Le lac Turkana, anciennement nommé lac Rudolf ou lac Rodolphe, qui occupe une fraction de la vallée du Grand Rift est l'un des plus grands lacs alcalins au monde. Ce lac de soude carbonatée, résultat d'un écoulement endoréïque, autrefois encore plus vaste s'étend encore en remplissage optimum sur de long et de largeJoseph Vàgner, , p. 63.. La grande faille est-africaine, parsemée de lacs et de volcans, court de l'Éthiopie au nord, jusqu'au Mozambique au sud. D’une superficie de et d'une longueur de quelque , le lac Turkana se trouve pour l'essentiel sur le territoire du Kenya. Seule son extrémité septentrionale se trouve en Éthiopie.

Le lac Turkana se situe au point de divergence entre les deux branches de la grande faille est-africaine, d'une part le rift Albertin à l'ouest, où se succèdent les grands lacs africains, et d'autre part la branche orientale qui traverse le Kenya et la Tanzanie à l'est du lac Victoria. Toutefois, sa végétation et sa faune appartiennent paradoxalement à la zone basse aride de la Corne de l'Afrique, tout en représentant une prolongation orientale de la zone soudanaise aux caractéristiques très spécifiques. Aux alentours du grand lac se remarquent de vastes épanchements de laves noires ou rougeâtres. Leurs altérations laissent des gros blocs volcaniques associés à des terres argileuses, qui, soit engendrent de fines poussières qui se mobilisent au moindre vent et s'amassent en dépôts épars par temps calme, soit se transforment en présence de pluies douces ou d'humidité résiduelle, en glaise collante ou glissanteComme les précipitations sont irrégulières, le passage répété de l'aridité extrême à l'excès d'eau engendre un paysage alternant entre désert poussiéreux et marécage gluant et hostile, en général fort impropre aux pâturages. Joseph Vàgner, , p. 63-64..

Historique des appellations vignette|gauche|Carte montrant le lac Turkana () et la route empruntée lors de l'expédition de Sámuel Teleki et Ludwig von Höhnel en Afrique de l'Est.

Le lac a été baptisé initialement lac Rudolf par Sámuel Teleki et Ludwig von Höhnel en 1888, en l'honneur du prince héritier de l’Empire austro-hongrois Rodolphe de Habsbourg-Lorraine.

Jules Borelli qui explore l'Omo de 1885 à 1888 affirme, dans le récit de son voyage publié en 1890, contrairement aux géographes de l'époque, que la rivière se jette dans le lac qu'il nomme alors ChambaraJules Borelli, Éthiopie méridionale, 1890, .

Il a été renommé lac Turkana en 1975, du nom générique des nomades Turkana, qui à l'origine parcouraient parfois ses bords occidentauxJoseph Vàgner, , p. 65-67. On remarquera que le lac Stefanie ou Chew Bahir n'a pas été nommé en l'honneur des "Boranas" qui vivait à l'est de ses bords..

Géographie physique L'extension ancienne, associée à l'évolution tectonique du bassin du lac Turkana, est un fait géologique. Le lac avant un ressaut des failles majeures était nettement plus profond et trois fois plus long. Il communiquait il y a moins d'un million d'années avec le bassin du Nil par une gorge occidentale aujourd'hui asséchée. En attestent les crocodiles gigantesques à la peau parsemée d'excroissances et divers poissons, faune typique du Nil ou de la zone soudanaiseUn des poissons typiques du Nil, fort ancien et nullement acclimaté, est le capitaine ou Lates niloticus. Joseph Vàgner, , p. 63-64..

