vignette|redresse=1|Ecce Homo, peinture d’Antonello de Messine vers 1473. Le Christ couronné devant la colonne.La Sainte Couronne ou couronne du Christ est, selon la tradition chrétienne, la couronne d'épines posée sur la tête du Christ avant sa crucifixion.
Cet instrument de la Passion, mentionné dans les Évangiles canoniques, selon Marc, Matthieu et Jean, est évoqué par les premiers Pères de l'Église comme Clément d'Alexandrie ou Origène. Faisant partie des reliques attribuées à Jésus, elle devient un symbole chrétien.
Plusieurs sanctuaires affirment posséder cette relique. L'archevêché de Paris prétend la posséder dans le trésor de la Sainte-Chapelle. Cette relique est traçable jusqu'au .
Il est également fait mention de la Sainte Couronne ou de l'un de ses fragments au Palais électoral de Munich, ainsi qu'en la basilique San Domenico de Bologne, à la cathédrale de Pise ou encore, à la cathédrale de Trêves., sans qu'il soit possible de déterminer si ces objets sont des reliques de première classe (don d'une Sainte Épine, enchâssée dans un reliquaire en forme de couronne d'épines) ou de reliques de contact (transfert de la sacralité de la Sainte Épine mise en contact avec un simple morceau de bois, devenant ainsi une relique)..
Le Christ et la Sainte Couronne Récit biblique du couronnement Le récit du couronnement est présent dans deux Évangiles synoptiques (Mc 15, 17 et Mt 27, 29 et dans la Bible Segond.) et dans l'Évangile selon Jean (Jn 19, 2 dans la Bible Segond.). Quelques textes de l'Évangile selon Luc le mentionnent, allant jusqu'à placer le couronnement lors de la mise en croix.
Jean rappelle que les soldats romains, dans la nuit du Jeudi au Vendredi saint, se moquèrent du Christ et de sa royauté en le coiffant ironiquement d'une couronne garnie d'épines. Peu de temps avant de gravir le Calvaire portant la pièce transversale de la croix sur son dos, Jésus subit de nouveau les brimades et les violences des soldats romains. À moitié évanoui, il s'effondre alors le long d'un trottoir en pierre, mouillé de son propre sang. Les soldats romains trouvent bien drôle qu'un Juif venant de la campagne puisse prétendre être roi. Aussi ils lui jettent sur les épaules une robe longue et placent un bâton dans sa main pour servir de sceptre. Pour terminer leur déguisement, ils eurent besoin d'une couronne. Des branches flexibles couvertes de longues épines (généralement utilisées pour attacher par paquets le bois de chauffage) sont tressées afin de leur donner la forme d'une couronne, laquelle est enfoncée dans son cuir chevelu, ce qui le fit saigner abondamment.
Historicité et iconographie de la Sainte Couronne
Si l'historicité de la crucifixion ne fait plus aucun doute pour la majorité des chercheurs, qui y voient des critères d'authenticité (critère d'embarras ecclésiastique, d'attestation multiple, de cohérence) John Paul Meier, « How do we decide what comes from Jesus », in The Historical Jesus in Recent Research, James D. G. Dunn et Scot McKnight, 2006, p. 126–136, les détails de l'exécution de Jésus sont davantage sujets à caution, certains chercheurs supposant que les évangélistes auraient pu ajouter des symboles théologiques..
Ainsi le couronnement parodique de Jésus au cours de sa Passion pourrait être un procédé littéraire des évangélistes voulant introduire une scène de dérision. provoquée par la soldatesque qui feint de rendre hommage à la royauté de Jésus en l'affublant d'attributs pseudo royaux (manteau pourpre, couronne tressée avec des rameaux d'un buisson épineux que la garde romaine avait sous la main.), références peut-être au Livre de Jérémie dans la Bible Segond.. Cependant, l'historicité de la couronne d'épines en elle-même fait consensus..
