Automobiles Marius Berliet, simplement appelé Berliet, est un constructeur automobile français fondé par Marius Berliet en 1899. C'est à l'origine un constructeur de voitures dont il cessera la fabrication en 1939. Il devient alors exclusivement un constructeur de véhicules industriels. Sous la pression des pouvoirs publics, la société devient filiale de la Régie Nationale des Usines Renault en , fusionne en 1978 avec SAVIEM (Société anonyme de véhicules industriels et d'équipements mécaniques), filiale depuis 1955 de la RNUR, et prend le nom de « Renault Véhicules Industriels » (RVI) en 1978. Les deux marques disparaissent au profit de Renault en 1980.

RVI comprend deux divisions : autobus et camions. La branche autobus fusionne avec IVECO Bus Europe en 1999 pour donner naissance à Irisbus qui sera entièrement repris par IVECO en 2001. La branche camions est vendue au groupe AB Volvo en 2000 qui, en 2002, est renommée « Renault Trucks ».

Historique Origines

vignette|left|Marius Berliet, fondateur de la marque. Marius Berliet ( - ), fils aîné d'un canutAppellation du tisserand lyonnais. qui a sept enfants, construit son premier moteur monocylindre en 1894 et sa première voiture en 1895 dans un appentis de la maison familiale. En 1899, il s'installe comme « constructeur automobile » 56, rue Sully sur , puis rue Michel-Perret sur . En 1902, il reprend l'activité du constructeur lyonnais Audibert et LavirotteAFB - Fonds Berliet, D1 6 Domaine , boite 2. dans le quartier de Lyon - Monplaisir : et couverts. Il commence la construction de modèles dotés de moteur à quatre cylindres avec radiateurs à nid d'abeille et basés sur des cadres en acier. Il lance en 1904 une gamme de trois voitures de .

Le , American Locomotive Company (ALCO) qui souhaite se diversifier dans l'automobile choisit Berliet en raison de la simplicité, de la robustesse et de la puissance de ses produits.catalogue ALCO.. Elle signe, pour une durée de trois ans, l'acquisition de la licence de fabrication de trois voitures Berliet (20, 40, 60 hp) moyennant le versement comptant de 500 000 francs or, de la fourniture de pièces coulées et forgées, la construction d'une usine dans l'État de Rhode Island et le paiement de royaltiesAFB - ALCO, extraits de presse américaine 1905 : The Horseless Age, , , , Cycle & Automobile Trade Journal, 8/1905, , The automobile, 8/6/1905, , Automobile Review, 6/15/1905, ..

vignette|La Berliet 24 HP de 1905, victorieuse lors de plusieurs épreuves françaises de tourisme.

Cette manne financière permet à Marius Berliet d'agrandir les bâtiments de l'usine de Monplaisir, d'investir dans des équipements industriels et des installations commerciales et après-vente.

En 1907 est déposé l'emblème de la marque Berliet, une locomotive équipée d'un chasse-buffleAFB - Fonds Berliet, C45, dépôt de marque , 6 décembre 1907. remplaçant les initiales MB entrelacées et qui, stylisé à plusieurs reprises, subsistera jusqu'en 1980.

La participation de voitures Berliet à de nombreuses compétitions en France et à l'étranger vient de l'engagement de propriétaires privés sur des voitures de série. Marius Berliet exprime sa position à l'égard de la course : AFB, Omnia, , 1907..

Pourtant, des voitures de la marque, entre 1904 et 1912, remportent de retentissants succès parmi lesquels : La Coupe du Forez gagnée par Plattier en AFB, La Vie au grand Air, 20 avril 1906., le Concours de Tourisme de l'Automobile Club de Touraine en (sur trois journées, avec une )Omnia, 2 juin 1906, ., place pour Paul Bablot à la Targa Florio en 1906.FMB 206 2/86., du Graphic Trophy sur l'Île de Man pour Paul Bablot encore en 1906, deux premières places à des pilotes anglais au Graphic Trophy de 1907, première place au Grand Prix de La Havane en 1909, la Coupe Vanderbilt aux États-Unis remportée par Harry Grant sur une voiture Alco licence Berliet en 1909 et 1910FMB 506 2/86., Julius Beutler, premier au rallye de Monaco en .

