Clémentine Albertine Marie Léopoldine de Belgique, princesse de Saxe-Cobourg et Gotha et duchesse de Saxe, née le au château de Laeken, en Belgique, et morte le à Nice, en France, est une princesse de Belgique. Elle devient, en 1910, princesse Napoléon après son mariage avec le prince Victor Napoléon Bonaparte, chef de la maison impériale française.
Troisième fille du roi des Belges et de la reine Marie-Henriette, sa naissance est le fruit d'un ultime rapprochement de ses parents après la mort, en 1869, de leur fils et unique héritier dynaste, Léopold. Adolescente, Clémentine s'éprend de son cousin germain le prince Baudouin. Le jeune homme, qui ne partageait pas les sentiments que sa cousine lui vouait, meurt d'une pneumonie en 1891 à l'âge de .
Clémentine ne s'entend guère avec sa mère, étant plus proche de son père qu'elle accompagne fréquemment ; ce dernier envisage, en 1896, qu'elle épouse le prince-héritier Rupprecht de Bavière, mais la princesse refuse cette union. Les années passent, Clémentine demeure célibataire. Vers 1902, peu après la mort de la reine, elle commence à éprouver des sentiments pour le prince Victor Napoléon Bonaparte. En dépit de l'appui de la famille royale italienne, le roi refuse tout projet de mariage entre sa fille et le prétendant bonapartiste.
Clémentine doit attendre la mort de son père, advenue en 1909, pour envisager d'épouser le prince Napoléon. Leur mariage a lieu en 1910, après que le nouveau souverain belge, le roi Albert, a donné son accord. Le couple s'installe avenue Louise à Bruxelles. Le couple a deux enfants : Marie-Clotilde, née en 1912, et Louis Napoléon, né en 1914.
Lorsqu'éclate la Première Guerre mondiale, Clémentine et les siens se réfugient en Grande-Bretagne, accueillis dans la résidence de l'ex-impératrice Eugénie. Outre-Manche, Clémentine s'active en faveur de la cause belge car de nombreux compatriotes ont trouvé refuge en Angleterre. Avec la reine des Belges Élisabeth elle œuvre activement pour la Croix-Rouge.
Après l'armistice de 1918, Clémentine est de retour en Belgique. Dans son château de Ronchinne, en province de Namur, son mari et elle se consacrent aux activités charitables, nombreuses après quatre années de guerre. Clémentine se rend fréquemment à Turin et à Rome auprès de la famille royale italienne.
Tandis qu'il s'était quelque peu éloigné de la vie politique française, Clémentine convainc son mari de renouer avec la politique et le soutient financièrement, mais ce dernier se rallie progressivement à l'idée républicaine. En 1926, Victor Napoléon meurt une semaine après avoir été sujet à une attaque d'apoplexie. Clémentine élève ses deux enfants à peine adolescents et tient à préserver le mouvement bonapartiste, dont elle devient la « régente » jusqu'à la majorité de son fils en 1935, mais sans influence sur la réalité politique française.
À partir de 1937, Clémentine séjourne de plus en plus fréquemment en France, mais c'est à Ronchinne qu'elle est surprise par la déclaration de la Seconde Guerre mondiale en . Dès qu'elle le peut, elle se rend en France et y demeure; l'invasion de la Belgique, au printemps 1940, l'empêche de regagner son pays natal. Après 1945, Clémentine délaisse quelque peu sa propriété de Ronchinne et partage son temps entre la Savoie et la Côte d'Azur où elle meurt en 1955, à .
