Gilles Veinstein, né le à et mort le à Saint-Cloud, est un historien français, spécialiste d'histoire turque et ottomane. Ses recherches sur la Turquie, qui évitent d'évoquer le génocide arménien de 1915, ont fait l'objet de controverses scientifiques, notamment au moment de sa nomination au Collège de France en 1999.
Biographie
En , il est élu professeur au Collège de France, tout en continuant d'enseigner à l'EHESS« Gilles Veinstein, historien, spécialiste de l'Empire ottoman », Le Monde, 13 février 2013.. De 2010 à 2012, il est membre du conseil d'administration de la Fondation Hugot du Collège de France.
Jusqu'à sa mort, Gilles Veinstein a été codirecteur de la revue Turcica, avec Paul Dumont. Il fut membre du comité de rédaction des Cahiers du monde russe, de l'Academia Europaea, du comité des orientalismes du CNRS et du Conseil scientifique des instituts français d’Istanbul et de Tachkent.
Controverse relative à son élection au Collège de France Gilles Veinstein est élu professeur au Collège de France par 18 voix contre 15 (et 2 blancs), ce qui constitue un scrutin inhabituellement serré pour une telle élection« Soupçons de négationnisme au Collège de France » in Le Figaro du . Son élection est précédée d'une polémique concernant la teneur de ses propos sur le génocide arménien dans un article commandé par la revue L'Histoire () pour son dossier consacré à la déportation des Arméniens en 1915 (). Gilles Veinstein explique que, bien que n'étant pas spécialiste de cet événement, il a accepté de participer au dossier de la revue L'Histoire (Bernard Lewis a été relaxé deux fois au pénal mais condamné au franc symbolique au civil pour avoir évoqué dans Le Monde « la version arménienne de cette histoire »). Il rappelle dans cet article l'existence des massacres de Turcs perpétrés par les milices arméniennes et juge que le terme « génocide » ne saurait s'appliquer d'une façon incontestable aux massacres d'Arméniens perpétrés par les Turcs en 1915-1916.
Israel Charny, président de l'Institut de recherche sur l'Holocauste « Étude psychologique des négationnistes non extrémistes ». Présentation d'Israel Charny. qualifie l'article de Gilles Veinstein Catherine CoquioNotice biographique de C. Coquio., présidente de l'Association internationale de recherche sur les crimes contre l'humanité et les génocides (AIRCRIGESite de l’Association internationale de recherche sur les crimes contre l'humanité et les génocides.), parle de . Enfin Roger W. Smith, professeur américain spécialiste du négationnisme La publication de Roger W. Smith la plus célèbre porte sur le négationnisme du génocide arménien par l'État turc., soutient que les auteurs cités par Gilles Veinstein, comme le Turc Gurun, et relativise l'importance des centaines de témoignages existants.
Gilles Veinstein a alors été défendu par de nombreux historiens et orientalistes, en particulier Robert Mantran, Louis Bazin et Maxime Rodinson, qui partagent son point de vue sur l'inopportunité du terme « génocide »Le Monde du ., ou encore Michel CahenMichel Cahen dans Libération du ., Pierre ChuvinPierre Chuvin dans Libération, édition du ., Alain-Gérard SlamaAlain-Gérard Slama dans Le Figaro du 1999. et Pierre Vidal-Naquet« « Sur le négationnisme imaginaire de Gilles Veinstein », Pierre Vidal-Naquet dans Le Monde du ., qui considèrent que ses travaux relèvent de la discipline historique et donc de la discussion, contrairement à ceux des véritables négationnistes.
Deux pétitions sont lancées, l'une pour soutenir Gilles Veinstein, l'autre pour s'opposer à sa nomination. La première, rassemblant plus de quatre-vingts signatures et signée principalement par des enseignants-chercheurs de l'EHESS, dont est issu VeinsteinEHESS : Page d'accueil., le désavoue toutefois quant à son refus d'employer le terme de génocide« Pétitions favorables à Gilles Veinstein », Le Monde, 3 février 1999. . La pétition opposée est signée par une vingtaine d'historiens appartenant à d'autres établissements, dont Jean-Pierre Vernant, professeur honoraire au Collège de France. MM. Cahen et Vidal-Naquet ont indiqué que les arguments de M. Veinstein ne les convainquaient pas. Pierre Vidal-Naquet précise dans une autre intervention :
Pour le philosophe Pierre Tevanian, le refus de la qualification de « génocide » relève d'une perversion du discours, et participe ainsi à la construction de mythes comme « la question juive » ou « la question arménienne »« Le génocide arménien et l’enjeu de sa qualification » diffusé sur le site associatif Les mots sont importants.. Quant à Yves Ternon, auteur du livre Du négationnisme : mémoire et tabou, il estime, en s'appuyant sur les méthodes du comparatisme historique, qu'on est en droit d'appeler négationniste un auteur qui refuse aux massacres des Arméniens le qualificatif de génocide, sans pour autant l'assimiler aux négationnistes du génocide juif. Il analyse les techniques négationnistes à la lumière de l'affaire Veinstein« Du négationnisme : mémoire et tabou » compte rendu de lecture dans L'Humanité.. Inversement, Norman Stone, professeur d'histoire à l'université d'Oxford de 1984 à 1997, puis à l'université Bilkent d'Ankara, a vivement recommandé l'article écrit par Gilles Veinstein dans L'Histoire :
Dans un entretien au Figaro du , Pierre Nora indique :
En , Claude Lanzmann déclare dans Le Nouvel Observateur :
Sa nécrologie parue dans Le Monde indique :
Recherches Depuis son élection au Collège de France, Gilles Veinstein et ses collaborateurs ont choisi quatre « grands programmes » de recherche : langues et cultures des peuples turcophones ; sources et histoire des quatre premiers siècles ottomans (du ) ; la fin de l'empire ottoman et l'héritage légué par lui ; les fondements du monde turc contemporain. Ses cours au Collège portent notamment sur la diplomatie ottomane, et plus spécialement sur les relations avec l'Europe chrétienne. Il a rappelé à ce sujet, dans la revue L'Histoire (, ) que l'orientation des Turcs vers l'Europe remonte précisément aux premiers siècles de l'époque ottomane et se traduit, entre autres, par la diplomatie menée à cette époque.
