(littéralement « lézard aux dents tranchantes ») est un genre fossile de grands dinosaures théropodes carnivores ayant vécu durant l'étage Cénomanien du Crétacé supérieur, dans ce qui est aujourd'hui l'Afrique du Nord. Le taxon est premièrement décrit en 1925 par Charles Depéret et Justin Savornin sous le nom de Megalosaurus saharicus sur la base de deux dents fossiles découvertes en Algérie, désormais perdues. Un squelette partiel a cependant été découvert en Égypte dès 1914 par les équipes d'Ernst Stromer, mais celui-ci ne signale la découverte qu'en 1931. En s’appuyant sur ce spécimen ainsi que sur les dents auparavant décrites par Depéret et Savornin, Stromer établit le genre Carcharodontosaurus avec son espèce type C. saharicus. Bien que le squelette égyptien soit détruit lors de la Seconde Guerre mondiale, il est par la suite redécrit en 2025 comme le spécimen holotype d'un genre différent, nommé Tameryraptor. En 1995, un grand crâne incomplet attribué à C. saharicus est découvert dans les lits géologiques du Kem Kem, au Maroc, étant plus tard désigné comme le néotype du taxon en 2007. La même année, des fossiles découverts dans la , au Niger, sont attribués à une seconde espèce du nom de C. iguidensis, bien que celui-ci peut s'avérer appartenir à un autre genre.
L'espèce type atteignant environ de long pour une masse corporelle estimée comme allant de , Carcharodontosaurus est l'un des plus grands théropodes connus. Il possède un grand crâne légèrement constitué, avec un rostre de forme triangulaire. Ses mâchoires sont bordées de dents acérées, recourbées et dentelées, ressemblant de façon frappante à celles du grand requin blanc, caractéristique ayant inspiré son nom. Bien qu'imposant, son crâne est rendu plus léger par des fosses et des fenêtres considérablement élargies, mais qui le rendent plus fragile que celui des tyrannosauridés. Des études sur la force de morsure et l’anatomie dentaire des carcharodontosauridés indiquent qu’ils possédaient une morsure puissante, mais relativement plus faible que celle d’autres lignées de théropodes. Malgré le peu de restes postcrâniens connus, Carcharodontosaurus aurait eu de petits membres antérieurs, de puissants membres postérieurs et une longue queue assurant son équilibre. De nombreux grands théropodes du Cénomanien de l'Afrique du Nord cohabitent avec les deux espèces de Carcharodontosaurus, dont Spinosaurus et l'éventuel cératosaurien Deltadromeus. Lors de cette période, l’Afrique du Nord est alors recouverte de mangroves et de zones humides, ce qui en fait un point chaud de biodiversité, où vivent de nombreux poissons, crocodyliformes et ptérosaures.
Historique des recherches Découvertes et recherches initiales vignette|gauche|redresse=0.75|alt=Dents fossiles de dinosaures carnivores montRées sur fond blanc.|Dents originaux perdues de C. saharicus (fig. 1-2), le lectotype étant en haut de l'image (fig. 1).
En 1924, deux dents fossiles sont découvertes dans des coupures de murs de différentes qanat près de la commune de Timimoun, située lors de cette époque en Algérie française. Ces sédiments datent du Crétacé. et proviennent de la formation géologique du Continental intercalaire.. Les fossiles sont apportés au gouverneur de Timimoun, le capitaine Burté, qui les remet au paléontologue français Charles Depéret plus tard cette année-là. En 1925, Depéret et son collègue Justin Savornin décrivent les dents comme provenant d'une nouvelle espèce du dinosaure théropode Megalosaurus, Megalosaurus saharicus. Ce sont alors les premiers fossiles de dinosaures théropodes décrits dans la région. L'épithète spécifique saharicus fait référence au désert du Sahara, la zone géographique où les dents ont été trouvées.. Deux ans plus tard, Depéret et Savornin reclassent les mêmes dents sous le nom de M. (Dryptosaurus) saharicus, l'espèce étant ainsi classé dans un sous-genre. Par inadvertance, une autre espèce de Megalosaurus, M. africanus, est nommée en 1956 par le paléontologue allemand Friedrich von Huene d'après les mêmes dents. Ainsi, il est donc implicite qu'il s'agit d'un synonyme plus récent de M. saharicus. Les deux dents originelles décrites par Depéret et Savornin furent depuis notés comme perdues, étant peut-être conservées dans une collection résidant en Algérie, à Paris ou à Lyon, et manquant de caractéristiques distinctives par rapport aux autres carcharodontosauridés.. De plus, le genre Megalosaurus est connu pour avoir été historiquement un taxon poubelle qui incluait plusieurs espèces attribuées sans justifications, la seule espèce reconnue actuellement étant M. bucklandii.. Des auteurs ultérieurs mentionnent néanmoins des découvertes de fossiles provenant d'autres provinces d'Algérie qui pourraient appartenir au taxon érigée par Depéret et Savornin.