Biographie Enfance et adolescence vignette|gauche|redresse|alt=Photographie d'une fillette, à l'air pensif, en pied et de profil droit, les mains posées sur le dossier d'un fauteuil richement orné.|Clémentine de Belgique vers 1880. Troisième fille du roi des Belges et de la reine Marie-Henriette, Clémentine de Belgique naît au château de Laeken le , à du soir, trois ans après la mort accidentelle de son frère aîné Léopold, unique héritier direct du roi. Ce dernier nourrissait l'espoir d'avoir un second fils et avait donc repris une vie intime avec la reine ; mais, après une fausse couche en , c'est encore une fille qui naît : Clémentine, le dernier enfant du couple royal. Elle est baptisée le au château de Laeken lors d'une courte cérémonie, suivie par un déjeuner de gala auquel assistent environ .. Son premier prénom rend hommage à sa marraine et grand-tante, Clémentine d'Orléans, tandis que son second prénom , se réfère à celui de son parrain, l'archiduc Albert d'Autriche-Teschen, un cousin de l'empereur .
Le couple royal a déjà deux filles, Louise et Stéphanie, âgées respectivement de 14 et , aussi, la naissance d'une nouvelle fille, non dynaste, a-t-elle déçu le roi. La froideur qui s'est installée entre le roi et la reine rejaillit sur leur relation avec leur fille cadette et la reine, surtout, est particulièrement distante et aigrie. Elle surnomme Clémentine Reuske (le petit géant), en raison de sa grande taille. À l'instar de ses sœurs, Clémentine reçoit des cours de français, d'allemand, de musique, d'histoire et de littérature.. Élève zélée, Clémentine marque une prédilection pour l'histoire et la littérature, tandis que sa mère veille à lui inculquer une formation musicale soignée grâce aux cours du pianiste et compositeur Auguste Dupont.
Louise, la sœur aînée de la princesse, se marie dès 1875 avec un cousin, Philippe de Saxe-Cobourg-Gotha et s'établit à Vienne. Avant son mariage prestigieux avec Rodolphe, l'archiduc-héritier d'Autriche-Hongrie, en 1881, la princesse Stéphanie joue un rôle maternel auprès de sa sœur benjamine quelque peu délaissée par sa mère. Âgée de , Clémentine est la seule enfant du couple royal de Belgique à rester en Belgique et passe une enfance triste et solitaire au château de Laeken. Même si elle voit hebdomadairement ses cousines Henriette et Joséphine, son univers se limite essentiellement à des adultes, dont sa gouvernante Omérine Drancourt. Selon sa biographe, Dominique Paoli, la reine . vignette|alt=photographie de quatre femmes en deuil, dont deux sont assises et deux debout posant devant le soubassement d'un bâtiment en pierre claire.|La reine Marie-Henriette, debout à droite et ses filles. De gauche à droite : Louise, Clémentine et Stéphanie en 1889. Très pieuse, Clémentine est autorisée par ses parents à fréquenter Madame Cléry, la supérieure du collège du Sacré-Cœur de Jette, non loin de Laeken. Elle y côtoie, durant quelques heures le jeudi et le dimanche, d'autres aristocrates, telles Marguerite de Limburg-Stirum et Nathalie de Croÿ. En , deux mois après la mort de son beau-frère Rodolphe dans d'étranges circonstances à Mayerling, Clémentine et sa mère séjournent auprès de Stéphanie, devenue veuve, au château de Miramare. Les deux sœurs renforcent leurs liens et jouent volontiers de la musique ensemble. C'est également au printemps de cette année que Clémentine découvre les charmes de Venise.
En , ses études sont officiellement terminées, mais elle suit toujours quelques cours de religion, d'anglais et d'allemand.
Sa gouvernante est remplacée par une dame d'honneur, une aristocrate, pianiste à ses heures, Zoé d'Oldeneel, tandis que ses parents lui allouent un salon où elle peut recevoir des invités. Cependant, la joie de Clémentine est assombrie par un drame. Le , tandis que Clémentine se trouve seule à Laeken avec Omérine Drancourt et sa bonne Toni, Clémentine s'installe dans la chambre de sa mère, absente pour assister avec le roi aux fêtes du nouvel an, et joue du piano. Toni crie à Clémentine de descendre avant d'avertir Omérine Drancourt de se sauver car un incendie s'est déclaré au château. Omérine Drancourt se met à prier, avant de vouloir emporter des objets personnels. On ne retrouve pas Omérine, que Clémentine veut faire chercher par un domestique, car une épaisse fumée empêche tout sauvetage. Clémentine est réduite à assister impuissante, depuis la pelouse du domaine, à l'intervention des pompiers qui finissent par découvrir le corps sans vie d'Omérine Drancourt.
