L'École nationale des chartes - PSL (ENC) est une grande école française fondée en 1821 et spécialisée dans la formation aux sciences auxiliaires de l'histoire.
Placée sous la tutelle du ministère de l’Enseignement supérieur, elle possède le statut de grand établissement et est un « établissement-composante » de l'université Paris sciences et lettres (PSL).
Elle est installée depuis 2017 au 65, rue de Richelieu, dans le arrondissement de Paris, après avoir été pendant longtemps sise en Sorbonne (1897-2017), et avant cela à l'hôtel de Soubise (1846-1897) et dans le Quadrilatère Richelieu (1830-1846).
Ses élèves sont soit des élèves fonctionnaires-stagiaires recrutés par concours, soit des étudiants de Master recrutés sur dossier (depuis 2005), soit des doctorants (depuis 2011). Les premiers reçoivent le diplôme d’archiviste paléographe après avoir soutenu une thèse d'établissement (et non de doctorat) et exercent généralement comme conservateurs du patrimoine, conservateurs des bibliothèques ou enseignants-chercheurs ; les seconds obtiennent un diplôme de master en humanités numériques et, en sus des débouchés traditionnels de l'École dans les métiers de la conservation du patrimoine et de l'enseignement supérieur ou de la recherche, peuvent devenir chefs de projet dans les nouvelles technologies.
L’École nationale des chartes a la particularité de proposer de nombreux enseignements, rarement réunis au sein d'un même cursus ; cette originalité fait d'elle une institution à part dans le paysage universitaire mondial. Parmi ses anciens élèves, on compte ainsi deux prix Nobel de littérature (François Mauriac et Roger Martin du Gard), nombre d'académiciens, de chercheurs et de hauts fonctionnaires.
Histoire La naissance et les débuts de l'École (1821 - 1839)
Créée par ordonnance de Louis XVIII le Ordonnance royale du portant création d'une École des chartes, dans Bibliothèque de l'École des chartes, 1839-1840, tome 1, ., l'École des chartes s'enracine néanmoins dans l'héritage révolutionnaire et napoléonien. En effet, la Révolution, avec ses confiscations, la suppression des congrégations et le transfert de compétences de l'Église à l'État, implique un changement radical y compris dans le domaine de la culture.
Dès 1793, le feudiste Antoine Maugard proposait, devant le comité d'instruction publique de la Convention, un projet d'enseignement historique et diplomatique ; celui-ci ne fut pas retenu et on oublia même jusqu'à son existenceProjet retrouvé en 1891 par Gustave Servois, garde général des Archives nationales : « Projet d'un enseignement historique et diplomatique à la Bibliothèque nationale sous la Convention », Bibliothèque de l'École des chartes, 1891, tome 52, .. C'est finalement le philologue et anthropologue Joseph-Marie de Gérando, baron d'Empire et secrétaire général du ministre de l'Intérieur Champagny, qui est à l'origine de l'institution. Il propose à Napoléon en 1807 le projet d'une école formant de jeunes savants aux travaux historiquesLettre du baron de Gérando à M. Martial Delpit, , dans Bibliothèque de l'École des chartes, 1839-1840, tome 1, .. Ce dernier étudie avec attention la proposition, souhaitant même développer une « école spéciale d'histoire » beaucoup plus largeAuguste Vallet de Viriville, « Notes et documents pouvant servir à l'histoire de l'école royale des chartes. Recherches sur le projet présenté à l'Empereur en 1807, par le baron de Gérando », dans Bibliothèque de l'École des chartes, 1848, tome 9, .. Néanmoins, l'envoi de Gérando en mission administrative en Italie marque un coup d'arrêt.
À la fin de l'année 1820, Gérando convainc le comte Siméon, philosophe et professeur de droit, ancien conseiller d'État sous l'Empire et alors ministre de l'intérieur, de l'intérêt de réaliser le projet, sur le modèle des grandes écoles, pour se vouer à « une branche de la littérature française »« Rapport adressé au roi le par M. le comte Siméon, ministre de l'Intérieur », dans Bibliothèque de l'École des chartes, 1839-1840, tome 1, ., l'étude des chartes. Le contexte des années 1820 est favorable à la création de l'École des chartes. D'une part, l'engouement romantique pour le Moyen Âge invite à former des spécialistes capables de renouveler l'historiographie française, en se fondant sur l'étude directe des archives et des manuscrits confisqués sous la Révolution. Se fait également sentir le besoin d'entretenir une certaine branche de l'érudition, issue notamment de la tradition mauriste, en péril par manque de collaborateurs instruits dans la « science des chartes et des manuscrits ». D'autre part, la conjoncture politique du milieu du règne de Louis XVIII, marquée par le retour des Ultras et une forte remise en cause de la monarchie constitutionnelle, influe sur la création d'une institution dont l'intitulé ne pouvait que renvoyer explicitement à la défense de la CharteLara Jennifer Moore, Restauring order. The École des Chartes and the Organization of Archives and Libraries in France, 1820-1870, Duluth (Minn.), Litwin Books, 2008..
L'ordonnance de 1821 prévoit que douze élèves soient nommés par le ministre de l'Intérieur, sur proposition de l'Académie des inscriptions et belles-lettresOrdonnance royale du , , dans Bibliothèque de l'École des chartes, 1839-1840, tome 1, op.cit. et rémunérésOrdonnance royale du , , dans Bibliothèque de l'École des chartes, 1839-1840, tome 1, op.cit. pendant les deux ans de leurs études. Ces dernières comprennent essentiellement de la paléographie et de la philologie dans un but purement utilitaire : les élèves doivent lire et comprendre les documents qu'ils seront chargés de conserverOrdonnance royale du , , dans Bibliothèque de l'École des chartes, 1839-1840, tome 1, op.cit.. Les professeurs et les élèves de l'école sont placés sous l'autorité du conservateur des manuscrits du Moyen Âge de la Bibliothèque royale, rue de Richelieu, Pierre Lespine, et sous celle du garde général des Archives du RoyaumeOrdonnance royale du , , dans Bibliothèque de l'École des chartes, 1839-1840, tome 1, op.cit..
