Jacob van Ruisdael est un peintre et graveur néerlandais, né à Haarlem vers 1628 et mort à Amsterdam le . Il est généralement considéré comme le peintre paysagiste le plus réputé du siècle d'or néerlandais, une période de grande opulence et d'accomplissement culturel au cours de laquelle la peinture hollandaise est devenue très populaire.
Sa vie est mal connue. Peintre prolifique aux multiples talents, il représente une grande variété de paysages. Dès 1646, il peint des scènes de campagne hollandaises d'une qualité remarquable pour un jeune artiste. Après un voyage en Allemagne en 1650, ses paysages prennent un caractère plus épique. Dans son œuvre tardive, accomplie alors qu'il vit et travaille à Amsterdam, il ajoute à son répertoire habituel des panoramas urbains et des marines. Il produit au total environ 700 peintures dont plus de 150 paysages scandinaves avec des chutes d'eau.
Son seul élève connu de source sûre est Meindert Hobbema, l'un des artistes chargés de peindre des personnages dans ses paysages. Le travail d'Hobbema est parfois confondu avec celui de Ruisdael. Il est ardu d'attribuer précisément toutes ses œuvres, la tâche n'étant pas facilitée par le fait que trois membres de sa famille sont aussi des peintres paysagistes, dont certains ont épelé leur nom Ruysdael ; son père Isaac, son oncle Salomon, et son cousin, prénommé lui aussi Jacob.
De son vivant, son travail était déjà populaire dans les Provinces-Unies. Aujourd'hui, ses tableaux sont répartis dans des musées et collections privées du monde entier. La National Gallery de Londres, le Rijksmuseum d'Amsterdam et le musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg détiennent les plus grandes collections. Il a influencé la peinture paysagiste dans le monde entier, des romantiques anglais à l'École de Barbizon en France, en passant par l'Hudson River School aux États-Unis, ainsi que plusieurs générations de paysagistes néerlandais.
Biographie Jacob Isaackszoon van Ruisdael naît à Haarlem en 1628 ou 1629.Déduction faite à partir d'un document daté du 9 juin 1661 dans lequel Ruisdael affirme être âgé de .. dans une famille de peintres, tous paysagistes. Le nombre de peintres dans sa famille, et les diverses épellations du nom de Ruisdael, ont entravé les tentatives pour documenter sa vie et attribuer ses œuvres..
Le nom de Ruisdael est lié à un château, désormais détruit, situé dans le village de Blaricum. Ce village était le foyer du grand-père de Jacob, le fabricant de meubles Jacob de Goyer. Lorsque De Goyer, nom dérivé de Gooi, s'installe à Naarden, trois de ses fils changent leur nom en Ruysdael ou Ruisdael, probablement pour indiquer leur origine. Deux des fils de De Goyer deviennent peintres : Isaack van Ruisdael, le père de Jacob, qui était aussi encadreur, et Salomon van Ruysdael, son célèbre oncle.. Jacob lui-même épelait toujours son nom avec un « i »., tandis que son cousin Jacob Salomonszoon van Ruysdael, fils de Salomon, lui aussi paysagiste, épelait son nom avec un « y ».. En 1718, son premier biographe, Arnold Houbraken, l'appelle Jakob Ruisdaal..
On ne sait pas si sa mère était la première épouse d'Isaac van Ruisdael, dont le nom est inconnu, ou sa deuxième épouse, Maycken Cornelisdochter. Isaac et Maycken se marient le ..Pour ajouter à la confusion, la femme de Salomon, et donc la tante de Jacob, se prénomme elle aussi Maycken..
L'identité de son maître est également incertaine.. On part souvent du principe qu'il a étudié avec son père et son oncle, mais il n'existe pas d'archives qui le confirme.. Son oncle est considéré comme sa principale influence. mais il semble également avoir été fortement influencé par d'autres paysagistes contemporains de Haarlem, notamment Cornelis Vroom et Allaert van Everdingen.. Selon le Bénézit de 1924, son maître pourrait être son oncle Salomon, Allaert van Everdingen, Cornelis Vroom, ou encore son père. La possibilité qu'il se soit formé en grande partie tout seul est aussi évoquée. D'après le Dictionnaire de la peinture, on peut supposer qu'il profite de l'enseignement de son père et qu'il fréquente l'atelier de son oncle à Haarlem. Selon le livre 1000 Chefs-d'œuvre de la peinture, il reçoit son premier enseignement de son père et de son oncle.
thumb|alt=Château au sommet d'une colline très boisée.|Le Château de Bentheim (1653), Dublin, National Gallery of Ireland.