En 1907, sortent deux types de voiture dotées de moteurs 4-cylindres ou 6-cylindres, d'une puissance de AFB, Feuille des Mines type HH 4 cylindres, 12 à 60 HP signée le 5 juillet 1907 et Feuille des Mines type 6 cylindres, de 35 à 60 HP signée le 5 juillet 1907. que de luxueux cataloguesAFB, catalogues écrits par Rosny, illustrés par René Vincent, imprimés par le maître imprimeur Draeger. présentent en plusieurs langues. La production de véhicules en 1907 était de 1 200 véhicules.. En 1908, les modèles de 14 à 22 hp sont proposés avec transmission à chaînes ou cardans, ceux de 40 à 60 hp restant à chaînes. sont fabriquées dans l'année. En 1909, le marché des grosses voitures se réduisant, des modèles de 8 à 22 hp à cardans silencieux sont lancés. En 1911, sort la série des AFB, Feuille des Mines signée à Lyon le 6 mars 1911. dotées d'un moteur 4-cylindres de 12 hp ou « 15 hp léger ». En 1913, sont fabriquées.

En 1907, le premier camion, Type L, est réceptionné au service des MinesAFB, Feuille des Mines signée à Lyon le 11 octobre 1907.. Il est doté d'un moteur à essence de pétrole à quatre cylindres verticaux de , d'une transmission par le système dit « trains baladeurs », de deux freins métalliques sur le différentiel et deux freins métalliques à sabots extérieurs sur les roues motrices, d'une direction à vis et de roues en bois cerclées de caoutchouc ou de fer pour la version et de fer pour celle de . Au régime de , le moteur autorise une vitesse de en palier.

En 1909, le camion Type M, de de charge utile, est lancéAFB, catalogue Camions & Omnibus Berliet, 1909/1910..

Les concours militaires organisés par le ministère de la Guerre à partir de 1909 attribuent une prime à l'acheteur d'un camion qui a satisfait aux épreuves d'endurance en contrepartie de la réquisition du véhicule et du chauffeur en cas de mobilisation. Les camions Berliet sont les seuls à être primés chaque année. Ils sont reconnus simples, robustes et économiques.

Le modèle Berliet CBA, réceptionné au service des Mines en 1913AFB, Feuille des Mines signée à Lyon le 17 juillet 1913. pour de charge utile est doté d'un cadre châssis en lame d'acier emboutie, d'un moteur à quatre cylindres coulés par paires, de 5,3 l de cylindrée (), d'une puissance de hp à , d'une boîte quatre vitesses avant et une arrière, de roues en bois cerclées de caoutchouc.

Première Guerre mondiale vignette|Un Berliet CBA en service dans l'armée polonaise. vignette|Camion Berliet en Russie vignette|Ambulance Berliet utilisée à Verdun. vignette|Berliet CBA Production.

Berliet reçoit exclusivement des commandes massives de camions CBA et d'obus. Pour satisfaire cette demande, il construit à Monplaisir; Le 10/12 t avec une classification de 30 ch avait un moteur , en 1915, deux bâtiments supplémentaires qui complètent le bâtiment initial agrandi et le hall d'assemblage des véhicules industriels datant de 1907 portant ainsi la surface à . La production atteint par jour.

À l'automne 1916, il commence la construction de l'usine intégrée de Vénissieux / Saint-Priest sur un tènement de près de . Egerton Banks, ingénieur britannique de , responsable de Westinghouse Europe, engagé en , est chargé, à Monplaisir et Vénissieux, de rationaliser l'organisation scientifique du travail à laquelle il a été formé aux États-UnisAFB - Fonds Berliet, C11, archives Marius Berliet, ..

Au mois de , la production du camion CBA est de 142 unités ; elle passe à 424 en et atteindra le millier en . La noria des sur la Voie sacrée de Bar-le-Duc à Verdun est composée pour plus de la moitié de ce modèle. Les châssis-mécaniques CBA sont fabriqués à Monplaisir tandis que le montage de leur carrosserie bois est effectué à Vénissieux.

