Le royaume des Deux-Siciles ( ; en napolitain : Regno d"e Ddoje Sicilie ; ) est un État souverain d'Europe du Sud qui existe de 1816, année de l'unification du royaume de Sicile et du « royaume de Naples » (Sicile péninsulaire), jusqu'en 1861, année de l'annexion des Deux-Siciles au jeune royaume d'Italie à la suite de l'expédition des Mille et de la deuxième guerre d'indépendance. Gouverné par quatre rois de la dynastie des Bourbons-Siciles, il s'étendait sur l'Italie du Sud et la Sicile.
Le royaume des Deux-Siciles est très avancé dans les domaines technologique, scientifique et industriel (plus grande industrie navale, ferroviaire et métallurgique d'Italie, un des premiers ponts suspendus d'Europe continentale, premier observatoire volcanologique et sismologique du monde). Il possède la militaire d'Europe et la première marine commerciale d'Europe continentale.
L'économie du royaume est également florissante. En Sicile, l'extraction du soufre, à l'origine d'une crise politique entre l'Empire britannique et les Deux-Siciles à la fin des années 1830, représente près de 80 % du marché mondial. Lors de l'annexion en 1861, les Deux-Siciles représentent 66 % des finances publiques de la péninsule italienne.
Pourtant, il est très peu développé sur le plan social : près de 90 % de sa population est analphabète et une politique particulièrement réactionnaire est appliquée par le gouvernement, ce qui provoque de nombreuses émeutes et insurrections dont les principales sont celles de 1820, de 1847 et de 1848.
Histoire Précédentes unifications de Naples et Sicile
vignette|alt=Carte représentant la péninsule italienne divisée entre divers royaumes|Les royaumes de Naples et de Sicile en 1494. Jusqu'au , le royaume de Sicile, fondé en 1130, s'étend approximativement sur le territoire qu'occupe plus tard le royaume des Deux-Siciles. Aux mains des Hauteville, puis des Hohenstaufen, la totalité du royaume est finalement conquise par Charles d'Anjou en 1266. Cependant, en , le peuple se soulève lors des Vêpres siciliennes et le roi doit quitter la Sicile pour Naples et fonde ainsi le royaume de Naples (partie continentale du royaume) en laissant le nouveau royaume de Sicile (devenu la partie insulaire) à l'Aragon. Dès lors, l'Italie du Sud est divisée en deux royaumes nommés Sicile, celui de Naples (dont le nom officiel est royaume de Sicile en deçà du Phare) et celui de Sicile (le royaume de Sicile au-delà du Phare)..
En 1442, , alors roi de Sicile insulaire, conquiert le royaume de Naples. Il se fait alors titrer , ce qui signifie « roi des deux Siciles ». À sa mort en 1458, le royaume est à nouveau divisé entre son frère , qui conserve la Sicile, et son fils bâtard Ferdinand, qui devient roi de Naples...
En 1501, durant les guerres d'Italie, le roi de Castille et d'Aragon conquiert Naples avec l'aide du roi de France . En 1504, Ferdinand et Louis signent l'Armistice de Lyon, qui permet à Ferdinand de réunifier les deux royaumes. Le titre de « roi de Sicile des deux côtés du détroit » est alors porté par tous les monarques espagnols jusqu'à la Guerre de Succession d'Espagne. En 1713, la fin de ce conflit avec le traité d'Utrecht, puis en 1714, la ratification du traité de Rastatt, déterminent l'abandon du royaume de Sicile insulaire au duc de Savoie, . Par conséquent, une nouvelle séparation des royaumes a lieu, laissant Naples à l'empereur ...
En 1720, l'empereur échange la Sardaigne contre la Sicile à et la maison de Savoie se retire donc de la partie insulaire. Le royaume de Naples et celui de Sicile se retrouvent réunis pour la troisième fois depuis leur séparation en 1282.. En 1738, à l'issue de la guerre de Succession de Pologne, les deux royaumes passent à la dynastie des Bourbons d'Espagne en la personne de ..
Contexte avant l'unification
alt=Blason surmonté d'une couronne royale et entouré de colliers en or|vignette|Grandes armes des Bourbons-Siciles. En 1734, , fils du roi d'Espagne, commence à conquérir le royaume de Naples puis le royaume de Sicile dans le cadre de la guerre de Succession de Pologne en mettant ainsi la dynastie des Bourbons d'Espagne sur le trône. Le , il est couronné roi de Naples, puis en juillet de la même année, roi de Sicile. Il décide de maintenir les deux royaumes séparés en régnant sur Naples comme despote éclairé, contrairement à la Sicile où il partage le pouvoir avec le Parlement sicilien.. ne jouit pas d'une situation stable dans ses deux royaumes jusqu'en 1738, date à laquelle l'Autriche lui cède définitivement et officiellement le royaume de Naples, le royaume de Sicile ainsi que l'État des Présides (petit territoire italien entre Naples et la Toscane) lors du Traité de Vienne.. En 1759, il devient roi d'Espagne. Son fils aîné étant destiné à lui succéder sur le trône espagnol, c'est son fils cadet âgé de 8 ans, Ferdinando, qui accède aux trônes de Sicile et de Naples sous les noms de dans la partie insulaire et de dans la partie péninsulaire. Il est le fondateur de la maison de Bourbon-Siciles qui règne par la suite sur le royaume des Deux-Siciles dont il est lui-même le premier monarque. Pendant son enfance, la régence est menée par Bernardo Tanucci et le prince Domenico Cattaneo..
