vignette|Carte du royaume de Sicile en 1154. Le royaume de Sicile (en italien : Regno di Sicilia ; en latin : Regnum Siciliae ; en sicilien : Regnu di Sicilia) est un État ayant existé en Sicile, dans le sud de la péninsule italienne ainsi que, pour un temps limité, en Afrique du Nord depuis sa création par en 1130 jusqu'en 1816. Il succède au comté de Sicile, fondé en 1071 lors de la conquête normande de l'Italie méridionale. L'île de Sicile est alors divisée en trois vali (de l'arabe wālī, « régions ») : le Val di Mazzara, le Val Demone et le Val di Noto.

En 1282, pendant le bref règne de Charles d'Anjou, une révolte connue sous le nom de Vêpres siciliennes renverse la domination angevine sur l'île de Sicile. Les Angevins parviennent à maintenir le contrôle de la partie continentale du royaume, qui devient une entité distincte conservant le même nom de royaume de Sicile mais désigné pour des raisons pratiques comme le royaume de Naples, d'après sa capitale. De 1282 à 1409, l'île est dirigée par les Aragonais tout en conservant son indépendance avant d'être officiellement rattachée à la couronne d'Aragon. À la suite de l'union dynastique de la Castille et de l'Aragon en 1479, elle devient une vice-royauté dépendant du royaume d'Espagne. Au cours de la guerre de succession d'Espagne (1700-1714), l'île est récupérée par la maison de Savoie. En 1720, la Savoie la cède à l'Autriche en échange de la Sardaigne. Elle entre ensuite sous la possession d'une branche des Bourbons et c'est au terme de la période napoléonienne que le royaume de Sicile est formellement réuni à celui de Naples pour former le royaume des Deux-Siciles, qui sera annexé en 1861 par le royaume d'Italie nouvellement unifié.

Histoire

Conquête normande

L'histoire normande en Italie méridionale commence au lorsque les Lombards et les Byzantins engagent des mercenaires normands, descendants de Vikings établis dans le nord de la France, pour se prémunir face aux attaques des musulmans présents en Sicile ; c'est un aventurier du nom de Roger qui débarque à Messine à la tête d'une armée de 700 chevaliers non sans avoir déjà soumis l'Apulie et la Calabre. En 1068, Roger et ses hommes remportent une victoire décisive sur les forces musulmanes à Misilmeri mais il faut attendre la fin du long siège de Palerme pour que la Sicile passe intégralement sous domination normande en 1091.

Période normande (1130-1198)

vignette|252x252px|, premier roi de Sicile. Le royaume normand est créé le jour de Noël de l'année 1130 par avec la bénédiction du pape et de l'antipape . Le nouveau monarque réunit pour ce faire les terres qu'il avait héritées de son père : l'archipel de Malte, conquis en même temps que le reste de l'émirat de Sicile ; le duché d'Apulie ainsi que le comté de Sicile, qui avaient appartenu à son cousin Guillaume d'Apulie jusqu'à sa mort en 1127 ; et tous les fiefs inféodés aux Normands situés plus au nord dans la péninsule italienne.

, mécontent de l'entente entre Roger et son rival Anaclet, pousse l'empereur Lothaire III à attaquer la Sicile avec le soutien de l'empereur byzantin . Deux grandes armées, l'une conduite par le duc Henri le Superbe et l'autre par Lothaire en personne, envahissent le royaume de Sicile. Près du fleuve Tronto, Guillaume de Loritello se rend à l'empereur et lui ouvre les portes de la ville de Termoli. Rapidement, le comte lui emboîte le pas et doit admettre sa défaite dans des conditions similaires. Les deux armées progressent donc rapidement par la défection de nombreux vassaux et s'unissent à Bari, d'où elles poursuivent leur campagne en 1137. Roger ouvre les négociations et propose d'offrir l'Apulie en fief à l'Empire en échange de la paix, ce que Lothaire refuse sous la pression du pape. Dans le même temps, l'armée impériale remet en cause l'utilité de cette campagne et se révolte.