En cette année 1890, tandis que Clémentine approche de ses dix-huit ans, elle apprend à conduire des attelages : guidée par sa mère, elle s'entraîne à mener des breaks de promenade. Elle y réussit fort bien et juge ce loisir amusant. Elle marque une prédilection pour l'univers équestre et identifie les différentes races de chevaux qu'elle rencontre. À la belle saison, elle assiste aux manifestations hippiques de Bruxelles, l'une de ses distractions favorites avec les agréments que procure le parc du château de Laeken où elle aime déjeuner sur l'herbe et parfois même, charger des meules de foin. En juillet, elle accompagne ses parents à Ostende. Alors qu'elle atteint ses dix-huit ans, Clémentine est auprès de sa mère à Spa. La reine l'emmène, ainsi que trois personnes de sa suite, effectuer une promenade à dos d'âne dans la ville. Elles sont suivies par une armée de curieux, étonnés de les voir monter ces .
Premiers émois et davantage d'indépendance vignette|redresse|gauche|alt=Photo du prince Baudouin en grande tenue du Régiment des Carabiniers|Le prince Baudouin, ici en 1889, ne partageait pas les sentiments de sa cousine Clémentine. Adolescente, Clémentine s'éprend de son cousin le prince Baudouin, considéré comme le futur héritier du trône. Le jeune homme, qui ne partageait pas les sentiments que sa cousine lui vouait et n'aimait pas l'atmosphère qui régnait chez son oncle à Laeken, est soutenu dans son refus par ses parents, accentuant le refroidissement des relations entre le roi et son frère Philippe. Ce dernier trouve sa nièce Il juge sévèrement la jeune fille, qu'en privé il appelle « la grande Clémentine ». Il reconnaît qu'elle mène une , mais ne peut s'empêcher de la railler à son insu, imaginant qu'elle entre au Carmel ou conseillant ironiquement que Clémentine épouse un officier d'ordonnance ou un chef d'attelage. Tout espoir s'évanouit lorsqu'une pneumonie emporte le jeune homme qui meurt le à l'âge de . La princesse puise dans la foi le courage de surmonter la mort de son cousin et premier amour.
La reine Marie-Henriette fuyant de plus en plus souvent la Cour pour se réfugier à Spa où elle a acquis une villa en 1894, la princesse Clémentine remplit les fonctions de « première dame » aux côtés du roi , qui la protège du caractère aigri de sa mère et lui accorde une indépendance dont peu de princesses célibataires pouvaient jouir à cette époque. À sa sœur Stéphanie, Clémentine écrit :
La propriété à laquelle elle fait allusion est le château du Belvédère, édifié sur le domaine de Laeken. Clémentine connaît également ce que Dominique Paoli appelle une « amitié amoureuse » avec le baron Auguste Goffinet, secrétaire des commandements du roi dont il jouit de la confiance. Cependant, la nature des relations avec le baron, qui est son aîné de presque et n'est pas de sang royal, demeure platonique.
En automne 1896, un parti plus plausible apparaît comme prétendant : le prince-héritier Rupprecht de Bavière, mais la princesse refuse cette union car elle confie à son père que le candidat ne lui plaît guère et que, dans sa vie, l'inconnu lui fait peur. En dépit de l'insistance du roi, qui juge favorablement Rupprecht et le considère comme un choix politique avantageux pour la Belgique, Clémentine maintient son refus d'épouser le prétendant bavarois et obtient gain de cause, tout comme elle décline un mariage avec le duc Ulrich de Wurtemberg..
Affaires de famille