Nismes (prononcé : ; en wallon : Nîme) est une section de la commune de Viroinval située en Région wallonne dans la province de Namur. Elle y abrite le siège administratif de la commune. Elle est bornée au nord par Dourbes ; à l'est par Olloy et Oignies ; au sud, elle touche à Couvin, et à l'ouest, à Petigny et à Frasnes-lez-Couvin. Les habitants sont surnommés les Crayas, appellation wallonne du mâchefer, en souvenir de l’extraction du fer, d’où aussi le lieu-dit Fondry (fonderie).
Elle se situe dans le Parc national de l'Entre-Sambre-et-Meuse créé en 2022.
C'était une commune à part entière avant la fusion des communes de 1977.
Toponymie Le toponyme est attesté très tôt dans les sources médiévales : Nemaus en 827, Nima en 1061, puis Nime dans des formes locales ultérieures. Le village est établi sur le cours du Nimay, nom ancien désignant l’actuelle Eau Noire, rivière qui traverse le site..
L’origine du nom Nismes fait l’objet de plusieurs hypothèses toponymiques :
Une dérivation du gaulois nemeton, signifiant « bois sacré » ou « sanctuaire ». Une filiation avec un radical préceltique \ nemausu*, interprété comme « temple » ou « lieu sacré », et que l’on retrouve notamment dans le nom de la ville française de Nîmes. Une évolution locale liée au nom du cours d’eau Nimay, dont le toponyme pourrait constituer une forme dérivée ou associée.
Ces différentes pistes témoignent de la richesse des strates linguistiques présentes dans la région, où se superposent héritages préceltique, gaulois et roman.
Géographie
Situation Situé dans la vallée de l'Eau Noire, le village de Nismes est surtout connu pour ses réserves naturelles et ses curiosités géologiques de la région calcaire de la Calestienne comme le Fondry des Chiens, le Fondry Matricolo et la roche Trouée. Il existe un petit train touristique pour un circuit d'une heure au travers des différentes régions de l'entité.
Géographie physique Nismes est bâti au fond de la vallée de l’Eau Noire, un couloir naturel étroit dominé par des collines et plateaux calcaires qui forment la frange orientale de la Calestienne. Cette bande géologique, longue d’environ , est connue pour ses sols calcaires très perméables, ses tiennes (collines sèches et pelées) et ses gorges naturelles elle est formée de roches du Dévonien moyen et supérieur (Givétien et Frasnien). Ces calcaires, riches en fossiles marins, constituent un substrat très perméable, propice au développement d’un karst complexe. Les grottes de Neptune, par exemple, sont creusées dans ces calcaires dévoniens et appartiennent pleinement à ce massif. Le village se trouve sur le bord sud du Synclinorium de Dinant, une grande structure plissée qui a contrôlé l’organisation des couches et leur érosion. gauche|vignette|Vue sur le Fondry des Chiens. Les reliefs autour du village sont marqués par:
des pentes abruptes et des versants secs ; des plateaux boisés au sud, annonçant la grande forêt ardennaise ; des dépressions karstiques profondes, dont les célèbres fondrys (gouffres naturels).
Le site le plus emblématique est le Fondry des Chiens, une gorge spectaculaire creusée par l’érosion pluviale dans un calcaire très pur.gauche|vignette|Paysage de la Calestienne et de la Fagne.Le site du Fondry des Chiens expose une lentille biohermale exceptionnelle, épaisse d’environ 64 m, composée de stromatopores massifs et de coraux. Ces récifs fossiles se sont formés dans un environnement marin chaud et peu profond, puis ont été exondés et karstifiés au fil des millions d’années. L’étude microfaciologique montre une succession de 10 microfaciès carbonatés, allant de milieux marins ouverts à des environnements lagunaires proches de l’émersion, témoignant d’une évolution régressive et d’une subsidence irrégulière. La géologie de Nismes est dominée par un karst actif, caractérisé par :
des dolines et dépressions d’effondrement ; des gouffres spectaculaires comme le Fondry des Chiens ; des pelouses calcaires (tiennes) très sèches ; des abannets, vallons humides encaissés.
