thumb|Les bandes enherbées ont valeur de dispositifs anti-érosion et zones d'expansion de crue. Elles limitent les apports au cours d'eau de pesticides et engrais. Extensivement pâturées et/ou fauchées, elles jouent un rôle majeur de protection des berges et de corridors biologiques si elles ne sont pas polluées ni trop isolées d'autres éléments naturels du paysage.

Les mesures agroenvironnementales (MAE) sont des mesures mises en place dans l'Union européenne dans le cadre de la politique agricole commune, en contrepartie de versements aux agriculteurs volontaires. C'est une des réponses J.E. Beringer (2000) Releasing genetically modified organisms: will any harm outweight any advantage ? Journal of Applied Ecology, 37, 207–214 (résumé) aux préoccupations croissantes du public, des consommateurs, des collectivités et de certains élus aux impacts écologiques de l'intensification de l'agriculture, qui s'est fortement développée tout au long du , en s'appuyant sur la mécanisation des cultures, les intrants chimiques, l'élevage hors-sol, et plus récemment des biotechnologies intégrant le transfert des gènes d'une espèce à une autre (transgenèse).

Cette notion peut aussi être évoquée dans le cadre de mesures conservatoires ou compensatoires, par exemple dans le cadre de remembrements.

En France, les MAET sont des « MAE territorialisées » (par exemple en zone natura 2000).

En 2013, le Centre d'analyse stratégique (CAS) a recommandé un allongement de la durée des contrats, ainsi qu'une généralisation de la territorialisation des MAErecommandations du Centre d'analyse stratégique (CAS), en trois notes d'analyse publiées le 3 avril 2013Dorothée Laperche (2013), Gestion de l'eau : la difficile équation économique et environnementale pour répondre aux objectifs de protection des ressources sans peser sur le budget des ménages ni sur celui de l’état, le CAS propose une combinaison de solutions ; Actu-Environnement 2013-04-05.

De 2014 à 2020, pour mieux prendre en compte et diminuer les effets négatifs de l'agriculture sur le climat, mais aussi les possibilités qu'elle a d'améliorer les puits de carbone ou de valoriser le méthane qu'elle peut produire à partir de la biomasse de déchets agroalimentaires par exemple, le FEADER devrait en Europe pouvoir financer de nouvelles « MAEC » (Mesures agroenvironnementales et climatiques)Conférence européenne : « Vers une agriculture européenne respectueuse du climat : retours d’expérience et leviers d’actions » Hôtel de Région Midi-Pyrénées, Toulouse, Dossier de presse, PDF, 23 pp..

Objectifs Ces mesures visent surtout à protéger des paysages ruraux, les cours d'eau, la faune et la flore. Ces crédits sont généralement des crédits d'entretien (gestion) et non d'investissement (Ex : ils financent la gestion d'une haie, et non sa plantation). Ils sont cadrés par le règlement européen dit « agroenvironnemental » du , lequel résulte de la réforme de la Politique agricole commune (PAC) de . Chaque État-membre en a subsidiairement fait sa propre déclinaison.

En France, la programmation 2007-2013 classe les MAE selon neuf dispositifs : la Prime Herbagère Agroenvironnementale ou PHAE la MAE rotationnelle l'aide au système fourrager polyculture élevage économe en intrants (SFEI) l'aide à la conversion à l'Agriculture Biologique (CAB) l'aide au maintien de l'Agriculture Biologique (MAB) la protection des races menacées (PRM) la préservation des ressources végétales menacées de disparition (PRV) l'aide à l'apiculture les MAE territorialisées (MAET)

Pour ce qui est des MAET, seules certains types de mesures sont éligibles, et sur certains territoires seulement ; par exemple sur les zones natura 2000, dans les parcs naturels régionaux, sur des zones vulnérables à l'érosion, etc. (on dit qu'elles sont territorialisées). Ces mesures peuvent être financées par des crédits d'État via les DIREN, ou par les Agences de l'eau (protection de périmètres de captages, etc.), mais aussi par des collectivités territoriales (conseils régionaux, conseils généraux...). Elles sont cofinancées à hauteur de 55 % par le FEADER (Fonds Européen Agricole de Développement Rural).