Lothaire, qui espérait initialement la conquête totale du royaume de Sicile, finit par céder Capoue et l'Apulie à des seigneurs hostiles à Roger puis se résout à perdre les faveurs du pape en refaisant marche vers le nord. Il mourra le en traversant les Alpes. Roger reconquiert rapidement les territoires perdus et son fils, , parvient à capturer le pape en tendant une embuscade à son armée le à Galluccio. Trois jours plus tard, Innocent est contraint de reconnaître le titre et les possessions de Roger en signant la paix de Mignano. Au deuxième concile du Latran d', il accuse Roger d'avoir maintenu une attitude schismatique envers la papauté et prononce son excommunication.

Roger aura passé la majeure partie de la décennie, depuis son couronnement jusqu'aux assises d'Ariano, à promulguer une série de lois par lesquelles il entendait centraliser les affaires de son royaume. Il repoussa également plusieurs invasions et mata les révoltes incessantes de ses vassaux, parmi lesquels , Rainolf d'Alife et . Dans les provinces continentales, cependant, Roger II dut composer avec une aristocratie péninsulaire souvent réticente à accepter la consolidation du nouveau royaume et l'autorité du souverain ; ce n'est qu'après l'écrasement de cette opposition qu'il put réorganiser des seigneuries confisquées et des titres comtaux, et restructurer, dès les années 1140, l'espace continental autour de la Terra di Lavoro, des Pouilles et de la Calabre, certains comtés étant supprimés, réduits ou réattribués à des fidèles. L'administration royale sur le continent s'appuya également sur des officiers militaires locaux, notamment les comestabuli royaux, chargés de coordonner les forces provinciales et les barons de rang inférieur pendant les décennies formatrices du royaume.

C'est grâce à la compétence de son amiral Georges d'Antioche que Roger agrandit son royaume le long des côtes de l'Ifriqiya aux dépens des Zirides et prend le titre de « roi d'Afrique », ouvrant la courte période de présence normande sur le continent africain. Parallèlement à cette conquête, la flotte sicilienne attaque et menace l'Empire byzantin à plusieurs reprises, confirmant la position de puissance méditerranéenne de premier plan que va occuper le royaume de Sicile pendant près d'un siècle. vignette|252x252px|Enluminure de 1196 représentant des scribes écrivant dans plusieurs langues (de gauche à droite, des Grecs, des Sarrasins et des Latins), illustrant la diversité culturelle du royaume de Sicile à cette époque. Le fils et successeur de Roger, , dit « Guillaume le Mauvais », souffre d'une grande impopularité auprès des chroniqueurs en raison de leur soutien aux révoltes baronniales qu'il réprime avec une grande fermeté. C'est notamment à cause d'une succession de révoltes de la part des seigneurs locaux d'Afrique du Nord que Guillaume perd la quasi-totalité de ses possessions africaines au cours des années 1150. Mahdia, dernier bastion normand en Afrique, est prise par les Almohades en 1160. Malgré les pertes territoriales, ses méthodes de répression se sont révélées être efficaces puisque le royaume est largement pacifié à sa mort en 1166. Or, la mort de son fils aîné lors d'une révolte précédente et le trop jeune âge de son second fils contraignent le royaume à passer par une phase de régence exercée par Marguerite de Navarre, mère du jeune héritier, jusqu'en 1172 et, comme il est courant lors des périodes de régence, la succession royale a été menacée un temps par l'aspiration de certains nobles à accéder au pouvoir. Le long règne de Guillaume II est resté dans les mémoires comme deux décennies de paix et de prospérité continues pour le royaume et, contrairement à son père, il sera surnommé « Guillaume le Bon ». Son règne (1166-1189) est marqué par un rapprochement avec le pape et l'empereur germanique par le biais d'un mariage entre sa tante Constance et le fils de l'empereur Frédéric Barberousse, le futur . C'est en outre en grande partie sous son règne que sont mises en œuvre en Sicile les traductions de textes grecs fondamentaux par Henri Aristippe, participant au mouvement de traduction d'œuvres scientifiques et philosophiques grecques et arabes dans le contexte de la Renaissance du . Sa mort sans descendance légitime en 1189 entraîne une nouvelle crise de succession : sa tante Constance, héritière directe du trône en tant que fille de Roger II, fut longtemps écartée de la vie publique et entra au couvent jusqu'à son mariage avec le futur empereur en 1184. Guillaume les désigna tous deux pour lui succéder et fit prêter serment de fidélité à ses vassaux de respecter sa volonté mais beaucoup d'entre eux ne souhaitaient pas voir le royaume de Sicile entrer dans l'influence du Saint-Empire romain germanique.

