Gabriel Henri Marie Robert d'Harcourt, né le à LumignyArchives de la Seine-et-Marne, commune de Lumigny, acte de naissance , ( et 115/177) (sans mention marginale de décès) et mort le à Pargny-lès-Reims, est un intellectuel catholique français, germaniste, essayiste et résistant.

Biographie Deuxième fils et quatrième enfant du comteCe titre est dit de courtoisie car il n'a pas d'existence légale. Pierre d'Harcourt et d'Adélaïde-Alix de Mun. Il est le neveu de l'homme politique catholique et académicien Albert de Mun, demi-frère de sa mère, ainsi que celui de François d'Harcourt, duc d'Harcourt.

Élevé dans un milieu aristocratique, il est éduqué par des précepteurs, clercs puis laïcs, jusqu'au baccalauréat. Il est étudiant à partir de 1900 à l'Institut catholique de Paris, d'où il sort licencié en lettres classiques (1902), en histoire (1903) et en allemand (1905). Il prépare ensuite une thèse de doctorat sur le poète et romancier suisse Conrad Ferdinand Meyer, soutenue en Sorbonne en 1912. Une de ses tantes, Jeanne de La Tour du Pin, lui lègue une ferme dans le Nivernais en 1906 ; cet héritage lui permet de financer ses séjours en Allemagne et en Autriche.

Son premier engagement date de , au temps de la querelle des inventaires qui suit la loi de séparation des Églises et de l'État de 1905 ; à , ce catholique pratiquant est brièvement arrêté avec son frère aîné Joseph lors de l'inventaire de la basilique Sainte-Clotilde de Paris, puis arrêté à nouveau, inculpé de voies de fait pour avoir lancé des projectiles sur des pompiers du haut d'un confessionnal de l'église Saint-Pierre-du-Gros-Caillou ; il est condamné à de prison avec sursis, , , , , .. Il milite ensuite à l'Action française et préside sa section du de Paris avant la Première Guerre mondialeL'Action française, , , , , , , .

Il épouse en la fille du prince Pierre de Riquet de Caraman-Chimay, la comtesse Ghislaine de Caraman-Chimay ( - )Le Gaulois, , , .

À l', alors qu'il avait été réformé en raison de sa myopie prononcée, il se met à disposition de l'état-major du général d'armée Léon Durand avec son automobile. Une fois la guerre de mouvement terminée, il se porte volontaire pour servir dans la du d'infanterie commandée par son ami Jacques Cochin. Il porte le grade de sergent. Il est fait prisonnier en lors d'une offensive de son régiment visant à reprendre le Xon, une hauteur qui domine Pont-à-Mousson, et tente par trois fois de s'évader. Il reçoit la croix de guerre, la médaille militaire et la Légion d'honneur et conserve de cette guerre une balafre au bas de son visage, issue d'une blessure à la mâchoire en 1915, et le bras droit en écharpe, à la suite de sa troisième tentative d'évasion en 1917.

Il préside à nouveau la section d'AF du après la guerre, durant l'L'Action française, , , , , , , , , , , . Ses souvenirs de captivité paraissent dans les pages de la Revue universelle puis sont publiés en 1922 par la Nouvelle librairie nationale, liée à l'AF. La condamnation pontificale de l'AF et le refus des dirigeants royalistes et nationalistes de se plier aux pressions de la hiérarchie de l'Église catholique l'amènent à rompre avec l'AF, mais sans renier son ancien engagement, son royaliste et sa fidélité au prétendant au trône de France, et en soulignant son admiration pour l'enseignement de Charles MaurrasL'Action française, (Lettre de Robert d'Harcourt), , (Lettre de R. d'Harcourt), L'Écho de Paris, (Lettre de R. d'Harcourt), Jacques Prévotat, Les milieux catholiques d’Action française, dans Michel Leymarie, Jacques Prévotat (dir.), L’Action française: culture, société, politique, Presses universitaires du Septentrion, 2008 (Lire en ligne).

Cet aristocrate enseigne à partir de 1920 la langue et la littérature germaniques à l'Institut catholique de Paris, jusqu'à sa retraite en 1957. Il est professeur titulaire de la chaire de cet enseignement en 1925... Il poursuit ses séjours en Allemagne et en Autriche.

Sa connaissance de l'Allemagne le conduit à dénoncer dès 1933 le caractère néfaste du régime nazi dans de nombreux articles, de revues (Études, Revue des Deux Mondes) et de journaux, comme La CroixR. d'Harcourt, « Hitleriana ou l'épuration du calendrier », La Croix, , , L'Écho de Paris, Le Correspondant, ou Le Figaro. En , il donne à La Revue des Deux mondes un article sur « la terreur hitlérienne ». En 1936, il publie L'Évangile de la force, son ouvrage le plus célèbre, dans lequel il s'élève notamment contre l'embrigadement des jeunes Allemands au sein des mouvements nazis et il souligne l'incompatibilité radicale entre l'idéologie raciste nazie et le christianismeMichel Grunewald, « Un témoin engagé de la renaissance de l'Allemagne : Robert d'Harcourt et les Allemands (1945-1958) » Dans : Patricia Oster/Hans-Jürgen Lüsebrink, Am Wendepunkt : Deutschland und Frankreich um 1945 : zur Dynamik eines transnationalen kulturellen Feldes, Transcript Verlag, 2008, .. Il donne également des conférences sur l'Allemagne d'Hitler. Il dénonce le catholique Franz von Papen et le cardinal archevêque de Vienne Theodor Innitzer qui accueillit favorablement l'AnschlussJean Chaunu, La chrétienté paradoxale, Francois-Xavier de Guibert, 2017 . Il collabore à la fin des au quotidien L'Époque d'Henri de Kérillis et soutient ce dernier dans sa croisade contre le danger hitlérien et les accords de Munich de 1938 :

