vignette|Gravure allemande représentant la décapitation de Charles d'Angleterre, .

La première révolution anglaise ( pour les historiens britanniques), également appelée Grande Rébellion, se déroule de 1642 à 1651 sous le règne de Charles . Cette révolution a pour conséquence le jugement puis l'exécution du roi Charles le à Whitehall près de Westminster. La monarchie est abolie et une « République », appelée Commonwealth d'Angleterre, est instaurée avec Oliver Cromwell à sa tête. Cette révolution marquante pour l'Angleterre et l'Europe est une étape cruciale dans la transformation du pouvoir royal anglais, qui s'oriente progressivement vers une monarchie constitutionnelle.

Terminologie Le terme () apparaît le plus souvent au singulier, bien que les historiens divisent souvent le conflit en deux ou trois guerres distinctes. Celles-ci s'étendent à l'ensemble du royaume d'Angleterre (y compris la principauté de Galles). Les conflits concernaient également des guerres avec l'Écosse et l'Irlande, et des guerres civiles en leur sein.

Les guerres qui se déroulent dans les trois pays sont connues sous le nom de guerres des trois royaumes. Au début du , Sir Walter Scott les a appelées .

Contrairement aux autres guerres civiles en Angleterre, qui se concentraient sur la question de savoir qui devait gouverner, ces conflits concernaient davantage la manière dont les trois royaumes d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande étaient gouvernés. L'Encyclopædia Britannica 1911 a appelé cette série de conflits la , tandis que certains historiens – notamment des marxistes comme Christopher Hill (1912-2003) – ont longtemps privilégié le terme de .

Contexte Rôle constitutionnel du parlement anglais Jusqu'à la Révolution, l'Angleterre était une monarchie absolue de jure. Le parlement anglais était un comité consultatif temporaire qui était convoqué et dissous à volonté par le monarque.

En dépit de ces restrictions, avant le , le parlement anglais avait gagné des pouvoirs significatifs de facto et le monarque ne pouvait plus l'ignorer. En particulier, le monarque avait besoin du consentement du parlement pour la création des nouveaux impôts. Le Parlement ne pouvait pas s'opposer aux actions du monarque, mais il pouvait refuser de lever les impôts, ce qui était son seul pouvoir de négociation. Si Henri VIII pouvait ordonner des exécutions arbitraires sans véritable résistance publique, sa tentative de lever un impôt sans le consentement du parlement fut bloquée par une insurrection.

Le parlement avait deux chambres. La Chambre des lords comprenait les membres les plus importants de l'aristocratie et du clergé. La Chambre des communes comprenait des députés élus. Le droit de suffrage était limité aux citoyens les plus riches, bien que quelques circonscriptions (potwalloper boroughs) élisaient leurs représentants au suffrage universel masculinEdward Porritt, A. M. Kelley, The Unreformed House of Commons: Scotland and Ireland (1963), , 354. La chambre des communes représentait la gentry – la noblesse non titrée et la haute bourgeoisie. Les pouvoirs de facto du parlement dérivaient de l'absence d’une armée royale permanente et de l'importance de la gentry anglaise. La création des nouveaux impôts était impossible sans leur coopération. L'Écosse et l'Irlande avaient aussi des parlements, mais ils étaient moins puissantsR. Rait, Parliaments of Scotland (1928).

Situation religieuse Pendant le , la Réforme protestante s'est propagée à l'Angleterre et en Écosse de manières différentes, l'Irlande demeurant catholique. Après l'agitation de la Réforme anglaise, Élisabeth recréa l'Église d'Angleterre comme un compromis précaire entre le catholicisme et le calvinismeJohn Coffey y Paul C. H. Lim, The Cambridge Companion to Puritanism (2008), . Il y avait un mouvement du puritanisme qui voulait une église sans évêques et sans les autres éléments du catholicismeJohn Craig, The Growth of English Puritanism (2008), . Entre-temps, les mouvements des Caroline Divines, de l'anglo-catholicisme et de la Haute Église voulaient rétablir des éléments abolis du catholicismeGraham Parry, The Golden Age Restored: The Culture of the Stuart Court, 1603–42 (1981).. L'Église d'Écosse était également protestante, mais avait des traditions presbytériennes séparées. Jacques et Charles voulaient unir les religions de l'Angleterre et de l'ÉcosseDiane Purkiss, The English Civil War: A People's History (2007), , 83. Jacques rétablit les évêques en Écosse avec succès.

