La sanctification du nom de Dieu (en , kiddoush hashem « sanctification du nom ») désigne dans le judaïsme ce qui survient lorsqu’un ou des Juifs haussent ou rehaussent le prestige de celui qui les a élus pour porter témoignage de sa providence, son enseignement et ses voies.
Antithèse de la profanation du nom de Dieu (hilloul hashem), le kiddoush hashem est considéré dans le judaïsme rabbinique comme une prescription religieuse du plus haut degré. Il a pris, au cours de l'histoire juive, une connotation particulière, celle du sacrifice de soi plutôt que de profaner.
Le kiddoush Hashem dans la pensée juive
Sources et mise en œuvre
Ce verset consiste en l'interdiction de porter atteinte à la sainteté (héb. קדושה kedoushah) de Dieu, pour que son Nom ne soit pas profané devant les nations, dont l'expression se trouve dans le verset : « pourquoi les nations diraient-elles : Où est leur Dieu ? » ().
Un peu plus loin, lors de l'épisode de la roche de Meriva (), Dieu demande à Moïse de parler au rocher afin qu'en sorte de l'eau. Cependant, Moïse, au lieu de parler au rocher, le frappe par deux fois. Il en sortit de l’eau mais Moïse se voit privé de l’accès à la Terre d’Israël pour n'avoir pas sanctifié le Nom de Dieu, en parlant au rocher devant tout Israël.
Un kiddoush Hashem désigne donc tout acte par lequel on est amené à reconnaître et louer le Dieu d'Israël. Le Talmud (Yeroushalmi Baba Metsia 4:5) prend l'exemple d'une conduite éthique exemplaire pour l'illustrer :
Par son élection, Israël, « dynastie de prêtres », est chargé de sanctifier le Nom de Dieu - « Ce peuple, Je l'ai formé pour Moi, pour qu'il publie Ma gloire »Isaïe 43:21 - et cela consiste à le servir en obéissant à la Loi qu'il lui a donnée, à travers le culte, le rejet des idoles, l’amour du prochain et l’étude de la Torah. La participation humaine au kiddoush Hashem s'accomplit ainsi par différents moyens qui vont de la conduite exemplaire en passant par la prière jusqu'au martyre« Etre un exemple : Kiddoush Hashem », Dictionnaire encyclopédique du Judaïsme, Cerf/Robert Laffont, Lire en ligne, répondant ainsi à la nécessité de faire de ce monde un lieu de sainteté.
Le hilloul Hashem est donc a contrario un acte menant l'autre à demander soit « Où est ton Dieu ? », soit « Ton Dieu t'a-t-Il prescrit cela ? ». L'effacement du Nom divin de quelque endroit s'assimile à un hilloul Hachem.
Formes
Conduite exemplaire et morale La sanctification du Nom honore Dieu et sa Torah dont il faut suivre les prescriptions. L'homme doit non seulement se comporter conformément à la loi mais faire acte de moralité avec un surcroît d'exigence. La Tossefta (BQ 10,15) établit que le vol d'un non-Juif est un crime supérieur à celui de voler un Juif car il implique la profanation du Nom.
Prière Le kidouch Hachem s'exprime également par la récitation de la prière, qui est par essence une sanctification du Nom divin, à travers deux formes liturgiques : kedoucha et le Kaddich qui se réfère, presque de manière littérale, à la sanctification du Nom.
Autres D'autres formes de kiddoush Hashem figurent dans la littérature midrashique et semblent associées au sacrifice de la vie : L'un des premiers et plus grands kiddoush Hashem mentionnés dans la Torah est la ligature (parfois appelé « sacrifice ») d'Isaac. En effet, la narration de cet acte devrait susciter, entre autres, chez le lecteur, une admiration de ce Dieu devant lequel Abraham ne se dérobe pas. Bereshit Rabba 38, 13 : quelques années plus tôt (mais il s'agit ici d'une interprétation talmudique, et non du Texte lui-même), le même Abraham détruit les idoles vendues par son père, Terah, qui le livre au roi Nimrod. Ce dernier ordonne à Abraham d'adorer le feu puis, face à son refus, le fait précipiter dans une fournaise ardente d'où il sort indemne. Il ne s'agit évidemment pas d'un récit dont l'historicité est établie, mais d'une reconstruction à partir de versets. Lors de la fameuse traversée de la mer Rouge, Na'hshon ben Aminadav, chef de la tribu de Juda, s'illustre en sautant le premier dans les eaux, avec une foi inébranlable en une intervention divine (Bamidbar Rabba 12, 26) :
Or, cette association pourrait paraître curieuse, au vu du grand prix que le judaïsme attache à la vie.
