Le site nucléaire de Brennilis héberge l'ancienne centrale nucléaire des monts d'Arrée équipée du réacteur nucléaire EL4 (eau lourde ), un réacteur à eau lourde refroidi au gaz carbonique qui fonctionnait à l'uranium non enrichi. Il est situé dans le Finistère, au pied du barrage de Nestavel, à cheval sur la limite des communes de Loqueffret et Brennilis. Il se trouve dans les monts d'Arrée et à environ de Carhaix-Plouguer, à au sud de Morlaix et de Brest.
Mise en service en 1967, cette centrale expérimentale est arrêtée en 1985, la France abandonnant cette filière au profit d'une technologie jugée plus stable, plus industrielle et plus rentable : le réacteur à eau pressurisée. C'est la première centrale nucléaire de France où est entrepris une procédure de démantèlement (en cours depuis 1985 et prévue jusqu'en 2040, soit 55 ans). Le chantier est spécifiquement référencé comme l'installation nucléaire de base 162.
Histoire du site
Construction En 1962, le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) entame la construction du réacteur nucléaire expérimental EL4, prototype industriel de production d'électricité fonctionnant à l'uranium faiblement enrichi, modéré à l'eau lourde et refroidi au gaz carbonique (filière HWGCR), d'une puissance de thermiques.. Le choix du site dans cette région bretonne vise à la faire sortir du désert économique..
Mise en service En décembre 1966, le réacteur est mis en service, l'alternateur — d'une puissance de électriques — est couplé au réseau en Centrale EL-4 Monts d’Arrée, AIEA, consulté le 20 juillet 2021.. Le refroidissement est assuré par une source froide : la rivière Éllez. L'électricité est distribuée par deux lignes de haute tension qui alimentent une partie du Finistère, fournissant l'équivalent de 4 % de la consommation actuelle de la Bretagne.
En 1971, les choix gouvernementaux portant sur la filière à eau pressurisée mettent fin au caractère expérimental du réacteur de la centrale de Brennilis.
De 1967 à 1985, la centrale est exploitée conjointement par Électricité de France (EDF) et le CEA, elle produit pendant de fonctionnement (soit environ douze ans). Pendant son fonctionnement, la centrale emploie jusqu'à deux cents salariés..
Attentats de 1975 et de 1979 Le , deux explosions touchent le site. L'attentat fut revendiqué par le FLBhttps://www.ouest-france.fr/culture/histoire/recit-50-ans-apres-un-proces-explosif-le-front-de-liberation-de-la-bretagne-est-il-de-retour-1c26a762-db71-11ec-84fd-0d1f31a3fa84.
Le ., ce sont deux pylônes électriques à l'entrée de la centrale qui sont détruits par le FLB–ARB. L'électricité ne pouvant plus être évacuée, la centrale doit s'arrêter. C'est la première fois qu'un groupe terroriste réussit à perturber le fonctionnement d'une centrale nucléaire.
Mise à l'arrêt En 1985, le réacteur est arrêté définitivement et EDF en prépare la phase de démantèlement.
Un démantèlement expérimental
Mise à l'arrêt définitif thumb|Le bâtiment du réacteur. thumb|Autre vue du bâtiment du réacteur. La première phase du démantèlement est lancée en 1985 : décharge du combustible nucléaire ; vidange des circuits ; mise à l'arrêt définitif, l'autorisation de mise à l'arrêt signée le , pour une opération de mise à l'arrêt qui se déroulera de 1985 à 1992.
Le confinement des déchets dans l’enceinte du réacteur et la transformation du site en mausolée n'est pas envisageable .
Début du démantèlement En 1995 se tient une première enquête publique en vue du (phase 2). Sous la pression d'une campagne réclamant par Jean-Yves Cozan, responsable du Parc naturel régional d'Armorique, le décret de 1996Décret 96-978 du 31 octobre 1996 autorisant la création de l’INB 162 destinée à conserver sous surveillance, dans un état intermédiaire de démantèlement, l’ancienne INB 28 et à autoriser des opérations de démantèlement partiel pour une durée de sept ans, prorogée de trois ans en 2004. Cette seconde phase, dite de démantèlement partiel, a été autorisée en 1996 et s’est déroulée jusqu’en 2007. prévoit que l’exploitant soumettrait au ministre chargé de l’environnement la réalisation d'une étude de faisabilité de démantèlement complet avant fin 1999.
La centrale de Brennilis est supposée être la première centrale nucléaire à subir un en France et devait être la vitrine du savoir-faire d'EDF en ce domaine.. En 1995, Christian Frémont, alors préfet du Finistère rappelait qu'.
La phase 2 démarre en 1997 : décontamination et déconstruction des bâtiments hors réacteur ; évacuation des déchets nucléaires ; confinement du bâtiment réacteur.
Incidents
Dans la nuit du 12 au , une montée de la nappe phréatique provoque une inondation dans la station de traitement des effluents. En , la centrale connaît un départ de feu dans un joint inter-bâtiment.
Le , la centrale connaît un départ de feu dans le bâtiment réacteur.. Cet événement n’a pas de conséquence sur la radioprotection du personnel, ni sur l’environnement. et est classé au niveau 1 de l’échelle internationale des événements nucléaires.
Suspension du démantèlement de 2007 à 2011 En 2005, la phase 2 étant pratiquement terminée, il reste à réaliser les travaux de la phase 3, dans l'enceinte du réacteur : démantèlement des échangeurs thermiques, démantèlement du bloc réacteur, démolition du bâtiment du réacteur nucléaire.