Avec Nicolas Vatin, Gilles Veinstein a rédigé Le Sérail ébranlé, vaste histoire anthropologique et politique du pouvoir ottoman, du au . Avec Insularités ottomanes, il s'intéresse à la politique maritime de la Sublime porte.
Il a poursuivi son travail sur l'Empire ottoman et l'Europe avec son cours au Collège de France « Istanbul ottomane, carrefour diplomatiqueVoir sur le site du Collège de France. » (2007-2008) puis le livre coécrit avec Henry Laurens et John Tolan, L'Europe et l'Islam (2009)Voir sur canalacademie.com.. Le compte-rendu de la Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée estime :
Publications Ouvrages Mehmed Effendi. Le paradis des infidèles, Paris, Maspero, coll. « La Découverte », 1981. L'Empire ottoman et les pays roumains. 1544-1545, Paris-Cambridge (Massachusetts), éd. de l'École des hautes études en sciences sociales et Harvard Ukrainian Research Institute, 1987. État et société dans l'Empire ottoman. La terre, la guerre, les communautés, Londres, Variorum, 1994. Leçon inaugurale, Paris, Collège de France, 1999. Le Sérail ébranlé. Essai sur les morts, dépositions et avènements de sultans ottomans. , Paris, Fayard, 2003. L' Europe et l’Islam. Quinze siècles d’histoire, avec Henry Laurens et John Tolan, Paris, Odile Jacob, 2009. Autoportrait du sultan ottoman en conquérant, Istanbul-Piscataway (New Jersey), Les éditions Isis/Gorgias Press, 2010. Catalogue du fonds ottoman des archives du monastère de Saint-Jean à Patmos. Les vingt-deux premiers dossiers, Athènes, Fondation nationale de la recherche scientifique, 2011 (avec Nicolas Vatin et Elizabeth Zachariadou). Les Esclaves du sultan chez les Ottomans. Des mamelouks aux janissaires, , Les Belles Lettres, 2020.
Direction d'ouvrages Passé turco-tatar, présent soviétique, Mélanges en l'honneur d'Alexandre Bennigsen (codirection avec Ch. Lemercier-Quelquejay, E. S. Wimbush), éditions Peeters et éditions de l'École des Hautes Études en Sciences Sociales, 1986 Les Ordres mystiques dans l'islam. Cheminement et situation actuelle, éd. de l'ÉHÉSS, 1986 En Asie centrale soviétique. Ethnies, Nations, États (codirection avec R. Dor), numéro spécial des Cahiers du monde russe et soviétique, XXII, janvier-, éditions de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, Paris, 1991 Salonique, 1850-1918. La « ville des Juifs » et le réveil des Balkans, éd. Autrement, Paris, 1992. Soliman le Magnifique et son temps. Actes des IXe rencontres de l’École du Louvre, (7-), La Documentation française, Paris, 1992 Bektachiyya. Études sur l’ordre mystique des Bektachis et les groupes relevant de Hadji Bektach (codirection avec A. Popovic), éd. Isis, Istanbul, 1995, 476 p. Les Ottomans et la mort. Permanences et mutations, éd. Brill, Leyde, 1996 Les Voies de la sainteté dans l’islam et le christianisme, numéro thématique de la Revue de l’histoire des religions, 215, 1, janvier-, 186 p. Histoire des hommes de Dieu dans l'islam et le christianisme (codirection avec Dominique Ionia-Prat), éd. Flammarion, 2003 Insularités ottomanes, Institut français d'études anatoliennes / éd. Maisonneuve et Larose, 2004 Syncrétisme et hérésies dans l'Orient seldjoukide et Ottoman. . Actes du colloque du Collège de France, , Paris-Louvain-Dudley (Massachusetts), Peeters, coll. Varia Turcica, 2005. Merchants in the Ottoman Empire (codirection avec Suraiya Faroqhi), Paris-Louvain-Dudley (Massachusetts), Peeters, coll. Varia Turcica, 2008. François Georgeon, Nicolas Vatin et Gilles Veinstein, avec la collaboration d'Elisabetta Borromeo, Dictionnaire de l’Empire ottoman, Fayard, 2015, 1332 pages.
Articles Gilles Veinstein a contribué dans de nombreuses publications spécialisées en histoire. Une liste de ces articles est présente sur le site du Collège de France. Outre les textes présentant l'état de ses recherches, il a également publié des articles de vulgarisation dans la revue L'Histoire.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie « In memoriam Gilles Veinstein », Turcica, n° 44, 2013, pp. 1-6 Suraiya Faroqhi, « In memoriam Gilles Veinstein », volume 90, numéro 2, Der Islam, pp. 213–219 Alan Fischer, « Obituary: In Memoriam-Gilles Veinstein (1945-2013) », International Journal of Turkish Studies, XIX-1/2, 2013 Güneş Işıksel, « Gilles Veinstein (1945-2013) », Osmanlı Araştırmaları/The Journal of Ottoman Studies, 42, second semestre 2013, pp. 453-456
Liens externes
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