La conquête musulmane du Maghreb (en ) s'inscrit dans la continuité des premières conquêtes musulmanes suivant la mort de Mahomet en 632 et vise les territoires contrôlés par les Berbères et les Byzantins en Afrique du Nord.

Déclinée en trois étapes, la conquête musulmane du Maghreb débute avec la bataille de Sufétula en 647 et s'achève avec la perte par l'Empire byzantin de ses dernières forteresses restantes au profit du califat omeyyade, en 709.

Historiographie Les premiers récits arabes qui nous sont parvenus sont ceux d'Ibn 'Abd al-Hakam, Al-Balâdhurî et Ibn Khayyat, rédigés au , soit environ deux siècles après les premières expéditions. Ils ne sont pas très détaillés. Le plus développé, ''La Conquête de l'Égypte, de l'Afrique du Nord et de l'Espagne'' d’Ibn Abd al-Hakam, a été analysé par Robert Brunschvig comme une œuvre visant notamment à illustrer des points de doctrine malékite, et non comme un simple récit historique.

À partir du , des lettrés de Kairouan élaborent une nouvelle tradition historiographique sur la conquête, illustrée notamment par Ibrahim ibn ar-Raqiq. Reprise, copiée et parfois interpolée par des auteurs postérieurs tels qu'Ibn Khaldoun, Al-Nowaïri et Ibn Idhari, elle diffère des récits orientaux antérieurs par son degré de détail et par certaines versions contradictoires des événements. Les historiens modernes discutent la fiabilité respective de ces deux traditions.

En définitive, la conquête dans son ensemble demeure imparfaitement connue. Les sources sont tardives, elles s'appuient sur des traditions orales d'origines très diverses ; le problème étant intrinsèque au genre des documents. Les livres de Maghazi (conquêtes musulmanes) sont souvent l'œuvre de juristes (cadi) dont la finalité est de préciser dans quelles conditions les différentes provinces adoptent l'Islam, car, c'est de ces conditions que découle le statut juridique des terres et des populations. Or, ceux-ci laissent aux gens la possibilité de revendiquer le régime le plus libéral, ils acceptent par conséquent les récits les plus contradictoires.

Conquête Prélude Avant l'Hégire, les contacts avec l’Égypte et l'Éthiopie se concentrent d'abord sur le commerce. Amr ibn al-As, l'un des futur conquérants de l'Égypte, y est d'abord envoyé en tant qu'émissaire avant de participer aux premières conquêtes qui forcent les Byzantins à évacuer certaines villes. La première mosquée d'Afrique, fondée en 641 au sein de la ville-camp de Fustât (future Le Caire) porte son nom.

En 642, les Arabes sont présents à Barqa. L’Égypte est conquise. Ceux qui, parmi les Coptes, ne supportent pas le pouvoir byzantin, accueillent les Arabes en libérateurs. D'autres sources cependant indiquent que non seulement les Coptes n'ont pas apprécié leur venue, mais qu'ils les ont combattus aux côtés des Romains.

En 643, les premières phases de la conquête s'entament par l'annexion de la Cyrénaïque par Amr ibn al-As. En parallèle, le lieutenant Oqba Ibn Nafi est envoyé pour occuper Zawila et y laisse une garnison. L'armée rentre en Egypte en mai 643. L'année suivante, il se dirige vers Tripoli qu'il occupe au terme d'un siège.

Omar, second calife des Rachidoune, s’oppose à une extension de la conquête au-delà de la Cyrénaïque. Après sa mort en 644, son successeur Othman ibn Affan autorise en 647 une première expédition contre l’Ifriqiya, confiée au gouverneur d’Égypte, Abdallah ibn Saad.

