L'intelligentsia (emprunt du russe Intelligentsia. Larousse en ligne. http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/intelligentsia/435581Intelligentsia, Intelligentzia. TLFi. http://www.cnrtl.fr/definition/intelligentsia., lui-même venant du polonais ) est une classe sociale engagée dans un travail de création et de diffusion de la culture, accompagnée par les artistes et les enseignants.

Au , le terme correspond à l'ensemble des intellectuels d'un pays.

Origine du terme Contrairement à des idées reçues, l'origine du terme n'est pas russe, mais d'Europe occidentale (latin, français, allemand)..

Au cours du , ce terme a été repris plus largement pour désigner une certaine classe d'intellectuels dans l'Empire russeÀ l'époque, la Pologne, partagée entre la Prusse, l'Autriche-Hongrie et l'Empire russe n'a pas d'existence comme État indépendant. Une grande partie de la Pologne fait alors partie de l'Empire russe.. Les premiers auteurs russes lui faisant référence sont Vissarion Belinski en 1846 et Piotr Boborykine en 1860.

Sa première occurrence en français remonte à 1902 ; il s'écrit alors « intelligentia », qui devient « intelligentsia » à partir de 1920. Il s'utilise alors presque exclusivement dans un contexte russeAlain Rey, Dictionnaire historique de la langue française, article « intelligence », , Éditions Le Robert, Paris, 2010..

L'intelligentsia russe À l'origine, le terme d'« intelligentsia » se réfère aux personnalités publiques bien éduquées. Dès les années 1890, il est restreint à ceux qui œuvrent contre le régime. Constantin de Grunwald écrit à ce propos. :

Le premier membre russe reconnu est un certain prince Khvorostinine, au début du , exilé dans un monastère après avoir été dénoncé pour être en possession d'ouvrages en latin, pour avoir traité le tsar de despote et pour avoir essayé de fuir vers la Lituanie Richard Pipes, Russia Under the Old Regime, .. Dès le , surtout après l'abolition, en 1762, du service d'État obligatoire, les nobles ont pu consacrer plus de temps libre aux activités culturelles comme la littérature. 1769 voit l'apparition du premier périodique de langue russe, Vsiachina Vsiakaia (en français : « Un peu de tout »). Entre 1762 et 1772, le nombre de titres fut multiplié par cinq Richard Pipes, Russia Under the Old Regime, .. Pendant la Révolution française, qu'elle abhorrait, Catherine exila deux contestataires : le conservateur Nikolaï Novikov et le radical Alexandre Radichtchev (condamné à mort dans un premier temps).

En 1825, l'insurrection décabriste mit la philosophie idéaliste à la mode, en particulier celle de Hegel et Schelling, qui appréciaient l'accent mis sur le potentiel créatif de l'esprit et sur la façon dont les systèmes évoluent constamment vers un but Richard Pipes, Russia Under the Old Regime, ..

En 1836, Piotr Tchaadaïev publia un essai condamnant la Russie comme un pays sans histoire ou réalisations, qui provoqua une scission entre les réformateurs et les slavophiles partisans d'un retour de la Russie à ses racines d'avant les réformes de Pierre le Grand, qu'ils rendaient responsables de l'introduction d'un gouvernement bureaucratique de style allemand. Essentiellement anarchistes conservateurs, ils ne voulaient pas de parlement, de bureaucratie ou de constitution, préférant une constitution non écrite, comme en Angleterre.

Lors d'un banquet pendant une tournée en province, après qu'un des convives eut prononcé le terme « intelligentsia », l'empereur Nicolas II se récria, affirmant qu'il détestait l'intelligentsia Abraham Ascher, The Revolution of 1905 : Russia in Disarray, , Stanford University Press, 1988, . et ajoutant qu'il aurait souhaitéAscher précise « ». que le mot soit expurgé du dictionnaire russe par l'Académie des Sciences : Abraham Ascher, The Revolution of 1905 : Russia in Disarray, .. L'auteur et historien américain Abraham Ascher ajoute que Nicolas II était fermement convaincu qu'en dehors de l'intelligentsia, toute la population de l'Empire russe lui était dévouéeAbraham Ascher, Ibid...

Notes et références

Voir aussi

Articles connexes Nomenklatura Technocratie Jalons Illyrisme

Bibliographie A. Gella, « A Structural Definition of the Intelligentsia Against the Background of Three Historical Periods », [in:] R. P. Mohan (dir.), The Mythmakers. Intellectuals and the Intelligentsia in Perspective, New York, Greenwood Press, 1987, .

Vitaly Tepikin, La cristallisation de l'intelligentsia, Ivanovo University Press, 2011, .

Liens externes

Catégorie:Groupe social Catégorie:Histoire de la Russie