Le mont Hermon (appelé en hébreu : , Har Hermon ; et en arabe : , Jabal ash-Shaykh, soit « montagne du cheikh » ou « mont enneigé » ou Haramoun) est une montagne de l'Anti-Liban, culminant à d'altitude. Le sommet se situe à la frontière entre la Syrie et le Liban. L'extrémité méridionale de la montagne fait partie du plateau du Golan, occupé, colonisé et annexé par Israël depuis la guerre des Six Jours en 1967, sans reconnaissance de la majorité de la communauté internationale. Depuis le , le versant sud du mont Hermon jusqu'à son sommet, alors situé dans une zone démilitarisée, est occupé par l'armée israélienne.
Toponymie et étymologie Le mont Hermon possède plusieurs appellations selon le pays qui en contrôle les versants : tandis qu'en Israël il se nomme Har Hermon (en hébreu : ), il est désigné au Liban et en Syrie par l'expression Djabal-ech-Sheikh (en arabe : ). Néanmoins, au Liban, il est aussi généralement fait usage de la dénomination biblique Hermon, ou de sa transcription arabe Haramoun...
Ptolémée le désigne comme l’Alsadamus mons ou Asalmanus mons, qui répond à l’hébreu העלטזן, une des dénominations du mont Hermon. Au cours de l'Antiquité, plusieurs auteurs grecs et latins, notamment Denys le Périégète, confondent le mont Liban, l'Anti-Liban et le mont Hermon au sein d'une même entité qu'ils nomment Liban. Ainsi, Tacite l'utilise pour faire la description du mont dans le cinquième livre des Histoires :
Ceci étant, l'appellation Hermon et ses variantes sont consacrées par leur usage dans l'Ancien Testament, en particulier dans les livres historiques (Josué, Juges, 1 Chroniques) et poétiques (Psaumes, Cantique des cantiques). La racine hébraïque hrm, évoquant d'une part la séparation, d'autre part l'interdit (herem), ainsi que l'étymon arabe harâm (« sacré »), semblent être à l'origine de l'oronyme, en soulignant tous les deux le caractère consacré et isolé du mont.
Géographie Géographie politique
Le mont Hermon se situe intégralement en territoires libanais (gouvernorats de la Bekaa et de Nabatieh) et syrien (gouvernorat de Qouneitra). Il constitue, comme le reste de la chaîne de l'Anti-Liban, une frontière naturelle entre les deux pays. Celle-ci diffère cependant de la frontière administrative, délimitée par les autorités françaises à l'époque du mandat au Proche-Orient, laquelle ne suit pas toujours la ligne de crête. Le sommet du mont () est situé sur la frontière syro-libanaise.La localisation exacte du sommet est imprécise. Liliane Buccianti-Barakat et Henri Chamussy le placent du côté libanais de la frontière dans leur ouvrage Le Liban : géographie d'un pays paradoxal (82). Les coordonnées géographiques indiquent pour leur part une position en retrait d'une dizaine de mètres en territoire syrien. Ghaleb Faour, Sébastien Velut et Éric Verdeil mentionnent dans leur Atlas du Liban que le sommet est le point triple entre les territoires libanais, syrien et occupé par l'État d'Israël., bien que les bornes jadis posées par les topographes de l'armée française aient en partie disparu, ce qui laisse planer l'incertitude sur la position réelle du sommet relativement à la frontière..
Les versants au sud du mont sont l'objet de différends territoriaux entre le Liban, la Syrie et Israël. La Syrie, à l'issue de la guerre de 1967, vit le plateau du Golan, partie intégrante de son territoire, occupé en 1967 puis annexé par l'État d'Israël en 1981.
De plus, les fermes de Chebaa, mal délimitées entre les territoires libanais et syriens pendant le mandat français sur les deux États, ont été unilatéralement rattachées au territoire israélien lors de l'annexion du plateau de Golan.
