vignette|upright=1.3|The Flying Dutchmanpar Charles Temple Dix (vers 1860). vignette|upright=1.3|par Albert Pinkham Ryder (vers 1896).
Le Hollandais volant, parfois appelé dans le passé le « Voltigeur hollandais », est le plus célèbre des vaisseaux fantômes. Ce mythe a souvent été utilisé par les écrivains dans des récits d'aventure. Il est également connu sous le nom allemand , ce dernier étant par ailleurs le titre original d'un opéra de Richard Wagner.
Histoire Origine incertaine vignette|par George Grie (2006).
Il est souvent très difficile de remonter aux faits qui sont à l'origine d'une légende. Dans le cas du Hollandais volant, il pourrait s'agir des exploits d'un capitaine hollandais au cours du nommé Bernard (ou Barend) Fokke. Employé par la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, il était connu pour effectuer, avec une rapidité surprenante pour l'époque, les trajets entre l'Europe et l'Asie : seulement trois mois et quatre jours en 1678, pour rejoindre l'île de Java en partant des Provinces-Unies. La rumeur attribua ces performances inhabituelles (il sur l'eau) à l'assistance du diable. En outre Fokke était, paraît-il, extrêmement laid, ce qui ajoutait à la crédibilité d'un pacte diabolique.
Lors d'une expédition, il disparut avec son bâtiment sans laisser de traces et, quand la légende du fameux Hollandais volant se développa, on lui en attribua le commandement.. , le capitaine s'appellerait Van der Decken, avec une orthographe et un prénom variant suivant les versions. En fait, nul ne semble savoir exactement où et quand la légende naquit,
Premières publications vignette|Le cap de Bonne-Espérancepar William Hodges (1772). La première allusion connue est publiée en 1790 dans un récit de voyages en mer par l'Écossais John MacDonald intitulé Travels in various part of Europe, Asia and Africa during a serie of thirty years and upward :
Un autre récit est fait par l'anglais George Barrington : A Voyage to Botany Bay A Voyage to Botany Bay by George Barrington publié sur le site du Project Gutenberg Australia, chapitre VI (lire en ligne) Voyage a Botany-Bay, traduction en français sur la , publiée an VI (1798) (lire en ligne) publié en 1795. Il y est fait état d'une croyance superstitieuse propagée par les marins à la suite du naufrage d'un vaisseau de guerre hollandais durant une tempête, vaisseau qui serait par la suite brièvement apparu sous une forme fantomatique à son ancien bâtiment d'accompagnement.
Mais il faut attendre pour voir publier une version écrite détaillée de la légende dans un journal britannique, le Blackwood's Magazine. C'est dans ce texte littéraire non signé qu'est publié pour la première fois le nom du capitaine Vanderdecken. La première version française a été publiée par Auguste Jal en 1832Auguste Jal, Scènes de la vie maritime, Paris, Charles Gosselin, 1832. Elle peut être résumée de la façon suivante :
Un navire hollandais est pris dans une violente tempête alors qu'il tente de franchir le cap de Bonne-Espérance. L'équipage supplie le capitaine de chercher un abri mais il refuse et s'enferme dans sa cabine pour fumer et boire. La tempête s'aggravant encore, le capitaine défie le ciel de couler le navire. Une forme lumineuse se matérialise à bord du bâtiment devant l'équipage terrorisé. Le capitaine injurie alors l'apparition, braque sur elle un pistolet et tire, mais l'arme lui explose dans la main. Une voix s'élève alors pour lui déclarer : . Cette légende inspira, en 1834, une nouvelle au poète allemand Heinrich Heine : les Mémoires de Monsieur de Schnabelewopski qui, mêlée à d'autres éléments de la légende, servit de thème au livret de l'opéra de Richard Wagner créé en 1843.
