Edmond Charlot, né le à Alger (département d'Alger) et mort le à Béziers (Hérault), libraire et éditeur à Alger, Paris et Pézenas, publia les premiers livres d'Albert Camus mais aussi de Jules Roy, Max-Pol Fouchet, Albert Cossery, Emmanuel Roblès. « Éditeur de la France libre » durant l'Occupation allemande, il fut, depuis la fin des années 1930 jusqu'au milieu des années 1950, l'un des personnages clés de la littérature française.

Biographie Jeunesse L'arrière-grand-père paternel d'Edmond Charlot, marin-boulanger dans la flotte française, débarque en 1830 en AlgérieSouvenirs d'Edmond Charlot, entretiens avec Frédéric Jacques Temple, Préface de Michel Puche, Collection Méditerranée vivante / essais, éditions Domens, Pézenas, 2007, . Ses ancêtres maternels, d'origine maltaise, y arrivent en 1854. Après avoir mal supporté l'univers « concentrationnaire » des jésuites dans lequel il commence ses études, Edmond Charlot les poursuit en 1934, en classe de Philosophie, au lycée d'Alger. Il fait la connaissance des peintres Sauveur Galliéro et Louis Bénisti et croise déjà Albert Camus, alors en classe de khâgne, dont il fera plus ample connaissance en 1936Souvenirs d'Edmond Charlot, entretiens avec Frédéric Jacques Temple, Préface de Michel Puche, Collection Méditerranée vivante / essais, éditions Domens, Pézenas, 2007, p. 13-14. Leur professeur de philosophie, Jean Grenier« J'avais pris tout le cours de Grenier en sténographie », se souviendra Charlot (Souvenirs d'Edmond Charlot, entretiens avec Frédéric Jacques Temple, Préface de Michel Puche, Collection Méditerranée vivante / essais, éditions Domens, Pézenas, 2007, p. 13, qui avait encouragé Camus et Mouloud Mammeri à écrire, lui conseille l'édition et promet de lui donner un texte. Soutenu par son père, qui dirige un service de librairie chez Hachette, Edmond Charlot, sous ses initiales « E. C. », publie en mai 1936 (à 500 exemplaires) Révolte dans les Asturies, pièce de théâtre collective écrite d'après un scénario de Camus« Le texte n'était pas entièrement de Camus, mais c'est lui qui a corrigé les épreuves », dit Charlot (Souvenirs d'Edmond Charlot, entretiens avec Frédéric Jacques Temple, Préface de Michel Puche, Collection Méditerranée vivante / essais, éditions Domens, Pézenas, 2007, p. 31, interdite par la municipalité d'AlgerSouvenirs d'Edmond Charlot, entretiens avec Frédéric Jacques Temple, Préface de Michel Puche, Collection Méditerranée vivante / essais, éditions Domens, Pézenas, 2007, p. 19, puis sous le signe des « Éditions de Maurétanie » deux autres ouvragesSouvenirs d'Edmond Charlot, entretiens avec Frédéric Jacques Temple, Préface de Michel Puche, Collection Méditerranée vivante / essais, éditions Domens, Pézenas, 2007, p. 20. En hommage à Jean Giono et avec son autorisation, Edmond Charlot ouvre le à Alger, 2 bis rue Charras, à deux pas des facultés, une minuscule librairie « Les Vraies richesses », offrant Rondeur des jours de Giono, qu'il publie à 350 exemplaires sous la même enseigne, à ses premiers clientsSouvenirs d'Edmond Charlot, entretiens avec Frédéric Jacques Temple, Préface de Michel Puche, Collection Méditerranée vivante / essais, éditions Domens, Pézenas, 2007, p. 18-19. Tout à la fois bibliothèque de prêtCharlot dit avoir été très impressionné par la visite qu'il avait faite à Adrienne Monnier et s'était dit que « c'était de qu'il fallait faire en Algérie, mais en petit » (Souvenirs d'Edmond Charlot, entretiens avec Frédéric Jacques Temple, Préface de Michel Puche, Collection Méditerranée vivante / essais, éditions Domens, Pézenas, 2007, , maison d'édition et galerie d'art (des dessins et trois toiles de Bonnard y sont exposés dès l'ouverture pendant trois moisSouvenirs d'Edmond Charlot, entretiens avec Frédéric Jacques Temple, Préface de Michel Puche, Collection Méditerranée vivante / essais, éditions Domens, Pézenas, 2007, ), elle devient l'un des principaux lieux de rencontre des intellectuels d'Alger, écrivains, journalistes et peintres« Très souvent, Camus venait, voyait qu'on était débordés, mettait la main à la pâte, remplissait les fiches d'abonnement. Dès le début il nous a aidés, et en achetant quand il avait quatre sous, et en louant des livres (...), conseillant l'abonnement à la lecture. (...) Je l'ai souvent vu écrire quand il venait à la librairie. (...) Il était là un peu chez lui. », dit Charlot (Souvenirs d'Edmond Charlot, entretiens avec Frédéric Jacques Temple, Préface de Michel Puche, Collection Méditerranée vivante / essais, éditions Domens, Pézenas, 2007, ).

