Francesco Borromini, né Francesco Castelli (Bissone, 25. ou 27. - Rome, ), est un architecte suisse considéré comme une figure majeure de l'architecture baroque. Il fut le contemporain de Gian Lorenzo Bernini dont il devint le rival, et de Pierre de Cortone.

Biographie Origine Francesco Castelli naquit le 25 ou à Bissone, village sur le lac de Lugano (dans l’actuel canton du Tessin), il était l’aîné de quatre enfants. Du père, Giovanni Domenico Castelli, nous disposons de peu d’éléments ; il était un modeste architecte ou maître-maçon, au service des Visconti à Milan. La mère, Anastasia Garvo (Garovo), provenait d’une riche famille de constructeurs et d’architectes, elle était apparentée à Domenico Fontana qui était l’oncle de Carlo MadernoL’acte de mariage des parents de Francesco nous est parvenu (Ragguali borrominiani, 1968, 19) : « Die 17 augusti 1589 : Johannes Dominicus, f. Johannis Petri de Castello, contraxit matrimonium per verba de praesenti, cum Anastazia figlia Leonis Garvi, in ecclesia Sancti Carpophori, Bissoni; praesente me rectore parochiae praedictae et Petro Tencala atque Johanne Domenico Agazino, praesentibus testibus, et aliis multis de populo qui ad ecclesiam convenerunt »..

Ces noms de Castelli et Garvo (Garovo), se retrouvent fréquemment parmi cette main-d’œuvre de bâtisseurs dont l’ascendance remonte aux maestri comacini qui transmigrèrent dans toute l’Europe.

Le nom de Borromini avec lequel Francesco signa ses œuvres à partir de 1628, est un surnom qui appartenait déjà à la famille ; Fabrizia di Francesco Castelli, la grand-mère de Francesco, avait épousé en premières noces Giovanni Pietro Castelli et en secondes noces, Giovanni Pietro Brumino. Quant au père de Francesco, il était souvent appelé Castelli « detto Bormino ». Il est probable que l’usage de ce surnom évitait aux Castelli d’être confondus avec d’autres artistes du même nom.

Jeunesse et formation À l’âge de 9 ans, Francesco fut envoyé par son père suivre ses études et l’apprentissage de la sculpture, à l’école de la Fabrique de la cathédrale de MilanArchivio della Fabbrica del Duomo di Milano, Mandati, Busta 32, septembre-octobre 1608 et Busta 40, septembre-octobre 1612. Le nom de Francesco Castelli apparaît dans la liste des clercs rémunérés pour services de la messe. Il reçut paiement de ces prestations jusqu’en septembre 1612.

Cette référence, comme celles qui suivent et que nous notons seulement AFDM, sont dues aux recherches de Sabine Kappner ; voir son article : Ausbildungsjahre an der Mailänder Dombauhütte 1608 bis 1619 in Arte Lombarda, 1994 (108/109). Ces éléments ont été repris et complétés par Maria Luisa Gatti Perer dans son article : Nuovo argomenti per Francesco Borromini in Arte Lombarda, 1997 (121).. Les archives de la Fabrique de la cathédrale témoignent de divers travaux pratiques qui lui furent confiés durant cette période de formationAFDM, Mandati, Busta 41, mai 1613.

AFDM, Mandati, Busta 42, septembre-octobre 1613.

AFDM, Mandati, Busta 43, janvier à avril 1614.

AFDM, Mandati, Busta 44, novembre-décembre 1614.

AFDM, Mandati, Busta 45, janvier à avril 1615.

AFDM, Mandati, Busta 49, juin 1617.. Il est également attesté qu’un maître, rémunéré par la Fabrique, était chargé d’enseigner les arts libéraux à ces élèvesAFDM, AS 118., que Francesco suivit des cours de dessin auprès de . Il est par ailleurs tout à fait probable, sans que nous ayons quelque document qui l’établisse, qu’il suivit les cours du mathématicien Muzio Oddi.

