Le mégalithisme est un phénomène complexe, présent dans de nombreuses régions du monde, consistant à ériger des mégalithes, c'est-à-dire des monuments comportant, exclusivement ou en partie, des blocs rocheux d'une masse bien supérieure aux capacités physiques d'un seul homme. L'extraction, le transport et la mise en place de ces blocs rocheux impliquent des capacités d'organisation remarquables dans ces sociétés encore préhistoriques. Les monuments mégalithiques sont généralement soit des pierres dressées, isolées ou alignées, soit des monuments funéraires.

En Europe, le mégalithisme apparait dès les débuts du Néolithique et revêt une importance très particulière pour certaines cultures qui se développent durant tout le Néolithique. Le phénomène atteint son apogée durant le Néolithique, puis se poursuit à l'âge du bronze, mais avec moins d'ostentation (les blocs rocheux utilisés sont de moindre taille), avant de disparaître à l'âge du fer.

Dans le reste du monde, le phénomène apparaît plus tard (Néolithique moyen ou récent), mais perdure parfois jusqu'à l'époque actuelle, de manière très localisée, en Afrique et en Asie.

Cette large diffusion spatio-temporelle du phénomène n'implique pas pour autant l'existence d'une filiation entre ces différentes manifestations et entre ces différentes régions du monde.

vignette|Dans le dolmen Lo Morrel dos Fados, la transition du couloir à l'antichambre et de celle-ci à la chambre funéraire est assurée par deux portes réalisées par des dalles jointives sculptées en hublot. vignette|Stonehenge au Royaume-Uni. vignette|Statue-menhir dite la Dame de Saint-Sernin. vignette|Cercle mégalithique de Wassu en Sénégambie.

Définition

Bien que le terme ne soit pas explicitement défini dans la plupart des dictionnaires francophonesIl n'y aucune entrée correspondante dans le dictionnaire de l'Académie, ni dans le Grand Robert, ni dans le Littré., sauf dans le LarousseLarousse en ligne,entrée Mégalithisme, il est communément admis que « le mégalithisme consiste à bâtir des mégalithes ». Les archéologues ne considèrent pas pour autant qu'il existe un lien historique entre les divers peuples qui l'ont mis en œuvre tout en admettant qu'il existe un minimum de cohérence dans le phénomène mégalithique qui renvoie « à un contexte social particulier, à un certain type de société », tout en ayant un caractère universel résultant d'une cause commune partout dans le monde et à toutes les époques. Historiquement l'étude du mégalithisme s'étant développée dans le cadre de celle du Néolithique de l'Europe occidentale, elle a conduit à confondre en un seul concept trois phénomènes indépendants qui sont communs à cette période et à cette région : des réalisations architecturales monumentales, le choix d'un matériau (la pierre) et une utilisation à vocation funéraire (collective) prépondérante. Les phénomènes sont souvent associés alors que chacun existe indépendamment par ailleurs dès le Néolithique moyen en Europe occidentale. Le monumentalisme adopte ainsi des formes et utilise des matériaux qui caractérisent des constructions qu'on ne classe pas parmi les mégalithes (enceintes néolithiques défensives, constructions en terre et en bois type henge, tumulus monumentaux dont la fonction demeure inconnue comme à Silbury Hill) et les sépultures néolithiques ne sont pas toutes monumentales. Le monumentalisme est indépendant de la fonction (funéraire) et le mégalithisme n'est pas toujours monumental (dolmens simples, pierres dressées de taille modeste) mais les deux phénomènes se combinent à des degrés variables et peuvent aussi bien se confondre (dolmen constitué de dalles monumentales) ou être totalement disjoint (menhir isolé).

Sociétés mégalithiques Bien que toutes les constructions mégalithiques ne possèdent pas toutes les mêmes fonctions, leur réalisation impose l'existence d'une société organisée et hiérarchisée, permettant de réunir suffisamment de personnes au-delà du seul cadre familial sous une seule autorité politique. L'approche anthropologique du phénomène mégalithique conduit à définir des « sociétés mégalithiques » (Gallay) ou « sociétés bâtisseuses de mégalithes » (Testart), ce sont des sociétés .. C'est un signe fort de l'existence d'une communauté de taille suffisamment importante et suffisamment structurée pour réaliser des constructions qui exigent une concentration de main-d’œuvre et de matériaux destinée à traduire quelque chose de commun par rapport à sa propre idéologie. Les réalisations peuvent s'inspirer de formes déjà connues, voire relever d'une certaine forme de compétition entre communautés spatialement et temporellement, mais il ne peut s'agir d'une simple réplique déconnectée de tout environnement social et culturel. Le mégalithisme peut être conçu comme une manifestation du phénomène de néolithisation : les communautés néolithiques en adoptant l'agriculture sont ainsi capables d'obtenir un surplus de ressources vivrières, l'essor du mégalithisme symbolise alors une société hiérarchisée dont la richesse se traduit par la construction de monuments ostentatoires.

Dans le cas du mégalithisme préhistorique, on ne connaît pratiquement aucun site d'habitat attribuable à ceux qui ont bâti ces monuments mégalithiques, on ne peut dès lors qu'avancer des hypothèses, parfois cumulatives : les habitats étaient constitués avec des matériaux beaucoup plus fragiles et n'ont donc pas perduré aussi longtemps, les habitats étaient installés sur des espaces cultivables qui ont été réutilisés par des générations successives d'agriculteurs qui ont contribué à leur disparition, la sacralisation des constructions mégalithiques s'est poursuivie bien au-delà de l'époque de ses bâtisseurs et elle a contribué à leur conservation.

