Les (hébreu : « pardons ») sont, au sens large, des offices de prière et, au sens restreint, des pièces liturgiques juives implorant la clémence divine pour les fautes commises par les enfants d’Israël.

La lecture des est associée aux jours redoutables (les congrégations ashkénazes l’initient peu avant les dix jours de pénitence tandis que les communautés orientales et de nombreux séfarades le font pendant quarante jours, à partir du mois d’) mais on les récite également lors de certains jeûnes.

Les dans les sources juives

Dans la littérature des Sages

L’« office des jeûnes » () est décrit pour la première fois dans la Mishna : à l’ère du second Temple, lorsque la pluie se fait attendre trop longtemps, une série de jeûnes est décrétée au cours desquels ledit office se tient en public et à ciel ouvert. L’officiant commence par citer les Livres de Jonas et de Joël, appelant l’assistance à se repentir véritablement et non pas verbalement ou superficiellement. Il récite ensuite une prière qui comprend vingt-quatre bénédictions, soit six de plus que la prière des jours ordinaires. L’assemblée examine ses actes, confesse ses fautes et l’on procède à une lecture publique de la Torah avant de poursuivre la journée en supplications 2:1-4, T.B. 15a-16a & 30b, & ..Ces supplications ainsi que les six bénédictions supplémentaires consistent en compilations de versets bibliques adaptés aux circonstances T.J. 5:1, 39b & 14:8, cités in .. Cependant, des compositions pénitentielles apparaissent à leurs côtés, comme le qui clôture chacune des six bénédictions ou l’ qui, dans sa version originale, ne contient que deux vers mais parvient, selon le Talmud, à susciter la pluie plus efficacement que l’office des vingt-quatre bénédictions 25b, ..

Abordant plusieurs questions que la Mishna n’a pas traitées, le fait remonter l’office des jeûnes et les au verset Psaume 20:2 (« Dieu te répondra au jour de la détresse ») : son auteur, le roi David, le rédige après avoir pressenti la destruction du Temple et, par conséquent, la disparition du rite des offrandes qui permet aux enfants d’Israël d’obtenir l’expiation de leurs fautes ; Dieu lui fait alors savoir qu’il répondra à leurs prières aux heures d’adversité s’ils se réunissent pour réaliser les « offices du pardon » (). C’est ainsi qu’il a agi après la faute du veau d’or, comme le déduit Rabbi Yohanan d’Exode 34:5-7, Eliyahou Zouta (éd. ) , , & . Du fait de cet enseignement, l’énonciation des treize attributs de la miséricorde divine contenus dans Exode 34:6-7 devient l’élément central de l’office du pardon 17b, (éd. ) 49, , & . .. Un autre sur Psaumes 47:6 sert par ailleurs d’inspiration directe à la (« Dieu Roi trônant »), composée pour introduire la récitation des treize attributs ..

Cette et d’autres comptent sans doute parmi les premières tentatives du , un genre lyrique apparu aux premiers siècles de l’ère commune dans les communautés juives hébraïsantes afin d’embellir et, dans certains cas, remplacer les prières établies (bien que beaucoup, dont , demeurent en usage). Élaborées pour la plupart au , elles sont communes à la plupart des rites liturgiques, avec des variations de formulation et de mise en musique plus ou moins importantes . Beaucoup s’inspirent de la littérature biblique tardive et en particulier des Psaumes, tant par les thèmes (exil, oppression, repentir) que par la forme : il s’agit de litanies constituées de phrases courtes, éventuellement arrangées selon l’ordre alphabétique, comme ou l’ordre alphabétique inversé comme Tamanou mèra'ot. Certaines pièces, comme , tentent de produire un rythme, en jouant sur les syllabes, les accents toniques ou les divisions dans les vers ; d’autres, comme et , essaient en outre d’évoquer la rime en recourant aux assonances ou aux refrains.. thumb|Feuillet de daté du , découvert en 1908 par Paul Pelliot dans les grottes de Mogao (Turkestan chinois). Écriture carrée de style persan, vocalisation suscrite de type babylonien.|alt=

