Le gouvernement Balladur est le gouvernement de la République française du au . Cinquième gouvernement du second mandat du président de la République François Mitterrand, il est dirigé par Édouard Balladur dans le cadre de la « deuxième cohabitation ». Il démissionne après l'élection présidentielle d'avril-mai 1995.
Formation
Contexte économique Le contexte économique qui voit la création du gouvernement Balladur est le même que celui qui a vu la chute brutale de la popularité des gouvernements Cresson et Bérégovoy : une hausse du chômage, qui dépasse les trois millions de personnes, un ralentissement de la croissance, une augmentation des déficits. La prévision annuelle de l'OCDE de juin 1993 prévoit une baisse du PIB d'1 % en 1993.
Choix des ministres Le choix d'Edouard Balladur comme Premier ministre fut motivé par, tout d'abord, le refus implicite de Jacques Chirac d'être Premier ministre, et, ensuite, le manque de soutien politique de l'ancien président Valéry Giscard d'Estaing, dont le parti n'avait pas assez progressé aux élections législatives. Édouard Balladur était ainsi le choix naturel : deuxième homme fort de la coalition RPR/UDF, le président Mitterrand connaissait son respect pour la fonction présidentielle, ses compétences (il avait été secrétaire général de l'Élysée sous Georges Pompidou), et son acceptation de longue date de la cohabitation.
Le choix des ministres du gouvernement se fait dans une relative harmonie entre le président et le Premier ministre. François Mitterrand met en garde Édouard Balladur contre Pierre Méhaignerie, à qui il ne fait pas confiance, ainsi que contre Jean-François Deniau, à qui le Premier ministre voulait donner un ministère de premier plan. Balladur consulte le président sur quelques points concernant la chancellerie, les Affaires étrangères, la Défense et la Coopération.
Edouard Balladur forme son gouvernement dans les vingt-quatre heures après sa nomination. Le laps de temps, volontairement court, avait pour objectif de trancher avec les « tractations, marchandages et conciliabules des dirigeants de la droite au printemps 1986 » : le Premier ministre avait déjà noué des liens et négocié les postes avec l'UDF et le RPR depuis plus d'un an en prévision de la situation.
François Léotard est pressenti au ministère de la Défense ou au Quai d'Orsay, mais Balladur préfère nommer Alain Juppé à ce dernier poste. Léotard est donc assuré à la Défense, quand bien même Charles Pasqua convoitait ce poste depuis plusieurs mois, nouant des liens avec les armées et les services spéciaux. Charles Millon refuse l'Agriculture car il voulait le ministère de l'Éducation nationale. Jean Puech hérite donc de l'Agriculture, et François Bayrou de l’Éducation nationale, seul ministère qu'il désirait obtenir. Pierre Méhaignerie réclame le ministère de l'Économie, mais le Premier ministre le place à la Justice, écartant ainsi Simone Veil de ce poste où elle était initialement envisagée. Jacques Toubon est nommé à la Culture sur demande de Jacques Chirac, ainsi que Lucette Michaux-Chevry. Nicolas Sarkozy reçoit le ministère du Budget en même temps qu'il exerce la fonction de porte-parole du gouvernement.
Ce gouvernement restreint est donc très favorable à l'UDF et au centre, qui échoit de seize ministères sur trente, et de trois des quatre ministères d’État. Le RPR obtient toutefois les ministères clefs que sont les Affaires étrangères, l'Intérieur et le Budget.
Féminisation du gouvernement Le gouvernement compte trois femmes ministres : Simone Veil, Michèle Alliot-Marie et Lucette Michaux-Chevry. Simone Veil est la première femme nommée numéro 2 du gouvernement.
Coalition des partis Le gouvernement Édouard Balladur est soutenu par l'Union pour la France, une coalition gouvernementale de droite et centre droit, formée entre le Rassemblement pour la République (RPR) et l'Union pour la démocratie française (UDF), qui disposait de 472 députés sur 577, soit 85,1 % des sièges de l'Assemblée nationale. À la veille du premier Conseil des ministres, qui a lieu le , Édouard Balladur demande à ses ministres de ne pas prendre position sur l'élection présidentielle avant le début de l'année 1995, et manifeste son intention de présenter des listes communes aux élections européennes de 1994, afin « d'éviter l'éclatement du gouvernement ».