En , Naples est occupée par l'armée française d'Italie et la République parthénopéenne est proclamée à Naples par des jacobins napolitains qui souhaitent en faire une république sœur de la Première République française. Une révolte populaire, royaliste et catholique, le sanfédisme, dirigée par le cardinal Ruffo et soutenue par la Grande-Bretagne, éclate dans le but de rétablir la monarchie, ce qui advient le . Les principaux chefs de l'éphémère république napolitaine sont exécutés..
En 1805, Joseph Bonaparte, frère de l'empereur , envahit l'Italie du Sud dans le but de chasser les Bourbons du trône. Il conquiert ainsi le royaume de Naples dont il devient roi en en faisant de cet État le premier à avoir un souverain de la famille de l'empereur français. Il échoue pourtant à prendre la Sicile où le roi Ferdinand conserve son pouvoir. Pendant son règne, il réforme les ordres monastiques et réorganise le système financier, mais se heurte à une partie de la noblesse après avoir proclamé plusieurs lois et décrets pour l'abolition de la féodalité entre 1806 et 1808. À cette date, il est couronné roi d'Espagne, royaume conquis peu de temps avant par les armées de son frère, et abandonne donc Naples qu'il remet aux mains de Joachim Murat, beau-frère de l'Empereur. Ce dernier en devient donc roi en août sous le nom de . À partir de 1812, ses relations difficiles avec Napoléon l'amènent à jouer un double jeu avec l'empire d'Autriche. Il finit par se rallier à Bonaparte en 1815 et déclare la guerre à son ancien allié. L'Autriche conquiert alors le royaume ; Murat est exécuté le . Le royaume napoléonien de Naples disparaît et l'ex-roi Ferdinand est restauré...
En 1806, alors que les armées napoléoniennes s'emparent du royaume de Naples, le roi Ferdinand se retire en Sicile et installe sa cour à Palerme. À cette époque, l'île de Sicile est alors mise sous la protection de l'Empire britannique qui souhaite la protéger de Napoléon à la suite de conquête de Naples, en servant ainsi les intérêts des Bourbons. Pourtant, des rumeurs courent d'une possible alliance de la femme du roi Ferdinand, Marie-Caroline d'Autriche, avec les Français. Ainsi, lors de la session du Parlement sicilien de , les barons siciliens soutenus par les Britanniques s'opposent à la politique des Bourbons-Sicile. Une révolte éclate dans l'île et le roi Ferdinand doit choisir entre une alliance avec les Britanniques ou avec les Français. Alors, sous la pression de lord William Bentick et des nobles siciliens, le roi proclame en 1812 une constitution libérale et il nomme son fils, le futur roi , vicaire du royaume..
Naissance des Deux-Siciles vignette|alt=Tableau représentant un vieil homme debout et tendant le bras dans des habits luxueux|. En 1815, Joachim Murat est chassé du trône par l'empire d'Autriche et Ferdinand retrouve son trône. Le souverain maintient une grande partie des réformes faites par les Français et, après des modifications mineures, il transforme le Code Napoléon instauré par les Français en Code du royaume des Deux-Siciles. La seule différence importante avec la période napoléonienne est le rapport avec l’Église qui reprend un poste de premier plan sur la scène politique. Ce processus de conservation des institutions françaises est géré par le président du conseil des ministres Luigi de' Medici qui cherche à fondre l'élite de l'époque napoléonienne dans la noblesse bourbonienne..
Lorsque le roi Ferdinand monte à nouveau sur le trône de Naples en 1815, les Britanniques commencent par s'opposer à l'unification définitive des deux royaumes. En effet, ils avaient établi en Sicile un protectorat de fait qu'ils auraient perdu après l'unification des deux royaumes. Finalement, lors du congrès de Vienne qui réunit les pays vainqueurs de de 1814 à 1815, les autres grandes puissances européennes se montrent hostiles à l'influence britannique sur la plus grande île de la Méditerranée. Le gouvernement britannique ne souhaitant pas s'aliéner l'empire d'Autriche, il abandonne ses prétentions sur la Sicile.
Le congrès de Vienne accorde donc définitivement la totalité du royaume de Sicile et du royaume de Naples au roi Ferdinand. Il s'ensuit une période de 18 mois d'immobilisme politique jusqu'à la fin de l'année 1816. Le , le roi proclame à Caserte un décret (plus tard appelé loi fondamentale du royaume) qui unifie les royaumes de Naples et de Sicile, en supprimant ces deux précédentes entités, pour créer le royaume des Deux-Siciles, le plus grand État de la péninsule italienne. Il abandonne par la même occasion les noms de de Naples et de de Sicile pour adopter celui de ainsi que le prédicat honorifique de Sa Majesté sicilienne. La Sicile perd ainsi la Constitution libérale qu'il lui avait accordée en 1812 et devient une province du royaume..
Règne de Insurrection de 1820
vignette|alt=Ancien diplôme sur papier sur lequel est déposé un sceau et qui est entouré de figure humaine et d'objets|Diplôme de carbonaro datant de 1820. La restauration des Bourbon-Siciles et la fondation du royaume des Deux-Siciles ne suppriment pas les idéaux progressistes et libéraux qui avaient commencé à se diffuser. Peu à peu se fonde une société secrète, nommée le carbonarisme, dont les buts sont, en premier lieu, la ratification d'une constitution par le roi mais également, par la suite, l'unification de l'Italie. La plupart des nobles et des bourgeois qui ont soutenu les Français du royaume de Naples napoléonien, ainsi que de nombreuses autres personnalités napolitaines et siciliennes de toutes les classes sociales y adhèrent. La politique conciliatrice du président du conseil des ministres Luigi de' Medici ne fait qu’amplifier ce mouvement en donnant des postes importants de l'administration et de l'armée à des carbonari..