Le premier document qualifiant Francesco de sculpteur est daté du AFDM, Ordinazioni Capitolari, XXVI, f. 108v.. Il travailla probablement en cette qualité pour la Fabrique jusqu’au , date à laquelle il fut congédiéAFDM, Ordinazioni Capitolari, XXVI, f. 116v.. La raison de ce licenciement est probablement liée au fait qu’à cette époque, il s’absenta de plus en plus souvent de Milan pour travailler sur le chantier de Saint-Pierre de Rome. Il continua toutefois à apparaître par intermittence sur les registres de la Fabrique jusqu’au Maria Luisa Gatti Perer. op. cit., p.12.

Maturité Au cours de l’année 1619, Francesco quitta donc Milan pour RomeNino Carboneri. Borromini, Francesco in Dizionario Biografico degli Italiani. Treccani, 1971. Vol. 13.. Leone di Tommaso Garvo (Garovo), un oncle maternel, lui offrit l’hospitalité. Il habitait dans le vicolo dell’Agnello, proche de l’église San Giovanni Battista dei FiorentiniC’est dans cette église que se trouve la tombe de Francesco Borromini, ainsi que celle de son parent, Carlo Maderno.. Leone était maître tailleur de pierre et possédait à Rome une entreprise de sculpture de marbre à laquelle il fit participer Francesco. Une source importante de travaux provenait de Carlo Maderno, responsable à l’époque de la Fabrique de la basilique Saint-Pierre et dont Leone avait épousé une nièceMaria Luisa Gatti Perer. op. cit., pp.10-11.. Cependant, peu de temps après, Leone fut victime d’une chute mortelle depuis les échafaudages dressés sur la basilique Saint-Pierre.

Carlo Maderno fut nommé procureur de Marina, la fille du défunt et son héritière (il fut également le représentant de Cécilia la veuve). À ce titre, il vendit à Francesco les marbres et autres biens de l’entreprise de Leone, tant ceux qui se trouvaient dans l’atelier que ceux sur le chantier de Saint-PierreRagguali borrominiani, 1968, 52.. On remarque à cette occasion, la cohésion et la force du clan familial et plus globalement des maestri comacini, qui créaient ainsi de véritables monopoles commerciaux et contournaient les lois protectionnistes des travailleurs locauxUn autre exemple de cette attitude clanique se trouve dans le testament de Francesco Borromini, qu’il rédigea le 2 août 1667 et par lequel il désigna héritier universel son neveu Bernardo, à condition qu’il épousa une fille de Maderno ; ce qui fut effectif le 26 octobre 1667. (Ragguali borrominiani, 1968, 29 et 31.).

Commença alors, l’ascension de Francesco sous la protection de Carlo Maderno, l’un des principaux architectes de Rome sous l’épiscopat de Paul V Borghese, et cela jusqu’à la mort de Maderno. De cette première période romaine, de nombreux documents et dessins attestent de l’activité de Francesco, fruit de cette collaboration : - à Saint-Pierre (tête de chérubins au-dessus du relief représentant la rencontre de saint Léon le grand et d’Attila et au-dessus de la porte de la chapelle du Saint-SacrementChérubins et séraphins seront des thèmes récurrents, une sorte de motif conducteur qui accompagneratoujours l’œuvre de Borromini. (Maria Luisa Gatti Perer. op. cit., p. 30. ; travail autour de la porte sainte ; la base de la Pietà de Michelangelo ; les grilles des chapelles du chœur et du Saint-Sacrement ; etc.) – à l’église Sant’Andrea della Valle (les anges qui remplacent les chapiteaux des colonnes doubles de la coupole) – dans la réalisation du palais Barberini son activité est entremêlée avec celles de Maderno et Bernini desquels il dépendait ; on peut toutefois identifier comme étant de sa création (l’escalier hélicoïdal, les portes du grand salon et quelques fenêtres). La dernière réalisation de cette période conjointe avec Maderno, fut la chapelle du Saint-Sacrement de la basilique Saint-Paul-hors-les-murs (1629).

À la mort de Maderno (), Bernini fut nommé à sa place architecte de Saint-Pierre et du palais BarberiniHoward Hibbard. Bernini, Gian Lorenzo in Dizionario Biografico degli Italiani Treccani, 1967. Vol. 9.. Pour Borromini, la perte de son soutien et les nouveaux pouvoirs de Bernini, déterminèrent une nouvelle période bien plus difficile car rapidement conflictuelle avec Bernini (voit paragraphe 2.1 ci-après).