Caractère universel

Le mégalithisme est un phénomène largement répandu dans le monde, avec des particularités régionales. L'apparition de monuments mégalithiques, avec de architectures très diverses, en différents points du monde ne sous-entend d'aucune façon un lien de filiation ou de diffusion de ces monuments apparus dans telle ou telle région 08) - « Dolmens, menhirs et mégalithisme », Cahiers de Science et vie, n° 103, pp. 8-19..

Les relevés recensant la totalité des mégalithes ou de leurs vestiges ne permettent généralement d'établir que des estimations approximatives, par faute d'inventaire exhaustif. Par exemple en Europe où il subsiste aujourd'hui quelque , les estimations se répartissent comme suit pour les monuments mégalithiques funéraires : . Quelques milliers en Europe atlantique, avec notamment la Bretagne .

Fonctions et significations

vignette|Deux des quatre morceaux du grand menhir brisé d'Er Grah, à Locmariaquer (Morbihan).

Si jusqu'au , l'origine des mégalithes est considérée comme magique, des recherches sérieuses commencent à cette époque en Angleterre sur le site de Stonehenge à l'instigation d'érudits (Inigo Jones, Walter Charleton, John Aubrey) mais leurs hypothèses demeurent fantaisistesGénéralement, les pierres seraient l’œuvre d’un peuple ancien, dont les origines pourraient remonter à la Méditerranée ou au Proche-Orient et qui aurait propagé sa culture en Europe par voie maritime. et montrent qu'ils s'imprègnent encore des approximations littéraires et des légendes comme sources documentaires. Les progrès de la connaissance enregistrés au cours du siècle des Lumières permettent aux savants français et britanniques de requestionner les monuments mégalithiques à travers des études archéologiques, mais leur souci d'érudition reste influencé par le mysticisme folklorique puis la celtomanie naissante. Ce n'est qu'à la fin du que le préhistorien John Lubbock et l'historien de l'architecture James Fergusson affirment l'incompatibilité des monuments mégalithiques avec le monde celtique puisque le mégalithisme existe sur tous les continents.

Dans un premier temps, la recherche sur le mégalithisme repose sur la méthodologie archéologique (principalement basée sur des fouilles, la cartographie et l'exploration aérienne). L'habitat et le mode de vie des bâtisseurs de mégalithes suscitent de nombreuses interrogations, auxquelles les scientifiques actuels essaient de répondre. L'étude des monuments, de leur architecture et du mobilier archéologique (poteries, outillage lithique ou osseux) tiennent une place essentielle dans ces recherches. Le fonctionnement funéraire des sépultures collectives, qui s'étale généralement sur plusieurs siècles, est révélé par les archéologues qui parviennent à décomposer . Les méthodes de construction de ces édifices imposants, érigés au moyen d'énormes blocs de pierre, sont mal connues, même si l'archéologie expérimentale a permis des avancées notables. Dans un second temps, elle se confronte au problème de la datation, indispensable pour l'établissement d'une chronologie. Le mégalithisme, branche de l'archéologie préhistorique, reste une « science de l'imprécis » selon le préhistorien Serge Cassen, reposant sur des hypothèses.

La plupart des théories scientifiques liées au mégalithisme s'attachent à développer la question de la signification de l'érection de ces monuments. Les chercheurs concernés s'accordent à reconnaître au mégalithisme un rôle multiple, social, culturel (religieux et funéraire), astronomique, artistique. Le processus de monumentalisation est la réponse de groupes humains à une volonté de mettre en œuvre un projet architectural plus ou moins important, et fait apparaître différentes intentions des bâtisseurs. : fonctions sépulcrales (fonctions funéraires dans le but de vénérer les morts, de perpétuer la mémoire des ancêtres), culturelles et sociales (affirmation d'une identité, fédération d'une communauté, volonté de montrer aux vivants les symboles et croyances, de s'approprier un lieu et de le marquer : insertion topographique d'un géomarqueur destiné à marquer le centre d’un territoire ou le passage d'un espace à un autre (Seuil, col, dorsale (crête de plateau), thalweg, gué). Chaque type architectural a ses caractéristiques propres dont les composantes sont issues d'intentionnalités spécifiques, et la diversité des monuments rend difficilement recevable toute interprétation globalisante.

Fonction funéraire et religieuse

vignette|Dans l'allée couverte du Bois-Couturier, la dalle-hublot est percée avec une feuillure permettant de placer un bouchon de fermeture en pierre.

Le Mésolithique et le Néolithique se caractérisent par une multiplicité des solutions sépulcrales : inhumations individuelles (fosses, cistes, tumulus, tombes en jarre), sépulture multiple (dépôt simultané de plusieurs corps), sépulture collective (sujets déposés en plusieurs fois). Les tombes multiples sont les éléments précurseurs de la collectivisation des sépultures qui aboutit à l'émergence du mégalithisme : les sociétés ont plus un souci de la pérennité du sépulcre (utilisé sur des durées de l'ordre de plusieurs siècles voire du millénaire) que des corps. La sépulture monumentale collective qui s'impose volontiers de façon ostentatoire dans le paysage, devient la formule prédominante en Europe de l'Ouest au Néolithique mais des sépultures individuelles subsistent. L'expansion du mégalithisme, selon des modalités qui varient en fonction des contextes idéologiques, économiques, démographiques, sociologiques, suit une voie opposée au monumentalisme qui décline devant la vogue recouvrée des inhumations individuelles à l'âge des métaux qui voit l'émergence de nouvelles pratiques cultuelles.