Ainsi, bien que les pentes méridionales du mont Hermon soient de jure placées sous la juridiction du Liban et de la Syrie, elles sont de facto contrôlées par les autorités israéliennes.
Situation Le mont Hermon est la partie méridionale de la chaîne de l'Anti-Liban, cette dernière se prolongeant au nord-est avec les montagnes du Jabal QalamounEn arabe : . Également retranscrit Djabal Qalamoun, ou abrégé en Qalamoun, ou encore Kalamoun.. Bien que ces deux entités aient parfois été confondues au sein du seul ensemble formé par l'Anti-Liban, la distinction est fréquente, car les monts Hermon et Qalamoun sont séparés par l'ensellement de Masnaa, d'une altitude comparativement faible, par lequel passe l'axe routier reliant Beyrouth à Damas.. À l'est du mont s'étend le plateau de Syrie, dont la capitale, Damas, est située à environ à vol d'oiseau du sommet, tandis que le versant sud domine le plateau du Golan et la vallée de la Houla. Les versants à l'ouest bordent la plaine de la Bekaa méridionaleÉgalement orthographiée Beqaa. Au Liban, elle est aussi appelée « vallée de la Bekaa »., qui sépare le mont Hermon de la chaîne du mont Liban sur une largeur d'une dizaine de kilomètres. Le mont, avec son extrémité sud-ouest, ferme la plaine de la Bekaa et côtoie les collines de l'arrière-pays de Nabatieh au Liban.
Géologie Géomorphologie Le mont Hermon est, avec le reste de la chaîne de l'Anti-Liban, l'extension septentrionale de la vallée du Grand Rift.. Il est apparu lors de l'effondrement de cette dernière et est un anticlinal de forme allongée. En outre, il forme un horst par rapport à la plaine de la Bekaa, située sur ses piémonts occidentaux, qui est quant à elle un graben.
Le mont Hermon est divisé en deux ensembles géologiquement distincts par la faille de Sion-Rachaya, qui lui est parallèle. Le premier recouvre les versants occidentaux du mont et notamment les fermes de Chebaa (ou Har Dov), tandis que le second englobe les secteurs centraux et orientaux, comprenant entre autres le sommet du mont Hermon. Ce dernier bloc géologique, constitué de calcaires partiellement recouverts par des marnes et des schistes de l'Oxfordien, présente des basaltes en abondance et est témoin de nombreux processus de dolomitisation et minéralisation. À l'inverse, aucune de ces roches n'a été découverte dans le secteur occidental, où les roches calcaires et sédimentaires du Crétacé prédominent..
La roche calcaire dont est composé le mont Hermon est datée de la période du Jurassique moyen, principalement du Bathonien et du Callovien.. La couche calcaire a une épaisseur estimée à .
Le mont Hermon constitue un karst, puisque la roche calcaire est fracturée par de multiples fractures et cavités.
Pédologie Les sols du mont Hermon sont en général fins, fragiles, de faible tenue., et leur épaisseur décroît avec l'altitude et la déclivité des pentes.. En hiver, l'excès de précipitations tant pluviales que nivales accélère le processus de dissolution des roches carbonatées, ainsi que l'altération hydrolytique des silicates, ce qui contribue à enrichir les sols du mont Hermon.
Le lessivage des roches, en engendrant la désagrégation des calcaires en de multiples sédiments, permet la formation de sols du genre terra rossa. En effet, tandis que les carbonates et sulfures sont évacués par les eaux du vaste réseau hydrographique, les oxydes et silicates, caractéristiques de ce type de sol et de sa couleur foncée, demeurent au sein de la structure superficielle du mont.
gauche|vignette|Rendosol ocre sur le secteur sommital du mont Hermon.
Bien que la terra rossa soit présente sur la majeure partie du mont Hermon, un rendosol en recouvre les versants les plus élevés, là où l'humidité est suffisante pour satisfaire les conditions de sa formation. La présence de goethite est à l'origine de la couleur ocre du rendosol du mont Hermon.
