Le Cailly est une rivière de Seine-Maritime, affluent de la Seine dans laquelle il se jette à Rouen. Cours d'eau au débit régulier, le Cailly traverse deux zones tout à fait distinctes ; dans la partie amont, un espace peu urbanisé dominé par les activités agricoles, dans la partie aval, entre Malaunay et son embouchure, un ensemble totalement urbanisé, véritable rue d'agglomérations à vocation industrielle.
La rivière a vu se développer, sur ses rives, à partir de la fin du , une puissante industrie textile utilisant la force motrice de ses eaux. Véritable couloir d'usines, de filatures, d'ateliers de teinturerie, le cours inférieur du Cailly fut surnommé, au , la petite vallée de Manchester. Si, aujourd'hui, l'immense majorité de ces entreprises ont fermé, l'activité textile a marqué la vallée et des vestiges de ce patrimoine industriel peuvent être encore visibles, certains ont été préservés dans le cadre de musées comme celui de la Corderie Vallois à Notre-Dame-de-Bondeville.
Toponymie La première attestation du nom Cailly (car l'origine du nom de la rivière est la même que celle de la commune éponyme où elle prend sa source) date de la fin du sous la forme Calliacus. Il semble s'agir d'une étymologie celtique d'époque gallo-romaine en -ACU, formé à partir du terme gaulois calio « pierre » (en breton kell, en gallois caill « testicule » par emploi métaphorique). Il est donc possible d'interpréter Cailly comme « le domaine de la pierre » ou « le domaine de Callius », nom de personne.
Pour Albert Dauzat, certains Cailly pourraient, comme Cadillac, venir de Catiliacum : « la propriété de Catillios », nom d'homme gauloisAlbert Dauzat et Charles Rostaing, Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France, Paris, Librairie Guénégaud, 1979 (ASIN B0014VN6E6).. Pour Xavier Delamarre, les types Caliacum peuvent sous-tendre le nom du « coq » (*caliācos en gaulois) et les types Calliacum, avec [l] géminé (ce qui est le cas pour Cailly) remonter à *Calliācon, un dérivé en -āko (> -ACU) de callio- « sabot ».
Géographie
Topographie thumb|left|upright=1.0|Le Cailly à Notre-Dame-de-Bondeville. Le Cailly prend sa source à Cailly dans le Pays entre Seine et Bray, coule en direction du sud-ouest, puis du sud, dans une vallée étroite et encaissée. Après avoir reçu à Montville son principal affluent, la Clérette, en rive droite, le Cailly arrose les villes de Malaunay et du Houlme, créant une coulée verte au milieu de l'espace urbain. Dans la dernière partie de son cours, il traverse l'habitat très dense des communes de Notre-Dame-de-Bondeville, Maromme et Déville-lès-Rouen où il reçoit un petit tributaire - la Clairette - avant de se jeter dans la boucle nord de la Seine à Rouen (rive droite), par l'intermédiaire du bassin Saint-Gervais, après avoir parcouru de .
Son cours peut être divisé en trois secteurs distincts : Le secteur amont entre sa source et son confluent avec la Clérette s'étend sur environ selon une pente moyenne de . La rivière coule dans un endroit peu urbanisée dans une vallée large de plus d'un kilomètre dont le fond est occupée par des prairies et les versants par des bois. Le secteur médian entre Montville (le lieu de confluence) et Notre-Dame-de-Bondeville voit la pente se réduire, sur les de cours, à . La vallée devient plus étroite, de largeur en moyenne ; à partir de Malaunay, la vallée est encadrée par les versants abrupts de plateaux calcaires recouverts, en partie, par les massifs forestiers de la forêt Verte et du bois l'Archevêque sur la rive gauche, de la forêt de Roumare sur la rive droite. Cette partie du cours est caractérisée par une urbanisation de fond de vallées et la disparition progressive des prairies qui occupaient autrefois les lieux. Le secteur aval de Maromme à l'embouchure (de longueur et de pente moyenne identique au secteur précédent) est caractérisé par une urbanisation continue. À deux reprises, près de l'usine Vallourec à Déville-les-Rouen), puis dans la dernière partie de son cours, à proximité du Marché d'intérêt national, le Cailly est canalisé en souterrain. La particularité de ce secteur est liée à l'importance du réseau pluvial urbain dans l'alimentation de la rivière qui peut entrainer des inondations en cas de fortes précipitations en accentuant le phénomène de ruissellement. Dans ce secteur comme dans le précédent, le cours principal se subdivise en plusieurs bras d'origine humaine, conséquence de l'utilisation, à diverses époques de l'histoire, de la force hydraulique de la rivière. Parmi ces derniers, le canal de Bapeaume, creusé aux et , sur le territoire des actuelles communes de Déville-lès-Rouen et de Canteleu, a joué un rôle déterminant dans l'histoire de la vallée avec l'implantation de nombreux moulins.