Avec le soutien des dignitaires, Tancrède de Lecce, bâtard du duc et donc petit-fils de , s'empare du trône en 1189. La même année, il doit faire face à une révolte fomentée par son cousin Roger d'Andria, ancien prétendant au trône qui apporte son soutien à Henri et Constance avant son exécution l'année suivante. Henri, empereur du Saint-Empire romain germanique depuis 1191, se lance à la conquête du royaume au nom des revendications de sa femme. L'opération est un échec, l'impératrice Constance est capturée et ce n'est qu'à la demande du pape qu'elle finit par être libérée. Toutefois, à la mort de Tancrède en 1194, la voie est libre pour Henri et Constance qui font déposer , le jeune fils de Tancrède, et sont couronnés roi et reine de Sicile, mettant un terme à la période normande du royaume qui passe à la maison de Hohenstaufen. Quant à la lignée des Hauteville, elle sera transmise au futur roi Frédéric de Sicile par l'intermédiaire de Constance.

Période souabe (1198-1266) vignette|Henri VI et Constance de Sicile (1196). vignette|252x252px|Marche triomphale d' vers Palerme. vignette|Gravure sur bois représentant Constance de Sicile et son mari l'empereur au baptême de leur fils . Le règne d' a été bref, puisqu'il meurt en 1197. L'accession au trône de Frédéric, futur empereur romain germanique, a laissé le royaume sans pouvoir central fort du fait de sa jeunesse et des villes comme Naples ou Gaète ont commencé à développer des institutions communales tandis que barons et évêques usurpaient les prérogatives royales. En outre, la papauté cherchait à rompre l'encerclement des terres d'Église par les Hohenstaufen qui dominaient également le nord de l'Italie. Philippe de Souabe, oncle de Frédéric, tenta de sécuriser le titre du jeune roi en nommant Markward d'Annweiler, margrave d'Ancône, à la régence en 1198. Entre-temps, le pape a consenti à reconnaître les droits de Frédéric après avoir réaffirmé l'autorité papale sur la Sicile, qui allait pourtant diminuer de manière constante dès la décennie suivante.

L'avenir des Hohenstaufen sur le trône est de nouveau remis en cause lorsque , après avoir épousé la fille de Tancrède de Sicile, sœur du roi déchu , pousse son beau-frère à revendiquer le royaume en 1201. L'année suivante, une armée levée par l'évêque Gautier de Palear et Diépold d'Acerra est défaite par Gautier de Brienne. Markward finit par être assassiné et Frédéric lui-même est capturé par Guillaume de Capparone, un allié de Pise. Diépold poursuit la guerre qui s'étend sur une grande partie de la péninsule italienne jusqu'à la mort du prétendant rival en 1205. Frédéric est libéré de Capparone en 1206 et sa tutelle est confiée à Gautier de Palear. Gautier de Brienne capture le palais royal en signe de protestation et s'oppose à Diépold d'Acerra. La guerre ne prendra réellement fin qu'à la majorité du roi.