Ces mêmes évangélistes ne mentionnent pas la couronne d'épines sur la tête de Jésus lors de sa crucifixion.. La tradition iconographique de la « » (couronne d'épines en latin) figurant sur la tête du Crucifié est un parti pris des artistes médiévaux qui ont interprété docilement. les affirmations de théologiens médiévaux selon lesquelles le Crucifié garda sa couronne jusqu'à sa mort. Ce serait la Vierge, après la descente de croix, qui la lui enleva, se blessant aux doigts et mêlant ainsi son sang à celui de Jésus. En effet, la tradition iconographique montre d'abord le Christ à la tête nue puis au apparaît le Christus triumphans portant la « », diadème royal parfois réduit à un filet d'or orné d'une gemme sur le front. C'est à partir du , dans le cadre de la dévotion au Christus patiens (« Christ souffrant »), qu'apparaît l'iconographie de la couronne d'épines..
La relique de la couronne à travers l'Histoire De Jérusalem à Byzance () vignette|redresse|Le couronnement d'épines, Le Titien, vers 1570.
Après l’invention de la Vraie Croix par sainte Hélène en 326, la mère de Constantin recueille la même année d’autres reliques de la Passion (et notamment celle de la Couronne) conservées, selon la tradition, par des familles chrétiennes qui se les étaient transmises. Ces récits d’inventio sont, pour certains, des légendes imaginées à partir des années 350, le récit de l'Anonyme de Bordeaux qui raconte un pèlerinage à Jérusalem en l'an 333 ne mentionnant pas ces objets..
Les récits qui font état de l'existence de la Sainte Couronne apparaissent en effet dans la deuxième moitié du .. Ces récits légendaires d'identification d'objets bibliques ont ainsi pu répondre aux questions des pèlerins qui s'interrogeaient sur la présence ou l'absence remarquable de ces reliques à Jérusalem. Ils peuvent s'interpréter aussi comme une compétition entre les diocèses de Césarée et de Jérusalem, qui revendiquent chacun la primauté de l'Église dans la province palestinienne. La découverte et la détention de reliques, même fausses, à Jérusalem légitime alors la primauté de cette dernière..
En 409, Paulin de Nole, en la mentionnant parmi les reliques sacrées de la basilique du Mont Sion à Jérusalem, donne de la consistance à cette tradition tardive.. En 570, Antoine le Martyr, en pèlerinage, la trouve exposée à la vénération des fidèles dans la basilique..
Par crainte d’une invasion des Perses puis des Arabes, certaines reliques sont transférées de Jérusalem à Constantinople, capitale de l’Empire romain d’Orient. Elles enrichissent le trésor des empereurs byzantins. La date exacte du transfert de cette Couronne d’Épines est inconnue. Son authenticité ne peut être vérifiée. En 614, lorsque Jérusalem est conquise par les Perses, la Sainte Couronne n’y est déjà plus. Les Perses qui brûlent l’église du Saint-Sépulcre emportent comme trophées la Sainte Croix et d’autres reliques. Ainsi, selon la tradition, la Couronne est pieusement conservée et vénérée dans la chapelle impériale de Constantinople à partir du . D'après les différents témoignages, des épines ont été dispersées au cours des siècles par les dons effectués soit par les empereurs byzantins, soit par les rois de France. Il en existe environ soixante-dix, de même nature, qui s'en réclament originaires..
Sans totalement s’interrompre, son histoire s'obscurcit pour un temps. Il est certain qu'elle réapparaît à Constantinople avant le milieu du , puisqu’un fragment, nommément désigné, y est enfermé dans un reliquaire d’or émaillé dédicacé au nom de l’« empereur Constantin VII Porphyrogénète, monté en 913 sur le trône ». Ce reliquaire fut réalisé à Constantinople et rapporté à l'issue de la IV croisade en Allemagne par le chevalier Ulrich von Ulmen à Limbourg-sur-la-Lahn.
