Les statuts de la niddah ( « éloignée »De la racine N-D-D qui marque l’éloignement, selon le Rashbam s.v. Lv 12:2 et d’après les traductions judéo-araméennes de la Bible ; Abraham ibn Ezra s.v. Nb 19:9 rapproche le terme de menadekhem (« [vos frères …] qui vous repoussent ») en Is 66:5, et le Hizqouni s.v. Lv 20:21 de mitnodedet, « errant [temporairement] du côté de l’impureté. » ») forment une partie majeure des lois de la pureté rituelle familiale ( ’houqei taharat hamishpa'ha) ainsi dénommées dans le judaïsme orthodoxe , régissent l’état d’impureté rituelle dans laquelle se trouve la femme en période de règles, et impliquent une séparation physique temporaire de certaines activités communautaires et relationnelles.
Dans le cadre du couple marié, ce retranchement implique que les époux sont tenus de vérifier les indices d’écoulement de sang menstruel à l’approche de la période supposée. A l'apparition de sang, le couple devraient alors s’abstenir de contacts physiques et, en conséquence, de relations sexuelles (certains couples ont pour coutume de dormir dans des lits séparés pendant cet intervalle). La durée de la période n'est pas fixée et peut être plus ou moins longue car dépendante des menstrue individuelle de la femme concernée. A l’issue de cette période, l'épouse se rend au mikvé afin de s'immerger dans un bain rituel; sortant le couple de la période d’impureté rituelle et reprendre, si souhaité, la vie intime conjugale.
L'observance de la niddah et son importance dans la vie juive au cour des siècles était majeur, faisant l’objet d’un traité homonyme consacré au sujet. Il y est notamment enseigné qu’une communauté juive devrait faire passer la construction du bain rituel, mikvé, avant toute autre priorité. Le respect des lois de la niddah façonne ainsi un pan considérable de la vie des communautés juives du moyen-âge à l'époque moderne. Aujourd'hui la pratique est surtout investie par les communautés orthodoxes, où leur complexité suscite l'étude et l'enrichissement d'un important corpus de questions-réponses des autorités rabbiniques.
La niddah et ses lois dans les sources juives
Dans la Bible
Le terme niddah apparaît dans le Lévitique, au sein du Code de sainteté où ses lois sont principalement exposées : la Torah énonce d’abord, au sujet d’une parturiente qui mettrait un garçon au monde, qu’elle sera ( 12:2) ou bien si elle donne naissance à une fille (Lv 12:5). L’isolement lui même, est décrit trois chapitres plus loin, après l’exposition des lois concernant les "Zav" ou "Keri" : La Torah à plusieurs reprises, les comptant d’une part parmi les relations interdites (Lv 18:19), et proclamant d’autre part qu’ (Lv 20:18).Lorsque l’écoulement se prolonge au-delà de la période d’isolement ou survient en-dehors de celle-ci, elle est impure de la même manière mais le demeure en outre pendant une semaine après que le sang a cessé de couler, et elle doit apporter ensuite deux oiseaux en offrande, l’une expiatoire et l’autre holocauste (Lv 15:25-30).
L’emploi de niddah est ensuite élargi à d’autres fautes : c’est une niddah pour un homme que de découvrir la nudité de la femme de son frère, du vivant de celui-ci (Lv 20:21), c’est en niddah que Dieu place l’or et l’argent des habitants d’Israël qui sont tombés par eux dans le crime, l’orgueil et l’idolâtrie (Ez 7:19-20), et c’est de la niddah qu’Ézéchias prie les Lévites de débarrasser le temple de Jérusalem avant de le sanctifier (2 Chron 29:5). Le Livre des Nombres utilise quant à lui l’expression mei niddah à cinq reprises pour dénommer à laquelle ont été mélangées les cendres de la génisse rouge (Nb 19:9, 19:13, 20-21 & 31:21) car elle sert à laver les fautes qui séparent Israël de Dieu, ; c’est en ce sens que l’expression revient dans l’annonce eschatologique de Zacharie, qui prophétise l’apparition d’une source à Jérusalem pour la laver de ses fautes et péchés (Zach 13:1).
Dans la littérature tannaïtique
Les nombreux enseignements autour de ces versets bibliques, transmis de génération en génération par les sages dits « répétiteurs », sont regroupés par versets dans le Sifra puis, dans un second temps, par thèmes dans la Mishna et son « complément, » la Tossefta.