Au semestre 1918, Renault FTC.H. Tavard, Le char Renault FT, dans L'Automobiliste, , . sortiront de l'usine de Vénissieux. Renault n'ayant pas les capacités industrielles pour répondre aux besoins urgents de l'Armée, celle-ci confie une commande à Berliet avec moteur Berliet. En outre, la tourelle pivotante à 360°, innovation conçue par Renault, développée par les Établissements Girod à Ugine, est usinée et finie chez Berliet, le seul disposant des moyens industriels appropriés.

Dès le début de la Première Guerre mondiale, Berliet crée une caisse de secours permettant de venir en aide aux familles des salariés mobilisés, le bulletin de guerre des Usines Berliet. Il fonde plusieurs œuvres sociales : la crèche en ., la cité sur la commune de Saint-Priest qui comptera 250 logements en 1925., la ferme. sur la réserve foncière de Saint-Priest. Il encourage la pratique du sport avec l'Union Sportive Berliet.

En , l'effectif de la structure Automobiles M. Berliet, transformée en société anonyme en 1917Guide de visite Découverte d'un vaste monde, Automobiles M. Berliet/Affaires Extérieures, 1974., est de dont 20,7 % de personnel féminin.

Entre-deux-guerres Période transitoire entre l'état de guerre et l'état de paix, l'année 1919 est marquée par la réinsertion des hommes démobilisés, la reprise de la fabrication des voitures et la reconstruction de la fonction commerciale.

Présentée au Salon de Paris 1919, la 15 hp est outillée pour être fabriquée à la cadence de par jour. Sa carrière est brève en raison de deux handicaps : la qualité des aciers français utilisés est inférieure à celle des aciers américains sur lesquels l'étude était basée ; un prix de revient prévisionnel en dessous de la réalité.

À partir du , le gouvernement français autorisant la vente des surplus de l'Armée, les livraisons et les commandes de camions se tarissent brusquement pendant trois ans. Les difficultés financières de 1920 conduisent l'industriel à solliciter l'application de la loi du La loi du 2 juillet 1919 institue une forme de dépôt de bilan pour les entreprises brutalement privées de commandes militaires après l'Armistice. ; le règlement transactionnel est prononcé le . Le pouvoir est désormais assuré par trois banques. , délégué du Crédit Lyonnais, est élu président du conseil d'administration. Administrateur délégué, Marius Berliet, chargé des bureaux d'études et des fabrications, doit renoncer à son droit de vote aux assemblées générales et ne peut rien décider sans l'autorisation du conseil d'administration. Les économies, la recherche d'activités complémentaires de sous-traitance, les efforts sur les nouveaux produits aboutissent au remboursement total des créanciers en 1929. Marius Berliet reprend les rênes.

vignette|Publicité (1923).

Dans cette décennie 1920 sont lancées les voitures ., en 1922, les de et en 1923 qui retrouvent un marché porteur. À partir de 1925, la marque fabrique ses propres carrosseries. Les modèles de la 8/9 ch dotés d'un moteur 4-cylindres de 2,6 l et 3,3 l de cylindrée, à soupapes latérales, sont produits à plus de .

La décennie 1930 est marquée, en 1933, par le lancement de la 944 (, 4-cylindres, ) qui connaîtra plusieurs perfectionnements. Le modèle « Dauphine 39 » est lancé à partir d'un châssis-mécanique Berliet VIRP doté d'une carrosserie . C'est le dernier modèle de la voiture Berliet, qui ne sera fabriqué qu'à .

Les efforts d'Automobiles M. Berliet portèrent aussi sur le « gazobois », la construction de prototypes de véhicule tout-terrain militaire. À partir de 1923Lettre d'information de la Fondation Berliet , , février 2000., l'entreprise travaille sur le carburant de substitution en mettant au point le gazogène à bois par combustion du bois cru. Elle conçoit aussi et fabrique une douzaine de prototypes de véhicules militaires tout-terrain, , février 2010.. Malgré des essais performants, les commandes resteront confidentielles.

En 1926, trois modèles effectuent avec succès la mission Alger - Gao avec de fret et .