Il est situé à un endroit où la croûte terrestre est particulièrement peu épaisse, avec seulement . Cet amincissement débute il y a environ. Le site est ainsi amené à évoluer considérablement sous l'effet de la tectonique des plaques qui tend à séparer l'Afrique de l'Est du reste du continent.

vignette|300px|Vue du Lac Turkana

Il s’agit du plus grand lac permanent en milieu désertique et du plus grand lac de soude carbonatée. Son eau alcaline fait qu'il ne représente pas d'intérêt économique majeur. La région est chaude et très sèche. Les vents vers le large ou vers le rivage peuvent être extrêmement puissants, le lac se refroidissant et se réchauffant plus lentement que les terres. La géologie est dominée par les formations volcaniques. La grande Faille s'accompagne d'épanchement de laves, de volcans spectaculaires comme le Longonot et le Suswa. À l'extrémité sud du lac, surgissent des appareils volcaniques récents, notamment le volcan Nabuyatom, un cône de scories aux formes presque parfaites.

En plus des eaux du canyon Habokok, trois rivières se jettent dans le lac : l’Omo, la Turkwel et la Kerio. Le seul exutoire est l’évaporation. Malgré cela, le niveau de l’eau a baissé de entre 1975 et 1993.

Populations La région a été préservée par son isolement (trois jours de voiture de Nairobi, la capitale) et ne reçoit la visite que de très peu de visiteurs occidentaux.

Les rivières qui débouchent dans le lac permettent aux éleveurs de bétail de produire du sorgho. La pêche, notamment celle de l'énorme perche du Nil, attire moins les populations.

Les habitants sont essentiellement des Gabbra, des Rendille et des Turkana. L’un des villages proches du lac est El Molo. Les contrées humides au voisinage des rives lacustres étaient nommées pays des Elmolo, peuple supposé pêcheur et chasseur depuis la création originelle du lac. En 1975, il n'existait que trois modestes villages El Mollo, avoisinant une centaine d'habitants.

Les Turkana, habitant à l'origine à l'ouest du lac, appellent le lac anam Ka'alakol, ce qui signifie « la mer aux nombreux poissons ». Ka'alakol est aussi à l’origine de Kalokol, le nom d’une ville située sur la rive occidentale du lac, à l’est de Lodwar.

Faune

Le lac Turkana, parfois surnommé la « Mer de Jade », renferme des perches du Nil et des tilapias. Il contenait autrefois la plus importante population africaine de crocodiles du Nil : la seule île centrale en abritait .

La présence d’eau dans une zone aussi aride confère au lac une importance internationale comme zone de transit pour les oiseaux migrateurs. La région est encore peuplée de lions, de guépards, de girafes réticulées et autres mammifères autrefois typiques et abondants, mais le plus souvent en faible effectif ou devenus rares, comme les gazelles girafes, les gazelles de Grant, les zèbres de Grévy, les zèbres de Burchell, l'âne sauvage de Somalie etc.. Les éléphants et les rhinocéros noirs, le plus souvent autrefois dans les gorges basses des montagnes environnantes, semblent avoir disparu au cours des dernières décennies. Les expéditions des "Du Bourg, Bottego, Donaldson Smith, Neuman ou Wickenburg" autour de 1900 en région de "Tourkana" mentionnaient gazelles et zèbres à profusion. Mais les girafes étaient déjà rares, même si une expédition allemande en avait tué sept dans le désert voisin pour assurer un complément de nourriture. Mentionnons aussi autrefois l'abondance des autruches, des outardes, des francolins, des dig-dig et des lièvres. L'oryx béisa parcourait les montagnes avec l'agilité des chamois.

right|300px|vignette|Localisation du lac Turkana (KE-1), parmi les principaux sites de découverte d'hominines en Afrique : Tchad (TD) : •  TD-1 – Bahr el-Ghazal •  TD-2 – Djourab Éthiopie (ET) : •  ET-1 – Hadar •  ET-2 – Herto •  ET-3 – Omo Kenya (KE) : •  KE-1 – Lac Turkana Tanzanie (TZ) : •  TZ-1 – Gorges d'Olduvai •  TZ-2 – Laetoli Afrique du Sud (ZA) : •  ZA-1 – Sterkfontein •  ZA-2 – Swartkrans •  ZA-3 – Kromdraai •  ZA-4 – Taung

Protection Les parcs nationaux du lac Turkana sont désormais inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco. Le , le comité du patrimoine de l'Unesco place le site sur la liste du patrimoine en danger, malgré l’opposition des autorités éthiopiennes, mises en cause pour les infrastructures développées sur le fleuve Omo, qui se jette dans le lac à la frontière entre le Kenya et l’Éthiopie.