thumb|upright=1.0|alt=|Photo datant d'avant du matériel squelettique initialement décrit par Stromer en 1931, étant depuis reconnue holotype du genre apparenté Tameryraptor.
Néanmoins, un squelette partiel plus tard référé à C. saharicus est découvert pour la première fois dans des marnes près d'Ain Gedid, en Égypte, début , par le paléontologue austro-hongrois Richard Markgraf. Les marnes de cette région datent de l'étage du Cénomanien et proviennent de la formation de Bahariya, l'un des nombreux sites du Crétacé d'Afrique du Nord... Dans cette formation, Markgraf réalisa une vaste collection de squelettes de dinosaures pour son employeur, le paléontologue allemand Ernst Stromer du musée paléontologique de Munich. Du fait des tensions politiques entre l’Empire allemand et le sultanat d'Égypte, alors sous occupation britannique, le squelette, depuis catalogué SNSB-BSPG 1922 X 46, met plusieurs années à parvenir en Allemagne. Ce n'est qu'en 1922 que le spécimen est transporté outre-mer à Munich, où il est premièrement décrit par Stromer en 1931.
Stromer reconnaît que les dents du spécimen SNSB-BSPG 1922 X 46 correspondraient à la dentition caractéristique du taxon décrite par Depéret et Savornin, ce qui le conduit à conserver le nom d'espèce saharicus. Cependant, il juge nécessaire d'ériger un nouveau genre pour cette espèce, qu'il nomme Carcharodontosaurus, pour leurs similitudes, en termes de netteté et de , avec les dents du grand requin blanc (Carcharodon carcharias). Le nom générique Carcharodontosaurus vient des mots en grec ancien , « tranchant, dentelée », , « dent » et de , « lézard », le tout donnant « lézard aux dents tranchantes ». Dans ses descriptions de 1931 et de 1934, Stromer désigne la plus petite des deux dents originellement décrites par Depéret et Savornin comme le spécimen type du taxon. Ainsi, cette dent, bien que perdu, doit être considéré comme le lectotype de C. saharicus. Durant la Seconde Guerre mondiale, le squelette égyptien est détruit lors du raid aérien des bombardiers de la British Royal Air Force sur Munich, dans la nuit du 24 au , chose arrivant de même pour d'autres échantillons fossiles provenant de Bahariya.. Un endocaste est cependant réalisé. Ayant survécu aux événements, il est la seule relique restante du spécimen. Néanmoins, en 2025, ce même spécimen est redécrit en tant qu'holotype d'un genre distinct de carcharodontosauridé du nom de Tameryraptor. Après la Seconde Guerre mondiale, peu de découvertes majeures liées à Carcharodontosaurus sont faites. Des dizaines de dents et d'os isolés furent attribués au taxon, provenant de sites d'Afrique du Nord, notamment au Maroc, en Tunisie, en Algérie et au Niger. Cependant, nombre de ces fossiles pourraient appartenir à d'autres théropodes. En 1960, le paléontologue français Albert-Félix de Lapparent attribue notamment à Carcharodontosaurus des dents et des os provenant d'affleurements du Continental intercalaire d'Afrique du Nord. Néanmoins, leur attribution au genre s'est faite sans discussion ni raisonnement taxinomique détaillés. De plus, dans leur article décrivant Tameryraptor en 2025, le paléontologue allemand Maximilian Kellermann et ses collègues soulignent que de nombreux restes attribués à Carcharodontosaurus ne se chevauchent pas et ne présentent pas de caractères diagnostiques. Certains fossiles, comme plusieurs vertèbres caudales, pourraient même appartenir à un sauropode.