De l’« et » superflu accolé à « une femme » dans le verset Lv 15:19, les sages d’Israël tirent en loi que les règles de la niddah s’appliquent à toute femme dès son premier jour de vie, et non seulement à la (). Une lecture qui harmonise avec (Lv 20:18), conduit ces docteurs de la Loi à limiter l’impureté rituelle d’écoulement au sang et non à d’autres fluides ; il doit en outre provenir de et non d’autres endroits pour rendre la femme niddah mais indique qu’il y a plus d’une teinte impurifiante les sages de la maison de Shammaï mais non ceux de la maison de Hillel, ajoutent à ces nuances celles de “l’eau de fenugrec ou l’eau de viande rôtie” (MetZav 4:2-3 & mishna Niddah 2:6).De surcroît, rend la femme impure , c’est-à-dire dès l’émission de sang utérin dans le beit ha’hitson, avant même qu’il ne s’écoule du vagin (MetZav 4:4). Elle est dès cet instant impure pour sept jours et nuits consécutifs, qu’elle voie d’autres écoulements ou non au cours de cette période, et elle doit attendre la fin du septième jour, c’est-à-dire la nuit du huitième jour pour se purifier dans un bain rituel (MetZav 4:5-8 ; applique ces mêmes statuts à la femme en couche d’après Lv 12:2). Soulignant le contraste biblique entre la personne qui touche la niddah et celle qui couche avec elle, les sages enseignent que l’impureté rituelle de la première ne serait pas plus sévère que celle du zav puisqu’elle ne pas confère à son tour l’impureté rituelle aux personnes et récipients de terre qu’elle toucherait (MetZav 4:9-11). Les sages restreignent aussi la transmission de l’impureté rituelle non à (Lv 15:20) mais aux lits ou sièges spécifiquement employés par elle à cet usage, puisqu’il est dit au verset suivant (MetZav 4:12 et seq.). En revanche, un homme qui couche avec une niddah, que ce soit ou non dans un but d’union, et que celle-ci s’effectue ou non selon la nature, reçoit et communique son impureté rituelle mais non d’autres comme la tsara’t.
Perception et réinterprétation moderne À l’époque contemporaine, le concept de niddah et les lois qui l'entoure fait l’objet d’interprétations diverses qui reflètent les transformations religieuses, sociales et culturelles du judaïsme. Si elle demeure une obligation centrale dans certains courants, elle est ailleurs réinterprétée, adaptée ou remise en question. Elle constitue ainsi un prisme privilégié pour analyser les enjeux de genre, d’autorité religieuse et d’identité juive dans la modernité.
Judaïsme orthodoxe Dans le judaïsme orthodoxe, la niddah reste le pilier des lois de taharat hamishpaḥa (pureté familiale) perçue comme un commandement divin direct structurant la vie conjugale et la continuité du peuple juif. Les discours contemporains mettent souvent en avant sa dimension spirituelle et relationnelle, soulignant qu’elle favorise le respect mutuel et le renouvellement de l’intimité au sein du couple.
Judaïsme massorti et conservateur réformé Dans les courants massorti (conservateur), la niddah connaît des formes de réinterprétation. Elle peut être maintenue comme pratique spirituelle élective, réinvestie de sens symbolique ou adaptée aux valeurs contemporaines d’égalité et d’autonomie individuelle. L'obligation de séparation continue d'être présentée à tous les couples en préparation au mariage, dans le cadre d'une injonction rabbinique. L’accent est souvent mis sur le choix personnel et la signification éthique plutôt que sur l’obligation juridique.
Perspectives féministes Depuis la fin du XXᵉ siècle, les théologiennes féministes juives de différents courants ont proposé des analyses critiques et reconstructives de la niddah. Certaines la considèrent comme un système historiquement lié aux rapports de pouvoir et au contrôle du corps féminin, tandis que d’autres cherchent à en réinterpréter la symbolique dans une perspective égalitaire et inclusive.
Approches académiques et sociologiques Les études contemporaines abordent la niddah comme un phénomène historique et sociologique, révélateur des dynamiques d’identité, de genre et de normativité religieuse. Elles tentent de contextualiser la diversité des pratiques et des interprétations à travers les époques et les contextes culturels.
Notes et références Notes
Références
Liens externes
Bibliographie
Eliyahou Bakis (2021), La Couronne de son mari. Les lois de pureté rituellefamiliale. Préface du Dr Fabrice Lorin. 126 p. Montpellier/Kyriat Ata : Hotsaat Bakish. .
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