L’expédition des Mille (en ) est un épisode du italien survenu en 1860. Un corps de volontaires dirigé par Giuseppe Garibaldi débarque en Sicile afin de conquérir le royaume des Deux-Siciles, gouverné par les Bourbons.

Le projet est ambitieux et hasardeux puisqu’il s'agit de conquérir, avec un millier d’hommes, un royaume disposant d’une armée régulière et d'une marine puissante. L’expédition est un franc succès et se conclut par un plébiscite qui fait entrer Naples et la Sicile dans le royaume de Sardaigne, ultime conquête territoriale avant la création du royaume d’Italie, le .

L’expédition est l'une des seules actions souhaitées conjointement par les « quatre pères de la nation » italienne : Giuseppe Mazzini, Giuseppe Garibaldi, Victor-Emmanuel II et Camillo Cavour, qui poursuivent des objectifs divergents. Il est difficile d'en déterminer le véritable instigateur : Mazzini souhaite libérer le et Rome alors que Garibaldi souhaite conquérir, au nom de Victor-Emmanuel II, le royaume des Deux-Siciles et poursuivre vers Rome afin de terminer l’unité de l’Italie, ce que Cavour veut empêcher à tout prix afin d’éviter un conflit avec son allié français, Napoléon III, qui protège Rome.

L’expédition fait aussi naître une grosse équivoque et une incompréhension collective : pour les garibaldiens, il s’agit de réaliser l’Italie unifiée ; pour la bourgeoisie sicilienne, une Sicile autonome dans le cadre du royaume d’Italie ; et pour la masse des paysans, la fin de l’oppression et la distribution des terres.

Contexte

La péninsule italienne est partagée depuis la chute de l’Empire romain en une multitude de petits États indépendants. La Révolution française et la constitution de la République cisalpine puis italienne et le royaume d'Italie (1805-1814) suscitent un sentiment national et républicain. Des mouvements insurrectionnels naissent alors. Certains d’entre eux sont récupérés par le royaume de Piémont-Sardaigne qui prend la tête du mouvement d’unification politique de la péninsule.

À la suite de l’entrevue de Plombières avec Napoléon III les 21 et , et surtout après la signature du traité d'alliance défensive entre la France et le royaume de Sardaigne le , le président du Conseil sarde Camillo Cavour commence les préparatifs de l’inévitable guerre destinée à chasser les Autrichiens du royaume de Lombardie-Vénétie créé par le congrès de Vienne de 1815.

Le , Cavour réussit à faire en sorte que l'Autriche déclare la guerre au royaume de Sardaigne. La deuxième guerre d'indépendance commence le ; après la libération de la Lombardie, elle se termine le , à l'instigation du seul Napoléon III. Les termes de l'armistice de Villafranca reconnaissent au royaume de Sardaigne la Lombardie (à l'exception de Peschiera et Mantoue), mais pas la Vénétie qui ne revient au royaume d'Italie qu'à l'issue de la troisième guerre d'indépendance, en 1866.

Dès , les populations du grand-duché de Toscane, de la légation des Romagnes (Bologne et la Romagne), du duché de Modène et du duché de Parme chassent leurs souverains respectifs et réclament leur annexion au royaume de Sardaigne, principalement grâce à l'action de membres de la entraînés par le gouvernement piémontais, tandis que les populations de l'Ombrie et des Marches subissent la dure répression du gouvernement pontifical, dont l'exemple le plus sanglant est le massacre de Pérouse.

Napoléon III et Cavour sont débiteurs l'un de l'autre : le premier depuis qu'il s'est retiré du conflit avant la libération prévue de Venise, le second parce qu'il a accepté que les mouvements insurrectionnels s'étendent aux territoires du centre et du nord de l'Italie. L'impasse est résolue le , quand Cavour signe la cession de la Savoie et de Nice à la France et obtient le consentement de l'Empereur pour l'annexion de la Toscane et de l'Émilie-Romagne au royaume de Sardaigne. Comme Cavour l'indique à l'émissaire français, les deux sont devenus .