Autres versions de la légende vignette|Apparition du Hollandais volant. Il existe un grand nombre de versions de cette légende, chacune comportant des variantes. Il reste toutefois deux constantes : le navire est hollandais et les événements (comme d'ailleurs la plupart des apparitions futures) se déroulent aux alentours du cap de Bonne-Espérance. Un très grand navire serait parti, en 1680, du port d'Amsterdam à destination de Batavia (l'actuelle Jakarta), commandé par un capitaine peu honnête qui profitait du voyage pour faire de la contrebande. Le navire fut intercepté par le diable au cours d'une terrible tempête et sombra avec ses marchandises et tout son équipage. Toutefois le navire réapparut ensuite, piloté par les fantômes de son équipageXavier Yvanoff, Histoire de revenants – Les temps modernes, JMG, 2007, . Dans une autre version, le capitaine fut maudit pour avoir appareillé un Vendredi saint. Ou encore le capitaine de ce brick fut assassiné par son équipage qu'il parvint à maudire avant de mourir. Peu de temps après, la peste se déclara à bord et le navire fut rejeté de tous les ports où il tenta d'accoster, par peur de la contagion. Il commença alors à errer sans fin sur les mers. C'est aussi parfois des actes de piraterie et de cruauté de l'équipage qui sont la cause de sa malédictionJoël Jacquet, en préface du livre Le vaisseau fantôme de Frederick Marryat, Glénat, 1992, .
Le parc d'attractions d'Efteling aux Pays-Bas donne sa propre version La légende du Hollandais volant du parc d'attractions d'Efteling pour expliquer le thème de son manège De Vliegende Hollander : Le capitaine Willem van der Decken commande le navire Hollander. Il est riche et puissant ce qui ne l'empêche pas d'être un terrible pirate. En 1678, il décide d'appareiller vers les Indes, un Vendredi saint, malgré une terrible tempête. Il fait alors cette proclamation qui lui vaudra la damnation éternelle :
En vieux néerlandais En françaisIk zal vaeren, storm of gheen storm, Paesen of gheen Paesen. Ik zal vaeren, al is het tot in den eeuwigheid!Je naviguerai, tempête ou pas tempête, Pâques ou pas Pâques. Je naviguerai, même pour l'éternité !
En 1839, l'écrivain Frederick Marryat, lui-même ancien marin, a publié un long roman ayant pour titre The Phantom Ship. Le héros principal, Philippe Vanderdecken, fils du capitaine du navire maudit, embarque en tant qu'officier à bord du Ter Schilling. Lorsque le navire approche du cap de Bonne-Espérance, il fait une sinistre rencontre :
Avec la publication de ce roman, la légende du brick maudit, , prit un essor si considérable qu'elle devint l'un des thèmes classiques de la littérature maritime.
Témoignage princier vignette|Un grand navire aux voiles rouges est l'une des descriptions du mythe. Le jeune duc d'York, futur roi d'Angleterre sous le nom de George V, a servi dans la marine britannique jusqu'en 1891. Lors de l'un de ses nombreux voyages il s'est trouvé, en compagnie de son frère le prince Albert Victor, à bord du navire-école La Bacchante qui faisait route vers Sydney en Australie. Le Le jeune homme, né le 3 juin 1865, avait donc à peine plus de 16 ans., alors que le bateau naviguait dans les eaux australiennes, il eut la vision d'un vaisseau fantôme identifié comme étant le Hollandais volant. Il nota dans son carnet de route :
Par ailleurs, le matelot de vigie qui était en haut du grand mât tomba et se tua sur le coup. La mort accidentelle d'un membre d'équipage pouvant être embarrassante pour le capitaine, l'écrivain Xavier Yvanoff suggère qu'en fait, cette brève apparition était aussi une justification providentielle de ce dramatique accident..
Persistance de la légende La légende a marqué durablement les esprits. En 1882, Jean-Léon Soubeiran écrivait, parlant de la géographie des côtes du sud de l'Afrique :
En 1939, un bateau semblable fut vu par une douzaine de personnes qui se baignaient à Glencairn beach, une plage d'Afrique du Sud, au sud-est du Cap. Le navire, qui avait toutes ses voiles gonflées, a traversé la mer à vive allure bien qu'il n'y eût pas la moindre brise.
Le Hollandais volant dans la culture populaire La légende du Hollandais volant se confond avec celle, plus vaste, des vaisseaux fantômes, dont il est l'exemple le plus célèbre. Ce thème a donné naissance à une très grande quantité d'œuvres de toutes natures, dont une liste, non exhaustive, figure ici. La représentation du Hollandais volant y est fréquemment très éloignée de la légende originelle.
