Sainte-Sophie (du grec , , « sagesse de Dieu », « sagesse divine », nom repris en turc sous la forme ) est une ancienne basilique byzantine devenue mosquée, située à Istanbul, dans l'ancienne Constantinople, sur le côté ouest du Bosphore.
À l'origine basilique chrétienne, elle est construite au , puis reconstruite bien plus grande au sous l'empereur byzantin Justinien, où elle acquiert sa forme actuelle. Souvent surnommée « la Grande Église », elle est le plus important monument de l'architecture byzantine et demeure l'une des plus prestigieuses églises de la chrétienté jusqu'au .
Après la prise de Constantinople par les armées ottomanes en , elle est convertie en mosquée sous le sultan , statut qu'elle conserve jusqu'à la fin de l'Empire ottoman.. En , elle perd son statut de lieu de culte pour devenir un musée, sur décision de Mustafa Kemal Atatürk, devenant l'un des musées les plus visités de la république de Turquie. Puis le , un décret du Conseil d'État turc décide sa réouverture au culte musulman comme mosquée, provoquant une vague de critiques internationales.
Sainte-Sophie est située sur une esplanade à la mesure de la gloire de l'ancienne Byzance, qui fait partie des zones historiques d'Istanbul inscrites en au patrimoine mondial de l'UNESCO..
Histoire Sainte-Sophie est consacrée à la « Sagesse Divine » ( / ) identifiée à Jésus-Christ et non à une sainte humaine...
Premières basiliques vignette|redresse|Localisation de Sainte-Sophie dans le centre de Constantinople. vignette|gauche|Pierre de la basilique de subsistant aujourd'hui, montrant l'Agneau de Dieu. Sur le site de Sainte-Sophie de Constantinople se trouvait une église commandée par l'empereur Constantin en .. Elle fut probablement érigée sur les ruines d'un ancien temple d'Apollon, sur une colline surplombant la mer de Marmara. C'est l'empereur qui consacra ce premier édifice, le .. C'était alors la plus grande église de la ville, elle était communément appelée (, « la Grande Église »). On suppose qu'il s'agissait d'un bâtiment en pierre au toit de bois. Au début du , l'empereur Flavius Arcadius ratifia la déposition et l'exil de l'archevêque de Constantinople saint Jean Chrysostome, à la suite d'un bras de fer avec le patriarche Théophile d'Alexandrie que Jean avait été chargé de juger. L'édifice fut alors incendié lors d'une émeute en .
Il fut reconstruit en par l'empereur . Le bâtiment retrouva un plan basilical classique sous la direction de l'architecte Roufinos. La basilique fut consacrée le . Un siècle plus tard, elle subit une nouvelle fois le même sort funeste, le pendant la sédition Nika, révolte du peuple envers l'empereur Justinien. qui a embrasé la ville de Constantinople pendant six jours. Des vestiges subsistent devant le mur ouest de l'édifice actuel depuis . De ces ruines, on distingue un escalier de cinq marches accédant à un portique, et trois portes vers le narthex. Le bâtiment faisait de large.
Après les émeutes de Nika en , l'empereur Justinien entreprend de refonder l'édifice dont il pose lui-même la première pierre.
Église de Justinien vignette|redresse|Intérieur de Sainte-Sophie. La coupole, datant du , culmine à au-dessus du sol.
Le , à peine quelques jours après la destruction de la seconde basilique, l'empereur Justinien prit la décision de la reconstruire, cette fois beaucoup plus grande et majestueuse que les deux précédentes, en la dédiant à la sagesse divine.
Justinien choisit comme architectes le physicien Isidore de Milet et le mathématicien Anthémius de Tralles, qui mourut un an plus tard. Les architectes dessinèrent un bâtiment inspiré du Panthéon de Rome et de l'art chrétien primitif d'Occident. Ce style, qui connaît une certaine diversité de conceptions et de plans, est aujourd'hui qualifié de « byzantin ». Cette architecture byzantine a inspiré, à son tour, des architectes arabes, vénitiens et ottomans. La construction de l'église est décrite par l'historien byzantin Procope de Césarée, dans son ouvrage Sur les monuments (, ).