La date la plus ancienne qui figure sur une peinture ou gravure de Ruisdael est 1646.. Deux ans plus tard, il est admis à la guilde de Saint-Luc de HaarlemSelon les règles de la guilde, le nouveau membre est d'abord apprenti durant trois ans, avant de recevoir le statut d'« hôte libre » (« ») et de pouvoir signer ses œuvres. On peut donc penser qu’il est apprenti de 1643 à 1646, et ensuite « hôte libre » de 1646 à 1648. Il semble avoir été doué d’un talent précoce, ce qui laisse supposer qu’il est admis dans la guilde dès qu’il atteint vingt ans, l’âge minimum pour y être accepté.. À cette époque, les paysages sont aussi populaires que les peintures d'histoire aux Provinces-Unies, bien qu'à l'époque de sa naissance les peintures d'histoire étaient bien plus fréquentes. Cette popularité croissante des paysages se poursuit tout au long de sa carrière même s'ils restent inférieurs dans la hiérarchie des genres..
Il semble qu'il a voyagé relativement peu pour un paysagiste. Il se rend à Blaricum, Egmond aan Zee et Rhenen dans les années 1640, puis, en compagnie de son ami Nicolaes Berchem, à Bentheim et Steinfurt, juste de l'autre côté de la frontière allemande, en 1650. Il voyage sans doute à nouveau jusqu'à la frontière allemande en 1661, avec son élève Hobbema, via la Veluwe, Deventer et Ootmarsum.. Malgré les nombreux paysages norvégiens peints par Ruisdael, rien n'indique qu'il ait voyagé en Scandinavie..
thumb|left|alt=Chemin longeant une rivière avec barques amarrées, pont et bâtiments qui se devinent en arrière-plan.|Vue d'Amsterdam (vers 1656), musée des beaux-arts de Budapest.
Vers 1656, suivant l'exemple d'Allaert van Everdingen, il s'installe à Amsterdam, une ville prospère qui offre probablement un marché plus important pour son travail. À partir de là, il vit et travaille à Amsterdam jusqu'à sa mort.. Il obtient la citoyenneté de la ville d'Amsterdam en 1659.. En 1668, son nom apparaît en tant que témoin du mariage de Meindert Hobbema, peintre dont les œuvres sont parfois confondues avec les siennes... Hobbema est son seul élève attesté, par un document de 1660..
Selon Arnold Houbraken, il aurait étudié la médecine et pratiqué la chirurgie à Amsterdam. Les documents d'archives du font apparaître le nom « Jacobus Ruijsdael », bien que barré, sur une liste de médecins d'Amsterdam avec la remarque supplémentaire qu'il a obtenu son diplôme de médecine le à l'université de Caen.. Plusieurs historiens de l'art ont supposé qu'il s'agissait d'un cas d'identité erronée. Pieter Scheltema suggère que c'est son cousin qui a été enregistré.. Seymour Slive, expert mondial de Ruisdael, soutient que l'orthographe « uij » ne correspond pas à celle avec laquelle le peintre épelait son nom, que sa production très élevée suggère qu'il avait peu de temps pour étudier la médecine et qu'il n'y a aucune indication dans son art qu'il ait voyagé en France. D'après le Dictionnaire de la peinture, il est fort improbable que Jacob van Ruisdael ait fait des études poussées en médecine car il signait déjà des tableaux à l'âge de dix-huit ans. En 2013, Jan Paul Hinrichs convient que la preuve n'est pas concluante et cette hypothèse est aujourd'hui écartée..