Exemples de mesures agroenvironnementales (MAE) bandes enherbées le long de cours d'eau prime herbagère agroenvironnementale (PHAE) interdiction d'apports d'engrais sur certaines prairies naturelles. maintien des parcours restauration et maintien (entretien) des haies et du bocage agrosylviculture limitation des passages de traitements phytosanitaires Conversion à l'agriculture biologique Surface équivalente topographique (SET)

MAET et biodiversité De 2011 à 2013, sont éligibles en tant que « surface de biodiversité (SB) » : Prairies permanentes, landes, parcours, alpages, estives situés en zone Natura 2000 ; 1 ha de surfaces herbacées en Natura 2000 = 2 ha de SB, et 1 ha de SB = 0,5 ha d’herbe en Natura 2000 ; Bandes tampons pérennes enherbées situées hors bordure de cours d’eau implantées au titre des BCAE ; 1 ha de bandes tampons = 1 ha de SB et 1 ha de SB = 1 ha de bandes tampons ; Jachère fixe (hors gel industriel) ; en bandes de 10 à de large 1 ha de jachère = 1 ha de SB 1 ha de SB = 1 ha de jachère ; Zones herbacées mises en défens et retirées de la production ; 1 m de longueur = de SB 1 ha de SB = de longueur mise en défens ; Vergers haute-tige ; 1 ha de vergers haute-tige = 5 ha de SB et 1 ha de SB = 0,2 ha de vergers haute-tige ; Tourbières ; 1 ha de tourbières = 20 ha de SB et 1 ha de SB = 5 ares de tourbières Haies linéaire = de SB 1 ha de SB = de haies ; Alignements d'arbres ;1 mètre linéaire = de SB et 1 ha de SB = d’alignement d’arbres ; Arbres isolés ; 1 arbre = de SB et 1 ha de SB = 200 arbres isolés ; Lisières de bois, bosquets ; de lisière = de SB et 1 ha de SB = de lisières forestières ; Fossés, cours d'eau, béalières ; linéaire = de SB et 1 ha de SB = de fossés ; Mares, lavognes ; de périmètre = de SB et 1 ha de SB = de périmètre ; Murets, terrasses à murets, clapas ; de murets = de SB et 1 ha de SB = de murets ; Certains types de landes, parcours, alpages, estives (définis au niveau départemental par le préfet) ; Certaines prairies permanentes définies au niveau départemental (par exemple prairies humides, prairies littorales, etc.) ; Le Préfet par arrêté préfectoral, peut ajouter à cette liste certains types de prairies permanentes ou de surfaces herbagères extensives présentant un caractère particulièrement intéressant au titre de la protection de la biodiversité (prairies humides ou littorales, par exemple)Source : Circulaire PDRH 2011 -2013 « mesures agroenvironnementales » Ref DGPAAT/SDEA/C2011-3030 du 22 avril 2011, sur la mise en œuvre des campagnes 2011-2013 des mesures agroenvironnementales des dispositifs A à I de la mesure 214 du programme de développement rural hexagonal pour la période 2007-2013, pp. 68-452

Bilans, évaluations Malgré les programmes Natura 2000 et plus de 20 ans d'aides agroenvironnementales, dans tout l'hémisphère nord, globalement, la plupart des indicateurs de biodiversité agricole montrent des problèmes préoccupants, y compris dans la plupart des zones où des mesures agroenvironnementales ont été appliquées depuis les années 1990D Kleijn, WJ Sutherland (2003), How effective are European agri‐environment schemes in conserving and promoting biodiversity ? ; Journal of applied ecology ; Volume 40, Issue 6, pages 947–969, Dec. 2003 (Wiley Online Library). Cela vaut pour la France où l'on observe une banalisation de la faune et de la flore, ainsi qu'une diminution significative de la biodiversité. Ces mesures ont ralenti le déclin, mais ne l'ont pas stoppé.