Premières éditions thumb|250px|right|Les deux numéros de la revue Rivages, 1938 et 1939 Edmond Charlot crée simultanément en 1936 sa première collection, « Méditerranéennes », dans laquelle il publie un recueil de poèmes de René-Jean Clot, en mai 1937 L'Envers et l'Endroit d'Albert Camus, familier des « Vraies richesses », Simples sans vertu de Max-Pol Fouchet, en juin Santa-Cruz et autres paysages africains de Jean Grenier. Réalisant jusqu'alors un livre tous les deux mois, Charlot suspend ensuite, pour des raisons familiales et économiques, son activité d'éditeur mais publie en 1938 un premier livre de Claude de Fréminville, deux ouvrages de Gabriel Audisio, et en et février 1939 les deux numéros de la revue Rivages qui se veut « de culture méditerranéenne », dirigée par CamusLe comité de rédaction comprenait outre Camus, Gabriel Audisio, René-Jean Clot, Claude de Fréminville, Jacques Heurgon, Jean Hytier... (Souvenirs d'Edmond Charlot, entretiens avec Frédéric Jacques Temple, Préface de Michel Puche, Collection Méditerranée vivante / essais, éditions Domens, Pézenas, 2007, p. 17) qui en a rédigé le manifeste, le troisième numéro, consacré à Federico García Lorca, avec des textes d'Audisio et Jean Cassou, étant saisi et détruit par les autorités de VichySouvenirs d'Edmond Charlot, entretiens avec Frédéric Jacques Temple, Préface de Michel Puche, Collection Méditerranée vivante / essais, éditions Domens, Pézenas, 2007, p. 39. En Edmond Charlot publie Noces de CamusNoces « a dû être tiré à 1000 exemplaires, et encore... on a mis deux ans pour les vendre! », se souviendra Charlot. (Souvenirs d'Edmond Charlot, entretiens avec Frédéric Jacques Temple, Préface de Michel Puche, Collection Méditerranée vivante / essais, éditions Domens, Pézenas, 2007, p. 17). puis, mobilisé en septembre à Blida, abandonne pour dix mois la gestion de sa librairieSouvenirs d'Edmond Charlot, entretiens avec Frédéric Jacques Temple, Préface de Michel Puche, Collection Méditerranée vivante / essais, éditions Domens, Pézenas, 2007, p. 29. Démobilisé en juillet 1940 il reprend ses activités auxquelles, en 1942, il associe Camus, installé au Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire), en tant que lecteur et conseiller littéraire. L'éditeur, traducteur, essayiste et poète Armand Guibert, résidant à Tunis, lui rend visite et collabore avec lui par la suite ; le futur éditeur François Di Dio fut aussi un familier de Charlot.

Les années de guerre En mai 1941 Charlot accueille la collection « Fontaine », dirigée par Max-Pol Fouchet, qui publie Rainer Maria Rilke, Gertrude Stein, et dans les années suivantes Pierre Jean Jouve, Pierre Emmanuel, Georges-Emmanuel Clancier, Philippe Soupault ; en août il lance la collection « Poésie et théâtre », dirigée par Camus, avec notamment le « Romancero gitano » de Lorca, des proses de Tristan Corbière. Les ouvrages de Charlot, déjà suspecté par le régime de Vichy, sont étiquetés à Paris comme « à ne pas communiquer » par la Bibliothèque nationale. Gertrude Stein ayant, de plus, exprimé en février 1942 sur une radio française sa fierté d'être publiée par « un éditeur dynamique et résistant », Edmond Charlot, « présumé gaulliste sympathisant communiste », est une semaine plus tard, et durant une vingtaine de jours, mis au secret à la prison Barberousse« J'étais beaucoup mieux au secret parce que j'étais tous seul tandis que dans la cellule je me trouvais avec des types de droit commun, pleins d'histoires drôles parfois... Il y avait un perceur de coffre-forts qui pleurait, non parce qu'il avait été arrêté, mais parce qu'on lui avait pris ses outils. » (Souvenirs d'Edmond Charlot, entretiens avec Frédéric Jacques Temple, Préface de Michel Puche, Collection Méditerranée vivante / essais, éditions Domens, Pézenas, 2007, p. 41) puis placé près d'un mois en résidence surveillée dans le village de Charron, près d'Orléansville (Chlef) et libéré sur une intervention de Marcel Sauvage auprès du ministre de l'intérieur PucheuSouvenirs d'Edmond Charlot, entretiens avec Frédéric Jacques Temple, Préface de Michel Puche, Collection Méditerranée vivante / essais, éditions Domens, Pézenas, 2007, p. 62.

« De février à , on n'avait plus rien du tout. Certains de mes livres ont été brochés avec du fil métallique parce qu'on n'avait plus de fil pour les coudre. On n'avait pas de papier. On faisait fabriquer, avec les résidus qu'on trouvait, du papier qui ressemblait au papier d'emballage des bouchers de l'époque. On fabriquait un papier de couverture qui avait toutes les teintes possibles. On tentait de faire de l'encre d'imprimerie avec du noir de fumée. (...) Ma librairie était quasiment vide, il ne restait plus de stock chez Hachette. (...) Si nous publiions quelque chose, si nous mettions deux mille livres sur le marché, ils étaient absorbés tout de suite, mais on n'avait pas de papier pour réimprimer », se souviendra Edmond CharlotSouvenirs d'Edmond Charlot, entretiens avec Frédéric Jacques Temple, Préface de Michel Puche, Collection Méditerranée vivante / essais, éditions Domens, Pézenas, 2007, p. 41-42.