En raison de la présence de divers noms bibliques dans sa famille et de la représentation par Ruisdael d'un cimetière juif, il y a souvent eu des spéculations selon lesquelles il devait sûrement être juif mais les preuves attestent le contraire.. Son oncle Salomon appartenait à un sous-groupe de la congrégation mennonite. et son père était de la même confession.. Son cousin Jacob était un mennonite enregistré à Amsterdam.. Le , il est baptisé selon le rite calviniste à Ankeveen, un village près de Naarden. Il est enterré dans l'église Saint-Bavon de Haarlem, une église protestante depuis 1578..
thumb|upright=0.8|alt=Buste sculpté d'un homme moustachu aux cheveux mi-longs et portant une chemise.|Buste en marbre de Jacob van Ruisdael par Louis-Denis Caillouette, 1822, Paris, musée du Louvre.
Il ne s'est jamais marié. Selon Houbraken, c'était pour .. On ne sait pas à quoi il ressemblait, car il n'existe aucun portrait ou autoportrait connu de lui. Il est représenté par quelques gravures ou sculptures, dont une œuvre de Louis-Denis Caillouette exposée au salon de 1822, mais aucune n'a été réalisée de son vivant.
Il meurt à Amsterdam le et est enterré quatre jours plus tard à l'église Saint-Bavon de Haarlem.. L'historien d'art Hendrik Wijnman réfute le mythe selon lequel il est mort à l'hospice des pauvres de Haarlem et que c'est en fait son cousin, Jacob Salomonszoon, qui y est mort.. Il semble avoir vécu confortablement, même après le ralentissement économique survenu après le rampjaar en 1672.. D'après un large échantillon d'inventaires pris entre 1650 et 1679, il apparaît que le prix moyen de ses tableaux était de 40 florins, contre une moyenne de 19 florins pour l'ensemble des tableaux attribués.. Dans un classement des peintres néerlandais du siècle d'or basé sur la fréquence pondérée par les prix dans ces inventaires, Ruisdael se classe septième, la première place revenant à Rembrandt..
Œuvre
Premières œuvres L'œuvre de Jacob van Ruisdael de 1646 jusqu'au début des années 1650, alors qu'il vit encore à Haarlem, se caractérise par des motifs simples et une étude minutieuse et laborieuse de la nature : dunes, bois et effets atmosphériques. En appliquant une peinture plus dense que ses prédécesseurs, il donne à son feuillage une qualité prononcée, exprimant la sève qui coule à travers les branches et les feuilles.. Sa représentation précise des arbres est alors sans précédent : les genres de ses arbres sont les premiers à être parfaitement identifiables par les botanistes des temps modernes.. Ses premières esquisses introduisent des motifs qui vont être récurrents à toute son œuvre : un sens de l'espace et de la luminosité, et une atmosphère éthérée obtenue par des touches de craie quasi-pointillistes. La plupart de ses trente croquis à la craie noire qui subsistent datent de cette période..
thumb|left|alt=Maison partiellement cachée par un bosquet d'arbres au milieu d'une dune.|Paysage avec une maison dans un bosquet (1646), Saint-Pétersbourg, musée de l'Ermitage.
Paysage avec une maison dans un bosquet, l'une de ses premières œuvres, datant de 1646, est un exemple de son style originel. Elle rompt avec la tradition néerlandaise classique qui consiste à représenter d'immenses vues de dunes, avec des maisons et des arbres servant de cadres à l'arrière-plan. Il place au lieu de cela des dunes couvertes d'arbres bien en vue au centre de la scène, avec un paysage nuageux concentrant une forte lumière sur un sentier sablonneux. L'effet impressionnant qui en résulte est accentué par la grande taille de la toile, selon Irina Sokolova, conservatrice du musée de l'Ermitage où le tableau est conservé.. L'historien de l'art Cornelis Hofstede de Groot écrit à propos de cette toile qu'il ..
Son premier paysage panoramique, Vue de Naarden, date de 1647. Le motif d'un ciel écrasant et d'une ville lointaine, en l'occurrence le lieu de naissance de son père, est un thème auquel il reviendra dans ses dernières années. À cette époque, il peint encore le staffage lui-même, Paysage avec une cabane et des arbres (1646) en étant un bon exemple.. Plus tard, il laisse cette tâche à ses élèves ou à d'autres artistes..
thumb|alt=Eau-forte avec champ de blé sur la gauche et arbres sur la droite.|Le Champ de blé (1648) est l'une des treize gravures connues de Jacob van Ruisdael.