Cette première expérience est peu concluante, en particulier parce qu'aucun débouché n'est réservé aux élèves. La première promotion, nommée en deux temps par l'arrêté ministériel du (pour le cours de la Bibliothèque royale) et par l'arrêté du (pour celui des Archives du royaume), fut la seule. Bien que l'Académie ait proposé une nouvelle liste de candidatsL'École, son histoire, son œuvre. Livre du centenaire, Paris, Auguste Picard, 1921, . et alors même que l'ordonnance du fixait la durée des cours à deux ansOrdonnance royale du , dans Bibliothèque de l'École des chartes, 1839-1840, tome 1, ., les cours doivent être suspendus le , faute d'auditeurs. Après une longue période de somnolence, le ministère de l'Intérieur désire néanmoins la réouverture de l'école. Rives, directeur du personnel du ministère, rédige avec la collaboration de Dacier un rapport sur la réorganisation de l'École et un projet d'ordonnanceMartial Delpit, « Notice historique sur l'École royale des Chartes », dans: Bibliothèque de l'École des chartes. 1839-1840, tome 1. ., proposés à par La Bourdonnaye, à l'origine de l'ordonnance du Ordonnance royale du contenant la réorganisation de l'École des chartes, dans Bibliothèque de l'École des chartes, 1839-1840, tome 1, .. L'école est désormais ouverte à tout bachelier mais, à la fin de la première année, six à huit élèves sont choisis sur concours ; ils reçoivent un traitement et suivent deux années supplémentaires de formation. À leur sortie, ils reçoivent le diplôme d'archiviste paléographe et se voient réserver la moitié des postes vacants dans les bibliothèques et archives. Le premier major est Alexandre Teulet. Les deux premiers professeurs sont Pierre Lespine et Champollion-FigeacH. Omont, « L'École royale des chartes en 1832 », dans Bibliothèque de l'École des chartes, 1927, tome 88, , ..
De 1829 à 1836, il existe également une École des chartes à Dijon...
Le « moment Guizot » et l'épanouissement de l'École de 1839 à la fin du Le « moment Guizot » favorise l'École, qui réussit rapidement à s'imposer dans le champ historique, en particulier celui du Moyen Âge. Le est fondée – entre autres par Louis Douët d'Arcq – la Société de l'École des chartesChronique et Mélanges, dans Bibliothèque de l'école des chartes. 1889, tome 50. ., qui publie la Bibliothèque de l'École des chartes afin de diffuser les travaux des chartistes. C'est l'une des plus anciennes revues scientifiques françaises. Dans l'esprit de l'histoire totale de Guizot, l'ordonnance du Ordonnance royale du 31 décembre 1846, dans Bibliothèque de l'École des chartes, 1847, tome 8, . réorganise profondément l'École et la scolarité pour plus d'un siècle. Les élèves, bacheliers, sont recrutés sur examen (bientôt transformé en concours) puis suivent une scolarité de trois ans. L'interdisciplinarité, caractéristique essentielle de l'École, est alors inscrite dans la réforme qui prévoit un éventail de six enseignements, dont certains ne sont encore enseignés nulle part ailleurs. Seconde innovation, une thèse d'établissement est instituée, la première soutenance publique ayant lieu en 1849. Un Conseil de surveillance est créé, composé du garde des Archives, du directeur de la Bibliothèque royale, du directeur de l'École et de cinq membres de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Enfin, l'école est dotée d'un nouveau statut et s'installe dans de nouveau locaux (voir plus bas). thumb|left|upright=1.2|Les élèves de la promotion 1867.
Dès le milieu du l'École des chartes fait figure de référence en EuropePaul Frédéricq, « L'enseignement supérieur de l'histoire à Paris, notes et impressions de voyage » in Revue internationale de l'enseignement, 1883, : « L'École des chartes m'a paru être une institution hors de pair. C'est, avec l'École pratique des hautes études, ce que l'enseignement historique offre de plus solide, de plus complet, de plus vraiment scientifique à Paris. Aussi l'étranger envie-t-il à la France son École des chartes, déjà ancienne, l'Allemagne, si bien outillée dans ses universités pour l'histoire et les sciences auxiliaires, ne possède rien d'analogue jusqu'à présent à ma connaissance. » : la pédagogie (grâce à des fac-similés de documents anciens) et la méthodologie de la recherche historique sont profondément renouvelées. Les élèves reçoivent des enseignements de paléographie, sigillographie, numismatique, philologie, classement des archives et des bibliothèques, géographie historique, système des monnaies et des poids et mesures, histoire des institutions politiques de la France, archéologie, droit civil, droit canonique et droit féodal. Les enseignements possèdent à la fois une visée scientifique et professionnelle.
Peu après son emménagement à l'hôtel Le Tonnelier de Breteuil, sept chaires sont instituées par le décret du : paléographie ; langues romanes ; bibliographie, classement des bibliothèques et des archives ; diplomatique ; institutions politiques, administratives et judiciaires de la France ; droit civil et droit canonique du Moyen Âge ; archéologie du Moyen Âge. Mis à part des modifications de détail, elles demeurent inchangées jusqu'en 1955.