François-Georges Dreyfus, né le à Paris, où il est mort le à l’hôpital Saint-Joseph., est un historien et politologue français.
Professeur d'histoire et de science politique à l'université de Strasbourg, puis à l'université Paris IV-Sorbonne, il est l'auteur de nombreux ouvrages sur l'Allemagne contemporaine et sur la France du .
Il a dirigé l'Institut d'études politiques de Strasbourg (1969-1980), le Centre d'études germaniques et l'Institut des hautes études européennes (1980-1992).
Défenseur de l'orthodoxie luthérienne, il a été président du conseil presbytéral de l'église luthérienne des Billettes. Gaulliste depuis son adhésion au RPF en 1947, il était politiquement engagé à droite.
Biographie Jeunesse et itinéraire personnel Issu d'une famille alsacienne de confession juive, François-Georges Dreyfus avait onze ans quand éclata la Seconde Guerre mondiale. Obligé de se cacher il fut accueilli par une famille qui l'hébergea jusqu'à la fin de la guerre.
Il se convertit au protestantisme après guerre. Cette appartenance religieuse explique en grande partie la double direction donnée à ses recherches, sur l'Allemagne contemporaine et les questions religieuses. Parmi les professeurs qui l´ont marqué, il cite les noms de Pierre Renouvin, Jean-Baptiste Duroselle et André Siegfried. Sous l'impulsion de Fernand Braudel et d'Ernest Labrousse, il oriente sa carrière vers l'étude de l'histoire du monde germanique« François-Georges Dreyfus », Entretien, La Nouvelle Revue d'histoire, 42, mai-juin 2009, 10-14.
Carrière universitaire Après la guerre, François-Georges Dreyfus commence ses études en Sorbonne puis à l'université Johannes Gutenberg de Mayence. Agrégé d’histoire en 1953, année de son mariage avec Nicole Fourment, il devient enseignant au Lycée Fustel-de-Coulanges de Strasbourg, poste qu'il occupe jusqu'en 1958. Son passage de trois ans au CNRS le mène ensuite à se spécialiser dans l’histoire du et dans la science politique, et à soutenir deux thèses de doctorat, l'une sur La Société urbaine en Rhénanie et particulièrement à Mayence dans la seconde moitié du ., et l'autre sur Les Élections législatives en Alsace, 1919-1936 (1968)..
Il est ensuite professeur à l'université de Strasbourg puis à la Sorbonne ; à sa retraite il devient professeur émérite de l'université Paris IV-Sorbonne. Il a dirigé l'Institut d'études politiques de Strasbourg, l'Institut des hautes études européennes et le Centre d'études germaniques.
Il est l'auteur de nombreux ouvrages de synthèse, notamment sur l'histoire de l'Allemagne des .
Débats sur ses ouvrages
La publication en 1990 d'une Histoire de Vichy, qui se base en partie sur les travaux de l'historien et écrivain Robert Aron et sur le livre de Gérard Miller Les Pousse-au-jouir du maréchal Pétain (1975)Mensuel L'Histoire n°141, février 1991 , p. 64. François-Georges Dreyfus exerçant son droit de réponse suite aux critiques de son livre "Histoire de Vichy" faites par Henry Rousso, y écrit : "C'est en partant des ouvrages de Paxton (La France de Vichy) et de Miller (Les Pousse-au-jouir du Maréchal) que j'ai tenté de réécrire une histoire de Vichy différente.", vise à réhabiliter partiellement le rôle joué par l'État français. Sans aller jusqu'à réactiver totalement la thèse d'un « double jeu » de Vichy, François-Georges Dreyfus tend à souligner l'importance et la réalité des forces d'opposition à l'occupant présentes au sein de l'entourage même du maréchal Pétain (Dreyfus s'attache particulièrement au cas de l'amiral François Darlan) et qui constituèrent, selon lui, dès 1940 un frein à l'effort de collaboration. Il estime également que la politique économique de Vichy a préparé l'avènement des Trente Glorieuses.