Première invasion (647-648) alt=|vignette|300px|Carte du monde méditerranéen à l'époque de la révolte de Grégoire le Patrice en 650. La première expédition contre l'Ifriqiya est menée en 647 par Abdallah ibn Saad. L’armée arabe progresse vers l’exarchat de Carthage, alors dirigé par Grégoire le Patrice, qui s’était affranchi de l’autorité impériale byzantine. Les deux forces s’affrontent lors de la bataille de Sufétula, au cours de laquelle Grégoire est vaincu. Si Grégoire n'est peut-être pas tué dans la batailleLa plupart des textes arabes signalent la mort de Grégoire dans la bataille, mais en l’insérant dans un récit manifestement légendaire sur le destin de sa fille. Au contraire, dans sa Chronique (éd./trad Chabot, t. II, Paris, 1904, ) Michel le Syrien signale que l’exarque survécut et fit après la défaite sa soumission à l’empereur Constant II (cf. notre article « Grégoire », dans EB, t. XXI, Aix, 1999, ). Cette version n’est pas à dédaigner car une des traditions rapportées par Al-Baladhuri indique aussi que ce fut le patrice, sans donner de nom, après la défaite de Sbeïtla, qui négocia la paix et l’indemnité versée aux Arabes (trad. Hitti et Murgotten, t. 1, )., à la suite de cette défaite, la province de Byzacène est affaiblie et exposée aux incursions arabes. Celles-ci mènent alors plusieurs opérations militaires dans l’intérieur de la région, notamment dans les zones de Capsa (actuelle Gafsa) et de Thysdrus (actuelle El Jem).

alt=|vignette|300px|Ruines de la cité romaine de Sufétula (actuelle Sbeïtla, en Tunisie).

Le successeur de Grégoire, Gennadios II, assure le retrait des arabes en échange d'un lourd tribut. La campagne arabe a duré , et les armées d'Abdallah regagnent l'Égypte en 648.

Toutes les autres conquêtes musulmanes sont interrompues par la « Grande discorde », la guerre civile entre les factions arabes rivales qui entraîne l'assassinat du calife Othman en 656. Il est remplacé par Ali ibn Abi Talib, qui est a son tour assassiné en 661. Le califat omeyyade s'établit alors à Damas, et le calife Muawiyah commence à consolider son empire de la mer d'Aral à la frontière occidentale de l'Égypte. Il met un gouverneur en place en Égypte à Fostat, créant un siège de pouvoir subordonné qui se poursuit pendant les deux siècles suivants. Il continue ensuite l'invasion des pays voisins non-musulmans, attaquant la Sicile, et l'Anatolie en 663. En 664, Kaboul, en Afghanistan, tombe sous le joug des armées musulmanes.

Un second raid de reconnaissance a lieu en 665, à la fin de la Grande discorde et après l'assassinat de Othman ibn Affan. une nouvelle expédition est lancée en Ifriqiya vers 665-667 sous le commandement de Muawiya ibn Hudayj, agissant au nom du calife Mu'awiya. Au cours de cette campagne, une force commandée par Abd Allah ibn al-Zubayr affronte les Byzantins à Hadrumète (actuelle Sousse) et s’empare de la ville. Cette seconde expédition prépare une phase d’implantation plus durable en Ifriqiya, qui s’ouvre avec l’action d’Oqba ibn Nafi qui fonda Kairouan en 670.

Seconde invasion (665-689) Les années 665 à 689 voient une nouvelle invasion musulmane de l'Afrique.

Elle débute, selon Will Durant, afin de protéger l'Égypte . Ainsi, , battant une armée byzantine de dans le processus.

Vient ensuite en 670, une armée composée de arabes, et plusieurs milliers de Laguatan (ou Luwata) (tribu berbère originaire de Tripolitaine) prosélytes dirigée par Oqba Ibn Nafi al-Fihri (622-683).

L'expédition mène à la fondation de Kairouan, créée pour des invasions futures ; Kairouan devient la capitale de la province omeyyade d'Ifriqiya, et l'un des principaux centres culturels musulman du Moyen Âge.

Après cela, comme l'écrit Edward Gibbon, le général Oqba .

Le général assiège la ville côtière de Saldae (actuelle Béjaïa, en Algérie), malgré une résistance vigoureuse des habitants, ainsi que Tingis (actuelle Tanger).

Mais ici, il est arrêté et partiellement repoussé.

Luis Garcia de Valdeavellano écrit :

Comme l'écrit Edward Gibbon, .

À son retour de l'expédition (qui n'aurait pas pu réellement dépasser la vallée du Chélif, et la Méditerranée), l'armée de Oqba est prise en embuscade à Tahouda par une armée berbère et byzantine dirigée par le chef berbère Koceïla..

Lors de cette bataille, Oqba ibn Nafi et son lieutenant Abou al-Mouhajir Dinar sont tués, ainsi que les de la cavalerie personnelle d'Oqba.