Le Fondry des Chiens est un exemple emblématique : un gouffre d’effondrement où l’érosion a mis à nu les récifs fossiles, créant un paysage quasi « grand canyon » en miniature.
Hameaux et lieux-dits vignette|Nismes vu du Tienne aux Pauquis. Le village de Nismes possède plusieurs hameaux et lieux-dits : Sainte-Anne, Saint-Joseph, Pont Polet, Regniessart, Inzèvaux, Tienne del Batieulle, Petit Breumont, Grand Breumont, Tienne Morainy, Les Abannets, Les Gréats, Tienne du Fourneau, Tienne du Boulîs, Chalaine, Coubry, Tienne, Montagne aux Buis, Tienne des Tanneurs, Roche à Lomme, Revers des Hesses, Roche aux Faucons, Haut Champ, Trois Champs, Baterage, Ternia d'Honte, Les Nobuissons, Croix Jean Lambert, Fond des Tournelles, Le Bossu et Fond Coco.
Hydrographie vignette|L'Eau Noire. Un bras de l'Eau Noire, après la traversée des grottes de Neptune, réapparait près du centre de Nismes, à la grotte du Pont d’Avignon pour rejoindre le bras principal de l'Eau Noire. Cette réapparition d'eau n'est autre qu'une résurgence (prouvée par l'utilisation d'un colorant).
Évolution démographique
Source: DGS, 1831 à 1970=recensements population, 1976= habitants au 31 décembre
Histoire
Préhistoire vignette|Parmi la faune présente sur le territoire de Nismes et de Viroinval, seuls le cerf élaphe et le sanglier sont encore les grands mammifères présents.
Ère Paléolithique L’occupation humaine la plus ancienne du sud de l’Entre-Sambre-et-Meuse remonte au Paléolithique moyen (100 000–35 000 av. n. è.), période durant laquelle la région est fréquentée par les Néandertaliens, chasseurs-cueilleurs nomades. Les vestiges sont rares et se limitent à quelques outils en silex issus de prospections de surface. Le seul site d’habitat identifié est le Trou de l’Abîme à Couvin, daté d’environ 45 000 ans.
Le Paléolithique supérieur (35 000–8 500 av. n. è.), marqué par l’arrivée de l’Homme moderne, est attesté dans la région du Viroin par des silex isolés et par les fouilles de la grotte Saint-Joseph à Nismes qui s'ouvre dans le flanc ouest de la Roche Trouée. Celle-ci a surtout servi de repaire à des carnivores (loup, renard polaire, ours des cavernes, hyène des cavernes) dont les restes témoignent d’une faune glaciaire comprenant notamment cheval, rhinocéros laineux, bison des steppes, renne, cerf géant (mégacéros), cerf élaphe et même un jeune mammouth.
Age Néolithique Vers 8 500 av. n. è., la fin de la dernière glaciation entraîne un réchauffement et la transition vers une forêt mixte. La faune froide disparaît au profit d’espèces tempérées comme des cerfs, des sangliers et des chevreuils, et les ressources forestières modifient les pratiques humaines. Le Mésolithique (8 500–4 500 av. n. è.) se caractérise par l’usage de l’arc, la miniaturisation de l’outillage lithique et une occupation diffuse, représentée par de nombreux sites de surface, surtout sur la Calestienne. La transition climatique qui marque la fin de la dernière glaciation favorise, au Proche-Orient, l’émergence de nouvelles pratiques économiques fondées sur l’agriculture et l’élevage, innovations qui définissent le Néolithique. Dans la région du Viroin et ses abords, la période la mieux représentée est le Néolithique final (env. 3000–2000 av. J.-C.). Les prospections de surface y révèlent un matériel abondant, notamment des pointes de flèches et de nombreux fragments de haches polies, témoignant d’une occupation structurée et durable.vignette|La Roche à l'Homme. Les fouilles ont également mis au jour plusieurs sépultures en grotte, individuelles ou collectives. Parmi les sites les plus significatifs figurent:
la grotte de la Roche Percée, au sud du massif de la Roche Trouée ; le Trou des Blaireaux à Dourbes, sur le flanc oriental du Tienne aux Tassons, près du château de Haute-Roche.