Littérature Victor Hugo y fait allusion dans un des poèmes de La Légende des sièclesLa Légende des Siècles, Dernière série, VIII, Les paysans au bord de la mer, III (1883) Lire en ligne : C'est le Hollandais, la barque Que le doigt flamboyant marque ! L'esquif puni ! C'est la voile scélérate ! C'est le sinistre pirate De l'infini.
Heinrich Heine aborde le thème du Hollandais volant en 1834 dans Les mémoires de M. de Schnabelewopski.
Frederick Marryat, romancier anglais, consacre un de ses romans à cette légende en 1839 : The Phantom Ship, publié en France sous le titre Le Vaisseau Fantôme.
Pierre Mac Orlan, dans son roman Les Clients du Bon Chien jaune paru en 1926, imagine des pirates qui déguisent leur bateau en Hollandais volant.
F. Richard-Bessière, dans son roman de science-fiction Le Vaisseau de l'ailleurs paru en 1972, met en scène le Hollandais volant.
Edgar Allan Poe évoque, dans le dixième chapitre de son roman Les Aventures d'Arthur Gordon Pym publié en 1838, la rencontre avec un brick hollandais abandonné peuplé de cadavres. Il ne mentionne pas explicitement le Hollandais Volant, mais l'allusion est évidente.
Dans le « Lexique de l'Imperium » figurant à la fin de Dune, Frank Herbert fait figurer :
Irène Frain rapporte une version de la légende du « Voltigeur hollandais » dans ses Contes du cheval bleu les jours de grand vent, parus en 1980.
Brian Jacques, dans sa série Les Naufragés du Hollandais volant (2001-2006), raconte les aventures de passagers clandestins du bateau.
Évelyne Brisou-Pellen, dans le de sa saga Le Manoir paru en 2015, évoque le Hollandais Volant et son équipage en tant qu'antagonistes.
Un chapitre de 19 page est consacré à l'adaptation de la légende du Hollandais volant au cinéma dans le film Pandora / Pandora et le vaisseau fantôme par Laurent Dolet dans le livre Ava Gardner, des films au mythe.
Films Pandora (), également connu à l’époque de sa sortie sous le titre Pandora et le vaisseau fantôme, est un film réalisé par Albert Lewin en 1951 qui réactualise le mythe du Hollandais volant en situant le dénouement de l’histoire en Espagne dans les années trente. Esthète cultivé amoureux des arts et des lettres précédemment remarqué pour son adaptation à l’écran du Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde, Albert Lewin fait de ce film une œuvre fantastique et surréaliste mélangeant mythologie nordique et gréco-romaine, jazz, flamenco, corrida, archéologie, agrémentée de nombreux symboles. Il confie le rôle du Hollandais volant au ténébreux James Mason. Sa prestation dans ce film lui vaudra d’être choisi quelques années plus tard pour incarner au cinéma un autre capitaine maudit : Nemo dans Vingt Mille Lieues sous les mers. Face à lui, il fallait une femme "fatale" dans le sens étymologique de "femme du destin" à l’aura exceptionnelle capable d'incarner un amour qui défie les siècles : Lewin choisit Ava Gardner, dont la beauté, la sensibilité et le caractère seront magnifiés par ce film. Elle sera la femme prête à libérer le Hollandais de sa malédiction en acceptant de donner sa vie pour lui, et interprétera tout au long de sa carrière de nombreux rôles iconiques et mythologiques. Sans doute un des films les plus originaux de son époque et pour cette raison diversement apprécié, Pandora est devenu une œuvre culte et un des films les plus célèbres de l'histoire du cinéma concernant le mystère de la mer et la légende du vaisseau fantôme. vignette|upright=1.2|Réplique du Hollandais volant des films de la saga Pirates des Caraïbes. Pirates des Caraïbes : les films de la saga Pirates des Caraïbes, débutée en 2003, proposent une version très différente de la légende traditionnelle, dont il ne subsiste que l'essentiel, à savoir un bateau fantôme maudit peuplé de morts et de damnés.