En 1632, sur proposition de Bernini, peut-être pour éloigner ce trop encombrant collaborateur, Borromini fut nommé architecte de La Sapienza par un bref apostolique. Toutefois, les travaux de Sant’Ivo ne commencèrent qu’en 1643 et l’aménagement de la bibliothèque Alessandrina encore plus tard.

Avant cela, en 1634, l’ordre des trinitaires déchaussés d’Espagne invita Borromini à diriger la construction de son couvent et de son église Saint-Charles-aux-Quatre-Fontaines. Ce fut sa première charge indépendante, il y travailla de 1634 à 1641.

En 1637, Borromini prend part au concours pour l’oratoire des Philippins, qui se trouve élevé à côté de l’église Santa Maria in Vallicella et sa candidature fut retenue. L’architecte y travailla jusqu’en 1650 ou 52.

La réalisation de la galerie du palais Spada fut attribuée à Borromini entre 1632 et 37. Il s’agit d’une fausse perspective qui crée l’illusion que la galerie fait une longueur d’environ 35 m, alors qu’en réalité elle ne mesure que 8,82 mPalazzo Spada, page Wikipédia en italien.. Les décorations des côtés et du fond, ainsi que les effets de lumière, n’ont pas survécu aux restaurations.

Dans les années 1638-39, il supervise la décoration de la chapelle de la Trinité des moniales Augustines de Santa Lucia in Selci.

Autour de 1639, il dessine l’autel (Filomarino) pour la Chapelle de l’Annonciation de l’église Santi Apostoli de Naples.

Ensuite, en 1645, il se charge de l’ornementation de l’abside et d’un ciborium de l’église , également à Naples (aujourd’hui détruite).

Entre 1643 et 1662, il élève l’église de Sant’Ivo, qu’il insère admirablement entre les bâtiments déjà existants de l’université de la Sapienza. Il s’agit là, sans aucun doute, de son œuvre majeure.

Au commencement de 1643, il fut chargé de la réalisation de l’église Santa Maria dei Sette Dolori, mais ce chantier fut arrêté en 1646 et repris dans les années 1658–1665, mais sans Borromini. Le portail s’ouvre sur un vestibule à plan central, d’une forte réminiscence antique qui rappelle la villa Adriana de Tivoli.

Au cours des années 1643-44, l’architecte participe aux projets du palais du cardinal Ulderico Carpegna pour lesquels nous sont parvenus quelques dessins, mais l’ambitieux projet ne fut pas réalisé, seule la rampe hélicoïdale et le portail qui la précède furent construits selon les plans de Borromini.

Les travaux à l’intérieur du palais Falconieri survinrent peu après. Ils consistèrent en la réalisation de la façade munie d’une loggia donnant sur le Tibre, de la décoration de la façade sur la via Giulia, également de celle de quelques salles .

À la mort d’Urbain VIII Barberini, qui en matière d’architecture ne se fiait qu’à Bernini, succéda sur le siège pontifical Innocent X Pamphili, qui entendit bien épurer Rome de la puissance des Barberini, ce qui favorisa Borromini. L’activité au service des Pamphili commença par le projet d’un pavillon pour la villa de San Pancrazio, les études pour un palais et une fontaine place Navone, projets qui ne furent pas réalisés par Borromini. Mais survint entre-temps une commande du pape bien plus prestigieuse : la réfection de Saint-Jean-de-Latran qui menaçait ruine. Dans les premiers mois de 1646, Borromini présenta son projet. Les contraintes étaient grandes : la restauration devait impérativement être achevée pour 1650, année jubilaire pour laquelle beaucoup de monde était attendu, et le pontife imposa de conserver les structures d’origine, en particulier le lourd plafond à caissons de la nef centrale. La spatialité borrominienne ne put dès lors s’exprimer pleinement que dans les déambulatoires. Dans la nef centrale, de puissants pilastres regroupent chacun un couple de colonnes formant d’impressionnants piliers, entre lesquels des voûtes sont ouvertes.

Toujours sous le pontificat d’Innocent X, entre 1644 et 1652, il étudia le projet d’un corps de bâtiment contigu à Santa Maria in Vallicella, de l’autre côté de l’oratoire ; devait être incluse une rotonde vaguement antiquisante, mais cela ne se fit pas.