Cet article traite des liens qui ont existé entre le monde musulman, les Alliés et l'Axe pendant la Seconde Guerre mondiale. Durant la guerre, des Arabes et des musulmans ont combattu tant du côté des Alliés, comme les enrôlés du Maghreb en France ou la Légion arabe en Irak, que de l'Axe, comme les divisions SS bosniaques en Yougoslavie ou des volontaires caucasiens sur le Front de l'Est.

Le monde musulman fut un champ de bataille géographique et idéologique pour les Alliés et l'Axe. Il était d'un grand intérêt pour ses ressources minérales, routes, et parfois humaines.

Durant la première moitié du , la très grande majorité des pays actuels du monde arabe n'étaient pas indépendants. Les empires coloniaux français et britannique, ainsi que l'URSS, en avaient en grande partie le contrôle.

thumb|right|400px|Juillet 1940, en noir, l'Axe, en gris foncé : ses alliés, les zones occupées et les colonies.

Moyen-Orient et Afrique du Nord Afrique française du Nord La situation fut complexe et contrastée suivant la politisation en Afrique française du nord et suivant le vieil adage « Les ennemis de mes ennemis sont mes amis ».

Collaboration et engagement dans l'armée allemande Dès le départ, la plupart des partis collaborationnistes comme le PPF de Doriot ou le RNP de Marcel Déat avaient constitué des sections nord-africaines.

Après la défaite de 1940, les différents services de renseignements allemands et en particulier la section III F de l’Abwehr à Paris où travaille Richard Christmann vont développer des liens avec certains militants indépendantistes nord-africains dont la plupart rejoindront la collaborationRoger Falicot, Rémi Kauffer, Le croissant et la croix gammée, Albin Michel, 1990.. Il y a lieu de remarquer que le problème ne se présente pas de la même manière pour les trois pays, Maroc, Algérie et Tunisie, car chacun avait un statut particulier vis-à-vis de la France. L'Algérie était un territoire français, le Maroc et la Tunisie étaient des protectorats. En Tunisie, par opposition aux deux autres pays, la plupart des militants indépendantistes étaient en prison.

Du côté tunisien, c’est ainsi qu’Habib Bourguiba et ses compagnons de son parti politique "Neo-Destour" emprisonnés au haut-fort Saint Nicolas à Marseille depuis les évènements en Tunisie du , furent, après l'occupation de la zone libre par les Allemands, transférés à la prison Montluc () puis au Fort de Vancia jusqu’à ce que Klaus Barbie Fort de Vancia (Commune de Rillieux-la-Pape). les fasse libérer et conduire à Chalon-sur-Saône sur ordre de Berlin. Ils furent ensuite remis aux autorités italiennes à Nice et conduits à Rome pour être reçus avec tous les honneurs en compagnie de Salah Ben Youssef et Slimane Ben Slimane, le , à la demande de Benito Mussolini. Celui-ci espérait utiliser leur mouvement pour affaiblir la résistance française en Afrique du Nord. Habib Bourguiba, sous la contrainte, s'y déroba en prononçant le une allocution à Radio Bari faisant allusion aux excès du colonialisme français et demandant au peuple tunisien de s'unir autour de son souverain Moncef Bey et de se méfier des « convoitises étrangères »l'Afrique du nord en marche volume 1 - Charles-André Julien-Editions CERES Septembre 2001..

Du côté algérien, les Allemands soutiennent les militants indépendantistes souvent issus du Parti du peuple algérien comme Mohamed Seghir Nekkache, Si Djilani, Mohamed el-Maadi au service de la Gestapo française, ou Saïd Mohammedi qui s’engage dans la Waffen-SS et combat sur le Front de l’Est.

Certains sont formés aux actions de renseignement et de sabotage et envoyés dans leur pays d’origine pour se livrer à des actions terroristes pour combattre les troupes alliées.

L’action de propagande est menée à travers des journaux comme Er Rachid qui paraît entre et ou le Centre de propagande arabe surnommé Comité Yassine du nom du fondateur du Comité d'action révolutionnaire nord-africain - CARNA Abderrahmane Yassine. Il y est défendu par l’union des trois pays et son indépendance.

Le gouvernement de Vichy créa la Phalange africaine en novembre 1942 pour combattre les forces alliées débarquées en Afrique du Nord alors qu'elles se lancent à la conquête de la Tunisie.

Résistance et participation aux combats de la Libération

Parmi les soldats maghrébins de l'armée française qui furent faits prisonniers en France après la débâcle de , un grand nombre, intégré dans le service du travail obligatoire en France au profit des Allemands, s'évada pour rentrer dans la clandestinité en rejoignant les rangs de la résistance française en particulier dans la ville du Mans. À titre d'exemple, on peut citer le Tunisien Hedi Abdelkader, sergent du RTT et l'Algérien, le lieutenant Said Belhaffaf, né le à Constantine et retraité de l'armée française. Le Tunisien intégra la résistance française dans l’organisation civile et militaire (OCM) sous le , le où Said Belhaffaf était un des activistesMed Noureddine Dhouib Un Tunisien engagé volontaire dans la résistance française, dans la revue hebdomadaire tunisienne Réalités (15-21/06/2006).. Hedi Abdelkader réintégra l'armée tunisienne à l'indépendance de la Tunisie en 1956 et prit sa retraite anticipée en 1963 avec le grade de capitaine. Il dirigea l'Association tunisienne des anciens combattants et victimes de guerre pendant plusieurs années et décéda le à l'âge de 91 ans.