Si certains critiques trouvent l'ouvrage « stimulant » pour alimenter un débat historiographique non clos, ils n'en pointent pas moins la partialité de l'auteur, ses inexactitudes ainsi que le traitement plus événementiel qu’analytique de l'ouvrageHenry Rousso, « Quand Vichy est soumis à "révision" » (controverse), in L'Histoire, , décembre 1990, ; « Vichy soumis à "révision" (suite) » (controverse), in L'Histoire, , février 1991, . Bruno Modica, recension de l'ouvrage in Les Clionautes, 25 décembre 2004, article en ligne.
Divergeant fortement des conclusions de Robert O. Paxton, qui renouvela l'analyse historique de Vichy dans les années 1970 en dénonçant précisément la thèse du « double-jeu », cet ouvrage a été vivement critiqué dès sa publication : Henry Rousso y voit un manque de « rigueur intellectuelle » et de « déontologie universitaire ». François-Georges Dreyfus, exerçant son droit de réponse, lui répondra dans le mensuel L'Histoire de Mensuel L'Histoire n°141, février 1991 , pages 64 et 65 : "Le livre de François-Georges Dreyfus, "Histoire de Vichy" (Perrin), avait provoqué de vives critiques de la part d'Henry Rousso ("L'Histoire" n°139, p.82). Ce dernier reprochait à l'ouvrage de servir le discours de l'extrême-droite en réhabilitant la thèse du "double jeu" de Pétain. Il constatait aussi que François-Georges Dreyfus ne tenait aucun compte dans sa démonstration, des plus récents résultats de la recherche historique. François-Georges Dreyfus, exerçant ici son droit de réponse, nous a demandé de publier cette mise au point. Nous l'insérons, accompagnés des commentaires d'Henry Rousso".
Paxton écrit à ce sujet en 1997
L'historienne Michèle Cointet a dressé un compte-rendu de l'ouvrage, indiquant que "Le projet de Fr.-G. Dreyfus était sans doute de jouer les intermédiaires entre (le) public non spécialisé, peu au fait des ouvrages scientifiques et la recherche historique vivante et active, élaborée dans les thèses, les colloques et les ouvrages de recherches originales"Revue belge de philologie et d'histoire, année 1992, Vol. 70, .
L'historienne et politologue Isabel Boussard, dans son compte rendu de l'ouvrage décrit celui-ci comme "Une somme écrite sans aucun parti pris ni la moindre complaisance". L'idée centrale étant "qu'il n'y a pas un mais plusieurs Vichy dans le temps mais aussi dans la politique en raison même ailleurs des aspirations de la France profonde de 1939 peu favorable à la guerre hostile au parlementarisme et au communisme".
Son Histoire de la Résistance, parue en 1996 et préfacée par l'abbé de Naurois a également été critiquée par certains.
L'historien britannique Julian T. Jackson est allé jusqu'à le qualifier d’« apologie de Vichy »Julian T. Jackson, in La Ligne d'ombre , mai 2007..
Pour autant, l'Historien français Olivier Wieviorka est plus nuancé, considérant l'ouvrage comme "un livre hâtif et partisan" tout en soulignant que son auteur est "Désireux de ne pas minimiser le régime vichyste"Olivier Wieviorka, in Vingtième Siècle. Revue d'histoire, , octobre - décembre, 1996, . L'Express estime également que cet ouvrage « insiste, de manière souvent neuve et avec un grand souci d'objectivité, sur la diversité des idéologies à l'intérieur du mouvement, du marxisme au nationalisme, et sur le rôle fédérateur de De Gaulle ».
En outre, certains des livres de François-Georges Dreyfus ont été décriés par Jacques Ridé pour leurs « inexactitudes »Revue d'histoire moderne et contemporaine, -4, 1993, . (il relève ainsi 258 erreurs sur les titres en allemand dans un seul ouvrage, ainsi que des « chiffres erronés » et des erreurs de datesJacques Ridé, « Une bien curieuse Histoire de l’Allemagne contemporaine (1815-1990) », Études germaniques, octobre 1992.), et leur biais idéologiqueRevue d'histoire moderne et contemporaine, -4, 1993, . Également : « Non seulement bâclé, mais aussi malhonnête » selon Jacques Ridé (Études germaniques, octobre 1992, ).. Selon l'historien Henry Rousso, François-Georges Dreyfus est caractéristique des révisions « infondées » de l’Histoire par le courant national-populiste.. Pour Vingtième Siècle. Revue d'histoire, il est « parfois plus polémiste qu’historien », et « des erreurs surprenantes traduisent un manque de familiarité avec le sujet traité et une hâte préjudiciable à la qualité de l’ouvrage. »Vingtième Siècle. Revue d'histoire, , avril 1992, . Louis Arenilla estime cependant que son étude sur Le Reich (1998) constitue « une bonne synthèse » sur le sujetPolitique étrangère, année 1999, vol.64, ..
