Le fusil à verrou Ross Mark III est l'arme réglementaire des forces armées du Canada avant et pendant la Première Guerre mondiale. Créé par un Écossais, le , il est adopté officiellement par l'armée canadienne en et par la Gendarmerie royale du Canada en 1905, dans sa version Mark I. Dotée d'un verrou à armement rectiligne, l'arme tire une munition spécifique et est très précise. Mais elle présente de graves défauts et est modernisée et modifiée en version Mark II, puis Mark III en 1914. Pendant la guerre de tranchées, ce fusil s'avére bien vite impropre au combat dans la boue et dangereux pour ses utilisateurs, et est remplacé par le fusil Lee-Enfield Mark III sur le front après avant d'être officiellement déclassé en .

Historique

Conception et premiers déboires vignette|gauche|Un Ross Mark IIIB avec une baïonnette datant de 1910. vignette|Vue de la fabrique du fusil Ross au Québec. vignette|Soldats remettant les cibles atteintes avec un fusil Ross en 1915 au Camp Barriefield. Le fait que le Royaume-Uni ait refusé au Canada l'autorisation de fabriquer des Lee-Enfield durant la guerre des Boers (1899-1902) offrit à son concepteur Charles Ross, un baron écossais soutenu par le ministre de la Milice et de la Défense Sir Frederick William Borden, l'occasion de présenter cette arme comme alternative pour l'équipement de la milice canadienne au gouvernement du Premier ministre du Canada Wilfrid Laurier.

L'annonce de la construction d'une usine pour la production de ce fusil est faite à la mi-. La Ross Rifle Company s'établit dans la ville de Québec, dans les Plaines d'Abraham, en 1903.

La commande initiale porte sur qui doivent être livrés en 1903 mais seulement sont fabriqués en 1905. L'acier du canon vient de Pittsburgh. Le bois de la crosse est européen. Les pièces forgées comme le percuteur ou la gâchette sont fabriquées à Hartford (Connecticut). Le cadre de métal est confectionné à Attleboro, dans le Massachusetts.

Sur les exemplaires expédiés à la Police montée du Nord-Ouest, on recense et incidents plus ou moins graves en 1906 dont une blessure à l’œil due à un retour de culasse. Ils sont rappelés par le fabricant la même année.. Pour chaque fusil produit, on calcule que le gouvernement a déboursé , soit plus que le salaire moyen annuel au Québec à la même époque.. vignette|gauche|Culasse d'un fusil à verrou canadien Ross Mark III, version entrée en service en 1914.

Ross surmonte cette crise avec le soutien de nombreux politiciens, affichant sa volonté de répondre à la demande de modification de la version d'origine. Le Mark II remplace entièrement la première version en 1911.

Au , ont été livrés sur les .. En , la quasi-totalité des troupes canadiennes sont équipées de la version Mark III mise en service cette année-la. Plus lourde, elle comprend un magasin plus grand et une hausse montée derrière le coupleur de chargeur.

Le , le ministre de la défense Sam Hughes, ami de Charles Ross, commande supplémentaires pour équiper le corps expéditionnaire canadien.

L'épreuve du feu Le déploiement massif de l'arme sur le front de l'Ouest début 1915 montre rapidement les faiblesses de ce fusil. : son poids de 4,5 kg est considéré comme trop élevé pour les manœuvres rapides sur le champ de bataille ; sa longueur de 1,50 m est jugée trop grande pour les espaces confinés de la tranchée (la taille moyenne du soldat canadien en 1914 est de 1,60 m) ; en raison de sa conception complexe, les utilisateurs remontent souvent mal sa culasse fonctionnant par un mouvement de traction rectiligne, conduisant à ce que le fusil s'enraye ; la baïonnette tombe souvent lors du tir ; le magasin est mal conçu ; un mauvais mécanisme d'alimentation en munitions rend le tir rapide difficile ; le cran de sûreté coupe souvent le pouce du soldat l'utilisant ; son filetage ne supporte pas la saleté qui bloque souvent la culasse, tant en position ouverte que fermée ; les munitions britanniques ne correspondent pas aux normes canadiennes plus pointues. La munition canadienne D.A. 1914 Mark VII est en effet d'un calibre légèrement plus petit que le .303 British standard.