Depuis , l'érosion naturelle a été renforcée par les activités anthropiques, notamment l'agriculture. Le besoin de terres arables a en effet provoqué une importante déforestation sur les piémonts, ce qui a mis à nu les sols, les rendant ainsi plus instables..
Parallèlement à l'érosion, la nature des sols est modifiée par les vents en provenance du Sahara, ceux-ci transportant de grandes quantités de poussière sur les pentes du mont. Ainsi, les dépôts aériens contribueraient pour moitié à la formation des sols.
Climat vignette|Un des versants du mont Hermon enneigé en hiver. Le mont Hermon est soumis à un climat de type montagnard.. Ainsi, bien que le mont soit situé dans l’une des régions les plus arides du globe, il reçoit des précipitations considérables, du fait de son altitude élevée. Les versants du mont dont l'altitude dépasse reçoivent des précipitations supérieures à par an, ce qui constitue le maximum d'Israël et de ses territoires occupés..
Le mont Hermon reçoit de manière saisonnière des chutes de neige, entre les mois de décembre et mars. Sur les parties les plus élevées du massif, situées au-delà de d'altitude, la couche de neige peut perdurer de mars à juin. La neige recouvre ainsi les trois sommets du mont en hiver et au printemps.
Le mois le plus froid de l'année est janvier, où les températures moyennes observées vont de 5 à dans les vallées au pied du mont et de 0 à dans les parties montagneuses. Au contraire, le mois le plus chaud est le mois d'août, au cours duquel les températures moyennes s'étalent de 20 à en vallée et de 10 à en montagne.
Hydrographie Lorsque les neiges des versants occidental et méridional du mont Hermon fondent, l’eau libérée s’engouffre alors au sein du réseau de cavités dans la roche. Ces eaux viennent alimenter les sources situées à la base de la montagne, donnant ainsi naissance à plusieurs torrents et rivières. Les eaux s’écoulent dans les rivières Hasbani, Dan, Hermon et leurs affluents, et se jettent dans le Jourdain et le lac de Tibériade. Les autres, plus au nord de la montagne, se jettent dans les rivières Amana et Parpar, en Syrie.
D'autre part, le ruissellement des eaux en aval de la limite des neiges contribue à fertiliser les contreforts du mont Hermon, où les plants de vignes, pins, chênes et peupliers sont nombreux.
Le contrôle du mont présente aussi de l’importance dans la prévention de la déforestation et de la pollution.
Flore gauche|vignette|Un pistachier de l'Atlas, espèce présente dans la garrigue. vignette|Un chêne tel ceux se trouvant au pied du mont Hermon. Le mont Hermon abrite une flore d’une grande diversité, dont les botanistes soulignent la forte proportion d'espèces endémiques.. Ainsi, sur plus de 900 espèces recensées, plus de 100 sont endémiques au mont et au massif de l'Anti-Liban. La végétation du mont subit cependant une forte influence anthropique au cours des siècles, puisque les habitants déboisaient les piémonts et faisaient paître leur bétail, lequel broutait les jeunes pousses.. La flore présente de sensibles variations selon l'altitude et les conditions climatiques associées ; néanmoins, trois principaux étages de végétation ont été distingués par les scientifiques : un maquis méditerranéen, une forêt oroméditerranéenne, puis une végétation tragacanthe.
En dessous de d’altitude, la flore est commune à celles du plateau du Golan et de la chaîne des monts de Nephtali : il s'agit d'un maquis méditerranéen, lui-même subdivisé en deux zones. Dans la première (de ), les espèces prédominantes sont le chêne du mont Thabor (), le pistachier de l'Atlas () et des jujubiers (, ), tandis que les espaces découverts sont habités par des variétés sauvages de blé () et d'orge (). Dans la seconde zone (de ), les essences principales sont le , des aubépines (, ), des pistachiers de Palestine () et des pruniers (). Par ailleurs, plusieurs oliviers () sont cultivés par les populations des piémonts. vignette|Détail d'une plante épineuse en coussin en fleur ().