right|thumb|250px|Le bâtiment récemment rénové du ministère des Affaires étrangères de l'Iran. Cet article traite de la politique étrangère de l'Iran depuis la révolution islamique.
Introduction En Iran, le régime révolutionnaire mis en place par l'ayatollah Khomeini a amorcé des changements radicaux dans la politique étrangère qui était menée par le Shah, particulièrement en inversant l'orientation du pays vis-à-vis de l'Occident. Après l'idéalisme post-révolutionnaire initial, une politique étrangère dure et la guerre Iran-Irak, le pays a engagé une politique étrangère plus rationnelle. Cependant, celle-ci est occasionnellement assombrie par la rhétorique fondamentalisteHaidar, J.I., 2015."Sanctions and Exports Deflection: Evidence from Iran," Paris School of Economics, University of Paris 1 Pantheon Sorbonne, Mimeo.
right|thumb|250px|Darvazeh-e-Bagh-e-Melli: Les portes principales du ministère des Affaires étrangères à Téhéran.
Dans les années récentes, l'Iran a fait de grands efforts pour améliorer ses relations avec ses voisins, particulièrement avec l'Arabie saoudite. Les buts régionaux de l'Iran sont d'essayer de ne pas être dominé en établissant un rôle de leader dans la région, de circonscrire l'influence américaine et des autres puissances extérieures et de construire des relations commerciales de qualité. En termes généraux, la politique étrangère de l'Iran se fonde sur trois idées principales : Elle prend position contre les États-Unis et Israël, le premier en tant que puissance militaire qui la menace dans le golfe Persique et le second comme partie intégrante de la propagande islamique post-révolution. Voir Relations entre les États-Unis et l'Iran. Elle veut éliminer l'influence extérieure dans la région. L'Iran se voit comme une puissance régionale, alors que des puissances mondiales telles que les États-Unis ou la Grande-Bretagne ne le souhaitent pas. Elle cherche donc à réduire leurs présences dans le golfe Persique autant que possible. Elle développe fortement les contacts diplomatiques avec les autres pays en voie de développement, dans un effort pour construire des relations commerciales et des appuis politiques, maintenant que le pays a perdu son soutien américain d'avant la révolution.
Malgré ses lignes directrices, les relations bilatérales sont fréquemment confuses et contradictoires, à cause de l'oscillation permanente de l'Iran entre des aspects pragmatiques et idéologiques.
Concepts de politique étrangère de la république islamique d'Iran L'exportation de la révolution islamique
Le concept de l'exportation de la révolution islamique dérive d'une façon particulière de voir le monde. Cette vue perçoit la révolution islamique comme la façon pour les musulmans et les non-musulmans de se libérer eux-mêmes de l'oppression des tyrans qui servent les intérêts de l'impérialisme international. Les États-Unis et l'Union soviétique étaient perçus comme les deux principales puissances impérialistes au début de l'existence de la république islamique d'Iran. Le renouvellement de l'attachement à l'Islam, comme le montre le renversement du Chah en Iran, permet aux nations opprimées de battre l'impérialisme. D'après ce point de vue, en suivant l'exemple de l'Iran, n'importe quel pays peut se libérer de la domination impérialiste.
Bien que l'élite politique soit d'accord sur l'utilité de l'exportation de la révolution, aucune unanimité existe quant aux moyens à mettre en œuvre pour atteindre ce but. Il existe d'un côté des efforts de propagande pour montrer aux musulmans comment l'exemple iranien peut servir à exporter la révolution. L'assistance matérielle, quelle que soit sa forme, n'est pas nécessaire car les peuples opprimés montrent qu'ils sont prêts pour la révolution islamique en se levant contre les gouvernements dictatoriaux. Ceux qui adhérent à cette position disent que les iraniens n'ont reçu aucune assistance externe dans leur révolution, mais qu'ils ont été victorieux grâce à leur attachement à l'Islam. De plus, ils citent souvent Khomeini qui disait que l'Iran n'a aucune intention d'interférer dans les affaires internes des autres pays. Cette position est compatible avec le maintien de relations diplomatiques normales entre l'Iran et les autres pays.
De l'autre côté de l'échiquier politique, se trouve la position qui considère l'Iran comme le fer de lance d'un mouvement révolutionnaire mondial qui vise à libérer spécifiquement les pays musulmans et plus généralement les pays du tiers-monde, de la domination impérialiste. Cette perspective activiste conçoit que l'export effectif de la révolution ne doit pas seulement être limité à de la propagande mais doit aussi inclure une assistance financière et militaire. Les partisans de cette position citent eux aussi souvent Khomeini qui parlait de l'inévitabilité de la progression de la révolution islamique dans le monde.
Bien que divers points de vue se situent entre ceux décrits ci-dessus, depuis 1979, ces deux points de vue sont une partie de la formulation de la politique étrangère de l'Iran depuis 1979. En général, ceux qui sont pour l'exportation de la révolution seulement à travers l'éducation et l'exemple ont dominé le ministère des affaires étrangères, alors que ceux en faveur d'une assistance active aux groupes révolutionnaires n'ont pas servi à de tels postes. Néanmoins, parce que ces soutiens à l'approche activiste sont aussi des dirigeants politiques influents, ils ont pu influencer certains domaines des relations étrangères. Cela est particulièrement vrai au sujet de la politique envers le Liban et, à un degré moindre, envers les pays du golfe Persique.