Suicide, martyre et sacrifice de soi
Le suicide est considéré par le judaïsme comme un acte contre nature, la vie, et la vie humaine en particulier étant un privilège divin. Les Sages n'ont pas hésité à déclarer que la sauvegarde d'une vie a plus d'importance que tous les commandements, y compris le Shabbat (c'est le principe de פיקוח נפש pikkouah nefesh).Lorsqu'on établit formellement la cause de la mort d'un individu par suicide, il n'a alors pas droit à la traditionnelle marque d'honneur réservée aux morts. Encore faut-il qu'il s'agisse d'une intention délibérée de mettre fin à ses jours, et non d'une pulsion irrésistible ou d'un sacrifice de soi.
Une pulsion irrépressible
Six cas de suicides sont rapportés de manière lapidaire dans le Tanakh (la Bible hébraïque) : ceux d'Abimelekh (Juges 9, 52-54), de Samson (Juges 16, 28-31), du roi Saül et de son ordonnance (I Sam. 31:4), d'Ahitophel (II Sam 17: 23), et de Zimri (I Rois 16 : 18). Abimelekh, Saül et son aide ont utilisé leur glaive ; Ahitophel s'est pendu, Zimri a incendié son palais et Samson est tombé au milieu des ruines de l'édifice où il était enchaîné.
De tous, le cas le plus célèbre est celui de Saül. La tradition dit à son sujet : anouss keshaoul, c'est-à-dire : « contraint comme Saül ». Saül se sait condamné à la mort, mais surtout au déshonneur et à la profanation s'il est capturé ou exécuté. Le suicide est donc la seule solution envisageable.
Le sacrifice de soi
La frontière entre Le cas type du sacrifice est celui de Hananiah, Mishaël et Azariah (Dan. 3, où ils portent les noms de Chadrac, Mêchac et Abêd-Nego).Refusant d'honorer une statue en or érigée par le roi Nabuchodonosor II, ils sont ligotés et précipités dans une fournaise ardente, de laquelle ils ressortent miraculeusement indemnes (ce récit a sans nul doute influencé le midrash d'Abraham décrit plus haut) : Hananiah, Mishaël et Azariah choisirent la mort plutôt que de pratiquer l'idolâtrie.
Les cas où le suicide est un kiddoush Hashem
Le judaïsme ne préconise pas le martyre pour arriver à la sainteté mais les Sages, se basant sur ce précédent, ont donc formulé au au synode de Lod trois limites au pikkouah nefesh, trois principes fondamentaux pour lesquels le Juif doit être prêt à mourir plutôt que de les transgresser (yéhareg vèlo ya'avor) : l'idolâtrie les transgressions sexuelles comme l'inceste ou l'adultère (gillouï arayot) le meurtre (Sanh 74a)
L'association du concept de kiddoush Hashem au martyre est beaucoup plus tardive. Ce n'est qu'à partir des livres des Maccabées et de la littérature tannaïtique qu'une relation est établie entre le concept et la mort dans le cadre de l'accomplissement d'un commandement. Il existe bien deux figures mythiques mais dont les récits ont été écartés du canon biblique juif et repris par la tradition chrétienne : Eleazar le scribe et Hannah et ses sept fils (le nom de Hannah a été attribué au Moyen Âge) dans le deuxième livre des Maccabées dont le texte a été rédigé à l'origine en grec (2 Macc. 6, 18 et 7).