Arrivée au pouvoir des Stuarts L'Angleterre du est le royaume de la reine , reine d'Angleterre et d'Irlande (1558-1603). À sa mort en 1603, sans héritier direct, la dynastie écossaise Stuart, la plus proche dans l'ordre de succession, monte sur le trône d'Angleterre. Jacques Stuart, roi d’Écosse, fils de Marie Stuart, élevé dans la religion protestante, succède à comme roi d'Angleterre, d'Écosse, d'Irlande et du Pays de Galles, sous le nom de Jacques .

Dès les premiers jours, son règne sur l’Angleterre est chaotique. Il est la proie de conspirations catholiques visant à le renverser avec, en 1603, les conspirations connues sous le nom de main plot et bye plot (conspiration principale et conspiration accessoire). D'autre part, ceux qui espéraient que la succession s'accompagnerait d'un changement de gouvernement sont déçus lorsque, suivant un accord conclu en secret avec Robert Cecil, comte de Salisbury, Jacques conserve les membres du Conseil privé d’Élisabeth, renforcé par quelques membres écossaisLucien Bély, L’Art de la paix en Europe : naissance de la diplomatie moderne, , Paris, Presses universitaires de France, 2015, 752, .. De plus, il se met à dos le parlement anglais en tentant certaines réformes, comme le développement de l'union entre les couronnes d'Écosse et d'Angleterre pour créer un royaume unique, sous l'autorité d'un seul roi, avec un seul parlement et une seule loiHistoire du Royaume-Uni : une anthologie du , Paris, Bréal, 2001, 407, .. Or, le Parlement est contre cette réforme et, en 1604, il refuse que Jacques prenne le titre de roi de Grande-Bretagne, ce qui n'empêchera pas le roi de s'autoproclamer en malgré les recommandations des parlementaires. C'est donc un enchaînement de sujets de discorde entre Jacques et les Anglais, déjà défavorables au fait qu'un Écossais dirige leur pays. En plus des problèmes politiques, Jacques mène un train de vie très extravagant, et dilapide les richesses du pays dans ses loisirs Lacey Baldwin Smith, English History Made Brief, Irreverent, and Pleasurable, Chicago, Chicago Review Press, 2006, 275, .

Malgré ces problèmes croissants, le règne de Jacques était paisible. Ses ambitions absolutistes étaient modérées par ses compromis avec ses sujets John Philipps Kenyon, Stuart England (1978), . L'impopularité du roi fut tempérée en 1625 par sa mort et l’avènement de son fils Charles .

Règne de Charles jusqu'en 1642 : la marche vers la guerre civile vignette|Charles d'Angleterre. Depuis 1603, un même roi règnait sur l'Angleterre, le pays de Galles et l'Écosse. Toutefois, l'Écosse et l'Angleterre demeuraient deux royaumes distincts, disposant chacun d'un parlement propre. Charles , roi depuis 1625, désire réaliser le rêve de son père, Jacques Stuart : unifier l'Angleterre, l'Écosse et l'Irlande dans un même royaumeHistoire politique de l’Europe, Éditions OPHRYS, 2007, , .. Ces aspirations inquiètent certains Anglais, qui craignent pour leurs droits. En effet, Charles, comme son père, se réclame du droit divin, et n'accepte pas les limites que la tradition impose au roi d'Angleterre. D'autres événements contribuent à tendre la situation. En 1625, Charles épouse Henriette-Marie de France, une catholique, dans un pays à large domination anglicane.