Géologie et hydrographie Le bassin versant du Cailly couvre une superficie de Programme de mesures du bassin Seine et côtiers normands - Unité Hydrographique CAILLY sur eau-seine-normandie.fr.. Situé dans la partie nord-ouest du Bassin parisien, ce bassin fait partie des formations géologiques du Crétacé supérieur correspondant à d'épais bancs de craie. Sur les versants des reliefs encadrant la vallée, affleurent des terrains de l'ère Secondaire constitués de craie du Campanien, du Santonien, du Coniacien et du Turonien. Les plateaux et les rebords de ceux-ci sont recouverts de formations superficielles ; limon des plateaux d'époque Quaternaire présentant l'aspect d'un dépôt argilo-sableux de couleur brune à jaunâtre, formations argileuses (rouges, grises ou brunes) à silex ou encore gréseuses du thanétien supérieur. Les fonds de vallées sont constitués de dépôts alluvionnaires et de limons reposant sur des formations datant du Cénomanien et de l'Albien, ces formations superficielles sont plus épaisses en amont que dans la basse vallée de la rivière.
À l'exception de la Clérette longue de , la Cailly ne dispose d'aucun affluent notable mais il est alimenté par de nombreuses sources latérales situées sur les versants des plateaux constituant des bassins élémentaires de faible étendueIl est à noter qu'il existe entre le bassin versant du Cailly à l'ouest et celui du Robec-Aubette à l'est, un petit bassin versant indépendant de constitué de vallons urbains descendant de Bois-Guillaume et de Mont-Saint-Aignan et alimentant directement la Seine.. Parmi ces dernières, l'une née au pied des coteaux de la rive droite forme la Clairette, ruisseau de deux kilomètres, qui se jette dans la Cailly à Déville-les-Rouen. Comme la plupart des cours d'eau de la région, l'alimentation principale du Cailly provient du puissant aquifère que représente la nappe de la craie présente sur la totalité du bassin versant (de la Seine-Maritime et au-delà), l'alimentation par ruissellement est très faible, de l'ordre de 10 %.
Hydrologie thumb|left|upright=1.25|Débits mensuels du Cailly sous la forme d'un histogramme.
Le Cailly enregistre un débit moyen de à Déville-lès-RouenInformations de la DIREN, Estimation des débits de références des rivières de Haute-Normandie, p. 28. Lire en ligne. à peu de distance de sa confluence avec la Seine, dans le cadre d'un régime pluvial océanique d'une grande régularité. L'ensemble du bassin versant est affecté par un climat océanique, il reçoit en moyenne de précipitations par an (répartis sur 134 jours avec un léger maximum d'automne), ce qui en fait, à l'échelle régionale, un espace moyennement arrosé. Les températures moyennes enregistrent une faible amplitude thermique oscillent entre une moyenne de en janvier, le mois le plus froid, et de en août, le plus chaud.
Quelques kilomètres en amont, avant d'avoir reçu l’apport de la Clairette à Déville-lès-Rouen, le débit, enregistré à la station hydrologique de Notre-Dame-de-Bondeville, atteint en moyenne pour un bassin versant de (environ 80 % de la superficie totale). Observé depuis 45 ans (de 1963 à 2007), la rivière présente de faibles variations du module, la période des hautes eaux est enregistrée durant la période hivernale et au début du printemps avec une moyenne mensuelle comprise entre et atteint en avril, les basses eaux interviennent à la fin de l'été et au début de l'automne avec des débits de et atteints respectivement durant les mois de septembre et d’octobre. Les périodes d'étiage, tout comme les crues, sont limitéesDes données plus récentes qui prennent en compte la période 1963-2012 aboutissent à des résultats quasi identiques..
En établissant une comparaison entre le débit et le bassin versant, le Cailly présente un débit abondant ainsi que l'atteste une lame d'eau de /an (largement supérieure à la moyenne nationale qui est de , mais surtout à celle du bassin de la Seine de l'ordre de ) et débit spécifique (ou Qsp) de par seconde et par kilomètre carré de bassin (9,5 l/s/km pour l'ensemble des cours d'eau français, 7,1 l/s/km dans le cas du bassin de la Seine)Les chiffres délivrés pour le bassin versant de la Seine correspondent aux données enregistrées à la station hydrologique du Havre, code : H9950010..
Histoire
Une vallée marquée par une tradition industrielle L'occupation de la vallée du Cailly est ancienne ; des terres fertiles, la présence d'une rivière aux eaux vives et d'un couvert forestier à proximité s'avérant des conditions favorables à l'implantation des hommes. La découverte de pierres taillées laisse suggérer la présence d'une communauté de chasseurs-cueilleurs dès l'époque moustérienne, voici quelque 30 à ans. En revanche, peu de vestiges de la période romaine ont été mis au jour, même si le Cailly est connu des contemporains sous le nom de Maronna. La rivière entre véritablement dans l'histoire au Moyen Âge ; les Mérovingiens y construisirent une vaste église au sur l'actuel territoire communal de Notre-Dame-de-Bondeville, le vit l'implantation de nombreux moulins utilisant la force hydraulique pour actionner des meules à broyer ou des marteaux à foulon. Le développement économique se poursuivit, durant l'époque moderne, de la fin du au , avec la mise en service de plusieurs dizaines de nouveaux moulins à poudre, à plomb et surtout à papier. Profitant de la proximité de Rouen, la vallée du Cailly devint un grand centre de l'industrie papetière.
vignette|upright=1.2|La filature Saint-Pierre à Déville-lès-Rouen au début du .