vignette|Sentences « Parlez français » et « Soyez propres » écrites sur le mur du préau de l'école d'Ayguatébia-Talau dans les Pyrénées-Orientales où la population parlait principalement catalan.
Le symbole (appelé également ar vuoc'h – la vache – en breton) , signal. (en occitan .) ou encore signum linguæ (aussi appelé en abrégé signum), était un outil pédagogique ou de politique linguistique, utilisé afin de forcer les étudiants à parler la langue d’enseignement hors de la classe. Il a notamment été utilisé dans les écoles publiques et privées francophones aux et , remis en signe de punition à un élève surpris à parler dans sa langue régionaleArticles « Cet obscur sentiment qu'est la honte », André Polard..
En général, il s’agissait d’un rouleau de papier sur lequel les étudiants ayant été surpris à parler leur langue maternelle ou leur dialecte, devaient écrire leurs noms. L'élève devait ensuite surprendre un autre de ses camarades dans la même situation et lui remettre l'objet. L'élève qui avait l'objet en sa possession à la fin de la récréation, de la demi-journée, ou de la journée, était puni (corvées, devoirs supplémentaires, punitions corporelles, retenues, séance de moquerie générale organisée par l'instituteur, amende, etc.).
Le procédé était utilisé afin : d'exclure de l'école toute autre langue que le français, y compris pendant les récréations, d'attirer les moqueries sur celui qui n'appliquait pas la règle linguistique fixée, d'humilier l'élève parlant sa langue maternelle régionale et de la ridiculiser, accessoirement d'entretenir la délation entre les élèves et empêcher la solidarité de groupe.
Nature de l'objet Il s'agissait parfois : d'un sabot de bois ordinaire, parfois non creusé, à porter au cou, d'une ardoise à porter au cou (à l'école publique de Plouaret entre 1943 et 1949, l'élève devait écrire sur l'ardoise « je parle breton » ), d'un objet à tenir en poche, petit sabot, bouton, buchette ou simple bout de bois : à l'école de Saint-Nicolas-du-Pélem dans les années 1930, il s'agissait d'un petit bout de bois sur lequel était gravé BRETON, « sorte de bonnet d'âne miniature que se passaient les élèves coupables d'avoir parlé breton » (Le Télégramme, Guingamp, ).
Efficacité du procédé
Quel rôle a joué le symbole dans ce remplacement ? Dans la pratique de la langue, cette politique eut peu de succès et n'entama pas l'utilisation du breton. Paradoxalement, c'est dans les années 1950 que l'abandon massif du breton commença, alors même que les restrictions à l'enseignement des langues régionales disparaissaient :
Fañch Broudig cite Pierre-Jakez Hélias, qui dans son livre Le Cheval d’orgueil, expose la réalité qu'il connaît dans sa commune, du point de vue de l'essentiel de la population parlant breton, et qui a fait le choix d’éduquer ses enfants en français, après la Libération :
Selon l'auteur, c'est en définitive le désir de modernité et de changements économiques qui a conduit à l'adoption volontaire du français. Ce remplacement de langue sur quelques décennies, en favorisant les échanges, a eu pour effet de stimuler l'économie de la Bretagne et a profondément changé la société.
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Françoise Morvan met en doute l'importance du symbole en le replaçant dans le contexte éducatif de l'époque :
En 2014 la polémique est toujours d'actualité entre universitaires..
Régions ayant utilisé ce procédé
L'Occitanie, région du Sud de la France où ses habitants parlent majoritairement l'occitan jusqu'à l'entre-deux-guerres subit ce procédé qu'ils nomment par exemple « sinhal » en Aveyron. C'est également le cas du corse, du franco-provençal, du basque et de l'alsacien dont les jeunes locuteurs ont subi une forte pression de la part de leur instituteur afin d'éradiquer ces langues alors jugées dégénérées.
