thumb|Jean Dutourd, Le Déjeuner du lundi, premier roman de l'auteur, publié en 1947 et ici réédité en 2024 (éd. Gallimard)
Jean Dutourd, né le à Paris et mort le dans la même ville, est un écrivain français, membre de l'Académie française.
Résistant et évadé à deux reprises, il commence sa carrière après-guerre dans les journaux. Il y écrira toute sa vie, dans le quotidien France-Soir en particulier, où il est éditorialiste pendant trente ans.
Il est l'auteur de et essais, dont Au bon beurre, portrait au vitriol d'une famille de crémiers pendant l'occupation allemande qui rencontre un grand succès et remporte le prix Interallié.
Il acquiert une grande popularité par ses chroniques dans la presse pendant près de quarante ans et par sa participation à l'émission radiophonique Les Grosses Têtes pendant trente ans.
Il est élu à l'Académie française en 1978.
Biographie Jeunesse Jean Hubert Dutourd nait dans le de Paris., le , de François Dutourd, chirurgien-dentiste, et d'Andrée HaasWho's Who in France, Édition 1991-1992, page 640.. Il perd sa mère à l'âge de sept ans et effectue sa scolarité au lycée Janson-de-SaillyIl évoque ses souvenirs scolaires dans Jeannot : mémoires d'un enfant, souvenirs paru aux éditions Plon en 2000..
Mobilisé à vingt ans, il est fait prisonnier au bout de quinze jours de guerre, s'évade six semaines plus tard, revient à Paris et passe une licence de philosophie à la Sorbonne. Licence incomplète, car il ne parvient jamais à décrocher le certificat de psychologie.
Il rencontre Gaston Bachelard à la Sorbonne : le philosophe est témoin de son mariage avec Camille Lemercier (1922-2003)Camille Lemercier sera par la suite sa secrétaire et elle est elle-même autrice de deux romans d'inspiration autobiographique : La Séduction même Grasset 1971, et Les Fanas du ciné, Flammarion 1977. Elle est aussi la traductrice de Washington Square, roman d'Henry James., le .. Le couple aura deux enfants : Frédéric (1943)Frédéric Dutourd est l'auteur d'un roman : . et Clara (1945-1980)..
Par la suite, il rejoint la Résistance et occupe l'appartement de la famille de Pierre Brossolette partie à Londres. Arrêté au début de 1944, il s'évade encore et participe à la libération de Paris.
Un romancier fécond Son premier ouvrage, Le Complexe de César, paraît en 1946 et obtient le prix Stendhal : , écrit alors Roger Caillois..
Dutourd ne cesse alors plus de publier. En 1950, Une tête de chien obtient le prix Courteline. En 1952, Au bon beurre rencontre un très grand succès, et remporte le prix Interallié. Ce portrait au vitriol d'une famille de crémiers pendant l'occupation allemande, provocateur, réjouit un public heureux de pouvoir enfin prendre au second degré quatre années de souffrances et de malheurs. Il lui vaut une réputation de polémiste, de romancier satiriste et poil à gratter.
Il est conseiller littéraire chez Gallimard de 1950 à 1966.
Le , Jean Dutourd est élu à l'Académie française, au fauteuil de Jacques Rueff ( fauteuil).
Dix ans après, il est également élu à l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux, où il est reçu le .
Il est membre du département de langues et de littérature de l'Académie serbe des sciences et des arts Liste des membres du département de langues et de littérature de l'Académie serbe des sciences et des arts.
Chroniqueur dans la grande presse et à la radio Débuts Libérateur de l'immeuble de Paris-Presse en , aujourd'hui siège du Figaro, Jean Dutourd a commencé sa carrière dans les journaux. Administrateur-adjoint de Libération de 1944 à 1947, il dirige deux programmes français à la BBC de 1947 à 1950..
France Soir : 1963-1999 Il écrit dans France Soir pendant plus de trente ans. Il y tient une critique dramatique de 1963 à 1970, puis un éditorial de 1970 jusqu'en 1999. Un recueil de ces chroniques est publié en 2001, Le Siècle des lumières éteintes, que Jean Dutourd présente ainsi :
De janvier à , il met sa chronique quotidienne dans France Soir au service de la défense de la famille Portal, jouant ainsi un rôle déterminant dans la médiatisation d'l'affaire Portal.
Dans la nuit du 13 au à 2h30, son appartement du 63, avenue Kléber à Paris est plastiqué alors qu'il se trouve en vacances à Antibes. Une charge d'au moins un kilo de plastic ou de dynamite a été déposée sur le palier du premier étage, devant son appartement. La cage d'escalier s'est effondrée, les murs sont lézardés, son appartement est pratiquement détruit ; sous l'onde de choc, des cloisons se sont effondrées dans les immeubles contigus. L'attentat est revendiqué par un appel téléphonique à la presse par la "Section franco-arabe du refus" (SFAR) dans ces termes : "Nous avons détruit le repaire du provocateur Jean Dutourd, homme de plume au service de la presse juive. Ce premier avertissement aux intellectuels devrait faire réfléchir tous les nationalistes revanchards françaisL'Écho républicain de la Beauce et du Perche des 15 et 16 juillet 1978 : "Attentat contre Dutourd"."
Les Grosses Têtes : 1977-2008 Il participe à l'émission radiophonique Les Grosses Têtes, sur RTL, dès l'année de sa création en 1977. Il en est un des participants principaux. Il ébahit les participants et le public par son érudition, sa repartie et son humour, donnant des réponses extraordinaires avec le plus grand naturelÉmission hommage diffusée sur RTL le 18 janvier 2011 de 16 h à 18 h... Selon le père de l'émission Philippe Bouvard, ..