Déclaration de politique générale Le , le Premier ministre fait sa déclaration de politique générale devant l'Assemblée nationale. Il réclame de sa majorité une durée de cinq ans pour résorber les déficits publics, prenant en compte le fait que la stagnation économique de 1993 va les creuser de près de 100 milliards de francs, qui viennent s'ajouter aux 265 milliards cumulés de 1992.
Il obtient la confiance de l'Assemblée nationale par 457 voix pour, 81 contre et 2 abstentionshttp://archives.assemblee-nationale.fr/10/cri/1992-1993-ordinaire2/003.pdf.
+ Détails du vote sur la déclaration de politique générale du 08/04/1993 Position Groupe Non-inscrits Total COM SOC UDF RPR POUR 0 0 200 244 13 457 CONTRE 23 54 0 0 4 81 ABSTENTION 0 0 0 0 2 2 NON-VOTANT 0 3 15 14 5 37
Le 15 décembre 1993, il obtient la confiance de l'Assemblée nationale par rapport aux négociations avec le GATT par 466 voix pour, 90 contre et 15 abstentionshttps://archives.assemblee-nationale.fr/10/cri/1993-1994-ordinaire1/118.pdf.
+ Détails du vote sur le vote de confiance du 15/12/1993 Position Groupe Non-inscrits Total COM SOC RL UDF RPR POUR 0 0 9 206 250 1 466 CONTRE 23 56 8 3 0 0 90 ABSTENTION 0 0 4 5 5 1 15 NON-VOTANT 0 0 1 0 2 0 3
Composition du gouvernement Le Premier ministre est nommé le et les membres du Gouvernement le . Restreint à , il se veut représentatif des différentes composantes de la majorité, en l'absence des chefs des deux principaux partis (Jacques Chirac et Valéry Giscard d'Estaing). Le nouveau Premier ministre s'entoure de fortes personnalités, comme Simone Veil (Santé et Ville), Charles Pasqua (Intérieur et Aménagement du territoire), Pierre Méhaignerie (Justice), mais aussi de nouveaux venus, à l'image de François Bayrou (Éducation nationale), Nicolas Sarkozy (Budget), François Fillon (Enseignement supérieur et Recherche) ou encore Michel Barnier (Environnement). Faits notables, le gouvernement ne compte pas de secrétaires d'État et le ministère des Finances est scindé en deux (Edmond Alphandéry est nommé ministre de l’Économie et des Finances, Nicolas Sarkozy est nommé au ministère du Budget).
Premier ministre Image Fonction Nom Parti 80px|Édouard Balladur Premier ministre Édouard Balladur RPR
Ministres d'État Image Fonction Nom Parti 80px|Simone Veil Ministre d'État, ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville Simone Veil DVD80px|Charles PasquaMinistre d'État, ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du territoire Charles PasquaRPR80px|Pierre MéhaignerieMinistre d'État, garde des Sceaux, ministre de la Justice Pierre MéhaignerieUDF-CDS80px|François LéotardMinistre d'État, ministre de la Défense François LéotardUDF-PR
Ministres Image Fonction Nom Parti 80px|Alain Juppé Ministre des Affaires étrangères Alain Juppé RPR 80px|François Bayrou Ministre de l'Éducation nationale François Bayrou UDF-CDS Ministre de l'Économie Edmond Alphandéry UDF-CDS 80px|Gérard Longuet Ministre de l'Industrie, des Postes et télécommunications et du Commerce extérieur Gérard Longuet(jusqu'au ) UDF-PR José Rossi(à partir du ) 80px|Bernard Bosson Ministre de l'Équipement, des Transports et du Tourisme Bernard Bosson UDF-CDS 80px|Alain Madelin Ministre des Entreprises et du Développement économique, chargé des Petites et moyennes entreprises, du Commerce et de l'Artisanat Alain Madelin UDF-PR Ministre du Travail, de l'Emploi et de la Formation professionnelle Michel Giraud RPR 80px|Jacques Toubon Ministre de la Culture et de la Francophonie Jacques Toubon RPR 80px|Nicolas Sarkozy Ministre du BudgetPorte-parole du gouvernement (jusqu'au ) Nicolas Sarkozy RPR 80px|Jean Puech (à droite) Ministre de l'Agriculture et de la Pêche Jean Puech UDF-PR 80px|François