Après le coup d'État du à Alger, dans le cadre de l'opération Torch, de nombreux musulmans des colonies nord-africaines furent engagés dans les forces alliées au sein de l'armée française de la Libération et engagés sur les fronts italiens et français. En Algérie, la conscription engagea environ autant de musulmans que de pieds-noirs (européens) dans l'armée française. Les tirailleurs marocains (goumiers), souvent d'origine berbère, furent également engagés. Les futurs présidents de l'Algérie Ahmed Ben Bella et Mohamed Boudiaf, engagés volontaires et décorés.

Lors des combats de l'Indépendance tant en Algérie qu'en Tunisie, on retrouve parmi les leaders des personnes qui s'étaient engagées soit d'un bord soit de l'autre. Les services de renseignements allemands continuent de mener la même politique auprès des militants indépendantistes et pendant la guerre d’Algérie, ils aident à la fourniture d’armes au FLNLe documentaire Le long chemin vers l'amitié - En route vers le traité de l'Élysée, de Michael Mueller et Peter F. Müller (Allemagne, 2012, diffusé par Arte le 22 janvier 2013) consacré aux difficiles relations politiques de la France et de l'Allemagne de 1945 à 1963, évoque les contacts du FLN algérien avec la Police secrète de la RDA et l'aide apportée au FLN par la RFA et la RDA (fourniture de matériel militaire). L'historien allemand Erich Schmidt-Eenboom y indique que les documents de la Stasi font état d'un projet d'attentat du FLN contre le barrage de Malpasset, attentat qui eut pour résultat la catastrophe de Malpasset. Ce serait l'agent Richard Christmann des services secrets allemands qui aurait eu connaissance du lieu et de la date, mais sa hiérarchie n'en aurait pas informé la France..

Protectorats britanniques

Dans les régions sous contrôle britannique, le royaume d'Égypte, la Palestine mandataire etc., des mouvements indépendantistes et nationalistes arabes voient dans l'Axe un moyen de s'émanciper de la tutelle coloniale. C'est ainsi que des dizaines de juifs sont arrêtés au Caire en 1942, en prévision d'une éventuelle arrivée des troupes allemandes.

Les Allemands exploitèrent le ressentiment contre la domination britannique et se trouvèrent des alliés, ainsi le mufti de Jérusalem Amin al-Husseini, ou encore Rachid Ali al Gaylani, premier ministre du royaume d'Irak, dont les Britanniques durent écraser le putsch lors de la guerre anglo-irakienne d'avril-.

Une unité de la Waffen SS fut constituée de volontaires issus du sous-continent indien : la SS Freies Indien Legion, dont les membres étaient hindous, sikhs ou musulmans.

Iran Les rapprochements de Reza Shah avec l'Allemagne qui contribuait beaucoup à l'industrie du pays (premier partenaire commercial de l'État impérial d'Iran en 1939) inquiètent les Britanniques. Quand la guerre éclate, les Britanniques demandent à Reza Shah d'expulser les citoyens allemands du pays, ce qu'il refuse. Reza Shah, ayant déclaré la neutralité de l'Iran, refuse à nouveau une demande des Alliés de se servir du pays pour faire passer des munitions, ce qui pousse la Grande-Bretagne et l'URSS à envahir l'Iran le . Reza Shah est forcé d’abdiquer en faveur de son fils Mohammad Reza Pahlavi. Les Alliés se servent du pays pour faire parvenir du matériel militaire à l'URSS, grâce au corridor perse..

Turquie

La Turquie sous la présidence de Mustafa Kemal Atatürk avait une politique fortement antinazie, Mustafa Kemal se réconcilie avec la Grèce de Venizélos et la France. Il se rapproche également de la Yougoslavie et de la Roumanie pour verrouiller les Balkans contre l'influence de l'Allemagne nazie. Il nomma le dönmeh Tevfik Rüştü Aras à la tête du Ministère des Affaires ÉtrangèresAlexandre Adler : Rendez vous avec l'Islam, p. 189.. La Turquie a par ailleurs accueilli de nombreux universitaires allemands d'origine juive fuyant le nazisme, comme Hirsch, Neumark, Eckstein, Reichenbach ou encore Richard von Mises et fut ensuite un lieu de transit pour un nombre encore mal connu (entre et ) de Juifs fuyant la ShoahIbid., 170 ; Dirk Halm et Faruk Sen, Exil sous le croissant et l’étoile, Paris, Turquoise, 2009 ; Arnold Reisman, Turkey's Modernization. Refugees from Nazism and Atatürk's Vision, Washington, New Academia Publising, 2006 ; Joseph B. Schechtman, The Mufti and the Fuehrer. The Rise and Fall of Haj Amin al-Husseini, New York-Londres, Thomas Yoseloff 1965, 154 ; Stanford Jay Shaw, Turkey and the Holocaust, New York-Londres, New York University Press/MacMillan Press, 1993 ; Frank Tachau, « German Jewish Emigrés in Turkey », dans Avigdor Levy (dir.), Jews, Turks, Ottomans. A Shared History, Fifteenth Through the Twentieth Century, New York, Syracuse University Press, 2002, 233-245.. Le consul de Turquie à Rhodes, Selahattin Ülkümen, a été Juste parmi les nations en 1990.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Turquie présidée par Ismet Inönü reste neutre avec une situation ambiguë, en , des négociations aboutissent à un pacte anglo-turc et l'on prépare un pacte entre la Turquie, la France et le Royaume-Uni s'engageant à se porter assistance en cas d'agression contre la Turquie et en Méditerranée orientale. Ankara signe un pacte d'amitié turco-allemand le , et ne déclare la guerre à l'Allemagne que fin .

Indes orientales néerlandaises À la fin des années 1930, les Japonais diffusaient dans les Indes orientales néerlandaises (qui comptaient alors près de 60 millions de musulmans) de la propagande indiquant que l'empereur Hirohito allait finir par se convertir à l'islam et qu'il prendrait à cette occasion la tête d'un .