Objectifs et contraintes du Piémont vignette|L'Italie en mars 1860

En mars 1860, il ne reste, dans ce qui constitue la future Italie, que trois États : le royaume de Piémont-Sardaigne, les États pontificaux et le royaume des Deux-Siciles, auxquels il faut ajouter l'empire d'Autriche de François-Joseph qui possède encore de solides intérêts dans la péninsule italienne, avec la Vénétie, le Trentin, le Frioul et la région de Mantoue. Par ailleurs, la France tient à la fois le rôle de puissance protectrice du Pape et de principal allié du royaume de Piémont-Sardaigne, dont elle verrait cependant bien le territoire se limiter à l'Italie septentrionale. Cette ambiguïté permet à Napoléon III de conserver une influence importante sur les affaires italiennes, influence qui se révèle décisive en 1860. En effet, Napoléon III empêche, par son absence de soutien, une action du royaume de Sardaigne contre l'Autriche, et une action contre Rome par son opposition explicite. Il ne reste donc pour le Piémont qu'une seule cible : Naples.

Le royaume des Deux-Siciles doit faire face à une agitation anti-bourbonienne dans l'île de Sicile et présente des faiblesses. Tout d'abord, son monarque, François II, est jeune et inexpérimenté : il n'a que vingt-trois ans lorsqu'il succède à son père Ferdinand II le , moins d'un an avant l'expédition. D'autre part, le royaume est devenu une présence encombrante pour le Royaume-Uni, avec qui les relations sont très mauvaises depuis 1836 et la Question des soufres. Enfin, le Royaume-Uni soutient le royaume de Sardaigne afin de contrer la politique française dans la péninsule. Les autres puissances européennes telles que l'Espagne, l'Autriche et la Russie, plus réactionnaires, se placent du côté des Deux-Siciles, mais conservent une attitude attentiste. Dans une Europe ainsi partagée, le royaume des Deux-Siciles se retrouve quelque peu isolé et ne peut plus compter que sur ses propres forces.

Le royaume du Sud est encore l'État le plus grand, et, théoriquement, le plus puissant de la péninsule. Il peut compter sur une armée de , auxquels s'ajoutent quatre régiments auxiliaires de mercenaires, et la flotte la plus puissante de toute la mer Méditerranée : onze frégates modernes, cinq corvettes et six brigantins à vapeur, ainsi que différents types de voiliers. Enfin, comme Ferdinand II le dit, le royaume est protégé par (), c'est-à-dire par la mer et la présence des États pontificaux qui, protégés par la France, font office d'État tampon et empêchent toute invasion terrestre du royaume.

Une action amorcée par François II en accord avec l'empereur François-Joseph a lieu à l'automne-hiver 1859 et revêt une importance particulière : les deux monarques soutiennent les revendications de Pie IX, de Léopold II de Toscane et des ducs de Modène et de Parme pour reprendre leurs possessions territoriales en Italie centrale. L'initiative s'oppose en fait directement aux intérêts de Turin et, par conséquent, de Paris, au moment où Napoléon III, pour justifier la guerre contre l'Autriche devant l'opinion publique française, doit annexer les territoires (objet des accords de Plombières) à la France.

Avant l’expédition La recherche d’un Pour soumettre les Deux-Siciles, le royaume de Sardaigne a besoin d'une raison valable d'intervenir : il ne s'agit pas d'émettre une déclaration de guerre contre le royaume des Bourbons, Cavour s'étant toujours présenté comme l'instrument du maintien de l'ordre auprès des puissances européennes. Le seul événement qui satisferait cette exigence serait un soulèvement de l'intérieur, qui prouverait la désaffection de la population envers la dynastie régnant sur Naples et, surtout, l'incapacité de François II à garantir l'ordre public dans ses territoires.

La Sicile est un terrain propice, comme le montre l'histoire des décennies précédentes. Les libéraux méridionaux, particulièrement ceux rentrés au pays après les amnisties accordées par le jeune roi après son accession sur le trône en , travaillent dans ce sens.