À partir de 2001, il répond tous les jours par téléphone à deux questions posées par Philippe Bouvard et, une fois dans l'année, se rend à l'émission en qualité d'invité d'honneur. Il arrête sa participation quotidienne à l'émission en . Sa participation est critiquée par l'Académie.
Radio Courtoisie : 1999-2007 Après son éviction de France Soir en 1999 et jusqu'en 2007, il tient une chronique hebdomadaire d'un quart d'heure sur la radio d'extrême droite Radio Courtoisie, dans le Libre journal de Jean Ferré puis dans celui d'Henry de Lesquen. Il y parle surtout de littérature, souvent interrogé par l'écrivain Alain Paucard, et fait revivre les écrivains qu'il a connus. Ainsi, le , il célèbre Léopold Sédar Senghor (qui vient de mourir) comme un des plus grands poètes de langue française et déplore que les dirigeants français de l'époque, Lionel Jospin et Jacques Chirac, n'aient pas rendu au grand écrivain et homme d'État sénégalais l'hommage qu'il méritait.
Un ton pamphlétaire sous lequel pointe le moraliste Réputé pour son franc-parler et son anticonformisme., il est influencé par le duc de Saint-Simon, Stendhal et Jean Giono.
Dans une uchronie baptisée Le Feld-Maréchal von Bonaparte et publiée en 1996, Jean Dutourd imagine ce que seraient devenus la France et Napoléon Bonaparte si Louis XV n'avait pas racheté la Corse à la république de Gênes en 1768. Cette idée est la matière d'une réflexion sur les causes de la grandeur et de la décadence des Français, c'est aussi un pamphlet adressé à la démocratie. Le critique Renaud Matignon en écrit alors :
Dans sa réponse au discours de réception de Jean Dutourd à l'Académie française, Maurice Schumann s'adresse à lui ainsi, soulignant la profondeur de vue des chroniques qu'il écrit dans la grande presse :
Il est président d'honneur du Club des Ronchons, fondé par Alain Paucard, qui considérait que dans une époque de blague, les gens sérieux sont des blagueurs, et les blagueurs sont les seuls gens sérieux.. Dutourd le définissait comme le .. Le Club des Ronchons a publié une dizaine d'ouvrages collectifs, à certains desquels Jean Dutourd a contribué.
Engagement politique De sensibilité monarchiste, Jean Dutourd est membre du comité de soutien du mouvement L'Unité capétienne, où l'on trouve les noms de Marcel Jullian, André Castelot, Gonzague Saint-Bris, Reynald Secher ou encore Georges Bordonove. Il se prononce contre le Manifeste des 121 en 1960, en qualifiant le choix de ses signataires d'« aberrant »..
Fervent admirateur du général de Gaulle, il se présente sous les couleurs de l'Union démocratique du travail (mouvement des Gaullistes de gauche) aux élections législatives de 1967, dans la circonscription de Rambouillet mais est battu par la députée sortante, la radicale Jacqueline Thome-Patenôtre. Par la suite, dans les années 1980 et 1990, sa critique de la politique menée par François Mitterrand lui vaut une réputation d'homme de droite. En 2002, il soutient la candidature de Jean-Pierre Chevènement à la présidence de la République.
En 1999, il signe la pétition « Les Européens veulent la paix »., initiée par le collectif d'extrême droite Non à la guerre., pour s'opposer à l'intervention contre la Serbie lors de la guerre du Kosovo.
Défenseur de la langue française Jean Dutourd s'est illustré par sa défense de la langue française. Selon ses propres mots :
Il fonde en 1958. l'association Défense de la langue française, qu'il préside jusqu'en 2009. C'est alors son confrère de l'Académie Angelo Rinaldi qui le remplaceAG du 28/03/2009.
Mort Il meurt le , à 91 ans dans le de Paris. Ses obsèques se déroulent le , en l'église Saint-Germain-des-Prés à Paris, puis au cimetière du Montparnasse.. Y assistent notamment Philippe Bouvard, de nombreux académiciens, dont les écrivains Alain Decaux et Max Gallo, et l'historienne Hélène Carrère d'Encausse. L'éditeur Raphaël Sorin, l'avocat Paul Lombard, les hommes politiques Charles Millon et Jean Tiberi sont également présents à la cérémonie .
Le , Michael Edwards, poète franco-britannique, est élu à son fauteuil à l'Académie française, le .
Œuvre
Collectif
Traductions
Distinctions Récompenses 1946 : prix Stendhal, pour Le Complexe de César 1950 : prix Courteline, pour Une tête de chien 1952 : prix Interallié, pour Au bon beurre 1961 : prix littéraire Prince-Pierre-de-Monaco, pour l'ensemble de son œuvre 1999 : prix Daudet 2001 : prix Saint-Simon, pour Jeannot, mémoires d'un enfant 2005 : grand prix catholique de littérature, pour Journal intime d'un mort
Décorations
le
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie Denise Bourdet, Jean Dutourd, dans : Brèves rencontres, Paris, Grasset, 1963. Patrick Gofman, Jean Dutourd, Paris-Monaco, éd. du Rocher, 1994 Alain Paucard, Dutourd l'incorrigible, Paris, Flammarion, 1997 Bernard Leconte, Quelques coups de burin pour la statue de Dutourd, Paris, Plon, 1997 François Taillandier, Le Père Dutourd, Paris, Stock, 2011 Dossier « Jean Dutourd, Grognard et Hussard », in Revue des Deux Mondes, . Dossier « Jean Dutourd, le grand style », in Le Figaro littéraire, .
Dans la fiction Jean-Michel Royer, François Mitterrand élu à l'Académie française. François Mitterrand est élu au fauteuil de Jean Dutourd et prononce son éloge.
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