L'empereur avait fait venir des matériaux de tout l'Empire : des colonnes hellénistiques du temple d'Artémis à Éphèse, du porphyre d'Égypte, du marbre vert de Thessalie, des pierres noires de la région du Bosphore, d'autres de couleur jaune en provenance de Syrie. Le roi mérovingien de Paris, († ), répondant à une ambassade envoyée par Justinien, fit expédier à Constantinople du marbre noir de Moulis (Couserans) pour la décoration de la Grande ÉgliseMarie-Christine Fayant et Pierre Chuvin, Traduction et commentaire de la Description de Sainte-Sophie de Constantinople de Paul le Silentiaire, , éditions A. Die, Paris 1997.. Plus de dix mille ouvriers furent employés pour cette construction.
La nouvelle église apparut immédiatement comme une œuvre majeure de l'architecture, le reflet des idées créatives des deux architectes. Il est possible que ceux-ci se soient inspirés des théories de Héron d'Alexandrie, dans la réalisation d'un dôme aussi considérable, couvrant un si large espace entièrement dégagé. Le classique plan basilical est remplacé par un plan très novateur que l'on appellera plan byzantin (voir ci-dessous le paragraphe "Architecture"). L'empereur put inaugurer la nouvelle église le , avec le patriarche Mennas, avec faste et solennité. La construction ne prit que et . Les décors intérieurs, particulièrement les mosaïques, ne furent achevés que sous le règne de l'empereur ().
Des tremblements de terre, en août et le , causèrent des fissures sur le dôme principal et la demi-coupole de l'abside. Le , un nouveau séisme provoqua la destruction totale du dôme central, qui s'écroula sur l'ambon, l'autel et le ciborium, les détruisant entièrement. L'empereur ordonna une restauration immédiate, faisant appel à Isidore le Jeune, neveu d'Isidore de Milet. On utilisa cette fois des matériaux aussi légers que possible, et on donna à l'édifice ses mesures actuelles : rehaussé de , le dôme atteignit alors sa hauteur totale de .
Cette reconstruction donna à l'église sa forme définitive, qui remonte donc au milieu du . Pour cette nouvelle consécration, présidée par le patriarche de Constantinople Eutychius, le , le poète byzantin Paul le Silentiaire composa un long poème épique connu aujourd'hui sous le nom dEcphrasis.
Sainte-Sophie était le siège du patriarche orthodoxe de Constantinople et le lieu d'accueil principal des cérémonies impériales byzantines, comme le couronnement des empereurs. L'église jouait aussi le rôle de lieu d'asile pour les malfaiteurs.
En , l'empereur Léon l'Isaurien émit un certain nombre d'édits contre la vénération des images. Il ordonna à l'armée de détruire les icônes, inaugurant ainsi la période iconoclaste, durant laquelle Sainte-Sophie fut dépouillée de toute représentation peinte ou sculptée. Après un bref répit sous l'impératrice Irène, le mouvement reprit de l'ampleur : l'empereur Théophile (), dernier partisan de l'iconoclasme byzantin, interdit les images sculptées. Une double porte de bronze portant son monogramme fut installée à l'entrée sud de l'église.
En , un nouveau séisme fit beaucoup de dégâts, au point que l'Église orthodoxe de Constantinople commémore tous les le « jour du grand et effrayant tremblement de terre ».
L'église souffrit fortement d'abord d'un incendie en , puis d'un nouveau séisme le , qui provoqua l'écroulement de la moitié de la coupole. L'empereur fit les réparations nécessaires.
Le , une nouvelle secousse, très importante, détruisit encore la coupole. L'empereur chargea l'architecte arménien Trdat, créateur des grandes églises d'Ani et Agine, de restaurer le dômeLynn Jones, Between Islam and Byzantium, Agh'tamar and the visual construction of medieval Armenian Rulership, Ashgate Publishing Limited, 2007, 98.. Ces réparations de grande ampleur, qui touchèrent aussi bien l'arche occidentale que la moitié de la coupole, durèrent six ans. L'église rouvrit ses portes le .
Dans son livre (Livre des Cérémonies), l'empereur () donne tous les détails sur les cérémonies célébrées à Sainte-Sophie, tant par l'empereur que par le patriarche.