La situation interne du royaume des Deux-Siciles thumb|upright|Armoiries du royaume des Deux-Siciles. Plusieurs rébellions ont éclaté dans le royaume des Deux-Siciles dans la première moitié du , toutes réprimées par les Bourbons : l'insurrection de 1820, la révolution calabraise de 1847, la révolution indépendantiste sicilienne de 1848, l'insurrection calabraise de la même année, et le mouvement constitutionnel de Naples, toujours en 1848.

D'un point de vue militaire, maintenir des liens étroits avec l'empire d'Autriche est fondamental pour les Deux-Siciles. Par deux fois, les Bourbons retrouvent leur trône grâce à l'intervention des armées autrichiennes : en 1815, l'Autrichien Federico Bianchi défait l'armée de Joachim Murat, beau-frère de Napoléon, lors de la bataille de Tolentino et, en 1821, l'Autrichien Johann Maria Philipp Frimont bat les troupes de Guglielmo Pepe lors des batailles de Rieti et d'Antrodoco.

En 1860, cependant, la situation semble beaucoup plus favorable aux Bourbons : depuis 1821, en fait, l'armée reçoit un financement constant de la part du régime et elle est renforcée par des unités composées d'étrangers (notamment des Suisses) qui semblent fidèles à la maison régnante.

Les populations des provinces de la partie péninsulaire sont quant à elles généralement proches de la dynastie des Bourbons, comme le démontrent le succès du mouvement sanfédiste qui a renversé en 1799 la république parthénopéenne en massacrant les Jacobins du royaume de Naples, ainsi que la résistance anti-française de la période 1806-1815.

Les mazziniens et la Sicile En 1860, la seule force opposée aux Bourbons qui montre sa volonté de prendre les armes est l'autonomisme sicilien. Les souvenirs de la longue révolution de 1848 sont encore vifs dans l'île, où la répression par les Bourbons a été particulièrement dure. Par la suite, les tentatives du gouvernement napolitain de parvenir à un règlement politique sont restées sans effet. L'intolérance ne se limite pas aux classes dirigeantes, mais concerne une grande partie de la population urbaine et rurale qui s'associe au , comme le prouve son adhésion dans les rangs des volontaires de Garibaldi de Marsala à Messine, jusqu'à la bataille du Volturno, PDF, p. 125.

Beaucoup de cadres dirigeants de la révolution de 1848 (y compris Rosolino Pilo et Francesco Crispi) ont fui à Turin. Ils participent à la deuxième guerre d'indépendance et adoptent une position politique résolument libérale et unitaire. Ce sont ces mazziniens qui voient, dans la Sicile insurrectionnelle, dans l'intervention de Garibaldi et dans la maison de Savoie, les éléments de base pour le succès de la cause unitaire. Le , Giuseppe Mazzini écrit une lettre d'incitation à la rébellion aux Siciliens et déclare : .

Début mars, Pilo s'adresse à Garibaldi, d'abord en lui demandant des armes, puis en l'invitant à une intervention directe. Garibaldi juge inopportun tout mouvement révolutionnaire qui n'a pas une bonne chance d'aboutir. Il veut conduire la révolution si elle est demandée par le peuple, et au nom de Victor-Emmanuel II (). Avec l'aide des populations locales et le soutien du Piémont, Garibaldi peut éviter l'échec comme les désastres des actions précédentes des frères Bandiera et de Carlo Pisacane.

Bien qu'il n'ait pas reçu le soutien de Garibaldi, Pilo se rend en Sicile le avec l'intention de préparer le terrain pour une future expédition. Accompagné de Giovanni Corrao, un autre mazzinien, Pilo arrive à Messine et prend immédiatement contact avec les représentants des familles les plus importantes. De cette manière, il obtient l'appui des propriétaires fonciers. Les barons, en fait, une fois la force expéditionnaire débarquée, mettent à disposition leurs bandes, les . Pilo est tué dans un affrontement le .

La révolte de la Gancia