Cette phase 3 engendre un nouveau type de déchets radioactifs, faiblement ou moyennement actifs, mais à très grande durée de vie (dits FMA vie longue). Le stockage de ces déchets doit être temporairement assuré par l'Installation de conditionnement et d'entreposage de déchets activés (ICEDA), installation EDF en exploitation dans la centrale nucléaire du Bugey depuis l'automne 2020, en attendant l'ouverture du site de stockage définitif décidé dans le cadre de la loi relative aux recherches sur la gestion des déchets radioactifs dite loi .
La solution un temps préconisée d'attendre la baisse de la radioactivité résiduelle de la cuve et des internes du réacteur pendant encore au moins 40 ans est abandonnée au profit d'un démantèlement faisant largement appel à des moyens téléopérés (bras et engins robotisés pilotés à distance), permettant les travaux en zone contaminée ou irradiée. Ce changement de stratégie est dicté par quelques principes de et selon les préconisations de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) : profiter des connaissances des anciens ayant exploité la centrale, utiliser des moyens téléopérés et, en particulier pour Brennilis, mettre en œuvre le projet d'. En 2006, Dominique de Villepin signe un décretdécret 2006-147 du 9 février 2006 pour qu'EDF réalise le (phase 3) de la centrale à fin de Mise à l’arrêt définitif (MAD) et démantèlement complet de l’INB .
Cette stratégie est cependant mise à mal par l'annulation du décret, à la suite d'un recours des associations anti-nucléaires invoquant la non-transposition en droit français d' directive de l'Union européenne et demandant la mise à disposition du public de l'étude d'impact..
Le , une décision de l’ASN précise les conditions d’application des dispositions du décret 96-978 du auxquelles l’INB est à nouveau soumise.
Le , une étude menée par des laboratoires de l’Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest (ACRO) conclut : Pierre Barbey, expert de l’ACRO ..
Enquête publique de 2009 Le , EDF renouvelle sa demande d’autorisation de mise à l’arrêt définitif et de démantèlement de la centrale, avec des travaux échelonnés sur 15 ans, ce qui doit entamer l'étape réglementaire de déclassement de l'INB (procédure de 1 à 3 ans), avec enquête publique (prévue par les articles R.123-1 à R.123-23 du code de l'environnement).
En , l'entreprise privée, ONET Technologies, également chargée de deux autres démantèlements de sites nucléaires en France est retenue.. Le coût du démantèlement complet, opération déjà réalisée et à venir, est estimé par la Cour des comptes, à 482 millions d'euros en valeur 2002..
Une enquête publique a lieu à l'automne 2009, via une réunion publique le et via un registre d'enquête mis à disposition dans dix-sept lieux d’enquête, ou en rencontrant un commissaire enquêteur. Un dossier est disponible sur le site Internet de la préfecture du Finistère et le rapport préliminaire de sûreté est consultable à la préfecture et en sous-préfecture de Châteaulin.
Les observations recueillies sont au nombre de 104 : 24 avis favorables, 7 avis favorables avec réserves, dont ceux de la Commission locale d'information (CLI), du Conseil général du Finistère, de la Commission locale de l'eau, du Conseil municipal de Loqueffret et d'habitants de Loqueffret), s'appuyant notamment sur un rapport de l’ACRO qui assistait la CLI dans son analyse du dossier de demande d’autorisation ; 67 avis défavorables (dont une pétition de 2609 signatures apportée par les associations Agir pour un environnement et un développement durable (AE2D), Bretagne vivante, Consommation Logement Cadre de vie, Eau et rivières de Bretagne, des membres de France Nature Environnement, le Groupe mammalogique breton, Sortir du nucléaire Cornouaille et l'association Vivre dans les Monts d’Arrée) ; et 6 avis non exprimés.
Avis favorables Les interventions favorables mettent en avant :
l’impossibilité de confiner les déchets dans l’enceinte réacteur et de transformer le site en mausolée, compte tenu de la nature du sol et de la présence d’une nappe phréatique qui affleure en certains endroits ; le financement par EDF, possible aujourd’hui, alors que rien ne garantit qu’EDF l’assumera plus tard ; le fait que les bâtiments et les installations se dégradent et que leur maintien en bon état de fonctionnement entraînerait des surcoûts si le démantèlement était différé ; le risque de perte d’informations relatives aux conditions de mise à l’arrêt de la centrale, en cas de report ; l’assurance que le chantier sera surveillé de près par l’ASN, la CLI, l’ACRO, les associations ; l’impact positif pour l’emploi, l’économie locale et le développement touristique des Monts d’Arrée ; le caractère exemplaire de l’opération pour le démantèlement ultérieur des autres sites nucléaires.
Avis défavorables Les oppositions se fondent sur : le fait qu'il n'y a pas eu de débat public national sur le démantèlement des installations nucléaires, alors que le droit européen l'exigeLe rapport d'enquête cite la directive européenne et la Convention d’Aarhus du 25-06-98 signée par la France et intégrée dans le droit national par décret du 12 septembre 2002 - 1187, comme ayant été évoquées comme argument par de nombreux participants à l'enquête publique ( de la version pdf du rapport) ; le manque de justification d'un démantèlement immédiat (la législation sur les études d’impact demandant de comparer plusieurs solutions et de les justifierArticle 9, alinéa 3 du décret du 2 novembre 2007, modifié, précise que l'étude d'impact comprend : « Les raisons pour lesquelles, notamment du point de vue des préoccupations d'environnement, le projet a été retenu parmi les autres options envisagées ».) ; des carences en matière d'inventaire radiologique initial, d'incidence sur les milieux dont des zones naturelles d'intérêt écologique, faunistique et floristique ;