La première organisation promouvant l'export actif de la révolution était Satja, fondé au printemps 1979 par Mohammad Montazeri et Mehdi Hashemi. Les contacts de Satja avec de nombreux groupes non gouvernementaux à travers le Moyen-Orient ont vite mené l'organisation en conflit direct avec les dirigeants du parti de la république islamique et du gouvernement provisoire. L'Ayatollah Hossein Ali Montazeri, père de Mohammad Montazeri, a publiquement désavoué son fils, en disant qu'il souffrait d'illusions depuis qu'il avait été torturé par la SAVAK (police secrète du Chah). Satja a été démantelée, mais Montazeri et Hashemi ont alors rejoint les Pasdaran, où ils ont mis en place le "Bureau des mouvements de libération". Mohammad Montazeri a été tué dans l'attentat de aux locaux du parti de la république islamique qui a couté la vie a plus de 70 hommes politiques, dont le président. Après cet attentat, Hashemi est devenu le principal dirigeant de ceux qui prônent le soutien moral et matériel aux révolutionnaires du monde entier.
Sous la direction de Hashemi, le Bureau des mouvements de libération a opéré de manière autonome vis-à-vis du ministère des affaires étrangères et a maintenu le contact avec des mouvements d'opposition dans divers pays. Inévitablement, son but de promouvoir la révolution à l'étranger est entré en conflit avec l'objectif du gouvernement consistant à normaliser les relations au moins avec certains des gouvernements que le bureau des mouvements de libération essayait de renverser. En 1984, le Bureau des mouvements de libération a été retiré aux Pasdarans et la politique étrangère est entièrement passée sous la direction du ministère des affaires étrangères et du ministère de la sécurité et de l'information. Mécontent de ces changements, Hashemi démissionne et va à Qom trouver un poste dans la grande administration de l'Ayatollah Montazeri, qui supervise six séminaires, plusieurs organisations de charité, une maison de publication et plusieurs bureaux politiques. Hashemi réussit alors à créer le bureau de la révolution globale, qui opère indépendamment de tout. Vers 1986, les activités de Montazeri l'avaient encore mis en conflit avec le ministère des Affaires étrangères. En octobre de la même année, il est arrêté avec plusieurs de ses collègues et le bureau de la révolution globale est fermé. L'été suivant, ils sont jugés pour "déviation de l'Islam" et jugé coupables. Ils seront exécutés par la suite.
Ni est, ni ouest
Pendant la révolution, Khomeini et ses collègues condamnaient à la fois les États-Unis et l'Union soviétique comme les "forces du mal" de la politique internationale. Ils pensaient que les États-Unis, à cause de leur proximité avec le régime du Shah, étaient un danger immédiat pour la révolution. Ils appelaient alors les États-Unis le "Grand Satan". Par contraste, ils appelaient l'Union soviétique, qui n'était pas aussi proche du Shah, le "petit Satan". Le premier représentait l'Ouest, ou le capitalisme, et le second l'Est, ou le socialisme. Les révolutionnaires pensaient comme Khomeini que les idéologies matérialistes étaient des instruments afin de maintenir une domination impérialiste sur le tiers-monde, et qui étaient contre l'Islam. En conséquence, le but de la politique étrangère de l'Iran à cette époque de la révolution était d'exclure toute forme de dépendance politique, économique et culturelle vis-à-vis de l'est ou de l'ouest, et de ne compter que sur l'Islam.
Après 1980, l'Iran a adopté des positions à l'opposé de celles des États-Unis sur de nombreux sujets. Bien que les officiels des deux pays aient eu des contacts en secret (Affaire Iran-Contra), la normalisation des relations entre les deux pays est toujours difficile à considérer pour les deux parties. L'actuelle crise du nucléaire iranien pousse cependant l'Iran à discuter avec les autres grands acteurs internationaux.
Les alliés de l'Europe de l'Ouest sont aussi considérés avec suspicion par l'Iran. La France, en particulier, est vue comme un "mini-Satan" qui collabore avec les États-Unis afin d'opprimer les musulmans. Malgré la sympathie ressentie par les Iraniens envers la France pour avoir accueilli Rouhollah Khomeini et les opposants de tous bords au régime Pahlavi, aucun privilège particulier n'est accordé à la France par le régime islamique. Après la victoire de la révolution, des vagues successives de réfugiés (monarchistes, puis nationalistes libéraux puis marxistes et enfin musulmans libéraux) arrivent à Paris et en France, aggravant alors la tension entre les deux pays. À la fin des années 1980, une série d'attaques terroristes en France est attribuée à la république islamique d'Iran (cf article sur le programme nucléaire iranien), qui cause la fermeture du Centre Culturel Persan par la police française.
Les relations post-révolutionnaires avec l'Union Soviétique et ses alliés ont été moins dramatiques. Téhéran a exprimé son opposition a de nombreuses politiques étrangères soviétiques, comme elle l'a fait au cours de l'invasion russe en Afghanistan fin 1979. À la fin des années 1980, le soutien soviétique pour le régime de Kaboul était encore une source de tension. L'Iran a aussi accusé l'Union soviétique d'aider des groupes d'opposition iraniens, particulièrement le Tudeh. Néanmoins, les deux pays ont maintenu leurs relations cordiales. Le commerce avec les soviétiques est devenu tout de même plus important après 1979.
Histoire Période suivant la révolution (1979-1980)
Les relations étrangères du pays depuis la révolution ont été tumultueuses. Des facteurs variables l'expliquent; le plus important d'entre eux étant la rhétorique anti-occidentale de l'Iran après la révolution (facteur dont les racines sont dans le soutien des occidentaux au Shah).
À cette époque, l'Iran s'est trouvée très isolé, à cause de sa ligne dure et d'une politique étrangère agressive, qui souhaitait voir ses idéaux révolutionnaires répandus dans le golfe Persique. Une des conséquences de cette politique fut la crise iranienne des otages et l'affrontement avec les États-Unis.
Période couvrant la guerre Iran-Irak (1980-1988)