Dans la littérature médiévale Tandis que le se développe en Galilée, les premières codifications du rite paraissent en Babylonie, dans le (« Rituel ») d’Amram ben Sheshna à la fin du et, un siècle plus tard, dans celui de Saadia ben Joseph, de Soura.. vignette|Livre de prières Selichot Minhag de Colmar, 1775, fabriqué par David Sulzburg, dans la collection du Musée Juif de Suisse.   S’appuyant sur l’autorité de son prédécesseur Cohen Tzedek ben Abimaï, Amram prescrit de réciter l’office des au petit matin des dix jours de pénitence (de à ) ; après l’ (une prière composée de psaumes qui introduit les offices de prière), il se poursuit par la récitation de plusieurs compilations de passages bibliques et de litanies. Chaque compilation est séparée de l’autre par l’énonciation des treize attributs, laquelle est précédée par et suivie de la confession des fautes. L’ (amplifié au cours des siècles précédant la rédaction du et contenant désormais une forme de confession ainsi que de nombreuses requêtes) est quant à lui intégré aux offices quotidiens du matin et de l’après-midi des mêmes jours (éd. Harpenas), siman 117, ..L’ordonnancement de Saadia est similaire mais il y ajoute librement nombre de pièces liturgiques de sa composition, introduisant le dans un milieu qui lui était, jusque-là, fortement hostile et y apportant ses propres innovations formelles et thématiques. Il est ainsi le premier à rédiger des fondées sur le des Dix Martyrs.

La coutume de lire les pendant les dix premiers jours de découle vraisemblablement d’un usage ancien de jeûner en ces jours. Elle est suivie par Haï Gaon de Poumbedita puis Moïse Maïmonide, de Lunel et la communauté de Gérone. Cependant, des communautés d’Orient puis d’Espagne lisent les à partir du mois d’ en vertu d’un sur Psaumes 47:6. David Aboudirham indique que certains le font à partir du 15 , cité in .. La communauté de Barcelone commence dix jours plus tard (le 25 étant le premier jour de la création selon l’opinion de Rabbi Eliezer) et celle de Perpignan lors des lundis et jeudis d’ (outre les dix jours de pénitence) .. Quant au , rituel des communautés établies au dans le nord de la France et de la vallée du Rhin, il prescrit de commencer la lecture dans la nuit qui suit le chabbat précédant .

Se diversifient significativement sur le plan du style et il devient possible de les distinguer et de les classifier selon leur forme, leur rythme, leur thème

Le style évolue avec le temps, avec l’apparition de strophes puis de rimes et l’adoption progressive des canons utilisés par les civilisations byzantine, syrienne et arabe au sein desquelles vivent les Juifs. Les poèmes sont graduellement rédigés avec des strophes à deux lignes (les sont alors dites ), trois lignes () et quatre lignes (). Les comprennent des lignes de trois à sept mots. Certaines sont pourvues d’une rime au milieu de la strophe, dans la première ligne comme dans la intitulée ou dans les deux lignes comme dans le d’Eléazar de Worms. Dans l’, Isaac ben Yakar pousse le raffinement à faire figurer la rime intermédiaire non seulement dans les deux lignes mais aussi dans la rime finale. De plus, la seconde hémistiche commence par le dernier mot de la première. Les marquent le passage vers la rime et leur dernière ligne est souvent un verset biblique.Ces poésies sont le plus souvent anonymes (seule une poignée de poètes sont nommément connus avant le , parmi lesquels Yosse ben Yosse et Saadia Gaon) et ne sont pas appelées mais ou car il ne s’agit pour leurs auteurs que de « requêtes », d’« implorations » ou de « supplications » envers Dieu, seul à dispenser du pardon.

Dans la littérature ultérieure

Les standards des sont fixés au milieu du : Joseph Caro adopte la coutume pour les séfarades de lire les depuis le début du mois d’ tandis que Moïse Isserlès confirme l’habitude des ashkénazes de les commencer le dimanche précédant ou le dimanche de la semaine précédente lorsque commence un lundi ou un mardi 581:1.. Un commentateur ultérieur fait dériver la pratique ashkénaze de l’interprétation rabbinique de Nombres 15:3 : « vous ferez une offrande par le feu à Dieu » devient « vous vous ferez offrande » et il convient d’inspecter les animaux destinés à l’offrande pendant quatre jours à la recherche d’éventuels défauts. D’après un autre, l’usage est dicté par la volonté de concilier la coutume pieuse de jeûner pendant dix jours et l’impossibilité de le faire pendant les deux jours de fête de , lors du chabbat précédant et lors de la veille de celui-ci 100:8 & 581:1, cités in ; voir aussi ..

Au niveau du rituel également, bien que diverses soient composées au cours des siècles suivants, elles n’intègrent plus la liturgie ou seulement dans les communautés locales et en des occasions particulières.

Notes et références

Annexes Liens externes Que sont les (Hébreu) selon les coutumes 'Habad

Entendre un extrait des chanté par le Rav Zécharia Zermati dans le site

Bibliographie . . . . . . . Liens externes

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