Préhistoire La région est riche en formations sédimentaires anciennes renfermant des industries lithiques, des vestiges fauniques et des fossiles d’hominines très anciens. Richard Leakey est l’un des premiers à avoir conduit des prospections et des fouilles dans la région, d’abord sur la rive est dans la région de Koobi Fora, puis sur la rive ouest.

À Koobi Fora, son équipe a notamment découvert en 1972 le crâne KNM-ER 1470, relativement complet, et dont l’âge est estimé à environ d’années. Il est devenu l'holotype de l’espèce Homo rudolfensis en 1986.

En 1984, son assistant Kamoya Kimeu a découvert un squelette quasi complet à Nariokotome, sur la rive ouest. Surnommé le « Garçon de Turkana », KNM-WT 15000 est un Homo ergaster adolescent, dont la taille adulte estimée a nourri de nombreux débats.

En 1999, l’équipe de Meave Leakey a découvert un crâne relativement complet, quoique assez déformé, qui a permis de définir en 2001 un nouveau genre et une nouvelle espèce : Kenyanthropus platyops.

En 2012, sur le site de Lomekwi 3, à l'ouest du lac, l'équipe de Sonia Harmand a mis au jour des outils de pierre taillée datant de d'années (Ma), les plus anciens outils lithiques connus à ce jour.

En 2017, un spécimen fossile de Nyanzapithecus alesi, daté de d'années, a été découvert près de ce lac...

Parc éolien

En est dévoilé un projet visant à installer le plus grand parc éolien d'Afrique () dans la région du lac Turkana ( sur ). La construction commence en . Il était prévu que le parc éolien fût opérationnel à la fin 2014, pour un coût de d'eurosGEO, , septembre 2012, . Il est achevé en et, en 2018, n'est pas encore connecté au réseau, en l'attente de lignes électriques. Le , Uhuru Kenyatta, président du Kenya, met officiellement en service les de ligne électrique haute tension Loiyangalani-Suswa qui injecte la puissance générée dans le réseau national. À cette époque, la centrale produit en moyenne soit 64% de sa capacité potentielle théorique de ..

Le site dispose d'« une vitesse moyenne des vents de par seconde » selon le consortium hollandais chargé de la construction. Le projet est soutenu par la Banque africaine de développement. Il pourrait assurer un quart de la production électrique du paysEnerpresse - The Guardian.

Le constructeur a signé avec le fournisseur public Kenya Power un contrat de vente sur vingt ans à d'euros par kWh, un prix équivalent à celui de l'énergie hydro-électrique produite par le pays.

Dans la culture populaire Le prologue de Xenosaga Episode I: Der Wille zur Macht s'ouvre sur les rives du Lac Turkana, au , où un groupe de chercheurs découvre le Zohar, un artéfact mystique enfoui dans les profondeurs du lac.

Notes et références

Bibliographie Joseph Vágner (photographies et rédaction), Afrique paradis et enfer des animaux, Librairie Gründ, Paris, , 3e édition 1994, 240 pages. Adaptation française de l'ouvrage paru chez Aventinum, Prague, par Dagmar Doppia. En particulier, § Une corne sur le front de l'Afrique, La péninsule des Somalis, p. 62-67.

Voir aussi Articles connexes Vallée du Grand Rift Lac Naivasha Lac Nakuru Lac Baringo Lac Bogoria

Liens externes

Map of the Lake Turkana basin at Water Resources eAtlas Satellite images showing Lake Turkana's falling water levels Sibiloi National Park, World Heritage Site Ongoing Palaeoanthropological research in the Turkana Basin

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