Nord de la France / Belgique / Pays-Bas thumb|Témoignage de l'utilisation du symbole en Wallonie, peu après la Première Guerre mondiale. Le signum fut introduit au cours de la Renaissance aux Pays-Bas dans les écoles latines, dans le but de familiariser les élèves avec tous les aspects de la langue latine. On mentionna dans le règlement scolaire que la langue latine dut être parlée dans toutes circonstances ; même pendant le jeu. Les écoles latines ont maintenu ce système jusqu'au . À partir de l'Ancien Régime on tenta de promouvoir, voire d’imposer la maîtrise du français comme langue véhiculaire. Dans le nord de la France, l'enseignement du néerlandais fut interdit en 1853, et la loi de 1866 du ministre de l'Éducation de la France, Victor Duruy, relégua le néerlandais aux cours de catéchisme. Le signum y était encore en usage jusqu'au .
Le signum devint un instrument de francisation en Flandre après que l'État belge eut imposé le français comme langue officielle. Le ministre Joseph Thonissen abolit son utilisation dans les écoles publiques avec sa circulaire de 1885 en exécution des lois linguistiques de 1883 sur l'éducation. Dans certaines écoles de l’enseignement libre (confessionnel catholique), il était resté en usage jusqu'à la Première Guerre mondiale. Pour le mouvement flamand, l'usage du signum obtint une importance symbolique particulière car, par-dessus tout, il fut appliqué comme une mesure sanctionnant l'emploi de la langue maternelle. Le signum exista également en Belgique romane, où l’on obligea les étudiants à employer le français comme langue par défaut, tandis que l'utilisation des dialectes romans (wallon, picard) fut découragée.
Empire colonial français Le procédé, avec des variantes locales, était également utilisé dans les écoles françaises de l'empire colonial français pour favoriser l'apprentissage du français. Le but était d'assimiler les « indigènes ». L'utilisation de ces procédés s'est parfois maintenue quelque temps dans les États indépendants choisissant le français comme langue officielle, comme au Togo où cet objet est appelé « le signe ».
Autres pays alt=|vignette|200x200px|Le "Welsh Not" (ne parlez pas gallois), symbole utilisé au Pays de Galles De la même façon, on utilisait le Welsh Not au Pays de Galles contre les enfants parlant gallois. Un procédé similaire a été utilisé en Irlande contre le gaélique.
Contre les langues autochtones aux États-Unis, les enseignants forçaient les enfants à manger du savon, tentative d'associer (physiquement comme moralement) leur culture avec la saleté. Les punitions corporelles étaient communes dans les écoles de Louisiane pour interdire aux enfants de parler français.
À Okinawa, on a utilisé le même procédé pour contraindre les enfants à parler japonais au lieu d'okinawaïen.
Voir aussi L'usage de la chicotte dans l'apprentissage du français dans l'Afrique coloniale. Impérialisme linguistique Glottophobie
Bibliographie
Taldir Jaffrennou. Eñvorennoù. Moulladurioù Hor Yezh Yves Person, Impérialisme linguistique et colonialisme, Les Temps Modernes, 1973
Claude an Du, Histoire d'un interdit. Le breton à l'école, Hor Yezh, 2000, Sur les langues maternelles Fañch Broudic, "Défense de cracher par terre et de parler breton ?", tome CXXX du Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, année 2001, p. 363-370, et tome CXXXI, 2002, p. 449-452 Yves Griffon, La langue bretonne et l'école républicaine : témoignages de mémorialistes, Lannion : TIR ; Rennes :CRBC lec'hienn Roazhon-2, Skol-Veur European Breizh = Publication du site CRBC Rennes 2, Université européenne de Bretagne, impr. 2008 (29-Brest : Impr. Ouestélio). - 1 vol. (201 p.) Gérard Prémel (1995) : "Anamnèse d'un hommage. Ou comment le français est venu aux Bretons", Langage et société, juin, n° 72, p. 51-95. Vigier Philippe, « Diffusion d'une langue nationale et résistance des patois en France au XIXe siècle. » In: Romantisme,1979, n°25-26. Conscience de la langue. pp. 191-208 (lire en ligne). Rozenn Milin, Du sabot au crâne de singe : histoire, modalités et conséquences de l'imposition d'une langue dominante : Bretagne, Sénégal et autres territoires, thèse, 2022. Rozenn Milin, « La honte et le châtiment, imposer le français : Bretagne, France, Afrique et autres territoires », éditions Champ Vallon, 2025,
Notes et références Fañch Broudig, La Pratique du breton de l’Ancien Régime à nos jours
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