Il a écrit dans ce journal après ces accords :

Durant l'Occupation, Robert d'Harcourt devient une des figures de la résistance intellectuelle en s'engageant dans la presse clandestine, Témoignage chrétien et Défense de la France, Naissance de la Résistance dans la France de Vichy : 1940-1942 ; idées et motivations, Éditions Champ Vallon, 1989, ., et en publiant tracts et brochures, telles ses Lettres à la jeunesse française, à partir de 1941, imprimées à ses frais et publiées sous le pseudonyme H. B. (Harcourt-Beuvron).Bernard Comte, L'honneur et la conscience: catholiques français en résistance (1940-1944), Éditions de l'Atelier, 1998, Jean de La Rochefoucauld, « Robert d’Harcourt, témoin exigeant du couple franco-allemand », dans la Revue des deux mondes, 25 octobre 2016. Harcourt-Beuvron : du nom de la branche de sa famille.. Son fils aîné, Pierre, est arrêté et emprisonné en 1941, son deuxième fils, Charles, en 1943 et ces deux résistants sont déportés au camp de concentration de Buchenwald. Son frère ainé, Joseph, est quant à lui mort en 1940 durant la campagne de France.

vignette|Carte de visite manuscrite de Robert d’Harcourt (1881–1965), intellectuel catholique français.

Avec Ernest Seillière, Jean Tharaud, René Grousset et Octave Aubry, il est une des cinq personnes élues le à l'Académie française lors de la première élection groupée de cette année visant à combler les très nombreuses places vacantes laissées par la période de l'Occupation. Il est reçu le par Georges Grente, archevêque du Mans et académicien, au , celui du maréchal Louis Franchet d’Espèrey.

Il collabore au quotidien démocrate-chrétien L'Aube, à la Revue de Paris, à l'hebdomadaire Carrefour, en tant que spécialiste de l'Allemagne.

Il préconise très tôt la réconciliation franco-allemande. Il est membre du conseil d'administration d’un club de réflexion international, conservateur et chrétien, fondé à Munich en 1951, la Abendländische Akademie (Académie occidentale) aux côtés de personnalités surtout allemandes liées à la CDU/CSU, et de quelques autres personnalités françaises, catholiques (Paul Lesourd, également professeur à l’Institut catholique, Gabriel Marcel) ou protestantes (René Gillouin)Guido Müller, Vanessa Plichta, « Zwischen Rhein und Donau. Abendländisches Denken zwischen deutsch-französischen Verständigungsinitiativen und konservativ-katholischen Integrationsmodellen 1923-1957 », in Revue d’histoire de l’intégration européenne, 1999, , , (en ligne sur ceru.public.lu).

Il est aussi membre du comité national de l'Amitié judéo-chrétienne, présidé par Jacques Madaule, et cosigne un de ses textes en 1953, déplorant , à l'occasion de l'affaire FinalyParis-presse, L’Intransigeant, , .

Il cosigne en 1954 une déclaration en faveur de la Communauté européenne de défense (CED)« Le général Béthouart le cardinal Saliège et douze personnalités signent une déclaration pour la C.E.D. », Le Monde, . Dans le contexte de la guerre d'Algérie, il cosigne en 1960 le Manifeste des intellectuels français pour la résistance à l'abandonJean-Pierre Rioux, Jean-François Sirinelli (dir.), La Guerre d'Algérie et les intellectuels français, Complexe, 1991, , « Un manifeste d'intellectuels français s'élève contre " un certain nombre de déclarations scandaleuses " », Le Monde, .

Le comte Robert d'Harcourt, mort le peu de temps après sa femme, repose au cimetière de Pargny-lès-Reims.

Distinctions par décret du Chevalier, à titre militaire, par décret du Officier par décret du , avec palme (citation à l'ordre de l'armée), le , avec deux étoiles de vermeil (deux citations à l'ordre du corps d'armée)

Hommage Une rue porte son nom à Pargny-lès-Reims.

Publications C. F. Meyer, sa vie, son œuvre (1825-1898), 1913 Souvenirs de captivité et d'évasions 1915-1918, 1922 La Jeunesse de Schiller, 1928 L'''Éducation sentimentale de Goethe, 1931 Goethe et l'Art de vivre, 1935 L'Évangile de la force, le visage de la jeunesse du , 1936 Catholiques d'Allemagne, 1938 Le Nazisme peint par lui-même, 1946 Les Allemands d'aujourd'hui, 1948 La Religion de Goethe, 1949 Visage de l'Allemagne actuelle, 1950 L’Allemagne est-elle inquiétante ?, 1954 Konrad Adenauer, 1955 L'Allemagne d'Adenauer, 1958 L'Allemagne et l'Europe, Allemagne européenne, 1960 L'Allemagne, d'Adenauer à Erhard, 1964

Traducteur de L'Esprit de la liturgie, de Romano Guardini, Paris, Plon, 1930, original allemand en 1918.

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Maison d'Harcourt Résistance spirituelle au nazisme en France

Liens externes

Jean de La Rochefoucauld (arrière petit-fils de R. d'Harcourt), « Robert d’Harcourt, témoin exigeant du couple franco-allemand », dans la Revue des deux mondes, (Lire en ligne) Anne Karakatsouli, « Robert d’Harcourt, un opposant catholique au nazisme », dans la Revue des deux mondes, (Lire en ligne) Nouvelles de l'Institut catholique de Paris'', 1982, n° spécial consacré à Robert d'Harcourt(Lire en ligne) Discours de réception à l'Académie française de Jean Mistler, en l'honneur de son prédécesseur Robert d'Harcourt, (Lire en ligne)

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