Condamnation pour plagiat
François-Georges Dreyfus est condamné en 1992 pour « contrefaçon partielle » de l'historien Pascal Ory. L'accusé avait plaidé la bonne foi et indiqué que « M. Ory m'a largement utilisé, lui aussi, et sans me citer!»Un exemple du plagiat, cité par Hélène Maurel-Indart sur son site consacré au plagiat : leplagiat.net, lire en ligne ; Daniel Bermond, « De l'usage du plagiat chez les historiens », L'Histoire, , février 1993, , lire en ligne,
L'historien Henri Ménudier, dans un texte au ton virulent, l'a mis en cause pour avoir "plagié de larges extraits des pages 27 à 41 de mon livre Système politique et élections en République fédérale d' Allemagne (Berne, Peter Lang, 1988). Les pages 476 à 488 de son chapitre sur la RDA plagient partiellement ou en totalité les pages 21 à 58 de mon livre La RDA, 1949-1989. Du stalinisme à la liberté (Asnières, Paris III, Institut d'allemand, 1 990)".
Pour autant il indique que "Vingt années de coopération avec F.- G. Dreyfus, notamment autour de la Revue d' Allemagne, m'empêchent de lui faire un procès", indiquant avoir trouvé un accord avec " Michel Prigent, de la direction éditoriale des PUF, l'auteur et moi-même [...] La seconde édition de L' Allemagne contemporaine 1815- 1990 comportera une note placée en un endroit choisi en commun, indiquant que la lrc édition contenait des citations importantes non référencées" Vingtième Siècle. Revue d'histoire, , avril 1992, . Paragraphe « Le plagiaire » dans Jacques Ridé, « Une bien curieuse Histoire de l’Allemagne contemporaine (1815-1990) », Études germaniques, octobre 1992..
Plus étonnant cependant, Henri Ménudier a reproché à François-Georges Dreyfus d'avoir abusé de la confiance des lecteurs en s'auto plagiant, concluant : "Par honnêteté intellectuelle, F. -G. Dreyfus aurait dû signa1er qu'il resservait un plat vieux de vingt et un ans !"
L'écrivain Pierre Assouline parlera à ce propos de « cynisme de la photocopie »cf Pierre Assouline, Troyat avait bien recopié, in La République des livres, 25/11/2004, article en ligne.
François-Georges Dreyfus a pour sa part reconnu des emprunts, qu'il impute, par « maladresse et imprudence », à l'usage de photocopies destinées à des cours..
Engagement politique Engagé à droite, François-Georges Dreyfus fut adhérent au RPF dès novembre 1947, et ne démentit jamais son attachement aux idées gaullistes. Il fut ainsi secrétaire départemental pour le Bas-Rhin de l’Union démocratique du travail (UDT) en 1958, et à partir de 1961, de l’Union pour la nouvelle République (UNR), puis membre du comité central de l’UDR de 1965 à 1975. À cette date, il devint adjoint au maire de Strasbourg chargé des Affaires culturellesWho's Who France, 2005. En volume ou sur le site d'abonnés.
En , il signe un appel d'universitaires en faveur de la réforme du Code de la nationalité, lancé par Maurice Boudot, Michel Crouzet, Claude Polin, Claude Rousseau et Jacques Robichez..
François-Georges Dreyfus a été longtemps membre du Club de l'horloge — cercle de réflexion qui a entretenu des rapports épisodiques avec la « Nouvelle Droite » dans les années 1970 — et militant au RPR. Il a participé à des conférences du Club de l'horloge. Il fut également sympathisant du mouvement royaliste (en particulier de Restauration nationale), au sein duquel il a prononcé des conférences.