L'une des prières centrales du judaïsme, le Shema est devenue emblématique des Juifs au martyre : ils meurent en effet en proclamant Son Unité (par opposition aux panthéons polythéistes) et l'unité de Son Nom (en opposition à la doctrine trinitaire). De plus, l'idée de s'engager dans la proclamation de Son Nom jusqu'au sacrifice de sa vie (si on y est absolument contraint) est suggérée dans le second verset de la prière :
Il a été suggéré que la prière du Kaddish était également récitée par les martyrs rendant leur dernier souffle, « consolant de la sorte l’assistance en exprimant leur foi en la Rédemption et en la venue du Messie « de nos jours et de notre vivant » ».
Période hellénistique En l'an 167 avant l'ère chrétienne, le roi Antiochus IV Épiphane interdit l'accomplissement des commandements (מצוות en héb. mitsvot) de la Torah en terre d'Israël. Le décret (גזרה en héb. gezérah) royal est rapporté en ces termes dans le premier livre des Maccabées :
Le 25 kislev 167 av. EC, une statue de Zeus olympien est installée dans le Temple de Jérusalem et, dix jours plus tard, des sacrifices y sont offerts à la divinité. Les autorités interdisent aux Juifs de faire circoncire leurs fils et d'observer le shabbat sous peine de mort puis les forcent à honorer les idoles et à manger du porc. Les persécutions décrétées par Antiochus dureront trois ans et demi. Une partie des habitants de Judée refusèrent de se soumettre et préférèrent mourir plutôt que de transgresser la loi juive. Parmi ceux-ci, sept frères, arrêtés avec leur mère, furent contraints par le roi à prendre de la viande de porc interdite par la Loi, roués de coups de fouet et de nerf de bœuf. L'un d'eux, se faisant leur porte-parole, dit :
Période romaine vignette|Ruines de Massada, Israël En 41, le césar Caligula ordonne que soit disposée une statue à son effigie dans chaque lieu de culte de l'Empire romain. Les Juifs refusent de dresser sa statue dans le Temple de Jérusalem. Caligula ordonne alors de les contraindre par la force et, en cas d'opposition de la part des Juifs, d'étouffer dans le sang la révolte et de réduire la population en esclavage. L'assassinat de Caligula met fin au risque de soulèvement.
En l'an 73, trois ans après la destruction du second Temple de Jérusalem, à la fin de la Grande Révolte contre les Romains, la légion et des troupes auxiliaires cernent Massada, une forteresse sur un éperon rocheux, dressé à au-dessus de la Mer Morte. Bien approvisionnée en vivres, en eaux et en armes, près de , des combattants et leurs familles, ont trouvé refuge à Massada et résistent à des assiégeants dix fois plus nombreux. Une rampe est dressée contre le versant ouest et des machines de guerre y sont hissées. Isolés et ne pouvant faire face à la supériorité numérique et technique des forces romaines, Eleazar ben Yair appelle ses compagnons d'arme à se suicider plutôt que d'être pris vivants par l'ennemi. Ce récit, qui n'est pas considéré comme un kiddoush Hashem, est parvenu jusqu'à nous. L'idéologie sioniste accorda, dans un premier temps, une dimension toute particulière à cet épisode tragique, un exemple à suivre évoquant l'héroïsme et l'esprit de sacrifice jusqu'au-boutiste.
Dans son livre, La Guerre des Juifs, Yossef ben Matityahou (Flavius Josèphe) rapporte ainsi les paroles Eleazar ben Yair :
vignette|Denier frappé de l'an 2 de la libération d'Israël, lors de la révolte de Bar Kokhba en Judée,132-135 En l'an 132 éclate la révolte de Bar Kokhba. Le césar Hadrien interdit aux Juifs de pratiquer la circoncision et envisage d'ériger sur les ruines de Jérusalem une nouvelle ville païenne, Ælia Capitolina, et un temple dédié à Jupiter, Junon et Minerve. Soutenu par Rabbi Akiva, Bar Kokhba (en fr. fils de l'étoile) prend la tête de la révolte qui entraîne un terrible carnage. Selon la tradition rabbinique, elle aurait eu pour conséquence le lancement d'une vaste persécution (שמד en héb. shmad) à l'encontre des Juifs par Hadrien. Après trois ans et demi d'insurrection, Bar Kokhba trouve refuge avec ses partisans dans la place forte de Betar qui serait tombée le 9 Av 135.