Les problèmes ont culminé avec la seconde bataille d'Ypres, de nombreux soldats canadiens aux abois se débarrassent de leur arme pour récupérer des Lee-Enfield de leurs camarades britanniques tués et blessés ou des armes prises à l'ennemi. Sur les de cette bataille, plus de se sont débarrassés de leur fusil Ross.

Sir Edwin Alfred Hervey Alderson, commandant le corps expéditionnaire canadien, présente un document indiquant les carences de l'arme et que 85 % des troupes canadiennes ne souhaitent plus s'en servir. Hughes est furieux, il envoie à gradés un courrier qui prend la défense du fusil Ross et qui met en cause Alderson. Celui-ci demande alors à ses subordonnés de rédiger des rapports sur l'efficacité du fusil Ross. Richard Turner envoie une copie de cet ordre à Hughes et tente de ralentir l'envoi des rapports..

Malgré le refus de Hughes d'autoriser le remplacement de ce fusil, le field-marshall Sir John French, commandant le corps expéditionnaire britannique, ordonne le que la Division canadienne soit équipée de fusils britanniques Lee-Enfield. En , son successeur, le général Sir Douglas Haig en consultation avec Hervey Alderson ordonne le remplacement des Ross dans l'ensemble des forces canadiennes en France.

Il est officiellement remplacé en mais reste en service chez les tireurs d'élite..

En , le ministre Sam Hughes qui continuait à défendre le Ross est écarté du cabinet du Canada.

La production descend à quelques fusils par jour, avant de cesser complètement, le . Le gouvernement canadien saisit les bâtiments de l'usine quelques jours plus tard et verse deux millions de dollars de dédommagement à Ross, mais l'idée initiale de reconvertir l'usine pour la production de Lee-Enfield est abandonnée car cela nécessiterait deux années de travaux. En , le programme du fusil Ross a coûté de dollars canadiens, soit environ de dollars valeur 2014. En , l'usine des Plaines est démolie, pour faire place à une vaste citerne souterraine.

Autres utilisateurs Un total de Ross ont été fabriqués, dont ont été achetés par le gouvernement britannique. Une partie de ceux-ci seront livrés aux armées blanches, aux pays baltes et à l'Arménie durant la guerre civile russe.

Voici, selon le forum spécialisé Military Surplus Collectors, la destination des armes au fil du temps : Fusils Ross Mk111B (Mark IIIB) commandés par le gouvernement britannique, . Effectivement livrés: ; Repris par le Royaume-Uni en échange de fusils Lee-Enfield Mark III : ; Achetés par l'Amirauté britannique et fournis aux États-Unis en 1915 : 750 ; Environ aux États-Unis pour l'entraînement des troupes après l'entrée en guerre en 1917 : Environ par le Royaume-Uni, fournis à la république d'Arménie, tous récupérés par l'URSS ; Environ par le Royaume-Uni, fournis aux Pays Baltes durant les guerres d'indépendance lettone et estonienne, tous récupérés par l'URSS ; , dont des Ross, sont fournis aux armées blanches en Ukraine durant la guerre civile russe ; Quelques milliers de fusils Ross provenant d'URSS sont livrés à l'armée populaire de la République espagnole durant la guerre civile espagnole. En 1920-1921, la milice canadienne a en stock Ross ; Achetés sur ce stock canadien en 1940 pour une utilisation dans la Home Guard : ; Ce qu'il reste du stock canadien est détruit dans les années 1950 ou vendu à des particuliers.

Dans les années 1920, environ sont utilisés par l'armée britannique. Durant la Deuxième Guerre mondiale, on distribue des fusils Mark 3 Ross à la Marine royale canadienne, à la Garde territoriale des anciens combattants, aux unités de patrouille côtière, aux dépôts d'entraînement, à la British Home Guard, aux Soviétiques et, en 1945, au Corps de la Garde Grand-Ducale.

Le mécanisme de l'arme fut néanmoins repris pour des armes de chasse et de tir sportif.

Bibliographie .

Notes et références

Catégorie:Arme de la Première Guerre mondiale Catégorie:Arme de la Seconde Guerre mondiale Catégorie:Arme de police Catégorie:Arme militaire fabriquée au Canada Catégorie:Fusil