Koceïla marche sur Kairouan et s'empare de la cité ; ce qui reste de l'armée musulmane se retire en Cyrénaïque.

Puis, ajoute Gibbon : .

Pendant ce temps, une nouvelle guerre civile entre rivaux pour la monarchie fait rage en Arabie et en Syrie. Il en résulte d'une série de quatre califes entre la mort de Muawiya en 680 et l'avènement d'Abd al-Malik ibn Marwan en 685 ; la lutte ne prend fin qu'en 692, avec la mort du chef rebelle.

Une remarque importante suggère que Oqba n'a jamais atteint l'ouest du Maghreb et encore moins les rives atlantiques. En effet, les sources de ces péripéties sont relatées par des sources postérieures et il n'est pas impossible que les détails des villes et des tribus aient été ajoutés après coup. C'est l'avis de plusieurs historiens modernes, comme l'historien marocain Abdallah Laroui.

Troisième invasion (698-709)

L’avènement de Hassan Ibn Numan (650/660-705) provoque un retour de l'ordre interne qui permet au calife de reprendre la conquête musulmane du Maghreb. Il commence par l'invasion renouvelée de l'Ifriqiya. Edward Gibbon écrit : .

Mais l'Empire byzantin répond avec des troupes venues de Constantinople, unies par des soldats et des navires siciliens, et un puissant contingent de Wisigoths d'Hispanie. Cela force l'armée omeyyade à retourner à Kairouan. Alors, écrit Edward Gibbon : .

Au printemps suivant, cependant, les Arabes lancent un nouvel assaut par voie maritime et terrestre, obligeant les Byzantins et leurs alliés à évacuer Carthage. Les Arabes abattent les civils, détruisent la ville et la brûlent, laissant la région désolée pendant les deux siècles suivants. Après le départ de la force principale des Byzantins et de leurs alliés, une autre bataille est menée près d'Utique, et les Arabes sont de nouveaux victorieux, obligeant les Byzantins à laisser cette partie de l'Afrique du Nord pour de bon.

Cela se suit d'une rébellion berbère contre les nouveaux seigneurs arabes. Edward Gibbon écrit : .

Vers 698, la reine berbère Kahina rencontre les troupes du général Hassan Ibn Numan, près de la rivière Nini dans le nord de l'Aurès, et les bat lors de l'affrontement qui s'ensuit.

Hassan quitte l'Ifriqiya et s'enfuit en Cyrénaïque.

s'écoulent avant que Hassan ne reçoive de troupes fraîches du calife. Pendant ce temps, les habitants des villes de l'Afrique du Nord se frictionnent sous le règne berbère. Ainsi, Hassan est favorablement accueilli à son retour. Edward Gibbon écrit que , à Tabarka.

En 704, une nouvelle campagne est menée afin de soumettre le Maghreb occidental. Moussa Ibn Noçaïr dirige les armées vers Tabarka où se déroule la Bataille de Tabarka. La bataille provoque la soumission de la plupart des tribus berbères de l'Atlas central qui fuient vers le Maghreb occidental. Il capture plusieurs villages fortifiés du Rif, occupe Tanger et soumet le dernier Comte Julien de Ceuta. Depuis cette position, il divise son armée en plusieurs colonnes qui se répandent dans toutes les directions vers le sud, parvenant à soumettre la plupart des tribus. Il achève la conquête en 708.

Moussa ibn Noçaïr devient de ce fait gouverneur de l'Ifriqiya, en indépendance de l'Egypte. Il se limite à occuper les villes et à favoriser une gouvernance indirecte sur les chefs berbères. Il adopte la wala, pratique préislamique de clientèle et intègre l'aristocratie berbère convertie à des fonctions militaires dans son armée. L'exemple le plus notable est Tariq ibn Ziyad, le futur conquérant de la péninsule ibérique qu'il nomme gouverneur du Tandja aussi nommé al-Maghrib al-Aksa (Maghreb extrême-occidental).

Moussa doit également faire face à la marine byzantine qui lutte toujours contre les envahisseurs musulmans. Il construit donc une marine qui parvient à conquérir les îles chrétiennes d'Ibiza, de Majorque et de Minorque.

Fin de la conquête (709) D'ici 709, toute l'Afrique du Nord est sous le contrôle du califat omeyyade. La seule exception possible est Ceuta. Edward Gibbon déclare : .