Les bilans qualitatifs et financiers sont difficiles à établirAgnès Sinaï (2013), La complexe évaluation des mesures agroenvironnementales ; En France, les mesures agroenvironnementales sont particulièrement pertinentes au regard des fréquences élevées de dépassement des normes relatives aux pesticides et aux nitrates dans les captages d'eau potable, mais leur efficacité reste à évaluer, actu environnement, pour plusieurs raisons : les systèmes qui compensent les agriculteurs financièrement pour la perte de revenus associée à des mesures réputées bénéfiques pour l'environnement ou de la biodiversité varient selon les pays et les époques ; ainsi, dans certains cas, les principaux objectifs sont une forte réduction des émissions des intrants chimiques ou non (engrais chimiques ou nutriments apportés en excès sous d'autres formes) ; pesticides. Ces objectifs ne semblent pas atteints en 2013 en France par exemple, où les nitrates et pesticides continuent de poser de graves problèmes d'eutrophisation et écotoxicologiques). D'autres objectifs sont la protection de la biodiversité et de ses habitats, passant par la renaturation (restauration de mares, haies, réintroductions d'espèces, etc.) ou encore sur les paysages ruraux ou la prévention de l'exode rural ; la quantification des effets agroenvironnementaux de ces mesures devrait être pondérée par le contexte (historique, de vulnérabilité des sols et de l'environnement local, l'écopotentialité, etc.) ; une zone géographique peut être affectée par des apports de pesticides (aéroportés ou apportés par le ruissellement principalement) ou par des phénomènes de turbidité induits par l'agriculture pratiquée hors de la zone concernée, ou en amont du bassin versant ; la teneur, les exigences et les indicateurs des programmes varient selon les pays et leurs régions, et tous les pays européens ne bénéficient pas de programmes agroenvironnementaux (seuls 26 pays sur 44 pays européens disposaient d'un tel programme au début des années 2000 cependant certains des pays n'en bénéficiant pas avaient une agriculture plus extensive et a priori moins destructrice de biodiversité) ; logiquement, les zones d'agriculture extensive (où la biodiversité est encore relativement présente) ont été plus ciblés par ces programmes, alors que les zones d'agriculture intensive (où la biodiversité avait déjà été fortement réduite, ont continué à se dégrader).

Aux États-Unis ; une tradition de plus de 70 ans Aux États-Unis, les aides agricoles (voire les assurances-récoltes dites « » 2013 Farm Bill: Conservation Compliance and Crop Insurance - Bruce Knight, Agri-Pulse, 2013) sont beaucoup plus qu'en Europe associées à une écoconditionnalité (« cross compliance » pour les anglophones). Cette conditionnalité environnementale est inscrite dans la politique agricole américaine depuis les années 1930, à la suite des constats de forte dégradation des sols induites par l'intensification de l'agriculture.

Les États-Unis ont mis en place en 1985 trois programmes distincts d'écoconditionnalité pour les programmes de grandes cultures (maïs, blé, orge, sorgho, avoine, riz, coton, soja, qui bénéficient d'aides via les « commodity programs »). Ces trois programmes ont été mis en place par une loi dite « Farm Bill » de 1985. Ils sont sous le contrôle de l'Agence des services agricoles (, ou FSA) et du Service de la conservation des ressources naturelles (, ou NRCS) ; ces trois programmes sont la « conservation compliance », destinée à principalement lutter contre l'érosion et la dégradation des sols (avec 41 millions d'hectares éligibles) ; le « sodbuster », qui vise à protéger les sols vulnérables du labour et des cultures ; le « swambuster », qui cible les zones humides (sur 6 millions d'hectares)

En 2013, . Ainsi, le public peut légitimement souhaiter que les versements de l'assurance-récolte soient conditionnés à une prestation agricole respectueuse de l'environnement estime Bruce Knight, directeur de Strategic Conservation Solutions et ancien secrétaire des programmes Marketing and Regulatory du département de l'Agriculture des États-Unis (United States Department of Agriculture, ou USDA) de 2006 à 2009, après avoir dirigé (de 2002 à 2006) le service Natural Resources Conservation.

En Europe ; des résultats mitigés