Regain d'intérêt
Peu de découvertes fossiles attribuées à Carcharodontosaurus sont faites jusqu'en 1995, lorsque le paléontologue américain Paul Sereno découvre un grand crâne incomplet lors d'une expédition lancée par l'université de Chicago. Plus précisément, ce spécimen fut découvert dans les roches datant du Cénomanien de la formation inférieure de Douira, dans lits de Kem Kem, au sein de la province d'Errachidia, au sud-est du Maroc. La présence de Carcharodontosaurus dans cette formation avait déjà été suggérée dès 1954 par le paléontologue français René Lavocat sur la base de fossiles fragmentaires.. Le crâne, depuis catalogué SGM-Din 1 au sein du Ministère de la Transition énergétique et du Développement durable à Rabat, est d'abord emmené à l'université de Chicago, où il est premièrement décrit en 1996 par Sereno et ses collègues dans la revue scientifique Science. Ce même spécimen est désigné comme néotype de C. saharicus en 2007 en raison de la perte d'autres spécimens, de l'âge et de la localisation géographique similaires à ceux d'échantillons fossiles précédemment notés. Plusieurs autres fossiles de C. saharicus sont découverts dans les Kem Kem, tels que des fragments d'un os dentaire, une vertèbre cervicale et de nombreuses dents... Sereno et ses collègues attribuent également de nombreuses vertèbres cervicales, initialement décrites comme appartenant aux spinosauridés Sigilmassasaurus et « Spinosaurus B », à C. saharicus, estimant que des vertèbres cervicales robustes seraient nécessaires pour porter les crânes des carcharodontosauridés. Des recherches ultérieures prouvent cependant le contraire, les vertèbres étant classées chez Spinosaurus aegyptiacus par le paléontologue germano-marocain et ses collègues en 2020. En 2016, les paléontologues italiens Alfio Alessandro Chiarenza et Andrea Cau, suggèrent que le néotype de C. saharicus serait similaire mais distinct du squelette décrit par Stromer dans la morphologie des des maxillaires.. Le paléontologue américain Mickey Mortimer suggéra que les différences entre les deux spécimens seraient due à des dommages causés au néotype.. Cette conclusion est contredite dans l'article de 2025 décrivant Tameryraptor, qui note plusieurs différences entre le spécimen marocain et le squelette décrit par Stromer. Étant donné que la désignation du néotype est conforme à l'article 75.4 de la CINZ, les descripteurs de Tameryraptor en conviennent que le spécimen SGM-Din 1 est un néotype valide.
En 2007, une nouvelle espèce de Carcharodontosaurus, C. iguidensis, est officiellement décrite par les paléontologues américains Steve Brusatte et Sereno. Les fossiles de C. iguidensis sont découverts lors d'une expédition menée dans la formation d'Echkar au sein de la localité d'Iguidi (d'où l'épithète spécifique), au Niger, un maxillaire partiel catalogué MNN IGU2 étant désigné comme holotype. Plusieurs autres restes tels qu'un neurocrâne, un lacrymal, un os dentaire, une vertèbre cervicale et un ensemble de dents sont attribués à C. iguidensis en fonction de leur taille et de leurs similitudes supposées avec d'autres os de Carcharodontosaurus. En 2016, Chiarenza et Cau identifient l'échantillon référé de C. iguidensis comme appartenant à Sigilmassasaurus (parfois appelé Spinosaurus sp..), et à un non-carcharodontosauriné, choisissant de limiter C. iguidensis à l'holotype en attendant des futures recherches. Cette conclusion est étayée par des analyses phylogénétiques, plusieurs d'entre elles ayant trouvé que l'holotype et le matériel référé à C. iguidensis appartiennent à des taxons différents.