Aussi, dès le milieu du , comme en témoigne Constantin VII dans son Traité des Cérémonies, les empereurs d'Orient étaient parvenus à réunir une collection impressionnante de reliques de la Passion dont le nombre devait encore s’accroître sous leurs successeurs : entre 975 et 1098, la Couronne (peut-être pour elle en 1063) et les autres grandes reliques de la Passion furent transférée au palais des Blachemes à Constantinople puis regroupées alors peu à peu dans l’une des chapelles palatines, celle de la Vierge, dite du Phare.. C’est ce lieu sacré que les pèlerins occidentaux et orientaux évoquent aux . La Vraie Croix reste la principale relique jusqu'à ce qu'elle soit découpée en de nombreux morceaux distribués à de nombreux bénéficiaires, faisant douter de leur authenticité. Si bien que dès le d'autres reliques de la Passion s'autonomisent et prennent une importance croissante, en premier lieu la Sainte Couronne, signe pour les empereurs chrétiens que le Christ est roi.. C’est là, également, que Nicolas Mésaritès, garde des trésors des chapelles du Sacré Palais de Constantinople vers 1200, pouvait les observer quotidiennement. Dans un manuscrit, il a laissé la description des dix plus prestigieuses d’entre elles dont la Sainte Couronne :
La Couronne durant l'Empire latin d'Orient () Après le sac de Constantinople par les Croisés et les Vénitiens en 1204, les Croisés fondent l'Empire latin d'Orient qui existe jusqu'en 1261. Pour garantir un emprunt auprès de banquiers vénitiens, les empereurs latins gagent différentes reliques : la Sainte Couronne est ainsi mise en gage par Baudouin II de Courtenay par l'acte du bénéficiant au patricien de Venise, Nicolo Quirino, qui prévoit que le marchand vénitien devienne propriétaire de la relique si le prêt n'est pas remboursé en ..
Quelques années plus tard, Saint Louis souhaite se porter acquéreur de reliques christiques dont la Sainte Couronne. C'est ainsi qu'il est représenté sur le tableau Saint-Louis vénérant la Sainte Couronne. Son objectif est de dominer la chrétienté à la suite de la querelle des Investitures qui a affaibli la papauté et le Saint-Empire romain germanique. Il faut deux années de négociations pour conclure l’affaire avec Baudouin II de Courtenay car le roi tient à s’assurer de l’authenticité des reliques. Moyennant la somme astronomique de , soit la moitié du revenu annuel du domaine royal de France, la couronne est acquise en . Sous la conduite des dominicains Jacques et André de Longjumeau, elle prend la route vers Noël 1238. Elle fait escale à Venise afin d'y lever les gages qui l'affectent..
La couronne étant convoitée, notamment par Jean III Doukas Vatatzès, l'empereur byzantin replié à Nicée., la mission royale est accompagnée par plusieurs chevaliers, dont Giffard de Meaux, cadet de la maison des comtes de Meaux. Pour perpétuer ce souvenir, la famille de Meaux reçoit par agrément royal de nouvelles armoiries : d'argent à cinq couronnes d'épines de sable, 2, 2 et 1.. La couronne arrive à Venise. Elle est déposée au trésor de la basilique Saint-Marc. Après avoir fait vérifier les sceaux la protégeant et ordonné le paiement des sommes convenues par les marchands français de Venise, les ambassadeurs reprennent la route de la France sous une escorte renforcée par les troupes prêtées par Frédéric II sur la demande de Louis IX, afin de prévenir toute velléité vénitienne de conserver la couronne.
Le , la couronne fait son entrée solennelle à Villeneuve-l'Archevêque (Champagne) « Louis XI et la couronne d'épines », villeneuve-archeveque.com. accompagnée du roi, de son frère Robert d'Artois et de leur mère Blanche de Castille. Le a lieu l'office en la cathédrale Saint-Étienne de Sens car l'archevêque de Sens Gauthier Cornu porte le titre de « primat des Gaules et de Germanie », Paris dépendant de l'église métropolitaine de Sens. Elle fait son entrée dans Paris le . Deux ans plus tard, en 1241, le roi poursuit son ambition en se portant acquéreur du premier morceau de la Sainte Croix et de sept autres reliques dominicales, notamment le Saint Sang et la Pierre du Sépulcre. L'année suivante, ce sont des morceaux de la Sainte Lance et de la Sainte Éponge qui sont ajoutés à la Sainte Collection..