Au cours de la période comprise entre 3000 et 1700 avant notre ère, la région de la Meuse se caractérise par une présence néolithique abondamment attestée, notamment par la découverte, dans de nombreux champs et zones cultivées, de silex taillés provenant du centre minier de Spiennes près de Mons, retrouvés sur des sites tels que Mousty, la Roche Trouée, les Abanets, le Tienne aux Pauquis, la Roche à Lomme ou encore la Roche aux Faucons, témoignant d’un réseau d’échanges étendu et d’une circulation régulière de matériaux lithiques de haute qualité. vignette|La Montagne aux Buis. Les collections du musée de Nismes (aujourd'hui disparut) conservaient plusieurs fragments de céramique rubanée, illustrant l’implantation de traditions techniques propres aux premières communautés agricoles. À ces éléments s’ajoute la mise au jour, dès 1885, d’une sépulture installée dans la caverne sud‑ouest au pied de la Roche Trouée, où furent exhumées une hache en chloromélanite, des dents humaines ainsi que divers ossements, confirmant l’usage funéraire de certaines cavités naturelles. La région conserve également plusieurs marchets tumulus de pierres caractéristiques du Franc Bois ainsi que des indices d’occupation dans les secteurs des Roches, de Petigny, de l’Adugeoir ou encore de Dourbes, qui témoignent d’une fréquentation diffuse mais continue des reliefs calcaires. Les fouilles de la caverne du Chaffour Saint‑Joseph ont livré, en 1955, des fragments de poterie, une dent de cerf et des restes de céréales, révélant un environnement où pratiques agricoles, chasse et collecte coexistaient au sein d’un même système économique.
Antiquité
Age du Bronze et du Fer Entre 1700 et 700 avant notre ère, la région voit apparaître les premières manifestations attribuables aux populations celtiques, dont témoignent notamment la découverte, à Linnery secteur englobant les Abanets et Dourbes d’une hache à douille en bronze, ainsi que la mise au jour d’une sépulture au revers de Godia, à Dourbes, éléments qui s’inscrivent dans un ensemble de données issues des fouilles de Nismes et des travaux de G. E. Mariën. Cette période, qui s’étend jusqu’au milieu du Ier millénaire avant notre ère, correspond également à une phase de cohabitation entre groupes néolithiques résiduels et populations celtiques migrantes, parmi lesquelles les Gaulois, les Belges et les Aduatuques, dont les mouvements sont attestés par les découvertes régionales. Durant la période hallstattienne, l’activité économique se caractérise par une exploitation systématique des minerais de fer, comme en témoignent les vestiges des Fondrys des Abanets, des Fondrys des Chiens ou encore du Grand Bois, où des bas‑foyers et des amas de scories indiquent une métallurgie active. À cette même époque, des poteries découvertes à la Roche à Lomme confirment l’existence d’une occupation structurée, tandis que la vallée de l’Eau Noire semble avoir abrité un village gaulois, probablement établi à proximité immédiate de la source sacrée NEM, dont la toponymie suggère une continuité cultuelle pré‑romaine.
La période laténienne est illustrée par plusieurs sites fortifiés, notamment l’oppidum d’Olloy (Contiennau) et l’oppidum des Aduatuques à Linnery, où poteries et objets divers témoignent d’une occupation dense et organisée. Les traditions religieuses gauloises, telles que les Grands Feux, se maintiennent dans la région jusqu’au début du , révélant une remarquable persistance culturelle. Un petit oppidum gaulois est également attesté à la Roche à Lomme, où des vestiges de murs confirment l’existence d’une structure défensive. La conquête césarienne, menée entre 58 et 51 avant notre ère, intègre la région dans la sphère romaine, comme l’attestent les références au De Bello Gallico (livre II, année 57). Plusieurs sites ont été interprétés comme des installations militaires, notamment un camp de légion supposé dans le Bois d’Hauteroche (Dourbes‑Fagnolles) et un possible oppidum des Aduatuques à Linnery. La région est ensuite intégrée à la cité des Tungri, dont elle suit l’évolution administrative et religieuse.
Période Gallo-Romaine