Franklin, d'Honoré de Mirabeau, de Jacques Necker, et de Jean Sylvain Bailly. En 1793, dénoncé par Jacques-Louis Davidsuivant le procès-verbal du témoignage de Madame Houdon au procès de David en 1815., au Comité de Salut Public pour avoir travaillé une statue de Sainte ScolastiqueMarbre commandé pour une chapelle latérale de l'église des Invalides., Houdon est acquitté en transformant sa sculpture en Philosophie. La sculpture est payée et placée dans la salle de Séances de la Convention en 1795B.Barrère, Mémoires de B.Barrère, tome II, Éditions Jules Labitte, 1842, .. Houdon propose alors de réaliser un Monument à Jean-Jacques Rousseau aux Champs-Élysées, puisqu'il a réalisé le masque mortuaire du philosopheHoudon n'obtient pas la commande qui revient au sculpteur Jean Guillaume Moitte, pour Jean-Jacques Rousseau méditant sur les premiers pas de l’enfance, sculpture jamais réalisée..
Devant se défendre, Houdon produit un mémoire où il explique que son œuvre est pillée par la contrefaçon, et qu'il a dû dès 1787 créer son propre atelier de fonderie pour fondre en bronze ses portraits de Voltaire, Rousseau, ainsi que son fameux Écorché en 1792. En 1793, il offre à l'Académie des beaux-arts un moulage de Cheval écorché moulé sur natureProcès-verbaux de l'Académie royale de peinture et de sculpture, publiés pour la Société de l'histoire de l'art français (1648-1793), Paris, J. BAur, 1892, .Pour certains auteurs, ce cheval est l'étude préparatoire pour un monument équestre à George Washington, in: Paul Lacroix, Revue universelle des arts, volume 1, Paris, 1855, ..
En 1795, sous le Directoire, Houdon est nommé membre de l'Institut. Lorsqu'il cesse d'exposer en 1814, il aura successivement travaillé sous Louis XVI, sous la Révolution française et sous l'Empire.
Professeur de sculpture
Sous l'Empire, tous ceux qui comptent passent par son atelier, l'Empereur, Joséphine, maréchaux et artistes en renom. En 1806, il réalise une sculpture monumentale de Napoleon en bronzeaujourd'hui disparue pour la Colonne de la Grande Armée à Boulogne mais également des portraits en marbre de l'Empereur (aujourd'hui à Versailles). Il est nommé chevalier de l'Empire le .. En 1812, il réalise la sculpture de Voltaire debout pour le Panthéon de Paris. En 1814, il participe pour la dernière fois au Salon.
Houdon est nommé professeur à L'Ecole des Beaux-Arts de Paris, le , succédant à Pierre Julien Son successeur sera Charles DupatyFrédéric Chappey, « Les professeurs de l'École des beaux-arts (1794-1873) », in Romantisme, , 1996, .. Il y reste jusqu'en 1823, date à laquelle meurt son épouse. Agé de 82 ans, Houdon demande sa retraite et meurt en 1828 à Paris. Durant ces cinq dernières années, spectateur assidu de la Comédie Française où il a une loge, il se dégrade lentement. Lors de ses lentes promenades il ramasse des pierres et des cailloux qu'il observe avec attention et rêverie, ce qui pour ses contemporains était un signe de retour à l'enfance.
À sa mort son atelier au Palais de l'Institut et l'intérieur de son domicile à la Bibliothèque Royale, sont mis en vente dans deux vacations cataloguées.
Il est inhumé dans la division du cimetière du Montparnasse à Paris.
Le portraitiste vignette|redresse|Le Marquis de Miromesnil (1775), Londres, Victoria and Albert Museum.
Houdon est principalement connu comme portraitiste. Ses portraits sont extrêmement précis et vivants et de nombreuses personnalités de son temps posent pour lui. On lui doit les bustes de la tsarine Catherine II de Russie et du philosophe Denis Diderot, quatre bustes différents de Voltaire, un buste posthume de Jean-Jacques Rousseau ainsi qu'un buste de Cagliostro. Le réalisme du rendu des yeux de ses portraits est célèbre. Melchior Grimm, frappé par le jeu de la lumière et l'expressivité de leurs regards, remarquait que : in Friedrich Melchior Freiherr von Grimm, Correspondance, littéraire, philosophique et critique par Grimm, Diderot, Raynal, Meister, etc: revue sur les textes originaux, comprenant outre ce qui a été publié à diverses époques les fragments supprimés en 1813 par la censure, les parties inédites conservées à la Bibliothèque ducale de Gotha et à l'Arsenal à Paris, Volume 12, Garnier frères, Paris, 1968, . Auguste Rodin remarquait : Auguste Rodin, L’Art, entretiens réunis par Paul Gsell, Grasset, 1911, . On peut encore citer ses portraits de Voltaire (en buste, en pied au Panthéon de Paris, ou assis au musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg), de la comédienne Sophie Arnould, de Molière, de Boissy d'Anglas, de Napoléon Bonaparte, ainsi que ceux de plusieurs grands hommes américains : outre celui de Washington déjà évoqué, de Robert Fulton, Benjamin Franklin ou Thomas Jefferson.
Les bustes pour l'Opéra