Occupation latine () vignette|Inscription du , marquant, dans la basilique, l'emplacement de la tombe d'Enrico Dandolo, doge de Venise, l'un des initiateurs de la quatrième croisade.
Au cours du sac de Constantinople, en , durant la quatrième croisade, l'église fut pillée par les croisés. L'historien byzantin Nicétas Choniatès décrit ainsi la destruction de l'autel pour en récupérer les matières précieuses. Durant l'occupation latine de Constantinople (), la basilique devint le siège du patriarche latin de Constantinople. fut couronné empereur le à Sainte-Sophie, observant au plus près les rites byzantins en usage. Le doge de Venise Enrico Dandolo, l'un des chefs de la croisade, fut enterré dans la basilique. La plaque qui marque l'emplacement supposé de sa tombe ne date que du .
L'église subit deux séismes en et D. Jacoby, The Urban Evolution of Latin Constantinople (1204–1261) dans N. Necipoglu, Byzantine Constantinople: Monuments, Topography and Everyday Life, Leiden, 2001, .. Selon certains auteurs, les arcs-boutants du côté ouest (et éventuellement d'autres aujourd'hui englobés dans d'autres structures) auraient été ajoutés au cours de la période latineRobert Ousterhout, Master Builders of Byzantium et note 41 .. Le premier patriarche latin, Thomas Morosini, orna l'autel de colonnes de marbres prélevées dans une autre église..
Sous les Paléologues () Les Byzantins reprirent la ville en . En , l'empereur fit construire quatre nouveaux arcs-boutants à l'est et au nord. Après de nouveaux dégâts causés dans le dôme par un nouveau séisme en octobre , d'autres parties du bâtiment s'écroulèrent le . L'église ne put rouvrir ses portes qu'en , une fois les réparations menées à bien par les architectes Astraes et Peralta.
Mosquée de l'époque ottomane vignette|redresse|Sainte-Sophie, . En , immédiatement après la prise de Constantinople par les Ottomans, la basilique fut convertie en mosquée, conservant le même nom, AyasofyaHaghia Sophia, ArchNet Digital Library., comme symbole de la conquête. Contrairement au sort d'une grande majorité d'édifices chrétiens, soumis aux pillages intensifs des troupes du sultan, Sainte-Sophie fut épargnée sur ordre de , qui y attachait une grande importance.. À cette époque, le bâtiment était très délabré : plusieurs de ses portes ne tenaient plus. Cet état de la basilique a été décrit par plusieurs visiteurs occidentaux, comme le gentilhomme cordouan Pedro TafurPedro Tafur, Travels and Adventures, trad. M. Letts (Londres, 1926), . et le Florentin Cristoforo BuondelmontiG. Gerola, Le Vedute di Costantinopoli di Cristoforo Buondemonti, SBN 3 (1931), .. ordonna le nettoyage immédiat de l'église et sa conversion en une mosquée. Contrairement aux autres mosaïques et peintures murales des églises de la ville, la mosaïque de Marie dans l'abside de Sainte-Sophie ne fut pas, pour des raisons obscures, recouverte de lait de chaux par ordre de .. Pendant cent ans, elle fut couverte d'un voile puis eut le même traitement que les autres. Le sultan suivant, , fit ériger un nouveau minaret, en remplacement de celui construit par son père.
vignette|gauche|redresse|Le mihrab, dirigé vers La Mecque, flanqué des deux chandeliers colossaux de Soliman le Magnifique. Il est situé dans l'abside, à l'emplacement de l'autel.
Au , le sultan Soliman le Magnifique () rapporta deux chandeliers colossaux de sa conquête de la Hongrie. Ils furent placés de chaque côté du mihrab. Mais au cours du règne de (), le bâtiment commença à montrer des signes de fatigue et dut être stabilisé par l'ajout de contreforts externes massifs. Ces travaux d'envergure furent accomplis par le grand architecte ottoman Sinan, qui construisit les deux autres grands minarets de l'extrémité ouest du bâtiment, la loge originale du sultan et le mausolée de , au sud-est, en 1577. Les mausolées de et furent construits à ses côtés dans les années .