Jusqu'en 1627 : premiers sujets de discorde En 1627, le favori du roi, le duc de Buckingham, échoue lors d'une expédition destinée à rompre le siège de La Rochelle ; le parlement entame alors contre lui une procédure d’« impeachment ». Le roi y répond par la dissolution du parlement. Le nouveau parlement lui demande de signer la Pétition des droits en . Charles accepte, car il a besoin du soutien du parlement pour pouvoir lever de nouveaux impôts.

1627-1640 : le règne solitaire de Charles Charles, qui n’a besoin du parlement que pour lever des impôts, a besoin d'argent, mais il sait qu'il ne peut compter sur un réel soutien de la part des parlementaires. Il s'abstient donc de convoquer le parlement et a recours à des moyens détournés pour tenter d'augmenter ses revenus. Ces procédés ne sont pas illégaux, mais sont perçus comme contraires aux libertés, et entretiennent des rancœurs.

Des réformes religieuses suscitent également des hostilités. En Angleterre, les puritains accusent sans raison Charles de vouloir rétablir le catholicisme et de protéger les rentes de situation par des monopoles.

En Écosse, les dissensions sont plus graves encore. La politique des plantations en Irlande déclenche la colère. Expropriés, des milliers d'Irlandais ont dû migrer dans les années 1630, comme engagés volontaires, sur la petite île antillaise de la Barbade. Il a été calculé qu'en 1641 près de s'étaient installés en Irlande. Ces spoliations exacerbent les tensions avec les Écossais qui avaient émigré au début des années 1600 en Irlande. Charles est accusé de favoriser les hommes de cour. Un de ses proches, Thomas Wentworth, Lord Deputy d'Irlande depuis 1632, accéléra les plantations en Irlande, déclenchant en 1639 les guerres des évêques en Écosse qui conduisent à son exécution en 1641 par le parlement David C. Wallace, Twenty-Two Turbulent Years 1639-1661, Fast-Print Publishing, 2013, , 201, ..

Charles, voulant unifier les pratiques religieuses de ces deux royaumes, cherche à imposer en Écosse un nouveau livre de prières sur le modèle anglicanThomas Hobbes, Œuvres, , , Franck Lessay éd., Paris, Vrin, 1993, , 236, .. L'entreprise aboutit à des émeutes qui s'enveniment ; la guerre civile éclate et les insurgés écossais connaissent des succès.

1640-1641: nouveaux parlements, nouveaux conflits En 1640, pour faire face à la rébellion, Charles a besoin de lever de nouveaux impôts. Un nouveau parlement est convoqué. Celui-ci profite de l'occasion pour exposer ses griefs au roi, qui le dissout au bout de quelques semaines, c'est le court parlement. Charles reprend donc la guerre en Écosse sans nouveaux moyens financiers. Mais, face à une situation financière intenable, il se résigne en novembre à convoquer un nouveau parlement.

Le nouveau parlement se montre encore plus hostile envers Charles : il vote plusieurs lois destinées à défendre ses droits contre le pouvoir royal, notamment la Grande Remontrance. Le parlement interdit notamment au roi de le dissoudre. À partir de ce moment, on proposera au Roi différentes voies possibles pour envisager une issue au conflit. Le roi s'opposera à chacune des propositions qui lui seront faites, jugeant qu'elles menacent l'institution royale, et c'est précisément pour ces raisons que la guerre éclatera.

Première guerre civile (1642-1646) vignette|Les positions royalistes sont en rouge et les parlementaires, en vert (1642-1646). vignette|Bataille de Naseby, le 14 juin 1645, où la victoire des Parlementaires sur les Royalistes a marqué un tournant décisif dans la guerre civile anglaise. vignette|Olivier Cromwell succède au roi Charles avec le titre de « Lord Protecteur ». La première guerre civile a lieu de 1642 à 1646. Le Long Parlement contourne la volonté du roi et monte une armée dirigée par le comte d'Essex, afin de contrer une invasion écossaise ainsi que les actions de reprise de pouvoir du roi par ses partisans appelés les Royalists. Cette guerre engendre la fermeture des théâtres en 1642 (par décret du Long parlement le ), conduisant les auteurs anglais à se réfugier à Versailles ou à Paris avec la cour de la reine Henriette.