Fillon Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche François Fillon RPR 80px|Michel Barnier Ministre de l'Environnement Michel Barnier RPR 80px|André Rossinot Ministre de la Fonction publique André Rossinot UDF-PRV Ministre du Logement Hervé de Charette UDF-PR Ministre de la Coopération Michel Roussin(jusqu'au ) RPR 80px|Bernard Debré Bernard Debré 80px|Dominique Perben Ministre des Départements et Territoires d'outre-mer Dominique Perben RPR 80px|Michèle Alliot-Marie Ministre de la Jeunesse et des Sports Michèle Alliot-Marie RPR 80px|Alain Carignon Ministre de la Communication Alain Carignon(jusqu'au ) RPR 80px|Nicolas Sarkozy Nicolas SarkozyMinistre du Budget,chargé des fonctions de ministre de la Communication(Par intérim jusqu'au ) 80px|Philippe Mestre Ministre des Anciens combattants et Victimes de guerre Philippe Mestre UDF-AD
Ministres délégués Image Fonction Ministre de rattachement Nom Parti 80px|Pascal Clément Ministre délégué aux Relations avec l'Assemblée nationale Premier ministre Pascal Clément UDF-PR Ministre délégué aux Relations avec le Sénat, chargé des Rapatriés Premier ministre Roger Romani RPR Ministre délégué à la SantéPorte-parole du gouvernement (à partir du ) Ministre d'État, ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville Philippe Douste-Blazy UDF-CDS 80px|Daniel Hoeffel Ministre délégué à l’Aménagement du territoire et aux Collectivités locales Ministre d'État, ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du territoire Daniel Hoeffel UDF-CDS Ministre déléguée à l'Action humanitaire et aux Droits de l'homme Ministre des Affaires étrangères Lucette Michaux-Chevry RPR Ministre délégué aux Affaires européennes Ministre des Affaires étrangères Alain Lamassoure UDF-PR
Ajustements et remaniements
Remaniement du 19 juillet 1994 Impliqué dans l'affaire Dauphiné News, Alain Carignon annonce le sa démission de son poste de ministre de la Communication. Il est remplacé par intérim par Nicolas Sarkozy.
Remaniement des 14 et du 17 octobre 1994 Impliqué dans une instruction judiciaire, Gérard Longuet démissionne le . Il est remplacé le par José Rossi.
Remaniement du 12 novembre 1994 Mis en cause dans l'affaire des fausses factures des sociétés d'HLM de la région parisienne, Michel Roussin démissionne. Il est remplacé le par Bernard Debré.
Ajustement du 19 janvier 1995 Philippe Douste-Blazy remplace Nicolas Sarkozy comme porte-parole du gouvernement le .
Répartition partisane
Parti Premierministre Ministresd'État Ministres Ministresdélégués Total Répartition le 30 mars 1993 1 4 19 6 29 Rassemblement pour la République 1 1 10 2 14 UDF - Parti républicain 1 4 2 7 UDF - Centre des démocrates sociaux 1 3 2 6 Divers droite 1 1 UDF - Parti radical valoisien 1 1 Union pour la démocratie française 1 1 Répartition le 17 mai 1995 1 4 18 6 28 Rassemblement pour la République 1 1 9 2 13 UDF - Parti républicain 1 4 2 7 UDF - Centre des démocrates sociaux 1 3 2 6 Divers droite 1 1 UDF - Parti radical valoisien 1 1 Union pour la démocratie française 1 1
Politiques menées Politique monétaire Dès juin, le gouvernement affiche son objectif de faire baisser le taux d'intérêt dans le but de stimuler l'économie et les investissements, mais cela provoque un début de spéculation contre le franc, qui enfle en juillet. La Banque de France engage plus de dix milliards de dollars pour défendre sa devise.
Le ministre de l'économie Edmond Alphandéry fait voter en août 1993 une modification du statut de la Banque de France, conformément au traité de Maastricht. Elle retrouve ainsi son indépendance, qu’elle avait perdue avec sa nationalisation partielle en 1936, puis totale en 1945.
Politique fiscale
Politique industrielle économique et sociale